Rétrospective au Jeu de Paume à Paris: des Cindy Sherman par dizaines
Par Fabienne FAUR
PARIS (AFP) - Brune, blonde, vamp hollywoodienne ou clown, vierge médiévale ou poupée grimaçante : Cindy Sherman, une des plus grandes artistes photographes américaines d'aujourd'hui, qui "travaille seule et avec elle-même", s'affiche en dizaines de versions au Jeu de Paume à Paris.
"Cindy Sherman, rétrospective", qui démarre ce mardi pour s'achever le 3 septembre, présente 235 photographies de l'artiste dans le cadre de "l'exposition la plus complète jamais réalisée" sur son travail, indique Régis Durand, directeur du Jeu de Paume, situé au jardin des Tuileries à Paris.
L'exposition, qui présente 30 ans de travail de l'artiste, s'articule chronologiquement de 1975 à 2006 autour des "séries" réalisées par la photographe, dont deux ou trois sont présentées intégralement.
Cindy Sherman, 52 ans, "travaille seule et avec elle-même", à New York, explique M. Durand, également commissaire de l'exposition. "Son sujet, et son objet, c'est elle. Ce ne sont pas des autoportraits, c'est une mise en scène qui peut construire une histoire, un récit", ajoute-t-il.
Dans la série la plus célèbre, "Untitled Film Still", réalisée de 1977 à 1980 et qui démarre l'exposition, l'artiste travaille encore en noir et blanc, sur petit format. Elle se montre en femme fatale, fille perdue, s'inspire du néo-réalisme italien pour se composer le visage tragique d'Anna Magnani, se transforme en Marilyn perdue dans les drapés de son lit.
"Il y a un côté juvénile dans son travail, elle s'amuse", dit M. Durand, avant que le passage à la couleur dans un plus grand format, aux alentours des années 80, n'annonce "un univers plus complexe. Le travail des vêtements, des prothèses, devient essentiel, la recherche plastique est plus élaborée".
Suit une extraordinaire série où l'artiste, affublée de prothèses mammaires et de faux nez, sans compter les perruques et les costumes, reproduit des tableaux de maîtres anciens, où l'on reconnaît un Rubens, un Gainsborough ou un Caravage. "Elle leur rend hommage et en même temps, elle les déconstruit", dit M. Durand.
Les "Sex pictures", dans les années 90, présentent des poupées de plastiques désarticulées, torturées, avant que l'artiste ne recommence en 2000 à se photographier elle-même en punk, étudiante patriote, sportive bodybuildée ou mondaine vieillissante.
"Sans être une artiste engagée, elle s'interroge sur la place de la femme dans la société", indique le commissaire de l'exposition qui ajoute que Cindy Sherman, femme discrète qui s'exprime assez peu sur son propre travail, "nous amène à réfléchir sur notre identité sociale, sur la manière dont nous construisons notre image pour susciter l'intérêt des gens. "
(Le Jeu de paume, 1 place de la Concorde, du mardi au vendredi de 12H00 à 19H00, le samedi et dimanche de 10H00 à 19H00, nocturne le mardi jusqu'à 21H00, fermé le lundi. 6 euros, TR 3 euros. Catalogue Cindy Sherman, 288 pages, 250 illustrations, Co-édition Flammarion/Le Jeu de Paume, 50 euros)