POINTRE-A-PITRE (AFP) - François Bayrou, cible des attaques
de l'UMP et du PS et qui marque le pas dans les sondages, a tenté de reprendre
la main dimanche, dénonçant la "connivence" des forces politiques et
économiques et proposant la suppression de l'ENA, symbole pour lui de cette
"caste".
Régulièrement taxé d'"immobilisme" par Nicolas
Sarkozy et d'"allié" de la droite par François Hollande, numéro un du
PS, le candidat UDF à la présidentielle, qui oscille autour de 20% dans les
sondages après avoir atteint 24%, a contre-attaqué en dénonçant une
"rupture profonde entre le pouvoir et les citoyens".
"Il faut aller au coeur de cette connivence perpétuelle
entre les différents partis qui sont installés au pouvoir, les puissances
financières, économiques, qui sont leurs amis de classe et leurs amis de
caste", a déclaré M. Bayrou à Fort-de-France, qui achevait dimanche un
déplacement de trois jours en Guyane, Martinique et Guadeloupe.
Pour cela, il a proposé la suppression de l'Ecole Nationale
d'Administration (ENA), et son remplacement par une "école des services
publics", réforme qui rentrerait en vigueur "après 2008".
"Ce choix est un symbole. J'ai pris le sommet pour
faire sauter le bouchon de champagne", a-t-il ensuite affirmé à
Pointe-à-Pitre, où il a été accueilli par quelques manifestants
indépendantistes.
Affirmant que "la réalité de la vie des citoyens"
- problèmes de logement, d'emploi, de pouvoir d'achat - "est constamment
niée", il a estimé qu'"il faut qu'une page se tourne".
Selon lui, "cette attente est partagée par des femmes
et des hommes de droite, du centre et de gauche, qui en ont marre d'être ainsi
pris en otage par un Etat qui s'est dévoyé et qui ne les écoute pas".
M. Bayrou, qui avait mené la charge ces derniers mois contre
la "collusion" entre politiques et groupes industriels propriétaires
de médias, avait déjà vivement réagi, samedi à Fort-de-France, à un article du
journal Le Monde (dont le groupe Lagardère est actionnaire), où l'UMP et le PS
estimaient que le "moment Bayrou" est fini.
Il avait fustigé ces deux "appareils" politique et
"les journaux qui appartiennent à la pensée unique", qui selon lui
voudraient "qu'on aille directement au second tour dans lequel leurs
chéris sont sélectionnés à l'avance".
"Il y a contre nous une collusion de forces politiques
et autres extrêmement rude. J'ai décidé de ne rien céder", a affirmé
dimanche celui qui se veut toujours là "pour gagner", reconnaissant
toutefois que "la campagne est dure, plus dure qu'(il) n'aurait jamais imaginé".
M. Bayrou, qui propose que les diplômés de la nouvelle
"école des services publics" se consacrent au service public
"pour une longue période" au lieu d'aller dans le privé après
quelques années, développera cette idée lors d'une conférence de presse mardi.
A cette occasion, il doit également dévoiler un livret en 20
pages qui sera tiré à 10 millions d'exemplaires, intitulé "programme
d'action pour la France", un jour après Nicolas Sarkozy qui aura présenté
son "projet" lundi.
En préambule, M. Bayrou affirme notamment le besoin
d'"une République honnête et un Etat impartial". Un chapitre intitulé
"restaurer la République et moraliser la vie publique" rappelle sa
volonté de "séparer les pouvoirs médiatiques et politique".
Pascale JUILLIARD

L'Ecole Nationale d'Administration (E.N.A.) à Strasbourg. Photo JS