Romans
Poivre et Nothomb, serial sellers
Ma Première est un phénomène d’édition unique. Une moitié de mon Second regarde la France dans les yeux depuis des temps immémoriaux. Mon Tout vend beaucoup de livres. Et le succès n’empêche pas Amélie Norhomb et les frères Poivre d’Arvor de se retrouver sur la liste du Goncourt !
Cela semble immuable, rituel, inévitable. Chaque mois de septembre voit s’épanouir sur les tables des libraires, les vitrines de Maison de la Presse ou en tête des gondoles de supermarchés des piles conséquentes de romans signés Nothomb. Cette année, la proposition de la folle Aùémie s’intitule Journal d’Hirondelle et prétend, en quatrième de couverture, être une histoire d’amour dont les épisodes ont été mélangés par un fou.
En réalité, il s’agit du parcours d’un homme tombé soudain dans une sorte de mort sensorielle, une frigidité masculine que seul réveille le plaisir intense d’occire son prochain. Devenu tueur à gage et assassin de hasard, il tombe un jour sur le journal intime d’une jeune fille qu’il est chargé de liquider avec sa famille.
Comme à son habitude, Amélie Nothomb mène rondement son affaire sur un ton décalé, émaillé de considérations à l’humour froid. Cela donne quelques tuyaux pour nettoyer le sang et la cervelle (beaucoup plus grasse), quelques scènes d’auto érotisme très convenable et un parallèle entre nourriture et pensée sentimentale.
On trouvera, selon l’humeur, tout ça d’un goût déplorable ou plutôt amusant. On trouvera surtout ça vite lu et relativement inoffensif.
Une légende
Moins de légèreté de ton et une ambition romanesque plus large fait elle forcement un meilleur livre ? La réponse peut se chercher du côté d’Olivier et Patrick Poivre d’Arvor qui se lancent, avec Disparaître, dans un portrait à rebours de l’écrivain et aventurier Lawrence d’ Arabie.
En 1935, un homme précipite sa moto contre un arbre. Accident ? Suicide ? Il est plongé dans le coma.
Construit à plusieurs voix, le roman alterne les pensées du mourrant, le récit de ce qui se trame autour de lui et une sorte de notice nécrologique retraçant les grandes étapes de sa vie. Le procédé permet aux auteurs une approche intéressante de leur personnage insaisissable. Visiblement fascinés par leur sujet légendaire, Olivier et Patrick Poivre d’Arvor peinent un peu à transmettre leur passion, même si leur roman ne manque pas d’aplomb.
Jean Marc Jacob (www.lepetitjournal.com) 15 septembre 2006
Journal d’Hirondelle, Amélie Nothomb (Albin Michel) 138 pages, 14,50€
Disparaître, Olivier et Patrick Poivre d’Arvor (Gallimard) 326 pages, 18,50€

















