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Jours tranquilles à Paris
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russie
16 juillet 2018

A Helsinki, la tentation des zones d’influence

Par Isabelle Mandraud, Helsinki, envoyée spéciale, Gilles Paris, Helsinki, envoyé spécial - Le Monde

Moscou pourrait tirer profit de la remise en cause systématique par Trump des piliers de l’ordre mondial mis en place par Washington après la seconde guerre mondiale.

La perspective d’un départ américain de l’OTAN est restée à l’état de menace au cours du sommet organisé les 11 et 12 juillet à Bruxelles – un levier manifestement utilisé par le président des Etats-Unis pour obtenir un engagement plus consistant de ses alliés à augmenter leurs dépenses de défense. Donald Trump l’a revendiqué comme un succès personnel, renouvelant son attachement à une organisation qu’il a souvent critiquée.

Ces relations ambivalentes avec l’Alliance atlantique s’inscrivent dans une remise en cause systématique des piliers de l’ordre mondial mis en place par Washington après la seconde guerre mondiale. Aucune instance multilatérale n’échappe à ses diatribes. Aucun des alliés historiques des Etats-Unis n’est épargné par ses décisions, qu’il s’agisse de la sortie de l’accord sur le nucléaire iranien ou des taxes sur les importations, qui visent à rééquilibrer une balance commerciale lourdement déficitaire.

Son jugement sur l’Union européenne (UE), conçue selon lui pour nuire aux Etats-Unis, s’inscrit dans le même registre. Favorable au Brexit, le président américain préférerait des relations bilatérales avec chacun des pays européens.

Donald Trump n’a pas formulé pour autant une véritable alternative à cet ordre décrié. Il s’est contenté de revendiquer un très vague « réalisme basé sur des principes », rompant avec les idéaux jugés dévastateurs du néoconservatisme, et un recentrage sur les seuls intérêts américains, tournant le dos à l’interventionnisme des trois dernières décennies. Sa première véritable rencontre avec Vladimir Poutine, à Helsinki, lundi 16 juillet, va donc mettre à l’épreuve ces instincts unilatéralistes.

Un souci de recentrage

Sur au moins deux dossiers qui tiennent à cœur à son homologue – l’annexion de la Crimée et la Syrie –, Donald Trump a alimenté l’ambiguïté. Avant de quitter Bruxelles, jeudi, il a assuré « ne pas être content » d’une annexion qui a provoqué l’adoption de sanctions européennes et américaines, tout en semblant rejeter une part de la responsabilité sur son prédécesseur, Barack Obama, et en reconnaissant avec une dose de fatalisme que Moscou multipliait sur le terrain des faits accomplis.

Le lâchage par Washington des rebelles syriens de Deraa avant la chute de la ville, jeudi, a souligné la tentation du président des Etats-Unis d’un retrait, qui ferait les affaires de son homologue russe. Il a fallu la pression de son secrétaire à la défense, James Mattis, pour qu’il ne retire pas avant l’été les forces spéciales déployées dans le nord-est de la Syrie, tout comme le Pentagone avait dû longuement argumenter en août 2017 afin d’obtenir son feu vert pour un accroissement modeste du contingent déployé en Afghanistan.

Ce souci de recentrage sur les seuls intérêts américains est compatible avec la vision d’un monde divisé en sphères d’influence aux dépens des Européens. Le 28 avril, recevant le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, Donald Trump avait rappelé que les Etats-Unis voulaient « de moins en moins être le gendarme du monde ». Cette posture le rapproche de deux anciens présidents américains, Thomas Jefferson (1801-1809) et Andrew Jackson (1829-1837), hostiles à tout engagement durable des Etats-Unis en dehors de leurs frontières.

Vladimir Poutine pourrait en tirer le plus grand bénéfice, lui qui n’a cessé de réclamer un « monde multipolaire » en vilipendant celui « d’un unique maître, d’un unique souverain », les Etats-Unis. Formé à l’école du KGB, le chef du Kremlin rêve d’un nouveau Yalta où les deux puissances de l’après-guerre se partageraient le monde. Il a, pour cela, troqué l’idéologie communiste disparue pour le rouski mir, le « monde russe ». La propagande, adaptée aux temps modernes, les centres culturels essaimés, la religion, en mission pour la « défense des chrétiens d’Orient », sont autant d’outils mis à contribution.

Le Kremlin, un interlocuteur incontournable

Exclu du club des pays les plus influents, le G8, devenu la réunion du G7 après l’annexion de la Crimée et le conflit dans l’est de l’Ukraine, le dirigeant russe est parvenu à briser son isolement avec l’intervention militaire en Syrie lancée en septembre 2015, en soutien à Bachar Al-Assad. Démonstration de force à l’appui, le Kremlin s’est s’imposé comme un interlocuteur incontournable. Et comme son homologue américain, dont il partage le goût prononcé pour les rencontres bilatérales, Vladimir Poutine a un objectif : affaiblir l’UE, perçue comme un obstacle à ses visées géopolitiques.

L’Eurasie, ce projet d’alliance tournée vers l’Est, sur lequel il s’est appuyé avec plus ou moins de succès, n’est plus la priorité. Aujourd’hui, le Kremlin voit plus grand en concentrant son attention sur tout le Moyen-Orient ou sur le continent africain, comme en témoigne la récente tentative de médiation russe en Centrafrique entre le gouvernement et les groupes armés, finalement écartée par Bangui.

Vendredi, le conseiller diplomatique de M. Poutine, Iouri Ouchakov, a donné la liste des derniers invités de Moscou : le leader palestinien Mahmoud Abbas (qui succède ainsi au premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou), le président du Soudan, Omar Al-Bachir, son homologue du Gabon, Ali Omar Bongo, l’émir du Qatar Khalifa Al-Thani, la Croate Kolinda Grabar-Kitarovic et Emmanuel Macron.

Ce dernier « partagera ses pensées » et « nous informera des résultats du sommet de l’OTAN », a cru bon de préciser le diplomate. A l’Elysée, on souligne que cette rencontre au Kremlin avant la finale du Mondial visait « à impulser de nouveaux progrès » pour rapprocher les positions sur la crise syrienne. Le cas Oleg Sentsov, cinéaste en grève de la faim, a bien été évoqué. Et le dossier de l’Ukraine était aussi sur la table.

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31 mai 2018

L’Ukraine annonce avoir mis en scène l’assassinat du journaliste russe Arkadi Babtchenko, bien vivant

Par Isabelle Mandraud, Moscou, correspondante, Benoît Vitkine - Le Monde

La police ukrainienne avait annoncé, mardi, que le journaliste, critique virulent du président russe, avait été tué par balle à Kiev. Il est apparu, mercredi, devant la presse.

Coup de théâtre à Kiev. Près de vingt-quatre heures après l’annonce de sa mort, le journaliste russe Arkadi Babtchenko est apparu vivant, mercredi 30 mai, lors d’une conférence de presse à Kiev, la ville où il était censé avoir été tué de trois balles dans le dos. Le procureur général ukrainien et les chefs des services de sécurité (SBU) ont fait savoir que cette annonce était l’un des éléments d’une opération spéciale destinée à tromper l’exécutant et le commanditaire du meurtre, qui, lui, avait été bel et bien planifié.

Le tueur, appréhendé, est un ressortissant ukrainien, ancien soldat ayant combattu dans le Donbass, qui aurait été recruté par l’un de ses amis contre la somme de 40 000 dollars. L’homme aurait accepté de collaborer avec la police et bénéficie pour l’heure du statut de témoin, a fait savoir le chef du SBU, Vassil Gritsak. Le commanditaire, également citoyen ukrainien et ancien combattant, a, de son côté, été arrêté mercredi à Kiev. C’est lui qui aurait été en contact avec les services secrets russes, selon le récit fait par la partie ukrainienne. « Nous poursuivons notre enquête et nous avons mené plusieurs perquisitions », a précisé M. Gritsak.

« Nous devions faire croire aux représentants des services spéciaux russes que l’assassin avait rempli sa mission », a aussi expliqué le député Anton Guerachtchenko, conseiller auprès du ministère de l’intérieur. « Sherlock Holmes a utilisé avec succès la méthode de la mise en scène de sa propre mort pour élucider efficacement des crimes compliqués », a-t-il ajouté.

Vive émotion en Russie et en Ukraine

M. Babtchenko, 41 ans, a également pris la parole pour s’excuser auprès de sa femme « pour l’enfer qu’elle a vécu pendant deux jours », affirmant que la mise en scène avait été préparée durant deux mois et que lui-même avait été prévenu il y a un mois. « J’ai eu à enterrer nombre de mes amis et de mes collègues, je connais le sentiment que cela procure », a-t-il dit. Le journaliste a aussi remercié les services ukrainiens de lui avoir sauvé la vie. Les forces de sécurité ukrainiennes ont, cependant, assuré que sa famille était au courant de l’opération.

L’annonce de l’assassinat du journaliste et écrivain avait provoqué une vive émotion tant en Russie qu’en Ukraine, deux pays où il est une figure connue. Sa réapparition, mercredi, a provoqué des commentaires tout aussi émus, entre soulagement de le voir en vie et critiques contre le SBU, accusé d’affaiblir, dans le futur, la crédibilité des autorités ukrainiennes. Et ce alors que de nombreux assassinats ont bel et bien été commis ces dernières années à Kiev, contre des opposants et journalistes russes, des agents des services de sécurité ukrainiens et d’anciens combattants de la guerre du Donbass. Le président ukrainien, Petro Porochenko, a félicité le SBU pour sa « brillante opération », ordonnant de fournir des gardes du corps au journaliste et à sa famille.

De son côté, le ministère russe des affaires étrangères a dénoncé une « provocation antirusse » de Kiev. « Je regrette que Babtchenko ait participé à des provocations des services spéciaux ukrainiens, que j’attribue à la mise en scène d’une série d’actions folles des autorités ukrainiennes contre le pouvoir russe », a également réagi, à Moscou, le sénateur Konstantin Kosachev, président de la commission des affaires étrangères du Conseil de la Fédération de Russie, cité par l’agence Interfax.

mort

Le journaliste Arkadi Babchenko reçu par le président ukrainien Petro Porochenko, en présence du directeur de la sécurité militaire Vasilli Gritsak et ldu procureur général Yuriy Lutsenko, à Kiev, le 30 mai. | SERVICE DE PRESSE DE LA PRESIDENCE UKRAINIENNE / REUTERS

Menacé de mort en Russie

Pour Alexeï Pouchkov, également sénateur russe, il s’agit d’une « mystification couplée d’une provocation contre la Russie sur un meurtre inventé ». « Le fait que Babtchenko soit vivant est la meilleure information, nous aimerions bien que cela soit le cas à chaque fois (…). Il est évident que dans toute cette histoire, il y a eu un effet de propagande », a, pour sa part, commenté Maria Zakharova, porte-parole du Kremlin, sur Facebook.

En fin de journée, devant la maison de la presse à Moscou, où le rassemblement prévu en « hommage » à Arkadi Babtchenko avait été maintenu, Ksenia Sobtchak, ex-candidate à l’élection présidentielle, confiait aux caméras ses doutes : « Je ne sais pas si c’est intéressant pour les autorités [russes] de tuer des journalistes… » D’autres, parmi les opposants présents, voulaient croire, au contraire, que l’enquête à Kiev sur la présumée tentative de meurtre commanditée par les services russes mettrait en difficulté le Kremlin.

L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a, elle, condamné une simulation « navrante ». Si la réapparition du journaliste est « un grand soulagement », « il est navrant et regrettable que les services ukrainiens aient joué avec la vérité, quel qu’en soit le motif », a réagi son secrétaire général, Christophe Deloire.

Arkadi Babtchenko avait combattu dans l’armée russe lors des deux guerres de Tchétchénie (1994-1996 et 1999-2000), avant de travailler comme reporter de guerre pour le journal Moskovsky Komsomolets ou la chaîne NTV. Il s’était ensuite rapproché de publications libérales, en particulier Novaïa Gazeta. M. Babtchenko avait aussi raconté dans plusieurs livres son expérience au sein des forces armées russes, recevant plusieurs prix littéraires.

Opposé à l’annexion de la Crimée, en 2014, et à la guerre menée par Moscou dans l’est de l’Ukraine, il s’était mué en critique virulent du régime de Vladimir Poutine. Il avait fui la Russie en février 2017 après avoir reçu des menaces de mort, consécutives à une violente campagne sur Internet et sur les télévisions russes. Depuis un an, il animait une émission sur la chaîne de télévision ukrainienne ATR, chaîne historique des Tatars de Crimée désormais installée à Kiev. Il continuait aussi de collaborer à plusieurs journaux et écrivait de façon indépendante sur les réseaux sociaux, notamment sur le conflit toujours en cours dans le Donbass.

30 mai 2018

L'Ukraine affirme avoir mis en scène la mort d'un journaliste russe critique du Kremlin pour piéger Moscou

journaliste russe tué

Mardi soir, la police ukrainienne avait annoncé que le reporter de 41 ans avait été abattu de plusieurs balles dans le dos en arrivant à son appartement à Kiev.

C'est une histoire digne d'un film. Les autorités ukrainiennes ont annoncé, mardi 29 mai, la mort du journaliste russe Arkadi Babtchenko, critique du Kremlin, ajoutant que le meurtre avait été "commandité par les services spéciaux russes". Dans un revirement invraisemblable, cet ancien soldat devenu reporter de guerre, exilé à Kiev où il se disait régulièrement menacé, est réapparu, bien vivant, mercredi 30 mai, lors d'une conférence de presse du chef des services de sécurité ukrainiens.

Ce dernier a expliqué avoir mis en scène le décès du journaliste pour déjouer un assassinat commandité par la Russie. "Grâce à cette opération, nous avons réussi à déjouer une provocation cynique et à documenter les préparatifs de ce crime", a déclaré le chef des services ukrainiens de sécurité aux côtés d'Arkadi Babtchenko.

Le chef des services de sécurité ukrainiens a également annoncé avoir interpellé l'"organisateur" de l'assassinat du journaliste, affirmant que cet homme avait reçu 40 000 dollars de la part des "services spéciaux russes".

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Ci-dessous article paru dans Le Monde il y a quelques jours

Le journaliste russe Arkadi Babtchenko assassiné à Kiev

Par Benoît Vitkine

Opposé à l’annexion de la Crimée, en 2014, et à la guerre menée par Moscou dans l’est de l’Ukraine, il s’était mué en critique virulent de Vladimir Poutine.

Le journaliste et écrivain russe Arkadi Babtchenko, critique de longue date du régime de Vladimir Poutine, a été assassiné à Kiev, mardi 29 mai dans la soirée. Selon plusieurs sources, dont le site ukrainien Oukrainskaïa Pravda, M. Babtchenko a reçu trois balles dans le dos dans la cage d’escalier de son immeuble, dans le quartier Dniprovski de la capitale ukrainienne. Il a réussi à rentrer dans son appartement, où sa femme l’a trouvé ensanglanté et a prévenu les secours. Il est mort dans l’ambulance qui le conduisait à l’hôpital.

Cet homme de 41 ans, père d’une petite fille, avait combattu dans l’armée russe lors des deux guerres de Tchétchénie (1994-1996 et 1999-2000), avant de travailler comme reporter de guerre pour le journal Moskovsky Komsomolets ou la chaîne NTV. Il s’était ensuite rapproché de publications libérales, en particulier Novaïa Gazeta, l’employeur historique d’une autre journaliste assassinée, Anna Politkovskaïa. M. Babtchenko avait aussi raconté dans plusieurs livres son expérience au sein des forces armées russes, recevant plusieurs prix littéraires.

Menacé de mort en Russie

Opposé à l’annexion de la Crimée, en 2014, et à la guerre menée par Moscou dans l’est de l’Ukraine, il s’était mué en critique virulent du régime de Vladimir Poutine. Il avait fui la Russie en février 2017 après avoir reçu des menaces de mort, consécutives à une violente campagne sur Internet et sur les télévisions russes, où il était désigné comme un traître et un fasciste et son visage livré en pâture aux téléspectateurs. « Cela fait dix ans que j’ai peur, expliquait-il au moment de son départ. Quand tu es dissident en Russie, on peut te tuer, on peut t’emprisonner... »

Depuis un an, il animait une émission sur la chaîne de télévision ukrainienne ATR, chaîne historique des Tatars de Crimée désormais installée à Kiev. Il continuait aussi de collaborer à plusieurs journaux et écrivait de façon indépendante sur les réseaux sociaux. Il continuait également à couvrir la guerre dans le Donbass. Nombre de ses collègues ukrainiens et russes, mais aussi occidentaux, rendaient hommage, mardi soir, au professionnalisme et au courage du journaliste. La police ukrainienne a rapidement précisé qu’elle considérait son activité professionnelle comme la principale piste de l’assassinat d’Arkadi Babtchenko.

Ces dernières années, les assassinats se sont multipliés en Ukraine, le plus souvent attribués par les autorités à la Russie. Depuis l’été 2016, des attaques à la voiture piégée ou par balles ont visé et tué des agents des services de sécurité ukrainiens et d’anciens combattants de la guerre du Donbass, notamment tchétchènes.

En mars 2017, Denis Voronenkov, un ancien député russe réfugié à Kiev, a été tué par balle dans le centre de la capitale ukrainienne. Et en juillet 2016, le directeur exécutif du site Oukraïnska Pravda, Pavel Cheremet, lui aussi de nationalité russe, est mort dans l’explosion de la voiture qu’il conduisait. Ses collègues ont pointé des lacunes importantes dans la conduite de l’enquête par les services ukrainiens.

8 mai 2018

En Russie, le duo Poutine-Medvedev est reconduit

Par Isabelle Mandraud, Moscou, correspondante - Le Monde

Investi officiellement pour un quatrième mandat à la présidence russe, Vladimir Poutine a aussitôt renommé son fidèle second au poste de premier ministre, malgré son impopularité.

Il travaille dur. C’est donc avec l’image d’un Vladimir Poutine en bras de chemise, se levant dans son bureau du Kremlin pour enfiler une veste, que la cérémonie de l’investiture du chef de l’Etat russe, en route pour un quatrième mandat, après dix-huit ans passés au pouvoir, a débuté, lundi 7 mai.

Suivi par les caméras, M. Poutine a ensuite longé d’interminables couloirs, puis il a parcouru quelques mètres à bord de sa nouvelle limousine « Sénat » de fabrication russe, étrennée pour la première fois à la place des Mercedes étrangères, suscitant des « oooh » et des « aaah » parmi l’assistance qui suivait sur écran son arrivée dans la grande salle d’apparat Andreïevski.

La mise en scène fut soignée pour une prestation devenue familière depuis la première élection de M. Poutine, en 2000. Main droite posée sur la Constitution, le chef du Kremlin a employé cinq fois le mot « percée » en promettant une vie meilleure à ses compatriotes « dans tous les domaines de la vie ».

Des invités choyés

« La Russie est un acteur fort et influent sur la scène internationale (…), mais maintenant, nous devons utiliser toutes les occasions qui s’offrent à nous pour résoudre, en premier lieu, les tâches les plus urgentes de développement intérieur », a-t-il déclaré, ajoutant sur un ton solennel : « Les objectifs auxquels nous sommes confrontés et la décision que nous serons appelés à prendre sont, sans exagération, historiques. Ils détermineront l’avenir de notre patrie pour les décennies à venir. »

Curieusement, debout au premier rang des quelque six mille personnalités invitées figurait l’ex-chancelier allemand Gerhard Schröder, dont la nomination en septembre 2017 à la présidence du conseil d’administration du géant pétrolier russe Rosneft avait été critiquée par Angela Merkel. C’est à peine s’il ne devançait pas le premier ministre, Dmitri Medvedev… A deux pas, devant le chef de la diplomatie, Sergueï Lavrov, se tenait également le Français Jean-Claude Killy, ancien champion de ski très impliqué dans les Jeux olympiques de Sotchi, et décoré à ce titre par M. Poutine. Un peu plus loin encore, l’acteur Américain Steven Seagal dominait la foule de sa haute stature. Des invités choyés, s’il en est.

La cérémonie achevée, M. Poutine a aussitôt reconduit dans ses fonctions son premier ministre, Dmitri Medvedev. Dix ans après avoir troqué leurs postes – en 2008, M. Medvedev avait pris la place de M. Poutine à la présidence afin de lui permettre de surmonter l’obstacle de deux mandats présidentiels consécutifs fixés par la Constitution – le duo au pouvoir est ainsi maintenu. La loyauté sans faille dont a fait preuve le premier ministre, issu du cercle de Saint-Pétersbourg, la ville natale de M. Poutine, a primé sur tout le reste.

Objectifs très ambitieux

Marginalisé dans un second rôle sans véritable marge de manœuvre, M. Medvedev, 52 ans, a pourtant vu sa cote de popularité chuter sérieusement, lestée par une petite phrase : « Pas d’argent, tenez bon », prononcée en mai 2016 devant une retraitée en Crimée et restée depuis lors dans les mémoires. La diffusion, l’année suivante, d’une vidéo réalisée par l’opposant Alexeï Navalny sur son train de vie, visionnée sur YouTube 27 millions de fois, a entaché un peu plus son crédit.

Rien d’insurmontable aux yeux de M. Poutine, qui peut se prévaloir d’avoir été réélu, à la fin du mois de mars avec son meilleur score, 76,7 % des voix, depuis son arrivée au pouvoir. Dans une série d’oukases rendus publics lundi après-midi, il a cependant fixé des objectifs très ambitieux au gouvernement : hisser la Russie « dans les cinq premières économies mondiales » d’ici à la fin de son nouveau mandat, en 2024 ; diviser par deux le niveau de pauvreté ou bien encore relever le niveau des revenus réels des Russes, qui n’a cessé de dégringoler lors de son dernier mandat (de 11 % en cumulé, depuis 2014).

M. Medvedev doit désormais composer son gouvernement, qui ne devrait pas lui-même beaucoup changer non plus s’agissant des postes-clés, après la validation, mardi, de sa nomination par la Douma, la chambre basse du Parlement russe. Une simple formalité. Le chef du Kremlin a donné le cap : la continuité.

17 avril 2018

La justice russe ordonne le blocage de Telegram

Par Isabelle Mandraud, Moscou, correspondante - Le Monde

L’application refuse de fournir au FSB, les services russes de sécurité, les clés permettant de déchiffrer les messages de ses utilisateurs.

Le cofondateur de la messagerie Telegram, Pavel Dourov, avait interdit à ses avocats de se rendre au tribunal de Taganski, un arrondissement du centre de Moscou, où, disait-il, « tous les principes élémentaires [du droit] ont été violés ».

C’est donc devant des bancs vides, du côté des accusés, que la justice russe a ordonné en un temps record de vingt minutes, vendredi 13 avril, le blocage « immédiat » de la messagerie sur tout le territoire du pays. En cause : le refus de Telegram de fournir au FSB, les services russes de sécurité, les clés permettant de déchiffrer les messages.

Sur les quelque 200 millions d’utilisateurs de la messagerie dans le monde, plus de 10 millions sont Russes, dont de nombreuses administrations et officiels eux-mêmes, au Kremlin comme au sein du gouvernement. Quelques minutes après le verdict, le ministère russe des affaires étrangères signalait d’ailleurs sur son site Internet : « Chers abonnés, vous pouvez toujours nous suivre sur Viber, et d’autres réseaux sociaux, Facebook, Vkontakte, Twitter, Instagram… »

Ironie du sort, M. Dourov, d’origine russe, cofondateur de Telegram avec son frère Nikolaï en 2013, est aussi celui qui a donné naissance à l’application Vkontakte, le Facebook russe, dont il fut le directeur général jusqu’à son éviction, en 2014, année où il a décidé de quitter la Russie « sans retour ».

Sur une liste noire

Vendredi, le vice-ministre de la communication, Alexeï Voline, s’est voulu rassurant : « Le blocus de Telegram ne nuira pas à ses abonnés, a-t-il déclaré. Ils utiliseront d’autres ressources ou contourneront l’interdiction. »

Sa remarque est parfaitement exacte. Dès le début de son bras de fer avec les autorités russes, commencé en 2017, les dirigeants de Telegram ont ajouté dans la messagerie la possibilité de contourner un blocus grâce à des serveurs relais, et l’Internet russe est déjà inondé de conseils pour briser l’embargo. Un rapide sondage organisé sur le site de la radio Echo de Moscou a conclu dans le même sens : 82 % des personnes qui ont répondu ont déclaré qu’elles éviteraient le blocus.

« Le tribunal Taganski de Moscou (…) a prouvé que le “bureau” [le FSB] n’arrive pas à lire les messageries qui utilisent un chiffrement complet, il a ainsi montré que Telegram est la plus sûre », a ironisé Pavel Chikov, l’un des avocats russes de la société. « Il a augmenté la quantité d’ennemis du pouvoir de quelques millions, a-t-il poursuivi. Il a démontré que le système judiciaire sert fidèlement ses intérêts et inscrit la Russie dans la liste des pays en guerre contre le progrès et la liberté. » Pavel Dourov a également réagi. « Chez Telegram, nous avons le luxe de ne pas dépendre d’une source de revenus ou de la vente de publicité, a-t-il déclaré sur son compte Telegram. La vie privée n’est pas à vendre, et les droits humains ne doivent pas être sacrifiés sur l’autel de la peur ou de la cupidité. »

Telegram rejoint, en effet, d’autres réseaux inscrits sur une liste noire en Russie et interdits, comme LinkedIn ou Dailymotion.

« Assaut » contre la liberté d’expression

Ce blocage est un nouvel « assaut » contre la liberté d’expression, selon Amnesty International. Les autorités russes, souligne l’organisation de défense des droits humains dans un communiqué, « ont bloqué les sites d’information qui les critiquent, imposé des règles de stockage de données draconiennes et déclaré les médias enregistrés en dehors de la Russie comme des “agents étrangers”. Maintenant, ils ciblent l’une des applications de messagerie les plus populaires en Russie simplement pour avoir le courage et l’intégrité de respecter la vie privée de ses utilisateurs ».

Saisie par Roskomnadzor, l’agence fédérale russe des télécommunications, la justice n’a pas reculé. « Les informations diffusées par Telegram peuvent contenir des données utilisées par des terroristes et des extrémistes », a une nouvelle fois plaidé, vendredi, sa représentante en décrivant une « menace » pour la Russie. En juin 2017, Roskomnadzor avait averti la messagerie d’un possible blocage en lui intimant l’ordre de s’inscrire dans le registre des diffuseurs d’information, une injonction à laquelle Telegram avait fini par se plier.

M. Dourov a cependant opposé un « niet » catégorique à la demande de fournir les clés de déchiffrement aux services de sécurité, s’attirant à nouveau les foudres des autorités. Cette fois, avertissait-il en mars, les menaces de blocage « ne porteront pas leurs fruits ».

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30 mars 2018

Moscou expulse 60 diplomates américains et ferme le consulat des Etats-Unis à Saint-Pétersbourg

La Russie a pris, jeudi, des mesures similaires à celles décidées lundi par Washington. Les Etats-Unis disent examiner leurs « options.

Le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a annoncé, jeudi 29 mars, l’expulsion de soixante diplomates américains, en réponse à des mesures similaires prises lundi par Washington dans une action coordonnée avec de nombreux autres pays occidentaux.

Les mesures prises par Moscou « incluent l’expulsion du même nombre de diplomates et le retrait de l’accréditation du consulat général des Etats-Unis à Saint-Pétersbourg », la deuxième ville du pays, située dans le nord-ouest de la Russie, a déclaré M. Lavrov lors d’une conférence de presse. « En ce moment même, l’ambassadeur des Etats-Unis [Jon] Huntsman a été invité au ministère, où mon vice-ministre, Sergueï Riabkov, l’informe du contenu de ces mesures de représailles envers les Etats-Unis », a-t-il ajouté.

Le département d’Etat américain a répondu que Moscou n’avait aucune raison d’expulser des diplomates et que la Russie ne devait pas se poser en victime. « Il n’y a aucune justification à la réaction russe », a dit Heather Nauert, sa porte-parole, lors d’un point de presse. « Nous nous réservons le droit d’y répondre », a-t-elle poursuivi, soulignant que les « options étaient en train d’être examinées ».

Les mesures prises par le Kremlin « marquent une nouvelle étape dans la détérioration des relations » bilatérales, a pour sa part assené la porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders. Evoquant l’affaire Skripal – du nom d’un ancien agent double empoisonné, ainsi que sa fille, à Salisbury (Royaume-Uni) le 4 mars – elle a jouté que « l’expulsion cette semaine par les Etats-Unis – et par plus d’une dizaines de nations partenaires ainsi que des alliés de l’OTAN – d’agents russes du renseignement non déclarés a constitué une réponse appropriée face à l’attaque russe sur le territoire britannique. » Et de conclure : « la réponse de la Russie n’était pas inattendue, et les Etats-Unis y feront face. »

D’autres mesures à venir

Le consulat des Etats-Unis à Saint Pétersbourg devra cesser ses activités dans les deux jours et les diplomates américains visés devront avoir quitté la Russie avant le 5 avril. « En ce qui concerne les autres pays, [la réponse de Moscou] sera aussi pour tous identique en ce qui concerne le nombre de personnes qui quitteront la Russie », a prévenu M. Lavrov.

Le ministère russe des affaires étrangères a par ailleurs annoncé qu’il demandait à ce que se tienne, mardi 3 avril, une réunion de l’Organisation internationale pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), en lien avec l’affaire de l’empoisonnement de l’ancien agent double russe Sergueï Skripal.

Les Etats-Unis avaient annoncé en début de semaine, et en même temps que d’autres pays occidentaux, leur intention d’expulser soixante diplomates et de fermer le consulat russe à Seattle (Etat de Washington), par solidarité avec le Royaume-Uni, qui a imputé l’empoisonnement de Sergueï Skripal et de sa fille à Moscou.

27 mars 2018

Affaire Skripal : la riposte coordonnée des Occidentaux face à la Russie

 

L'ambassade de la Fédération de Russie à Paris, le 26 mars. La riposte est sans précédent, aussi bien par son ampleur que par son caractère coordonné. Au moins 116 diplomates russes sont en passe d'être expulsés des deux côtés de l'Atlantique : soixante par les Etats-Unis, qui ferment en outre le consulat à Seattle, et plus d'une trentaine par seize pays de l'Union européenne, rejoints par six autres pays alliés, dont le Canada et l'Australie. Cette riposte est à l'aune du défi représenté par la tentative d'assassinat, le 4 mars à Salisbury, dans le sud de l'Angleterre, d'un agent double russe ayant travaillé pour le GRU (le renseignement militaire russe), Sergueï Skripal, 66 ans, et de sa fille Youlia, 33 ans. -- Photographie : Christophe Ena / AP (ap.images) -- Lire notre article : https://lemde.fr/2I6SWw2 -- #Russie #Riposte #Expulsion #Diplomates



404 Likes, 3 Comments - Le Monde (@lemondefr) on Instagram: "L'ambassade de la Fédération de Russie à Paris, le 26 mars. La riposte est sans précédent, aussi..."


Par Gilles Paris, Washington, correspondant, Marc Semo - Le Monde

Seize pays de l’UE, mais aussi les Etats-Unis, et au moins cinq pays alliés ont annoncé l’expulsion de plus d’une centaine de diplomates russes de leurs territoires en réaction à l’empoisonnement de l’ex-agent double en Angleterre.

La riposte du 26 mars est sans précédent, aussi bien par son ampleur que par son caractère coordonné. Au moins 113 diplomates russes sont en passe d’être expulsés des deux côtés de l’Atlantique : soixante par les Etats-Unis qui ferment en outre le consulat à Seattle, et plus d’une trentaine par seize pays de l’Union européenne, rejoints par cinq autres pays alliés.

Cette riposte est à l’aune du défi représenté par la tentative d’assassinat le 4 mars à Salisbury dans le sud de l’Angleterre d’un ancien agent double du GRU (services secrets de l’armée) Sergueï Skripal, 66 ans, et de sa fille Youlia, 33 ans. Un redoutable gaz neurotoxique de la quatrième génération mis au point par l’URSS dans les années 1980, le « novitchok » (littéralement « le petit nouveau ») aurait été utilisé à cette occasion.

« C’est un avertissement pour la Russie qui ne peut continuer ainsi à bafouer le droit international », s’est réjoui la première ministre britannique Theresa May, satisfaite de « la grande solidarité » montrée par l’UE et l’OTAN. « Nous disons au gouvernement russe que lorsque vous attaquerez un ami, vous aurez à en subir les conséquences », a fait valoir un haut responsable de l’administration américaine.

« Les Etats-Unis sont prêts à coopérer pour bâtir une meilleure relation avec la Russie, mais cela ne peut se produire que si le gouvernement russe change d’attitude », a commenté le porte-parole adjoint de la Maison Blanche, Raj Shah. Moscou, qui nie toute implication dans la tentative d’assassinat, dénonce un « geste provocateur témoignant de la poursuite d’une ligne de confrontation », et promet de riposter.

L’expulsion de diplomates, même massive, reste une mesure avant tout symbolique. C’est une façon de marquer le coup et surtout d’éviter tout « signal de faiblesse ». « Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale une arme chimique a été utilisée sur le sol européen et cela ne peut rester sans conséquence », souligne-t-on aussi bien à Paris qu’à Berlin, les deux capitales européennes les plus engagées aux côtés de Londres.

En France, vague la plus massive depuis 1983

« Nous considérons cette attaque comme un défi sérieux pour notre sécurité et comme une atteinte à la souveraineté européenne », avait rappelé le président français, Emmanuel Macron, le 23 mars à l’issue du sommet européen lors d’une conférence de presse à Bruxelles aux côtés de la chancelière allemande, Angela Merkel.

Paris, comme Berlin, expulse quatre diplomates sur les 90 accrédités en France : l’attaché de défense, le chef de la mission économique, le consul à Strasbourg et un des responsables du consulat de Marseille. Ils devront quitter le territoire national d’ici sept jours. « Ils font partie de ceux que nous avions déjà mis en garde pour leurs activités d’espionnage », rappelle-t-on de source diplomatique.

Il s’agit de la vague la plus massive depuis 1983. François Mitterrand avait alors expulsé 47 Russes, principalement des diplomates. Ils étaient accusés d’être des agents du KGB sur la foi des informations fournies par « Farewell », nom de code donné au lieutenant-colonel du KGB, Vladimir Vetrov, « taupe » alors traitée par la DST, le contre-espionnage français. Paris s’attend à des expulsions réciproques du même ordre de la part de Moscou.

« C’est une décision difficile parce que nous sommes engagés dans un dialogue avec la Russie pour résoudre des crises graves mais nous en assumons les conséquences », souligne le Quai d’Orsay en évoquant le conflit syrien et l’Ukraine. Mais les relations avec la Russie doivent se poursuivre dans « un dialogue exigeant et robuste ».

C’est le « en même temps » macronien : parler avec Vladimir Poutine, mais lui dire clairement son fait. Le chef de l’Etat doit se rendre en Russie fin mai, à l’invitation de l’homme fort du Kremlin, pour participer au forum économique de Saint-Pétersbourg. La visite pourrait être « recalibrée », voire reportée.

Les autorités françaises, malgré quelques hésitations initiales, ont eu avec l’Allemagne un rôle clef pour mobiliser les autres européens en tentant de les convaincre « qu’il n’y a pas d’autre explication plausible à cette attaque » qu’une implication de la Russie. Ils leur ont pour la plupart emboîté le pas, avec plus ou moins de détermination, expulsant quatre diplomates russes comme la Pologne, trois comme la République tchèque ou la Lituanie, deux comme l’Italie ou le Danemark, un seul comme la Finlande, l’Estonie, la Lettonie. D’autres devraient suivre ces prochaines heures.

Les ambiguïtés du président Donald Trump

Avec l’expulsion de 60 « espions » russes – 48 dans différentes missions sur le territoire américain et 12 à la mission russe auprès des Nations unies –, Washington mène, et de loin, le mouvement. Les décisions coordonnées annoncées lundi, après le communiqué commun de Washington, Londres, Paris et Berlin, le 14 mars, mettant en cause Moscou dans l’affaire de l’empoisonnement, s’inscrivent dans l’esprit d’un document officiel publié en décembre. « L’objectif de la Russie est d’affaiblir l’influence des Etats-Unis dans le monde, et de nous éloigner de nos alliés et partenaires », précise le texte.

Mais la détermination américaine reste parfois contredite par les ambiguïtés du président Donald Trump. Ce dernier a, à plusieurs reprises, fait crédit aux dénégations de son homologue Vladimir Poutine pour les accusations d’interférences dans l’élection présidentielle de 2016, en dépit des assurances de ses propres services de renseignement.

L’échange téléphonique entre les deux hommes, le 20 mars, après la réélection de Vladimir Poutine, l’a également illustré. Selon la presse, les conseillers de la Maison Blanche auraient invité le président à ne pas féliciter son homologue pour une réélection obtenue au terme d’un processus contesté. M. Trump est passé outre, sans mentionner dans cette conversation l’empoisonnement de Salisbury. Il a répondu aux critiques en assurant sur Twitter que « bien s’entendre avec la Russie (et d’autres) est une bonne chose ».

Pour les Européens comme pour les Américains, il s’agit maintenant de définir une stratégie à long terme. « Expulser des “diplomates” ne suffira pas. L’Europe et les Etats-Unis doivent imposer des sanctions ciblant les responsables de tels actes et renforcer les sanctions visant l’économie russe si ses actions scandaleuses se poursuivent », affirme Philip Gordon, ancien diplomate de l’administration de Barack Obama, membre du think-tank Council on Foreign Relations.

Tout en relevant ses limites, il juge « bienvenue » la réaction américaine. Et préconise que « les dirigeants occidentaux n’assistent pas à la Coupe du monde en Russie [cet été], pour refuser à Poutine une victoire de propagande qu’il ne mérite pas ».

20 mars 2018

RUSSIE - L’opposant Navalny perd son pari sur le boycottage mais ne désarme pas

Par Isabelle Mandraud, Moscou, correspondante - Le Monde

Ecarté de l’élection, l’adversaire du Kremlin dénonce les falsifications du scrutin et se place au-dessus d’une opposition plus divisée que jamais.

Le principal adversaire du Kremlin, Alexeï Navalny, qui avait appelé au boycottage de l’élection présidentielle russe, n’a pas gagné son pari. Il ne l’a pas perdu non plus, considère-t-il, « face à la machine de l’Etat ». « “Ils” ont obligé à voter tous ceux qu’ils pouvaient, mais ils ne sont pas arrivés à 70 % [de participation] », s’est réjoui l’opposant dimanche 18 mars dans la soirée, en ironisant sur les « beignets et les gâteaux » distribués dans les bureaux de vote dans le but d’« attirer les électeurs ». Ecarté de la compétition pour une condamnation pénale qu’il réfute, Alexeï Navalny avait adapté in extremis sa stratégie en recrutant, selon ses dires, 33 214 volontaires afin d’observer le scrutin dans différentes régions.

Première photo exhibée, celle prise par une caméra de surveillance à l’ouverture des bureaux de vote, dans la région de Tchoukotka, à l’Extrême-Orient russe, parmi les premières à voter. A 8 h 03, une petite foule s’y pressait. « Nous sommes invités à croire que ces gens se sont volontairement levés un dimanche à 7 heures pour aller voter », a commenté Alexeï Navalny, tandis que sa chaîne YouTube relayait, heure après heure, les informations recueillies par ses partisans sur ce que l’opposant a appelé « les zones d’anomalie mathématiques » : la région de Kemerovo, dans le bassin houiller du Kouzbass au centre de la Russie, Krasnodar et le Caucase nord, en particulier.

« La seule chose qui te ralentit, c’est la colère »

Depuis son QG de Moscou installé au cinquième étage d’un centre commercial, Alexeï Navalny, 41 ans, s’est montré particulièrement pugnace. A la mi-journée, lors d’une conférence de presse organisée entre deux drapeaux russes sur fond de slogans « ce ne sont pas des élections », il reprochait aux sept autres candidats qui se sont présentés contre Vladimir Poutine d’avoir joué le rôle de « marionnettes » ; en début de soirée, il s’écharpait en direct sur sa chaîne avec Ksenia Sobtchak. La candidate libérale, arrivée en quatrième position, très loin derrière le chef du Kremlin, avec moins de 2 % des voix, était venue lui proposer de faire cause commune pour l’après-élection. C’est une volée de bois vert qui l’a accueillie.

« Tu fais partie de cette machination, toutes tes actions sont dégoûtantes et hypocrites », lui a lancé Alexeï Navalny, ajoutant même avec grossièreté : « tu as été la publicité caviar et vodka de la campagne. ». « Alexeï, tu es fort et courageux, la seule chose qui te ralentit, c’est la colère et la mesquinerie », lui a répondu la candidate défaite en le qualifiant de « populiste ». La conversation s’est encore un plus dégradée lorsque son interlocuteur a laissé planer un doute sur ses soutiens financiers. Cette passe d’armes augure assez mal de l’après-élection qui a commencé au sein d’une opposition concurrente et plus divisée que jamais. Dépitée, Ksenia Sobtchak, a fini par lâcher un peu plus tard devant la presse :

« Le boycottage ne nous a menés nulle part. »

84 QG sur tout le territoire

« Je ne suis pas député, je n’ai pas de voiture noire avec gyrophare, je ne peux pas violer le code de la route, ni harceler les journalistes mais nous sommes un mouvement, et ça, c’est la lutte politique réelle », a fait valoir Alexeï Navalny. Interrogé sur ses intentions, ce dernier a affiché sa détermination à poursuivre la voie qu’il s’est tracé, s’opposer au Kremlin, sans toutefois donner de précisions. « A l’issue de cette soi-disant élection, nous allons continuer, a-t-il promis, car nous disposons maintenant d’un énorme réseau présent partout dans le pays. »

La précampagne menée depuis un an lui permet en effet de compter sur 84 QG sur tout le territoire, mais sa fondation, à travers lequel il récoltait des dons, a été dissoute. A l’origine de plusieurs manifestations d’ampleur dans le pays, il ne compte pas, cependant, abandonner le terrain. « C’est la méthode de lutte réelle en Russie, et nous allons continuer », a répété Alexeï Navalny. Dimanche, l’opposant dont Vladimir Poutine ne prononce jamais le nom est apparu bien décidé à rester le principal adversaire du Kremlin, et bien peu désireux de partager cette affiche avec d’autres.

19 mars 2018

Russie : Vladimir Poutine réélu président dès le premier tour

poutine victoire

L’homme fort de la Russie a été réélu avec plus de 76 % des voix, alors que l’opposition a dénoncé plusieurs irrégularités au cours du scrutin. La participation s’est élevée à 67,4 %.

Le président russe, Vladimir Poutine, a été réélu dimanche 18 mars président de la Fédération de Russie avec 76,67 % des voix, après le décompte de plus de 99 % des bulletins. C’est le meilleur score jamais obtenu par M. Poutine en 18 ans de règne.

Le président réélu a fait une brève apparition, dans la soirée de dimanche, sur la scène installée place du Manège, près du Kremlin, pour célébrer les quatre ans de l’annexion de la Crimée. Il a brièvement remercié ses supporteurs. « Nous allons nous mettre au travail », leur a-t-il promis, avant de scander « Russie ! Russie ! »

Le Parti communiste en deuxième position

Le candidat du Parti communiste, Pavel Groudinine, arrive en deuxième position du scrutin avec 12 % des voix. Son résultat était scruté comme l’un des indicateurs du mécontentement social, et son prédécesseur en 2012, Guennadi Ziouganov, avait obtenu 17,8 % en 2012. En troisième position, l’ultranationaliste Vladimir Jirinovski obtiendrait 6 % des voix. La journaliste et candidate libérale Ksenia Sobtchak est quant à elle créditée de 1,5 % des suffrages exprimés.

Le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny – déclaré inéligible par la commission électorale –, a immédiatement commenté les premières estimations, promettant de « continuer » la lutte et fustigeant les « marionnettes » qui ont participé au scrutin, en désignant les autres candidats à la présidence.

Les derniers bureaux de vote ont fermé à 18 heures (heure de Paris), clôturant une élection qui laissait peu de place au suspense. Le principal enjeu du scrutin était le taux de participation, Vladimir Poutine ayant besoin d’une forte affluence dans les bureaux de vote pour légitimer sa victoire. Lundi matin, la Commission électorale a rapporté que le taux de participation s’établissait à 67,4 %. C’est proche de 2012, où elle s’était établie finalement à 65,27 %.

Fraudes et incitations au vote

L’ONG Golos, spécialisée dans la surveillance des élections, a dressé sur son site Internet une carte des fraudes montrant en début d’après-midi 2 033 cas d’irrégularités, tels que du bourrage d’urnes, des cas de votes multiples ou des entraves au travail des observateurs.

Alexeï Navalny a dépêché plus de 33 000 observateurs dans les bureaux de vote. Dès dimanche matin, il a diffusé une vidéo présentée comme montrant un bourrage d’urne dans un bureau de vote en Extrême-Orient, et sur lequel la commission électorale a promis d’enquêter.

Alors que le Kremlin a tout fait pour augmenter la participation, l’organisation Golos a rapporté des informations faisant état de contraintes exercées par des employeurs ou universités forçant employés et étudiants à voter non pas dans le bureau correspondant à leur lieu de domicile mais sur leur lieu de travail ou d’études, « où l’on peut contrôler leur participation au scrutin ».

18 mars 2018

POUTINE

poutin

#Russie : Vladimir #Poutine plébiscité pour un quatrième mandat

Les partisans de Vladimir Poutine se sont rassemblés à deux pas du Kremlin pour fêter la victoire dès le premier tour de leur champion, dimanche 18 mars. Le président a été réélu à la tête de la Russie, pour 6 années de plus, avec une note aux allures de raz de marée: près de 76,7% des voix. Une victoire sans appel, malgré une participation dans les attentes du #Kremlin , aux alentours des 67%.

La participation à l'élection présidentielle en Russie est inférieure à 70% du montant alloué à la présidence, mais reste à un niveau honorable et deux points supérieurs au taux de participation à l'élection présidentielle de 2012.

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