Prêtre assassiné. L'escalade dans l'horreur
Hier, Saint-Étienne-du-Rouvray semblait comme en état de siège. Un vaste périmètre de sécurité barrait tout accès au centre de la commune. Le Raid, unité d'élite de la police nationale, a terminé peu avant 16 h ses opérations de déminage sur le lieu de l'attentat où s'affairaient les spécialistes de la police scientifique. Un nouveau pas franchi dans l'horreur. Moins de deux semaines après l'attentat de Nice, la France est à nouveau frappée cruellement. Un prêtre est mort égorgé, hier, lors d'une prise d'otages dans son église de Saint-Étienne- du-Rouvray, en Normandie. Une attaque revendiquée par le groupe État islamique qui a provoqué un énorme choc dans les rangs des catholiques et bien au-delà. Que s'est-il passé ? L'assassinat d'un prêtre dans une attaque terroriste est une première en France. Jacques Hamel, prêtre auxiliaire de la paroisse, 86 ans, est mort égorgé, hier, dans son église à Saint-Étienne-du-Rouvray, près de Rouen. Deux hommes sont arrivés dans l'église de cette commune de 29.000 habitants située dans l'agglomération de Rouen, à l'heure de la messe matinale, vers 9 h 25. Ils ont pris en otages cinq personnes (dont deux religieuses) qui se trouvaient à l'intérieur, ont tué le prêtre et grièvement blessé un paroissien de 86 ans. Ils se sont « enregistrés » au moment du crime, a témoigné sur RMC soeur Danielle, une religieuse parvenue à donner l'alerte. À leur sortie de l'église, les deux preneurs d'otages se sont retrouvés face à face avec des hommes de la Brigade de recherche et d'intervention (BRI) de Rouen et ont été tués. L'attaque revendiquée par l'EI. Lors de l'opération policière, « trois otages sont sortis de l'église suivis des deux terroristes, dont l'un porteur d'une arme de poing, en s'élançant sur les forces de police aux cris d'Allah Akbar », a précisé, hier soir, le procureur de Paris, François Molins. L'EI a affirmé que cette attaque avait été exécutée par deux de ses « soldats », qui répondaient aux appels à cibler les pays de la coalition internationale combattant l'organisation en Irak et en Syrie. Selon le procureur, l'un des individus avait « sur le ventre une fausse ceinture explosive et trois couteaux », l'autre tenait à la main un « minuteur de cuisine entouré de papier aluminium ». Il portait aussi « un sac à dos avec un faux engin explosif ». L'un des assaillants connu des services antiterroristes. L'un des deux assaillants a été « formellement identifié », a indiqué François Molins : il s'agit d'Adel Kermiche, né le 25 mars 1997 à Mont-Saint-Aignan (Seine-Maritime), connu des services antiterroristes. Cet homme avait tenté de rallier la Syrie par deux fois en 2015. Une première fois via l'Allemagne, alors qu'il était mineur, mais il avait été interpellé. Une seconde fois alors qu'il était majeur via la Suisse, puis la Turquie où il avait été arrêté. Remis à la France, il avait été mis en examen pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste et placé en détention provisoire, puis libéré sous bracelet électronique. Sa détention provisoire avait pris fin le 18 mars 2016, « date à laquelle le juge d'instruction antiterroriste a ordonné son placement sous contrôle judiciaire dans le cadre d'une assignation à résidence sous surveillance électronique avec un certain nombre d'obligations », a précisé François Molins. « Le parquet de Paris a fait appel de ce placement sous contrôle judiciaire en requérant le maintien du mis en examen en détention provisoire », a souligné le procureur mais, le 25 mars 2016, « la chambre d'instruction de la cour d'appel de Paris a confirmé la décision du juge d'instruction ». L'identification du second assaillant est toujours en cours. Par ailleurs, un individu mineur a été placé en garde à vue. « Il s'agit du frère cadet d'un homme parti en Syrie au printemps 2015 avec les papiers d'identité d'Adel Kermiche », a souligné le procureur. Plusieurs jihadistes dans le viseur de la justice sont originaires de Normandie, notamment Maxime Hauchard, converti à l'islam, identifié fin 2014 comme l'un des bourreaux de l'EI, qui a grandi près de Rouen. Hollande : « Faisons bloc ». Le président Hollande s'est immédiatement rendu sur les lieux du drame avec le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve. « Tuer un prêtre, c'est profaner la République qui garantit la liberté de conscience. C'est semer l'effroi, car ce que veulent les terroristes, c'est nous diviser, nous séparer, nous déchirer », a martelé le chef de l'État, hier soir, lors d'une allocution télévisée. « Ce qui est visé, c'est notre démocratie. Elle est la cible, elle sera notre bouclier », a ajouté François Hollande, qui réunira ce matin un Conseil de sécurité et de défense. « Françaises, Français, faisons bloc, c'est ainsi que nous gagnerons la guerre contre la haine et le fanatisme. » « L'objectif » est de « créer une guerre de religions », a renchéri le Premier ministre, Manuel Valls, sur TF1. Des catholiques sous le choc. L'heure était à la « sidération », hier, dans les rangs des catholiques après cette attaque jihadiste redoutée depuis des mois dans les églises de France (lire par ailleurs). Le pape François a fustigé « un meurtre barbare » et condamné « de la manière la plus radicale toute forme de haine ». Source : Le Télégramme
Photo : la une du Télégramme ce matin







