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Jours tranquilles à Paris
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reflexion
19 février 2016

Ai Weiwei expose des gilets de réfugiés à Berlin

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Des centaines de gilets de sauvetage orange, installés en plein cœur de Berlin, sur les colonnes de la Konzerthaus. C’est le résultat de l’intervention d’Ai Weiwei. Il y a quelques semaines, l’artiste chinois avait recueilli, sur l’île grecque de Lesbos, près de 14 000 de ces gilets ayant appartenu à des réfugiés tentant de rejoindre l’Europe. L’œuvre du Chinois, aussi spectaculaire qu’éphémère, vient contribuer au débat, déjà tendu en Allemagne, sur l’accueil des réfugiés et sur leur dramatique destin lors de leur voyage vers l’Europe. Cette performance du controversé Ai Weiwei s’inscrit également dans le cadre du festival du film de Berlin qui se déroule actuellement dans la capitale allemande.

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19 février 2016

Réflexion

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8 février 2016

Je suis contre la réforme de l'orthographe !

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8 février 2016

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7 février 2016

Abram de Swaan : « Il y a chez les bourreaux comme une absence de mentalisation »

REFLEXION

Chacun d’entre nous, dans une situation particulière, pourrait devenir un bourreau. C’est à cette doxa que s’attaque Abram de Swaan, professeur néerlandais de sociologie à l’université d’Amsterdam et à Columbia (New York), dans Diviser pour tuer, un essai savant et très documenté. Il y opère un retournement de perspective : pour analyser les processus de fabrication des criminels de masse, il faut s’intéresser à ceux qui ne sont pas devenus des meurtriers. Car ils existent, aussi.

Autrefois, les meurtriers de masse étaient vus comme des psychopathes. Avec son livre inspiré du procès d’Eichmann, en 1961, « Eichmann à Jérusalem », Hannah Arendt est à l’origine d’une autre thèse, la « banalité du mal », dont est sortie une vulgate : tout le monde pourrait, dans certaines circonstances, se transformer en bourreau. Qu’en pensez-vous ?

Tout d’abord, précisons que personne de sérieux n’a jamais dit que les criminels de masse étaient des psychopathes ou des monstres. Au contraire, j’ai lu les journaux intimes ou les mémoires des psychiatres déportés qui ont survécu aux camps de concentration : on les considérait plutôt comme des hommes ordinaires à qui on avait lavé le cerveau. Seule la presse populaire véhiculait peut-être cette image du monstre.

Autrement dit, les « situationnistes », ce courant de la psychologie sociale qui insiste sur l’influence de la situation dans les comportements humains, ont construit un ennemi qui n’existait pas. De plus, je ne crois pas que cette vision par Arendt des meurtriers comme des rouages de la grande bureaucratie de la destruction ait été originale pour l’époque. L’idée qu’il fallait se méfier des autorités, des ordres, était dans l’air du temps. De surcroît, Eichmann était le pire exemple que Hannah Arendt aurait pu prendre : c’était en réalité un chasseur de juifs frénétique. Je sais qu’elle est très admirée en France pour ses travaux philosophiques, mais là, elle s’est trompée.

Selon vous, il est faux de dire que tout le monde peut devenir bourreau dans certaines circonstances ?

Il y a en effet une sorte de consensus dans les sciences sociales, contre lequel je me bats : des gens ordinaires dans des situations extraordinaires seraient capables de choses extraordinaires. Certes, l’impact de la situation est toujours beaucoup plus fort que ce qu’on voudrait admettre. Nous avons tous des souvenirs honteux de ce que nous avons pu faire dans des fêtes. Nous avons l’exemple des pères de famille au stade de foot qui crient des saletés, déchaînés, qui vont acheter leur bière en faisant la queue et en payant, puis reviennent dans les gradins, à nouveau sauvages. Donc, sans aucun doute, la situation compte. Mais pour une raison ou une autre, la grande majorité des chercheurs refusent de poser la question suivante : est-ce que, dans une situation donnée, il y a des gens qui font plus et d’autres moins ? Existe-t-il des bourreaux réticents, d’autres indifférents, d’autres encore effrénés ? Y a-t-il des gens qui sont moins susceptibles de se laisser manipuler pour finir dans ces situations extrêmes ?

J’utilise volontiers l’image du tamis vibrant. Il y a des cailloux, certains juste un peu plus gros que d’autres. A la fin, ils sont séparés. Dans un événement comme une guerre, il y a toute une série de petits événements, de bifurcations, par lesquels on se laisse guider d’un côté ou de l’autre. Des petites différences psychiques qui finissent par faire basculer les gens d’un côté ou de l’autre. Or, par une sorte de myopie, on considère uniquement, dans un pogrom par exemple, ceux qui ont commis des actes barbares. Mais il y a aussi tous ceux qui n’y sont pas allés. Il faudrait pouvoir faire des zooms arrière et regarder tout le village.

Y a-t-il moyen de déterminer ces différences psychiques ?

La documentation est essentiellement judiciaire, mais, dans ce cas, il y a toujours un biais car ces bourreaux sont des champions pour déguiser leur rôle actif et pour se faire passer pour des petits exécutants, pas très intelligents. Quand même, on peut faire une conjecture en s’appuyant sur tout ce qui est connu. La mienne est que les bourreaux diffèrent sous trois angles.

Primo, s’ils ont bien une conscience morale comme le prouve le fait qu’ils soient loyaux à leurs « camarades de crime », à leurs commandants ou à leur famille, c’est une conscience réduite à un cercle très restreint. Au-delà de ce cercle, ils ne connaissent pas d’obligation morale. Secundo, ils n’ont pas l’idée que ce qui leur arrive résulte en partie de leur choix ou de leurs actions : ça leur arrive… Ils ne se voient pas comme les auteurs de leur vie. Tertio, on constate chez eux une absence de toute empathie. Je me souviens d’un SS qui, voulant expliquer à quel point c’était terrible, disait que les cris lui étaient insupportables et qu’il avait du sang sur son uniforme : il ne faisait que parler de lui.

Voilà trois traits qu’il faut à mon avis commencer à regarder. Il y a chez eux comme une absence de « mentalisation », ce mécanisme qui permet à un individu d’interpréter ses gestes et ceux d’autrui comme étant liés à des états mentaux. La première phase de la vie, la petite enfance, est, à cet égard, fondamentale, fondatrice même. On peut envisager que cette absence soit là depuis toujours ou qu’elle résulte d’une perte liée au contexte de brutalisation générale.

Dans un entretien avec Gitta Sereny, Franz Stangl, ex-commandant du camp de Treblinka, dit qu’il « compartimentait » sa pensée pour survivre. Cette idée de la « compartimentation », appliquée à toute la société, est importante…

C’est un concept clef pour mon analyse. Le sociologue Norbert Elias parle d’un effondrement de la civilisation pendant le nazisme. Je préfère parler d’enclaves de « décivilisation » : dans cette société allemande extrêmement policée, il y avait des trous, des compartiments, où tout était permis et où la barbarie était même encouragée comme un instrument d’Etat. Tout citoyen savait qu’il se passait là quelque chose de terrible mais ne savait pas exactement quoi. Au Rwanda, il y avait aussi des façons de séparer le temps et l’espace du meurtre, du temps et de l’espace normaux. Cette « compartimentation », il faut y être attentif. Hélas, les attaques terroristes en France nourrissent aujourd’hui les arguments de ceux qui ont tendance à compartimenter la société toujours davantage. Julie Clarini - Journaliste au Monde

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6 février 2016

EXCISION ! - 13ème journée mondiale contre l'excision

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200 millions de victimes de mutilations génitales dans le monde

Quelque 200 millions de victimes, dont près de la moitié vivent en Egypte, en Ethiopie et en Indonésie. L’Unicef, le Fonds des Nations unies pour l’enfance, a établi, jeudi 4 février, ce nouveau bilan des femmes et filles souffrant de mutilations génitales dans le monde. Ce chiffre dépasse de 70 millions la dernière estimation, qui datait de 2014, notamment en raison de nouvelles données fournies par Djakarta.

L’ONU s’est fixé pour objectif de faire cesser cette pratique d’ici à 2030, dans le cadre des objectifs de développement adoptés par 193 pays en septembre. Sur les personnes affectées, 44 millions sont âgées de 14 ans ou moins. Dans les 30 pays où les mutilations sont les plus répandues, la majorité des victimes ont été excisées avant d’avoir 5 ans.

Dans certains Etats, « une pratique presque universelle »

La Somalie, la Guinée et Djibouti restent les pays avec le taux de mutilation le plus élevé : 98 % des filles subissent des mutilations génitales dans le premier, 97 % dans le second et 93 % dans le troisième. « Dans [ces Etats], cette pratique est presque universelle », déplore Claudia Cappa, qui a dirigé la rédaction du rapport de l’Unicef. Maigre lueur d’espoir : le taux a en revanche régressé dans une trentaine de pays, dont le Liberia ou le Burkina Faso.

« Nous devons soutenir les efforts nationaux pour encourager l’abandon de cette pratique », insiste Mme Cappa, qui fait état de certains progrès « dans la manière dont les communautés considèrent [celle-ci] ». Depuis 2008, plus de 15 000 d’entre elles ont renoncé aux mutilations génitales féminines, dont 2 000 l’an dernier. Cinq pays ont même adopté des lois la criminalisant : le Kenya, l’Ouganda, la Guinée-Bissau et, récemment, le Nigeria et la Gambie.

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6 février 2016

Journée sans téléphone mobile : et si on décrochait ?

Le 6 février se veut une journée pour prendre du recul sur nos pratiques numériques. Pour l’expert en comportement Thierry Le Fur, il est indispensable de trouver « les conditions d’un usage adapté ».

Une journée sans téléphone mobile ? Depuis 2001, Phil Marso, instigateur de la journée mondiale sans téléphone mobile, enjoint à réfléchir sur le « mobilou » chaque 6 février, le jour de la saint Gaston – et sans déplaire à Nino Ferrer et à son « téléphon qui son’Et y’a jamais person’qui y répond ». Autant demander l’impensable et tenir à l’impossible une majorité de détenteurs de ce doudou connecté, que 60 % des Français consultent dans la première heure suivant leur réveil et que 30 % dégainent entre dix à vingt-cinq fois par jour, et 13 % cinquante fois et plus. En considérant que les enfants sont, dès l’âge de 2 ans, derrière les écrans, « nous serons en moyenne connectés plus de 100 000 heures, à l’échelle d’une vie, comptabilise Thierry Le Fur. Un cadre always on le sera 250 000 heures ». Cet expert en comportements numériques et addictifs considère qu’il est indispensable de « trouver l’homo équilibrus qui sommeille en nous (…) et d’identifier les conditions d’un usage adapté ». Entretien avec Thierry le Fur, auteur de Pouce ! Mieux vivre avec le numérique (Ed. Docis, 2014).

A quoi reconnaît-on une addiction numérique ?

Une conduite addictive relève d’une « envie répétée et irrépressible, en dépit de la motivation et des efforts du sujet pour s’y soustraire », selon le docteur Goodman. Etre accroché à son smartphone comme le fumeur à son paquet de cigarettes, stressé à l’idée d’être hors zone, s’isoler derrière son écran à n’en plus déjeuner avec ses collègues ou jouer en oubliant l’ami présent, sont des signes qui ne trompent pas.

Comment différencier technodépendance et comportement addictif ?

La première relève plus d’un processus d’usage chronique et le second d’une souffrance ou pathologie, mais les frontières s’avèrent perméables. La technodépendance est liée à une astreinte numérique acceptée ou imposée. Il faut être notamment attentif aux signaux d’alarme tels que lire ses textos au volant ou relever ses messages en faisant l’amour – selon les pays, cela concerne plus de 10 % des couples ! Un comportement addictif, lui, est davantage lié à une seule pratique numérique obnubilante – un jeu ou le cybersexe par exemple – qui devient pathologique malgré les conséquences néfastes.

Pourquoi ce « besoin » d’omniprésence virtuelle ?

Dès notre naissance, nous sommes dépendants à l’information. Elle est vitale et doit être instantanée : « Où se trouve la personne qui me nourrit ? » et, en cas de peur, « où est celle qui me protège ? » L’humain est un être social : le psychiatre Patrick Lemoine observe qu’un poussin est terrorisé s’il n’entend plus ses congénères. Ainsi, sur Twitter, les adolescents « gazouillent-ils » des « Ça va ? Oui moi ça va, et toi ? Moi ça va »… ad libitum ! La nomophobie (peur excessive d’être séparé de son smartphone) peut s’emparer de son propriétaire. Et même virer au FOMO (Fear Of Missing Out), cette peur constante de manquer une nouvelle importante et de ne pas pouvoir interagir.

Le travail contribue-t-il à développer cette dimension addictive ?

Voir et… être vu ! Il est vital de montrer que l’on existe. Et, pour cela, il faut être informé. Dans le monde du travail, ce besoin psychologique est doublé d’une obligation, car on est rémunéré pour savoir, parfois en croyant devoir tout savoir. Il peut être triplé par la compétition en vue de garder son emploi ou d’obtenir une promotion. Les objets, smartphones ou tablettes, sont de plus en plus attractifs : ils captivent, captent puis… capturent. L’environnement de travail 3.0 est sans limite, si un minima de droit à la déconnexion n’est pas clairement instauré. Avant le numérique, le workaholisme (addiction au travail) était limité : on ne pouvait ni joindre ni être joint par ses collègues 24 heures sur 24. Aujourd’hui, c’est possible. Récemment, une responsable informatique me disait : « J’adore les vols long courrier, car c’est le dernier endroit où je suis injoignable pendant dix heures. » L’addictivité est multidimensionnelle. Abus numériques, travail excessif, stress chronique ou addiction : quand on dépasse les limites, chaque élément entraîne les autres.

Quels sont les effets pervers de l’hyperconnexion ?

Le numérique supprime les limites d’horaires, affecte la qualité de vie au travail et accentue le surengagement. Pour faire un parallèle, trois risques-clés se développent : le manque de sommeil, le statisme (ne plus bouger de son écran) et l’hyperexcitation mentale. Pour le seul manque de sommeil, les risques sont multiples : l’épuisement, le stress chronique et/ou la dépression peuvent conduire au burn-out. Physiquement, le risque d’accident vasculaire cérébral quadruple et les variations de poids s’accentuent.

Peut-on sortir de l’excès numérique ?

Habitudes excessives, technodépendance ou addiction… il est toujours possible de se sortir de la spirale des conduites chroniques ou addictives. Plus ou moins facilement. Si le temps d’usage numérique personnel est compris entre trois et cinq heures, un risque addictif existe. Au-delà de cinq heures, cette activité, si elle n’a rien de ponctuelle, ne peut se faire qu’au détriment de sa vie sociale réelle, de ses temps de sommeil ou de travail. Si vous êtes dans le rouge, inversez le curseur en appelant vos proches, en programmant des sorties… pour du plaisir en vrai ! L’addictif qui souffre doit consulter un thérapeute : plutôt prévenir le burn-out numérique avant qu’il ne survienne. Si l’excès (ou sa conséquence) est identifié, il faut le mesurer : de l’addiction au smartphone au stress numérique, des autotests de plus en plus fiables existent permettant de définir les « soins » appropriés. Article de Marlène Duretz - Journaliste au Monde

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Hyperconnexion écranique. Selon une étude réalisée dans 30 pays et auprès de 120 000 personnes par le cabinet Millward Brown, nos yeux sont (sur)exposés aux écrans près de sept heures par jour dont deux heures et vingt-sept minutes en moyenne derrière celui du smartphone et une heure et quarante-huit minutes sur l’ordinateur portable. En France, cette durée d’exposition friserait les cinq heures et trente minutes quotidiennes.

Toutes ondes dehors. Aucun risque que la population de Green Bank, en Virginie occidentale (Etats-Unis), entretienne le même rapport compulsif. Le four à micro-ondes comme le smartphone y sont interdits de séjour car les émetteurs d’ondes viendraient à perturber les travaux du National Radio Astronomie Observatory, le plus grand radiotélescope mobile au monde.

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5 février 2016

#je suiscirconflexe

5 février 2016

Vis ma vie sans cash

Génération dématérialisée ? Très peu pour eux. Ils sont à peine adultes et sont nés dans une France droguée à la « carte bleue », mais l’argent, ils l’aiment sonnant et trébuchant. « J’aime bien avoir du cash, affirme Germain Marchand, 21 ans, étudiant en statistiques. Avant, j’avais une carte bloquée et mes parents ne mettaient pas beaucoup de sous dessus. J’ai été traumatisé par les refus de la machine quand je voulais payer. »

Pour Pierre Dard, 24 ans, analyste en fusion-acquisition, c’est une affaire de famille : « Ma grand-mère m’a toujours dit : “Il faut toujours que tu aies des espèces sur toi pour rentrer en taxi si tu te perds ou pour payer une conversation téléphonique dans un hôtel si tu es en danger.” » Un conseil qu’il suit toujours.

Cela ne va pas dans le sens de l’histoire : les Français utilisent de moins en moins de billets et d’espèces, qu’on appelle la monnaie fiduciaire. Seul un paiement sur deux se fait désormais en cash, selon la Fédération bancaire française. Le volume de retraits n’a représenté que 6 % du PIB en France en 2014, à peine plus qu’en Suède (5,4 %), pays modèle pour la dématérialisation des paiements dans lequel beaucoup de commerces n’acceptent pas le liquide.

« Le niveau d’usage n’est déjà pas très élevé. La France est l’un des pays de la zone euro où l’usage de la carte bancaire est le plus développé », explique Alain Gerbier, directeur des activités fiduciaires à la Banque de France. Et le phénomène s’amplifie : les paiements électroniques – CB, virement, prélèvement, tout ce qu’on appelle la monnaie scripturale – progressent « de 5 % à 6 % par an depuis 2000 » en nombre de transactions, selon Alexandre Stervinou, responsable des activités scripturales à la Banque de France.

« Je n’ai jamais de cash »

Selon le GIE cartes bancaires, un groupement d’intérêt économique qui comprend 130 prestataires de services de paiement, les Français ont effectué 6,5 % de paiement par carte supplémentaire en 2014 (9,14 milliards d’opérations) par rapport à 2013. Alors que les retraits n’ont augmenté que de 0,6 % (1,54 milliard d’opérations).

« JE DÉTESTE LES PIÈCES, JE N’AI PAS DE PORTEFEUILLE »

Visiblement, le sujet divise. « On est en 2016, stop les billets et autres aberrations ! » s’amuse ainsi Charles Diruit, 23 ans, diplômé en communication. « Je déteste les pièces, je n’ai pas de portefeuille, affirme Arthur Briquet, 25 ans, cadre dans une start-up. Ce n’est même plus un accessoire qu’on a, non ? J’ai un porte-cartes. Dès que j’ai des pièces, je les mets dans une petite boîte le soir. Je n’ai jamais de cash. »

Mais pour acheter une baguette dans cette boulangerie parisienne, située près de Montparnasse, impossible de payer en CB. « C’est 5 euros minimum, répond Thamila, derrière la caisse. Je ne sais pas pourquoi, c’est la direction qui nous dit ça. » Impossible aussi dans cette épicerie de quartier, où le caissier répond, d’un ton agressif : « On n’a pas de machine. Elle est abîmée depuis trois mois. » Dans ce kiosque à la sortie du métro, non plus. Vu la commission que prend la banque, ce n’est pas intéressant, estime Nidhal (les commerçants ont souhaité garder l’anonymat).

Dans son tabac, le quadragénaire Makouf explique pourquoi il ne prend pas la carte à moins de 20 euros. « On travaillerait pour rien, pour la gloire. Ça m’arrangerait de ne pas avoir d’espèces, on perd du temps à les compter le soir, à rendre la monnaie. Mais je paye à la banque une commission de 0,6 % pour les achats par carte. Or, sur les timbres et les carnets de métro, je ne prends déjà que 2 % de marge. »

Pour les petits commerçants, « le cash est disponible tout de suite, sans commission », explique M. Gerbier, de la Banque de France. Cette commission commerciale prélevée par les établissements bancaires est particulièrement dissuasive sur les petits montants, car elle peut comporter à la fois une part fixe et un pourcentage de la transaction. Le ministère des finances leur a donc demandé de diviser par deux cette part fixe, en la faisant passer de 10 à 5 centimes. Par ailleurs, en décembre 2015, un règlement européen a fait passer la commission interbancaire (payée par la banque du commerçant à celle du porteur) de 0,28 % à 0,23 % de la valeur de transaction, en moyenne.

Blanchiment et fraude

« Au quotidien, pouvoir payer par carte quand on le souhaite, c’est un progrès, s’est félicité le ministre des finances, Michel Sapin, le 18 janvier. La baisse des frais facturés aux commerçants doit se matérialiser comme convenu d’ici à la fin du premier trimestre 2016, pour que les commerçants n’aient plus de raison de refuser les paiements par carte bancaire au premier euro. »

Bercy travaille avec ferveur au recul de l’argent liquide, intraçable et qui facilite donc le blanchiment et la fraude. « C’est une pratique très courante, pour ne pas dire universelle, confirme le buraliste Makouf. Le cash permet de faire du black. Dans l’alimentation, c’est incontrôlable : vous pouvez dire que vous avez perdu la moitié de la marchandise ou que c’est périmé… »

Un spécialiste du fiduciaire confirme : « Imaginez, dans une boulangerie, les plus beaux gâteaux à 50 euros. Vous en préparez cinq. Tiens, où est le cinquième gâteau ? “Ah, je l’ai fait tomber, il est à la poubelle”, répond votre employé… qui a mis 50 euros dans sa poche. »

Les banques aussi vantent les mérites de la carte bleue. Les espèces leur coûtent cher : il faut un local technique sécurisé dans les agences, payer les prestations, dangereuses, du transporteur de fonds avec homme armé. Or, elles ne facturent pas la gestion des espèces au commerçant, contrairement à la carte de crédit.

Aux commerçants, elles affirment qu’une utilisation généralisée de la CB leur reviendrait moins cher, malgré la commission. « Pour un commerçant, le coût de gestion des espèces n’est pas tangible : il est lié au temps perdu à compter la caisse, à préparer sa remise pour la banque, à se déplacer pour effectuer ladite remise, mais aussi pour demander des rouleaux de pièces… Sans parler du risque associé au transport, en pleine rue, de sommes parfois significatives », argumente Bruno Delemotte, directeur du marché des professionnels du Crédit du Nord.

Ce calcul, les grandes enseignes l’ont fait : « Trente secondes par client pour des réseaux comme McDonald’s ou Relay, c’est énorme en heure de pointe, ce sont des clients en plus. » D’ailleurs, la grande distribution promeut désormais le paiement sans contact, qui accélère le passage en caisse. Plus de la moitié des cartes de crédit disposent de cette technologie, mais seules 20 % d’entre elles ont été utilisées de cette manière en 2014, selon le GIE cartes bancaires.

Le cash reste néanmoins le moyen de paiement indispensable des populations sans accès aux produits sophistiqués des banques – par exemple les titulaires de prestations sociales qui n’ont pas de CB, ou seulement une carte de retrait. La disparition du liquide n’est donc pas pour tout de suite. C’est encore le seul moyen de jouer à pile ou face… ou de donner une pièce dans le métro.

Article de Jade Grandin de l'Eprevier

4 février 2016

Le nivellement par le bas !

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