Les vacances des Français à la loupe
Propos recueillis par Matthieu DURAND
Que font les Français en vacances ? Où vont-ils ? Pour LCI.fr, l'anthropologue Jean-Didier Urbain décrypte les habitudes des touristes en 1936, 2006 et 2026. Où il est question de changements... et de continuité.
Que représentent les vacances pour les Français...En 1936 ?
Jean-Didier Urbain (1) : D'abord, 1936, ce n'est pas l'invention des congés payés — les fonctionnaires en bénéficiaient depuis le Second empire — mais leur généralisation à tous les salariés. La France
En 2006 ?
J.-D. U. : En 70 ans, les vacances ont été progressivement assimilées au départ. Or, on peut prendre des vacances sans partir. C'est le cas de 34% des Français et la moitié d'entre eux ne partent pas parce qu'ils ne peuvent pas, pour des raisons économiques, familiales, professionnelles, parce qu'ils sont trop âgés ou malades, parce qu'ils sont seuls également. Mais globalement, aujourd'hui, les vacances sont vécues comme un passage d'un monde vers un autre : on cherche à se détacher d'un environnement quotidien, on quitte son domicile pour accéder à un univers à soi conforme à ses désirs.
En 2026 ?
J.-D. U. : Les vacances seront de plus en plus des sortes d'espace-temps de thérapie où l'on se soignera de toutes les blessures de la civilisation urbaine : la pollution, la promiscuité... Ce sera aussi la possibilité de retisser des liens amicaux, familiaux ou amoureux que l'on a du mal à maintenir ou entretenir dans une société de plus en plus urbanisée. Les vacanciers essaieront de trouver des lieux de vie alternatifs qui conserveront tout ce qui est bien en ville pour en jouir à l'abri de toute turbulence. C'est typiquement le cas des résidences secondaires.
Où vont les vacanciers français...En 1936 ?
J.-D. U. : Il y a des vacanciers "éclairés" qui, sur les traces des voyageurs romantiques ou des pèlerins, explorent la campagne, le littoral, la montagne, les pays voisins, jusqu'au Moyen-Orient. Mais il s'agit d'une marginalité, issue de la bourgeoisie et de l'aristocratie. Quant aux classes populaires, quand elles bougent, elles ne vont pas très loin et pour pas très longtemps. Par exemple, les ouvriers, qui sont des descendants de l'exode rural, effectuent un bref retour à la famille. S'ils vont au bord de mer,, c'est qu'ils habitent à proximité.
En 2006 ?
J.-D. U. : Le littoral se porte toujours bien depuis la révolution balnéaire des années soixante. Pendant l'été, 25 à 30 millions d'individus se concentrent sur 4% du territoire national. D'une vision monolithique des vacances — on prend ses congés d'un coup et le plus longtemps possible en été — on est passé à une vision alternative, plus ventilée sur l'année et pour de courts séjours. Le tourisme des villes internationales s'est développé.
En 2026 ?
"Les voyageurs préféreront faire leur voyage tous les quatre ans plutôt que celui des autres tous les ans"
J.-D. U. : Première tendance forte : des vacances de proximité sous la forme de nomadisme accéléré : on aura plusieurs habitats, plusieurs coquilles. Un phénomène renforcé par les moyens de transports tels que le low cost, le TGV. En 2020, il n'y aura pas un point du territoire à plus de 30 minutes d'une autoroute. Deuxième tendance : les départs seront de moins en moins captifs des saisons et des destinations. Les voyageurs préféreront faire leur voyage tous les quatre ans plutôt que celui des autres tous les ans. Il y aura appropriation et du lointain, et du proche.
Que font les Français en vacances...En 1936 ?
J.-D. U. : Ceux qui voyagent font du tourisme culturel ; ils sont attentifs aux traditions, au folklore, au paysage. Ce sont les pionniers d'un tourisme responsable vis-à-vis du patrimoine. Pour les classes populaires, les vacances représentent un capital de temps libre supplémentaire qui est utilisé conformément à ce que chacun fait déjà : pêche, jardinage, pétanque... Les vacances ne font que dilater les loisirs.
En 2006 ?
J.-D. U. : Les vacances d'aujourd'hui sont plurielles : familiales et amicales en été, plus personnelles le reste de l'année. En été, seuls 7% des Français franchissent les frontières, contre 25% le reste de l'année.
En 2026 ?
J.-D. U. : Sauf miracle économique, cette logique de diversification se poursuivra, avec des longs séjours de plus en plus courts et des courts séjours de plus en plus longs. Car on va bouger plus souvent mais moins longtemps. Avec l'effondrement de la classe moyenne, peut-être y aura-t-il un clivage entre les classes supérieures qui voyagent et ceux qui ne partent plus. Peut-être aussi qu'un tourisme éthique et responsable va se développer sous la forme de tourisme utilitaire. Ce pourrait être une nouvelle forme de pèlerinage possible, après les pèlerinages religieux et les séjours pour raison sanitaire.
(1) Jean-Didier Urbain est docteur en anthropologie sociale et culturelle et professeur à l'Université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines. Il a écrit plusieurs ouvrages consacrés au tourisme, notamment Les vacances (collection Idées reçues, au Cavalier bleu) et L'idiot du voyage, histoires de touristes, chez Payot.
Quart de finale du mondial 2006
LE MONDE.FR : Dernière minute
samedi 1 juillet 2006
Mondial : la France se qualifie pour les demi-finales en éliminant le Brésil (1-0)
Sur un coup franc de Zinédine Zidane, Thierry Henry a inscrit le seul but de la partie, à la 56e minute. En demi-finale, mercredi 5 juillet, les Bleus affronteront le Portugal.
Photo prise ce jour à Auray (Morbihan). Photo : JS.


Les Brésiliens ne pouvaient rien faire, Dieu était avec nous !
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