Au Kremlin, « le coronavirus a tout gâché »
Par Sylvie Kauffmann, Editorialiste au « Monde »
Effondrement des cours du pétrole, pic épidémique attendu en mai, référendum et défilés patriotiques reportés sine die… La crise mondiale met à mal bien des plans de Vladimir Poutine, observe Sylvie Kauffmann, éditorialiste au « Monde », dans sa chronique.
Ce mercredi 22 avril devait être un grand jour pour Vladimir Poutine. Appelés aux urnes pour un vote qui avait tout l’air d’un plébiscite, les Russes devaient approuver le projet de réforme constitutionnelle concocté par leur président pour lui permettre de rester au pouvoir jusqu’en 2036. L’onction de la légitimité populaire n’était pas juridiquement indispensable, mais dans ce type de démarche, elle ne fait jamais de mal.
Le coronavirus a tout gâché. Avec un peu de retard sur l’Europe de l’Ouest, l’épidémie a gagné la Russie, où l’on s’attend maintenant à un pic en mai.
Sagement, le vote a donc été reporté. Aucune nouvelle date n’a été fixée : à Moscou pas plus qu’à Paris, personne ne peut dire à quel stade un scrutin pourra se tenir en toute sécurité sanitaire. L’incertitude économique est plus grande encore – qui a envie d’organiser un plébiscite quand le chômage est au plus haut et les revenus au plus bas ?
Car une autre catastrophe se profile pour la Russie. Si la nouvelle de l’effondrement du prix du baril de pétrole américain WTI, passé en dessous de zéro dollar lundi, a secoué Washington, elle a dû donner des sueurs froides au Kremlin. Pour la Russie, dont l’économie, très dépendante des revenus de ses hydrocarbures, était déjà stagnante avant cette crise, la perspective d’une chute durable des cours du pétrole est désastreuse : le budget russe est calculé sur la base d’un baril à 42,50 dollars.
Le Covid-19 n’est pas le seul coupable. Cet effondrement résulte aussi d’une erreur de jugement du pouvoir russe qui, allié à l’Arabie saoudite cet hiver, a voulu tuer les compagnies pétrolières du schiste américain en se lançant dans une violente guerre des prix. L’alliance entre Riyad et Moscou, cependant, n’a pas tenu, entraînant un dérèglement du marché et une douloureuse chute du cours du baril au-dessous de 30 dollars. Fin mars, Donald Trump a négocié un cessez-le-feu avec Vladimir Poutine et le leader saoudien Mohammed Ben Salman, mais les forces du marché, déchaînées par la pandémie qui a fait chuter la demande mondiale, sont en train d’imposer leur loi à la diplomatie.
Traumatisé par le souvenir des années 1990
Tout cela tombe au plus mauvais moment pour la Russie et pour le président Poutine qui avait annoncé, en janvier, un plan d’investissements publics, notamment dans le domaine social, censé lui regagner les faveurs d’une population usée par des années de déclin des revenus des ménages.
La Russie, souligne l’économiste russe Sergueï Gouriev, professeur à Sciences Po, dispose d’un important fonds souverain, équivalent à 10 % ou 12 % de son produit intérieur brut (PIB). « Elle a donc à peu près deux ans devant elle avant de devoir aller emprunter sur les marchés », dit-il.
Mais M. Poutine, traumatisé par le souvenir des années 1990, lorsque la Russie de Boris Eltsine, exsangue, avait dû recourir à l’aide internationale, répugne à toucher à cette cagnotte. Pourra-t-il résister longtemps ? Les deux tiers des Russes n’ont pas d’épargne, estime un expert de l’opposition : « S’ils ne touchent plus de salaire, ils ne mangent pas. » Les réserves dont dispose le pouvoir, note-t-il, « c’est de l’argent mis de côté pour les mauvais jours, et les mauvais jours sont là. Malheureusement, le gouvernement russe n’agit pas toujours dans l’intérêt de ses citoyens ».
Valider « le récit historique russe »
Autre dégât collatéral du coronavirus : le Kremlin a dû reporter les cérémonies du 75e anniversaire de la victoire de la seconde guerre mondiale, prévues le 9 mai à Moscou.
Vladimir Poutine attendait beaucoup de cet événement, pour lequel il avait réussi à attirer plusieurs dirigeants étrangers, dont le président Emmanuel Macron : c’était pour lui une façon de valider le « récit historique russe », analysait récemment Dmitri Souslov, de l’Ecole supérieure d’économie à Moscou, dans une visioconférence organisée par l’European Council on Foreign Relations, un institut de recherche paneuropéen. Il tient donc à organiser cette parade à une autre date, mais qui a envie de faire partie, en ces temps de virus mondialisé, d’un aréopage de dignitaires alignés côte à côte sur la place Rouge, comme au bon vieux temps ?
Le président russe place plus d’espoir dans la proposition qu’il a formulée en janvier à Jérusalem, de même que le président Macron, de réunir un sommet des leaders des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (ONU), les « P5 ».
La santé de l’ONU n’est en ce moment guère plus florissante que celle du reste du monde, mais M. Poutine a écemment été en contact avec MM. Trump et Macron : les prodiges de la visioconférence vont peut-être, finalement, lui permettre de s’essayer au leadership mondial.
Monde bipolaire sino-américain
La configuration du monde postcoronavirus que certains entrevoient risque de ne pas lui faciliter la tâche. Comme l’Europe, la Russie aura du mal à trouver sa place dans un monde bipolaire sino-américain, avec une Chine plus forte et des Etats-Unis plus faibles.
Analyste au centre de recherche américain Carnegie, Dmitri Trenine relève que M. Poutine a cherché à renouer avec les Etats-Unis ces dernières semaines, comme il l’a fait lors de chaque grosse crise internationale, après les attentats du 11 septembre 2001 ou pendant l’offensive de l’organisation Etat islamique en 2015.
Mais pour la plupart des experts de la Russie, on aurait tort d’attendre un revirement de la politique étrangère russe à la faveur de la crise du Covid-19. La guerre de l’information que livre le Kremlin aux Etats-Unis s’en trouve même intensifiée, et la pandémie n’a rien changé au conflit sur l’Ukraine, de première importance pour Moscou. Tout au plus peut-on espérer, disent-ils, une baisse momentanée de l’activité militaire russe en Syrie et en Libye.
Après tout, a rappelé Vladimir Poutine à ses compatriotes le 8 avril, « tout passe, et ceci passera. Notre pays a affronté bien des défis majeurs – et la Russie les a tous surmontés. Nous vaincrons cette épidémie ». Les Russes en ont vu d’autres : nul ne le contestera sur ce point.
Poutine donne les « pleins pouvoirs » aux régions contre le Covid-19
Décision rare de l’hyper Président russe : la délégation, aux gouverneurs des provinces, de la gestion de la lutte contre le coronavirus.
De notre correspondante en Russie, Nathalie Ouvaroff
La verticale du pouvoir, base de la gouvernance de Vladimir Poutine, n’a pas résisté au coronavirus. Le chef de l’État russe est contraint de donner davantage de pouvoirs de gestion aux gouverneurs des régions.
Dans un discours à la nation qui sonne comme un aveu d’impuissance, le chef de l’État russe a fait savoir à son peuple que la bataille contre la maladie était pour ainsi dire « régionalisée ».
Alors qu’il se taisait depuis l’annonce, à la surprise générale, d’une semaine de congés payés pour lutter contre la pandémie, Vladimir Poutine n’a pas annoncé, comme nombre de chefs d’État, l’instauration de l’état d’urgence mais un renforcement des pouvoirs des gouverneurs de provinces, qui seront désormais habilités à prendre toutes les décisions en accord avec un conseil ad hoc, chargé de la lutte contre l’épidémie près du Président.
Les gouverneurs auront la haute main sur toutes les questions sanitaires : hôpitaux, approvisionnement en médicaments et en moyens de protection pour les soignants et la population. Ils pourront également, avec l’aval des autorités sanitaires régionales, durcir ou assouplir les mesures de confinement et, bien entendu, les punitions pour les contrevenants.
Les chefs de région auront également les pleins pouvoirs, quant à l’infrastructure : arrêt des transports en commun, des trains, des transports fluviaux, des déplacements de population entre les différentes régions. Enfin, ils devront veiller sur la situation économique des régions dont ils ont la charge : empêcher les pénuries, le marché noir, la hausse de la criminalité, de l’alcoolisme.
L’unité russe en danger
La Fédération de Russie, qui comptait, au 1er janvier 2019, 146 millions habitants, recense, avec la Crimée, 22 « républiques kraï » (territoires administratifs), 48 « oblasts » (régions administratives) et trois villes d’importance fédérale : Moscou, Saint-Pétersbourg et Sébastopol. La région la plus peuplée est le Bachkortostan (quatre millions d’habitants) et la moins peuplée, l’Altaï (200 000). Reste que les régions de Russie sont très inégalement développées et que nombreuses sont celles qui, sur le plan sanitaire, ne sont absolument pas préparées à assumer le poids d’une pandémie. Dans ce contexte, cette « régionalisation » risque d’avoir des conséquences gravissimes et peut-être, à terme, remettre en question la Fédération de Russie comme un État unitaire.
Vladimir Poutine se voit bien rester au pouvoir jusqu'en 2036
Vladimir Poutine va-t-il se maintenir au pouvoir en Russie jusqu'en 2036 ? Le président russe a obtenu cette autorisation du Parlement ce mardi avec l'adoption d'un amendement qui, dans le cadre de sa réforme de la constitution, permettrait de «réinitialiser» le compteur limitant à deux les mandats présidentiels successifs. Ce qui tomberait bien, puisque Poutine est actuellement dans son deuxième mandat, qui doit s'achever en 2024. En effet, alors que la réforme confirme qu'il n'est pas possible d'exercer plus de deux mandats au pouvoir, cet amendement prévoit que les personnes ayant déjà présidé ou présidant actuellement (Poutine, donc) ne sont pas concernées, puisqu'il s'agirait en quelque sorte d'un «nouveau départ» constitutionnel. Selon lui, il reviendra à la Cour constitutionnelle de décider si cet amendement est constitutionnel, et aux citoyens russes de le confirmer lors d'un vote national le 22 avril dont les contours restent à définir. Si tel est le cas, Poutine pourrait à nouveau enchaîner deux mandats et garder le pouvoir jusqu'en 2036.
Commémorations de la libération d’Auschwitz : la bataille des mémoires entre Russie et Pologne
Par Romain Su, Varsovie, correspondance, Benoît Vitkine, Moscou, correspondant
A Moscou comme à Varsovie, les dirigeants instrumentalisent l’histoire de la seconde guerre mondiale à des fins nationalistes.
La célébration du 75e anniversaire de la libération du camp d’extermination nazi d’Auschwitz en Pologne aurait dû faire l’unanimité dans le recueillement et l’unité. Organisée jeudi 23 janvier par le Mémorial de Yad Vashem, en Israël, elle vire à la foire d’empoigne entre deux Etats dont les dirigeants ont fait de la lecture nationaliste de l’histoire une arme politique.
Le premier d’entre eux, Vladimir Poutine, engagé dans une croisade visant à réécrire le rôle de l’Union soviétique dans la guerre, va-t-il profiter de la tribune offerte par Israël pour tenir de nouveaux propos polémiques ? Le second, Andrzej Duda, sera absent ; le président polonais, qui n’a pas été désigné comme orateur, contrairement à son homologue russe, boude les cérémonies en signe de protestation.
Quatre jours plus tard, à Auschwitz, où plus d’un million de personnes ont été exterminées, la configuration sera inverse pour les traditionnelles commémorations de la libération du camp. Mais M. Poutine n’a pas été invité.
La bataille est politique plus que mémorielle. Le retrait polonais des célébrations de Jérusalem a été ressenti à Moscou comme une victoire. Il suffit pour s’en convaincre de lire la note rédigée sur le sujet par l’Institut russe pour les études stratégiques, un think tank lié au Kremlin. Dans un texte intitulé « La Pologne a perdu la dispute mémorielle avec la Russie », l’auteure assure que « Moscou a lancé dès décembre [2019] une frappe préventive dans ce conflit lancé par Varsovie ».
En réalité, la stratégie de Moscou relève plus du tapis de bombes, tant le thème de la seconde guerre mondiale a mobilisé ces dernières semaines les responsables russes. A commencer par le premier d’entre eux, Vladimir Poutine, qui promettait encore, samedi 18 janvier, de « fermer leurs sales bouches à ceux qui essaient de tordre l’histoire ».
Monologue de Poutine
Le président russe a multiplié les interventions publiques visant, en premier lieu, à relativiser la portée du pacte Ribbentrop-Molotov de 1939, dont le protocole secret entérinait le partage de l’Europe orientale entre Berlin et Moscou, en le mettant sur le même plan que d’autres accords passés par l’Allemagne nazie, à commencer par les accords de Munich de 1938 entre la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie. Cette obsession n’est pas nouvelle, et une loi de 2014 a même permis de poursuivre des internautes qui avaient critiqué le pacte.
L’essentiel du discours de M. Poutine a surtout consisté à dénoncer le rôle supposé de la Pologne dans le déclenchement de la guerre. Le 20 décembre 2019, lors d’une rencontre avec ses homologues de la région, le président russe a tenu un monologue d’une heure pour rappeler que Varsovie avait participé au « dépeçage » de la Tchécoslovaquie et y avait conduit des « attaques terroristes ».
Quelques jours plus tard, il qualifiait l’ambassadeur polonais dans le Berlin d’avant-guerre de « cochon antisémite » pour avoir exprimé son soutien à une proposition de relocalisation des juifs d’Europe en Afrique. Jozef Lipski est connu pour avoir aidé des juifs à fuir l’Allemagne. « Ce qui pose problème, c’est l’interprétation et le choix des documents retenus », explique l’historien Sergueï Radtchenko, de l’université de Cardiff.
Varsovie a d’abord été pris de court, et ce n’est que neuf jours plus tard que la réponse du premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, traduite pour l’occasion en anglais et en russe, a été publiée. En y insistant sur la place singulière de la Pologne comme « première victime de la guerre », « premier pays à avoir vécu l’agression armée de l’Allemagne hitlérienne et de la Russie soviétique » et « premier Etat à se battre en défense de l’Europe libre », il a rappelé deux piliers du discours historique polonais sur la seconde guerre mondiale : d’un côté, l’équivalence entre nazisme et communisme et, de l’autre, le rejet de tout autre rôle, pour les Polonais, que celui de victime ou de héros.
Politisation du récit historique
Cette vision promue par la droite au pouvoir, qui n’est pas exempte de considérations politiques, revient à minorer la portée des crimes commis contre les juifs et l’attitude de certains civils ou groupes armés à l’égard des juifs.
Vendredi 17 janvier, le ministère russe de la défense publiait une nouvelle série de documents « déclassifiés » évoquant le soutien apporté par les troupes soviétiques à l’insurrection de Varsovie, en 1944, à rebours de la lecture historique voulant que l’Armée rouge a laissé la résistance polonaise se faire exterminer avant d’intervenir. Il y est aussi question de « l’élimination [par la Résistance polonaise] des Ukrainiens et des juifs encore présents dans la ville » et de l’aide « désintéressée » apportée à la Pologne d’après-guerre.
« LA LÉGITIMITÉ DU POUVOIR RUSSE, QUE CE SOIT EN INTERNE OU SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE, EST EN GRANDE PARTIE BÂTIE SUR LE RÉCIT DE LA VICTOIRE », RAPPELLE L’ANCIEN DIPLOMATE VLADIMIR FROLOV
La politisation du récit historique par le pouvoir russe est tout sauf une nouveauté. Les périodes tsaristes comme soviétiques sont lues uniquement au prisme de la grandeur nationale ou de l’opposition à l’Occident. La Grande Guerre patriotique, comme les Russes appellent la seconde guerre mondiale, fait ici figure d’étalon suprême.
Leader du « camp du bien », auquel l’Union soviétique a sacrifié 27 millions de ses citoyens, Moscou ne peut par principe avoir fauté. La période des répressions staliniennes fait depuis quelques années l’objet d’une réécriture et d’une atténuation. Une organisation comme Memorial, spécialisée dans l’étude de ce passé, est désignée comme ennemie et assommée d’amendes par les tribunaux.
Montée des tensions
Cette nouvelle montée de tensions ne s’explique pas seulement par la mise en concurrence de deux récits visant à effacer toute lecture critique de l’histoire.
Côté russe, l’adoption par le Parlement européen, en septembre 2019, d’une résolution sur la « mémoire européenne », qui mettait sur un pied d’égalité communisme et nazisme, a incontestablement joué un rôle, quand bien même cette résolution a elle-même été motivée par la nervosité suscitée, à Varsovie et dans les Etats baltes, par le révisionnisme russe au sujet du goulag ou du massacre des officiers polonais de Katyn. A la veille d’une année de commémorations (le 75e anniversaire de la victoire doit être célébré en 2020), M. Poutine y a en tout cas vu une insulte… et un danger.
« La légitimité du pouvoir russe, que ce soit en interne ou sur la scène internationale, est en grande partie bâtie sur le récit de la victoire et les gains géopolitiques de l’après-guerre, rappelle Vladimir Frolov, ancien diplomate et analyste. Vladimir Poutine se souvient de l’erreur commise par Mikhaïl Gorbatchev lorsque celui-ci a ouvert la discussion sur les crimes de Staline et son alliance avec Adolf Hitler, contribuant à saper la légitimité soviétique dans le pays et en Europe orientale. »
Andreï Kolesnikov, du centre Carnegie, ajoute à cela une nuance : « La Pologne a l’audace de revendiquer son rôle d’acteur indépendant et sa souveraineté, tandis que selon les représentations historiques russes, elle n’est qu’un tampon entre l’Ouest et l’Est. » De façon plus pragmatique, le chroniqueur de Bloomberg Leonid Bershidsky note aussi que la Pologne constitue une cible opportune, de par sa vulnérabilité. Non seulement Varsovie entretient une relation houleuse avec Bruxelles, mais la Pologne est aussi engagée dans d’autres conflits mémoriels, sur la seconde guerre mondiale, avec Israël.
En 2018, l’opinion publique internationale avait ainsi été marquée par l’adoption d’une loi –retirée au bout de quelques mois – punissant de prison l’attribution à la Pologne d’une responsabilité dans la Shoah ou d’autres crimes de guerre.
Cet épisode, comme la présence de nombreux russophones sur le sol israélien ou encore les calculs politiques du premier ministre Benyamin Nétanyahou contribue à offrir à la position russe, pourtant très similaire à celle de la Pologne dans sa construction et ses objectifs, une certaine bienveillance de l’actuel gouvernement israélien.
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Auschwitz (en allemand : Konzentrationslager Auschwitz « camp de concentration d'Auschwitz ») est le plus grand complexe concentrationnaire du Troisième Reich, à la fois camp de concentration et camp d'extermination. Il est situé dans la province de Silésie, à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de Cracovie, sur le territoire des localités d'Oświęcim (Auschwitz en allemand) et de Brzezinka (Birkenau en allemand), annexées au Reich après l'invasion de la Pologne en septembre 1939.
Le camp de concentration, dirigé par les SS, est créé le 27 avril 1940 à l'initiative de Heinrich Himmler1 ; il est complété par un camp d’extermination (dont la construction démarre à la fin de 1941) et par un second camp de concentration destiné au travail forcé (créé au printemps 1942). Ces camps sont libérés par l'Armée rouge le 27 janvier 1945.
Russie - En réformant la Constitution, Poutine jette les bases d’un pouvoir à vie
COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)
L’annonce par Vladimir Poutine d’un train de réformes constitutionnelles, immédiatement suivie de la démission du Premier ministre Dmitri Medvedev, est interprétée par ses opposants et de nombreux observateurs comme la mise en place d’un système institutionnel destiné à lui assurer le pouvoir à vie.
“Un coup de tonnerre dans un ciel clair.” C’est ainsi qu’un ministre russe, aussi surpris que ses compatriotes, a décrit les multiples rebondissements de la journée de mercredi. En l’espace de quelques heures, Poutine a annoncé une vaste révision constitutionnelle, accepté la démission de Medvedev et nommé un nouveau Premier ministre, Mikhaïl Michoustine – un technicien inconnu du grand public.
En proposant de redéfinir l’équilibre entre le président – aujourd’hui tout-puissant – et le Parlement, “Vladimir Poutine a dessiné une nouvelle architecture du pouvoir, sans pour autant y définir sa place”, se bornant à confirmer qu’il quitterait son poste en 2024, comme l’exige la Constitution, écrit Le Temps.
“Les commentateurs de la vie politique russe s’accordent sur le fait que Vladimir Poutine compte dans tous les cas conserver une fonction prédominante dans la verticale du pouvoir qu’il a construit et remodèle à sa guise”, poursuit le quotidien. “La fonction reste aujourd’hui dissimulée, tandis que l’identité est connue de tous.”
Un avis partagé par Mikhaïl Kassianov, un ancien Premier ministre de Poutine passé depuis dans l’opposition, cité par le site de RFE-RL. “Ce qu’il faut retenir de ce discours, c’est que Poutine n’est pas près de partir et qu’il essaie de le dissimuler avec un présumé renforcement du rôle de la Douma et du Conseil fédéral”, dit-il.
Le fait que les réformes annoncées rognent le pouvoir présidentiel semble confirmer que Poutine chercherait une façon de garder le contrôle du pays en occupant une autre fonction, selon le Washington Post.
“Bien que certains de ses opposants assurent qu’il pourrait quand même essayer de rester président, d’autres voient les annonces de mercredi comme la mise en place d’un transfert de pouvoir plus sophistiqué”, analyse le quotidien.
Multiples scénarios
Toutes les hypothèses étant sur la table, chacun y va de son scénario.
Dans une colonne d’opinion pour l’agence Bloomberg, Leonid Bershidsky identifie trois voies possibles pour Poutine : “L’une serait de devenir Premier ministre avec des pouvoirs renforcés et de rester indéfiniment. Une autre serait d’essayer de diriger le pays depuis la présidence du Parlement. La troisième serait de gouverner depuis les coulisses, comme chef du parti majoritaire au Parlement – à la manière dont Jaroslaw Kaczynski, leader du parti Droit et justice, gouverne la Pologne”.
Cette dernière option est qualifiée de “probable” par le New York Times. Le quotidien rappelle qu’elle a aussi été appliquée avec succès par Noursoultan Nazarbaev lorsqu’il était président du Kazakhstan : “II a pris la tête du parti majoritaire et adopté le nouveau titre de ‘leader du peuple’.”
Dans son analyse, le Moscow Times cite Tatiana Stanovaïa, du Carnegie Moscow Center, qui penche plutôt pour une prise de contrôle du Conseil d’État, une institution qui pourrait étendre son emprise à tous les niveaux de pouvoir, “des gouverneurs à l’administration présidentielle, en passant par les ministres et les siloviki – ces responsables liés aux forces de police”.
Selon elle, un tel poste offrirait à Poutine “une grande capacité de contrôle, tout en le libérant des problèmes quotidiens”.
The Economist considère pour sa part que la fonction de Poutine à l’avenir importe peu, la Russie n’étant pas “une vraie démocratie”. Il pourrait tout aussi bien être président de l’Association nationale de bridge – seul poste officiel de Deng Xiaoping à la fin de sa vie, alors qu’il dirigeait encore la Chine, rappelle le magazine, non sans ironie. Il déplore en revanche le silence de l’Occident face à ces manœuvres.
“Il fut un temps où les États-Unis auraient protesté contre une telle manipulation des règles. Pas sous Donald Trump. Le président américain ne cache pas son admiration pour les hommes forts”, écrit le titre britannique. “Et voir M. Poutine s’accrocher au trône ne suscitera probablement qu’un murmure de l’Union européenne, effrayée par l’essor de la Chine et dépendante du gaz russe.”
“Les autocrates du monde entier suivront avec intérêt les développements à Moscou, pour voir si M. Poutine peut leur donner des idées utiles pour prolonger leurs propres mandats, poursuit le magazine. Quant aux démocrates, leur seule consolation est que même les dirigeants à vie ne sont pas éternels.”
Moscou déploie le missile hypersonique Avangard, son « arme absolue »
La Russie a annoncé vendredi la mise en service de ces engins hypersoniques, capables selon elle de surpasser n’importe quel bouclier antimissile existant.
Ces armes sont vantées par le président russe, Vladimir Poutine, comme « pratiquement invincibles ». Moscou a annoncé, vendredi 27 décembre, la mise en service de ses premiers missiles hypersoniques Avangard.
Ce système fait partie d’une nouvelle génération d’engins capables, selon les autorités russes, d’atteindre une cible quasiment partout dans le monde et de surpasser n’importe quel bouclier antimissile existant, tel que le système déployé par les Etats-Unis en Europe.
« Le ministre de la défense Sergueï Choïgou a rapporté au président Poutine la mise en service à 10 heures, heure de Moscou, du premier régiment équipé des nouveaux systèmes stratégiques hypersoniques Avangard », a indiqué le ministère dans un communiqué. M. Choïgou a « félicité » les militaires, jugeant que ce déploiement était « un événement fantastique pour le pays et pour les forces armées ».
En décembre 2018, Moscou avait annoncé que le premier régiment de missiles Avangard serait déployé dans la région d’Orenbourg, dans l’Oural.
Système de missile intercontinental
L’Avangard file selon Moscou à une vitesse de Mach 20 et est capable d’atteindre Mach 27 – soit vingt-sept fois la vitesse du son et plus de 33 000 kilomètres par heure. Il est capable de changer de cap et d’altitude, selon M. Poutine.
Ce dernier avait comparé les missiles Avangard, testés avec succès en décembre 2018 avec une portée de 4 000 km, « à la création du premier satellite artificiel de la Terre », une référence au Spoutnik lancé en 1957, qui avait symbolisé l’avance technologique de l’Union soviétique sur les Etats-Unis en pleine guerre froide.
« C’est un système de missile intercontinental, pas balistique. C’est l’arme absolue », s’était félicité le président russe en juin 2018. « Je ne pense pas qu’un seul pays dispose d’une telle arme dans les années qui viennent. Nous l’avons déjà », avait-il ajouté, alors que les relations avec les Occidentaux sont au plus bas.
Une autre arme vantée comme « invincible » par Vladimir Poutine, le missile lourd balistique intercontinental de cinquième génération Sarmat, doit être livré aux forces armées en 2020. Il n’aurait « pratiquement pas de limites en matière de portée » et serait « capable de viser des cibles en traversant le pôle Nord comme le pôle Sud ».
Parmi les autres systèmes en développement figurent un drone sous-marin à propulsion nucléaire, des missiles hypersoniques destinés aux chasseurs russes ou encore un mystérieux « laser de combat ».
« Nouvelle course aux armements »
L’annonce de l’arrivée des Avangard dans l’armée russe intervient alors que Moscou et Washington ont suspendu cette année leur participation au traité bilatéral de désarmement FNI (traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire), datant de la guerre froide. La question de l’avenir du traité Start de réduction des arsenaux nucléaires, qui arrive à échéance en 2021, est également en question.
La Russie accuse les Etats-Unis de chercher à rompre les accords existants pour parvenir à son « épuisement économique » par « une nouvelle course aux armements », dans laquelle elle assure ne pas vouloir se lancer.
Elle a pourtant multiplié les annonces dans ce domaine, disant notamment vouloir adapter d’ici à deux ans ses systèmes marins Kalibr, utilisés pour la première fois en opération en 2015 en Syrie, en variante terrestre.
Elle a également dévoilé, à la mi-décembre, de menus détails sur son bouclier spatial antimissile Koupol, qui se veut l’équivalent du système américain Sbirs, mais dont les contours restent encore mystérieux.
L’armée russe a aussi subi plusieurs accidents embarrassants cette année, le principal étant une explosion à caractère nucléaire dans le Grand Nord qui a tué sept personnes le 8 août, lors de tests de « nouveaux armements ». Selon des experts, il s’agissait du Bourevestnik, un missile de croisière à « portée illimitée ».
Tensions entre la Pologne et la Russie. Le ministère polonais des affaires étrangères a convoqué d’urgence, vendredi 27 décembre, l’ambassadeur de Russie pour protester contre les « insinuations historiques » du président Vladimir Poutine. Ce dernier a accusé à deux reprises ces derniers jours la Pologne de collusion avec Hitler à la veille de la seconde guerre mondiale. Mardi, depuis le ministère russe de la défense, il a affirmé avoir pris connaissance de documents montrant que les Polonais « avaient pratiquement conclu une entente avec Hitler ». « C’est clair dans les archives », a-t-il affirmé, se disant « insulté par la manière dont Hitler et la Pologne ont discuté de la soi-disant question juive ». Il a ajouté qu’un ambassadeur polonais à Berlin – qu’il a qualifié de « salaud » et de « cochon antisémite » – avait promis d’ériger à Varsovie un « beau monument » à Hitler après que ce dernier avait proposé d’« envoyer les juifs dans des colonies en Afrique ». Il a par ailleurs établi un parallèle avec les décisions des responsables polonais actuels qui « font démolir les monuments aux soldats de l’Armée rouge », autrefois célébrés comme ayant été les libérateurs de leur pays mais déboulonnés à la chaîne ces dernières années. La Russie et la Pologne ont multiplié ces derniers jours les accusations à caractère historique. La diplomatie russe a fustigé la « rhétorique agressive » de Varsovie, tandis que la polonaise a exprimé son « inquiétude », accusant Moscou de « présenter une fausse image des événements ».
Poutine et Erdogan saluent un accord « décisif » et « historique » sur le Kurdistan syrien
La Russie et la Turquie ont prévu de lancer des patrouilles communes dans le nord-est de la Syrie. Ankara a annoncé l’interruption de son offensive.
Un « accord historique », pour Recep Tayyip Erdogan ; des solutions « décisives », selon Vladimir Poutine. A l’issue de négociations marathon à Sotchi, en Russie, les présidents turc et russe sont parvenus, mardi 22 octobre, à un accord prévoyant notamment de lancer des patrouilles communes dans le nord-est de la Syrie, après le désarmement des milices kurdes dans la région.
« Ces décisions sont selon moi très importantes, voire décisives, et vont permettre de résoudre une situation très tendue », a déclaré M. Poutine, au sujet de ce mécanisme destiné à éviter la reprise de l’opération militaire turque dans le nord-est de la Syrie contre des groupes armés kurdes. « Aujourd’hui, avec M. Poutine, nous avons conclu un accord historique pour la lutte contre le terrorisme, l’intégrité territoriale et l’unité politique de la Syrie, ainsi que pour le retour des réfugiés », a déclaré, pour sa part, M. Erdogan.
Ankara prêt à frapper si les YPG ne se retirent pas
La Turquie, qui réclame une « zone de sécurité » à sa frontière, qualifie de « terroristes » les combattants kurdes longtemps alliés de Washington dans la lutte contre le groupe djihadiste Etat islamique (EI). Ankara a néanmoins suspendu son offensive jeudi, à la faveur d’une fragile trêve négociée entre Turcs et Américains, pour permettre aux forces kurdes des YPG (Unités de protection du peuple) de se retirer des zones frontalières.
La Turquie n’a « pas besoin » de reprendre son offensive contre les forces kurdes dans le nord de la Syrie car ces dernières se sont retirées des zones frontalières, a annoncé, mardi soir, le ministère turc de la défense. « A ce stade, il n’existe pas de besoin de mener une nouvelle opération », a fait savoir le ministère, précisant que le retrait kurde avait été confirmé par les Etats-Unis.
Selon M. Erdogan, l’accord conclu avec M. Poutine, allié du régime de Damas, porte surtout sur les secteurs du nord-est de la Syrie dans lesquels les YPG sont présentes, mais où l’offensive turque n’avait pas été étendue avant sa suspension.
S’agissant des bandes frontalières situées à l’est et à l’ouest de ce secteur, les forces des YPG doivent s’en retirer « dans un délai de cent cinquante heures à partir du 23 octobre à midi [11 heures, heure française], au-delà de trente kilomètres, avec leurs armes », a affirmé M. Erdogan. « Les fortifications et positions de l’organisation seront détruites », a-t-il ajouté.
La justice russe s’abat sur les manifestants de l’été
Des citoyens qui avaient osé demander des élections locales libres sont condamnés à la prison
Après les importantes manifestations de l’été en faveur d’« élections libres » et la déconvenue du pouvoir lors des élections locales du 8 septembre à Moscou, la troisième manche de ce scrutin se joue aujourd’hui devant les tribunaux russes. Sept participants aux rassemblements estivaux ont été condamnés ces derniers jours à des peines de prison ferme, et une dizaine d’autres attendent leur jugement.
Dernière condamnation en date, lundi 16 septembre, celle de Pavel Oustinov, acteur moscovite de 23 ans, qui avait été interpellé lors du rassemblement – pacifique – du 3 août. Au terme d’un procès bouclé en quelques heures, le jeune homme a été condamné à trois ans et demi de colonie pénitentiaire pour avoir « usé de violence dangereuse pour la santé d’un membre de la garde nationale ». Lors de l’audience, le juge a notamment refusé de visionner des images de l’arrestation de M. Oustinov où l’on voit celui-ci violemment jeté à terre puis frappé alors qu’il se tenait immobile sur la place Pouchkine, téléphone en main.
Ce cas manifeste d’abus a provoqué une certaine émotion en Russie, particulièrement dans le monde artistique, mais aussi de la part d’intellectuels et même d’une quarantaine de prêtres orthodoxes, signataires d’une lettre ouverte. Mercredi, plus d’un millier de personnes, dont plusieurs acteurs célèbres, se sont succédé à un piquet de manifestation, la seule forme de protestation en Russie qui ne nécessite pas d’autorisation préalable.
M. Oustinov a aussi été placé par l’ONG Memorial sur sa liste des « prisonniers politiques », et sur Internet, les messages de soutien proclamant « Je suis Pavel Oustinov » se multiplient, rappelant la vague de mobilisation en faveur du journaliste Ivan Golounov, injustement accusé de trafic de drogue puis relâché avant l’été. Signe de la gêne du pouvoir, un autre accusé, Aidar Goubaïdouline, a été soudainement relâché, mercredi, le juge estimant l’enquête policière incomplète.
« Aucune expertise n’est menée »
Les autres jugements rendus ces derniers jours, qui vont de deux à cinq ans de prison, sont à l’avenant. Six hommes ont ainsi été condamnés pour des violences envers les policiers, parfois en dépit de vidéos prouvant leur innocence. Certains ont reconnu leur culpabilité : Kirill Joukov a été condamné à trois ans de détention pour avoir fait mine de toucher, goguenard, la visière d’un policier ; Evgueni Kovalenko a été condamné à trois ans et demi pour avoir jeté une poubelle en direction de policiers qui frappaient un couple au sol, le 27 juillet, seul jour où les manifestations avaient donné lieu à des face-à-face entre police et protestataires. Un autre a fait usage de gaz lacrymogène.
Konstantin Kotov, lui, a été condamné à une peine de quatre ans pour avoir participé à des rassemblements jugés illégaux. Le jeune homme s’était notamment mobilisé pour demander la libération du cinéaste criméen Oleg Sentsov, finalement rendu à l’Ukraine dans le cadre d’un échange de prisonniers le 7 septembre, le lendemain de sa propre condamnation.
« Même si l’on parlait de crimes réels, il s’agirait de verdicts très sévères, estime l’avocat Pavel Tchikov, dont l’ONG de défense des droits de l’homme, Agora, a défendu cinq des prévenus. Mais le problème, c’est qu’il n’y a pas de crimes. Dans certains cas, les accusés n’ont tout simplement rien fait ; dans d’autres, personne n’a souffert. Jeter une bouteille en plastique vide en direction de policiers devrait relever de la délinquance, mais les juges ont reçu des ordres précis, et pour y obéir, ils tronquent les procédures : les questions de la défense sont refusées, aucune expertise n’est menée, les vidéos des arrestations ne sont pas visionnées… »
« Faire des exemples »
Le caractère coordonné de cette vague de répression est confirmé par les importantes perquisitions qui ont visé, le 12 septembre, les équipes de l’opposant Alexeï Navalny dans plus de 40 villes. Près de 250 opérations ont été menées, qui ont conduit à la saisie de dizaines d’ordinateurs – du « vol », a estimé M. Navalny, dénonçant une « hystérie ». Les appartements de collaborateurs de l’opposant ont aussi été visés, ou encore ceux de membres de leur famille. La grand-mère d’un juriste de la ville de Voronej est morte d’un infarctus, le 17 septembre, cinq jours après que des policiers ont mis son logement sens dessus dessous.
Alexeï Navalny est considéré comme le principal responsable du revers électoral subi par le pouvoir dans la capitale le 8 septembre. Après l’interdiction des candidats indépendants, il avait appelé à voter pour les candidats les plus à même de battre les représentants du pouvoir. Une stratégie couronnée de succès à Moscou, où les candidats du Kremlin ont été défaits dans 20 des 45 circonscriptions. Ailleurs, le pouvoir l’a emporté dans la plupart des 6 000 scrutins locaux, mais la situation reste tendue et incertaine à Saint-Pétersbourg, où les résultats n’ont toujours pas été communiqués : dix jours après le scrutin, les accusations de fraude se multiplient.
La vague de répression rappelle celle qui avait suivi, en 2012, les manifestations massives contre les fraudes aux élections législatives. « Comme à l’époque, mais aussi comme avec les Pussy Riot [activistes condamnées à de la prison ferme pour une « prière punk » chantée dans une cathédrale moscovite], le but des autorités est de faire des exemples, d’intimider », estime l’avocat Tchikov.
Le politiste Kirill Rogov évoque même une volonté de « vengeance » des services de sécurité et de la police, incapables de stopper la contestation durant l’été. « Les autorités ne se vengent pas seulement de la société civile pour les désagréments du passé, écrit le chercheur Fiodor Kracheninnikov. Elles l’intimident et préparent l’avenir, c’est-à-dire l’ensemble des élections à venir dans les régions, les élections à la Douma d’Etat en 2021 et l’élection présidentielle en 2024, si tant est qu’elles aient lieu. »
Macron assume son virage russe
Par Marc Semo
Les ministres des affaires étrangères et de la défense français et russes se réunissent, lundi 9 septembre, à Moscou, une première depuis l’annexion de la Crimée.
Emmanuel Macron veut concrétiser le réchauffement des relations avec Vladimir Poutine et assume son tournant russe. Le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et sa consœur de la défense, Florence Parly, se rendent à Moscou, lundi 9 septembre, pour rencontrer leurs homologues Sergueï Lavrov et Sergueï Choïgou lors d’une réunion du comité consultatif de coopération et de sécurité. Il n’y en avait pas eu depuis cinq ans. Cette structure « 2 + 2 » avait été mise sur pied dans les années 1990 pour renforcer les liens, y compris sur le terrain militaire, avec une Russie que l’on pensait alors réellement engagée dans la voie de la démocratie. Elle avait été gelée au printemps 2014 après l’annexion de la Crimée, la première par la force d’un territoire en Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Le Kremlin a ensuite pris le contrôle d’une partie de la région du Donbass dans l’est de l’Ukraine par l’intermédiaire d’une rébellion armée.
Vladimir Poutine semble disposé à effectuer quelques gestes vis-à-vis de Kiev et a procédé à un échange de prisonniers, dont certaines figures symboliques comme le cinéaste Oleg Sentsov, Ukrainien de Crimée condamné à 20 ans de camp pour terrorisme. Il pourrait accepter aussi la relance des accords de paix de Minsk de février 2015 qui avaient mis fin à la phase aiguë des combats mais sont restés pour l’essentiel lettre morte. Un prochain sommet au « format Normandie » (France, Allemagne, Ukraine, Russie) devrait se tenir fin septembre dans la capitale française. La Crimée, en revanche, passe par pertes et profits. « La question est mise de côté car on sait que la Russie ne cédera pas. Il en sera de la Crimée comme des pays baltes, dont l’annexion après 1945 n’a jamais été reconnue sans que pour autant cela empêche les relations avec Moscou », résume Tatiana Jean, responsable du programme Russie de l’Institut français des relations internationales (IFRI).
Paris veut aller de l’avant malgré les doutes suscités par ces ouvertures au maître du Kremlin. « La défiance ne sert finalement à personne, même si les raisons qui l’ont alimentée – l’Ukraine, la Syrie, les assassinats à l’arme chimique, les cyberattaques – sont toujours là, et le dialogue se doit donc d’être exigeant », expliquait le 3 septembre le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, devant l’Association de la presse diplomatique. Depuis son arrivée à la tête du Quai d’Orsay, il a rencontré plusieurs fois son homologue russe, mais les relations étaient interrompues depuis cinq ans entre les ministres de la défense. Elles sont pourtant nécessaires sur la Syrie comme sur la République centrafricaine – dossiers sur lesquels Sergueï Choïgou a la haute main –, ainsi que pour ouvrir des négociations sur le contrôle des armements.
Concept flou
C’est un véritable redémarrage de la relation avec Moscou que veut Emmanuel Macron. Depuis la rencontre de Brégançon (Var), le 19 août, ce choix stratégique est affirmé toujours plus clairement. « Je crois qu’il nous faut construire une nouvelle architecture de confiance et de sécurité en Europe, parce que le continent européen ne sera jamais stable, ne sera jamais en sécurité, si nous ne pacifions pas et ne clarifions pas nos relations avec la Russie », a expliqué le président français dans son long discours d’ouverture le 27 août de la conférence annuelle des ambassadeurs et des ambassadrices, où traditionnellement le chef de l’Etat fixe les grandes orientations de sa politique étrangère. Et il ne dissimulait pas les résistances que pourrait susciter ce tournant au sein du ministère des affaires étrangères et plus généralement dans l’administration : il n’a pas hésité à pourfendre un « Etat profond », reprenant ce mot aux relents conspirationnistes qu’affectionne Donald Trump.
L’idée d’une architecture de sécurité commune avait déjà été évoquée il y a trente ans au cœur des grands débats géopolitiques au moment de la chute du Mur, quand Mikhaïl Gorbatchev en appelait à une « maison commune européenne ». L’extension vers l’est de l’OTAN, voulue avant tout par les pays de l’ex-glacis qui y voyaient leur seule véritable garantie de sécurité, et le revanchisme de Moscou lui donnèrent le coup de grâce. Remis au goût du jour, ce concept d’architecture commune de sécurité reste assez flou. L’un des enjeux prioritaires est le contrôle des armements, alors que les traités passés à la fin de la guerre froide sont menacés – comme le Start III sur les armements nucléaires stratégiques – ou ont déjà été dénoncés – comme le FNI sur les forces nucléaires intermédiaires –, ouvrant la voie à la réinstallation de missiles américains et russes sur le territoire européen.
« Il s’agit de reconstruire une relation plus réaliste avec la Russie, parce que c’est un pays voisin et pour éviter de la pousser vers la Chine ; c’est un calcul froid au nom du pragmatisme et ce n’est pas de l’idéologie », explique l’ancien ministre des affaires étrangères Hubert Védrine, soulignant que le chef de l’Etat « a raison d’agir sans attendre » pour renouer le dialogue avec Moscou dans le but de lancer une architecture de sécurité européenne. « Notre intérêt est de porter le projet le plus loin possible, afin que le prochain président américain, Donald Trump s’il est réélu ou un démocrate, ne puisse pas ne pas tenir compte de la position des Européens », précise l’ancien patron du Quai d’Orsay, qui passe pour avoir été un des inspirateurs de ce pari russe d’Emmanuel Macron.
« La France ne peut, sans risquer la banalisation de sa politique extérieure, rester vis-à-vis de la Russie l’otage de la diplomatie américaine ou de celle des pays voisins qui en ont une sainte horreur », renchérit Jean-Pierre Chevènement, qui, lors d’une rencontre avec Vladimir Poutine à Moscou, en mai, lui a porté un message du président français, dont la proposition de reprendre les rencontres « 2 + 2 ». « Je ne suis pas l’Etat profond, je suis quelqu’un de beaucoup plus sûr », ironise l’ancien ministre socialiste nommé en 2012 représentant spécial pour la Russie par François Hollande. Il fit le voyage de Moscou en 2016 avec Emmanuel Macron, alors ministre de l’économie. Le futur président faisait déjà entendre sa différence par ses critiques sur les sanctions imposées à Moscou pour sa politique d’agression en Ukraine.
« Appuyer sur l’accélérateur »
Le tournant macronien sur la Russie est surtout dans la forme. Depuis son élection, comme en témoigne l’invitation de Vladimir Poutine à Versailles pour l’exposition consacrée à Pierre le Grand en mai 2017, il a misé sur la dimension européenne de la Russie. « C’est un mûrissement plus qu’un retournement », relève un proche, rappelant « qu’Emmanuel Macron aime les défis et [qu’]il est convaincu d’être le seul à même de réussir là où ses trois prédécesseurs ont échoué ». De façon différente, aussi bien Jacques Chirac que Nicolas Sarkozy et François Hollande avaient affiché leur volonté « de parler avec la Russie ».
En réalité, Paris n’a jamais cessé de parler avec le Kremlin, mais sans succès face à un président russe toujours plus intransigeant. Pour tenter de l’amadouer, l’actuel locataire de l’Elysée bat volontiers sa coulpe, évoquant les erreurs des Occidentaux et les malentendus qui ont envenimé la relation. Il n’en est pas moins lucide. « Avec Vladimir Poutine, il ne faut montrer aucune faiblesse, notamment sur les droits de l’homme », confiait-il fin août à la presse présidentielle, appelant « à repenser profondément la grammaire des relations avec la Russie ».
« Jusqu’ici, nous avons eu toujours le pied sur le frein ; maintenant, il est temps d’appuyer sur l’accélérateur et de prendre l’initiative avec de vrais gestes comme à la fin de la guerre froide », note Pierre Vimont, chercheur à la Fondation Carnegie et ancien diplomate de renom dont les points de vue restent très écoutés, y compris à l’Elysée. Le tournant russe d’Emmanuel Macron risque néanmoins d’entrer en contradiction avec ses projets européens.
« Bon nombre de nos partenaires et pas seulement ceux qui à l’est sont voisins de la Russie se montrent très réticents sur les propositions du président français, ainsi que sur son idée d’une majeure autonomie stratégique de l’Europe », note l’ancien diplomate. Mais, avec ce pari russe, Emmanuel Macron veut conforter son image internationale, se coulant dans l’héritage de De Gaulle et de Mitterrand, avec une diplomatie alliée mais pas alignée, qui fait clairement entendre sa différence. La Russie est aussi une clé pour pouvoir peser sur d’autres dossiers cruciaux comme celui du nucléaire iranien.


