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Jours tranquilles à Paris
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12 janvier 2017

Théâtre du Rond Point - L’Evangile selon Pippo Delbono. A voir demain...

Par Brigitte Salino

Le comédien et metteur en scène italien présente sa nouvelle pièce, « Vangelo », au Théâtre du Rond-Point. Une ode à la vie portée par une mise en scène vibrionnante et des comédiens pas comme les autres.

Pippo Delbono et sa mère : le sujet est inépuisable. C’était une mère italienne devant l’Eternel. Elle aimait plus que tout Dieu et son fils, à qui elle disait, sur son lit de mort : « Pippo, pourquoi tu ne fais pas un spectacle sur l’Evangile ? »Pippo l’a fait, il s’appelle Vangelo, on peut le voir au Théâtre du Rond-Point, et c’est un cadeau comme le théâtre peut en offrir quand il ne cherche pas l’épate : bricolé avec affection, maladroit avec tendresse, doux comme certains rendez-vous.

Pour apprécier Vangelo, il faut se laisser porter par des mots, des images, des sentiments. Et des gens, surtout. Car Pippo est sur le plateau avec son monde, des comédiens pas comme les autres, qui sont avant tout des personnes, venues de tous horizons, souvent bizarres, grandes, grosses, maigres, trisomique, comme Luca, ou microcéphale, sourde et muette, comme Bobo. Toutes belles de ne pas chercher à être autres que ce que la vie leur a donné, elles sont mises en scène dans des tableaux qui racontent comme toujours l’histoire de Pippo Delbono, connue par cœur de ses afficionados et réenchantée d’être à nouveau entendue, dans un nouveau chapitre.

Celui-ci s’appelle donc L’Evangile(Vangelo, en italien), et c’est un journal intime, un requiem pour l’amour d’une mère, une sarabande noire et une ode à la vie. Pippo Delbono a beaucoup fréquenté les églises quand il était enfant. Puis il s’est détaché du catholicisme, parce qu’il était en rage contre le dieu qu’on lui avait imposé, un dieu de la peur. Sa mère ne supportait pas qu’il soit devenu bouddhiste. Jusqu’au bout, elle a essayé de le convertir, en lui parlant de l’amour.

Cet amour est dans le spectacle, à la façon de Pippo Delbono, qui épouse le monde. Quand il préparait Vangelo, il a eu un problème aux yeux. Il voyait double, trouble, se sentait mal. Alors, il est parti à la rencontre de migrants jetés sur les rives italiennes, avec lesquels il a tourné un beau long-métrage, Vangelo, qui sera programmé sur Arte le 27 février.

« La compassion, c’est sombrer dans les zones les plus noires »

On en voit des images à un moment du spectacle, et Pippo raconte dans le film qu’auprès d’eux il s’est senti à l’endroit juste, comme quand il s’était enfui avec Bobo de l’asile psychiatrique. A ce moment-là aussi, il allait mal, à cause du sida. Un moine bouddhiste lui avait dit : « La compassion, c’est sombrer dans les zones les plus noires, les plus obscures. Quand tu toucheras le fond, turemonteras quelqu’un et remonteras avec lui. »

Bobo fut celui-ci. Il avait été interné pendant quarante-quatre ans près de Naples quand Pippo l’a rencontré, en 1996. Depuis, il est devenu une star. La scène est son royaume : il apparaît et on ne voit que lui. Aujourd’hui, Bobo a 80 ans. Quand Pippo lui prend la main et qu’ils s’éloignent ensemble vers les coulisses, l’un grand et costaud, l’autre petit et frêle, on approche une idée de l’amour vrai.

Dans Vangelo, Bobo chevauche un cheval à bascule, ou porte les cornes du diable, que Pippo préfère à Dieu parce qu’« au moins il est plus féminin, bisexe ». Bobo danse aussi, avec tous les autres, parce qu’il faut danser, jouir de la beauté des corps, de la puissance de la musique, oublier que « nous avons été jugés comme pervers, malades, différents, athées, putains, pédés, clodos, gitans », et ne pas avoir peur de la solitude.

La rédemption n’est jamais loin du désastre, chez Pippo Delbono. Les deux s’enlacent dans son Evangile, crucifié par l’image du Christ et le malheur du monde, nourri d’une croyance qui emprunte à saint Augustin, Pier Paolo Pasolini ou Led Zeppelin, et porté par un ressac de la vie qui fait que l’on se sent bien, tout simplement, en la compagnie de Pippo Delbono et de ses amis.

Vangelo, de et mis en scène par Pippo Delbono. Avec Gianluca Ballarè, Bobo, Margherita Clemente, Ilaria Distante, Simone Goggiano, Mario Intruglio, Nelson Lariccia, Gianni Parenti, Alma Prica, Pepe Robledo, Grazia Spinella, Nina Violic, Safi Zakria, Mirta Zecevic. Théâtre du Rond-Point, 2 bis, av. Franklin-D.-Roosevelt, Paris 8e. Mo : Franklin-Roosevelt. Tél. : 01-44-95-98-21. Du mardi au samedi, à 21 heures ; dimanche à 15 heures. De 12 € à 38 €. Jusqu’au 21 janvier. Durée : 1 h 40. En italien surtitré.

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12 janvier 2017

Donald Trump

Pour sa première conférence de presse, Donald Trump attaque pour mieux se défendre

Par Gilles Paris, Washington, correspondan

Après la révélation d’un rapport non vérifié sur ses liens avec la Russie, le président élu a finalement reconnu le rôle de Moscou dans les piratages, seule concession d’un exercice où il est resté fidèle à lui-même.

La première conférence de presse du futur président des Etats-Unis, mercredi 11 janvier, a été à l’image de son discours de candidature, en juin 2015, et similaire à la campagne qui lui a permis de l’emporter le 8 novembre. Frontale et transgressive. Après l’avoir évité pendant près de six mois, M. Trump s’était résigné à renouer avec cet exercice pour initialement éclaircir les questions des conflits d’intérêts entre son empire et ses fonctions de président. La maîtrise de cet agenda lui a échappé lorsqu’a enflé la controverse sur une éventuelle interférence des autorités russes dans le processus électoral américain.

Mais la publication mardi, par le site BuzzFeed, sans les vérifications d’usage et au nom de la « transparence », d’un document selon lequel ces mêmes autorités détiendraient des éléments compromettant pour lui, a cependant permis à ce dernier d’engager une contre-attaque sans nuances. Le document, que la majorité de la presse américaine a refusé d’évoquer, faute de pouvoir vérifier le contenu de ses allégations, a permis au magnat de l’immobilier de stigmatiser deux institutions qu’il n’a cessé de prendre comme cibles depuis des mois : la communauté du renseignement et la presse généraliste.

M. Trump avait donné un aperçu de son état d’esprit, quelques heures avant le début de sa conférence de presse, en publiant sur son compte Twitter une batterie de messages courroucés allant crescendo. « C’est le dernier coup contre moi. Vivons-nous dans l’Allemagne nazie ? », s’était-il finalement indigné après avoir estimé que les agences de renseignement étaient « peut-être » à l’origine de la « fuite » du document publié sans précaution par BuzzFeed, ce qui constituerait selon lui « une tache indélébile à leur réputation ».

« Je crois que c’était la Russie »

Ce dérapage sans précédent vis-à-vis des responsables censés conseiller le président sur les sujets les plus sensibles pour la sécurité nationale a valu une critique inhabituelle de la Maison Blanche. Son porte-parole, Josh Earnest, a jugé l’accusation « peu indiquée » lors de son point de presse quotidien, non sans rappeler les états de service des responsables mis en cause, dont une bonne partie quittera ses fonctions à l’arrivée de la nouvelle administration. Les premiers mots du futur président, dans l’atrium de la Trump Tower, à New York, ont néanmoins visé ces mêmes agences.

Ces dernières avaient, selon la presse américaine, ajouté un mémorandum de deux pages résumant le contenu du document à charge lors de la remise d’un rapport, le 6 janvier, demandé par le président sortant Barack Obama. Un compte rendu classifié partagé avec les commissions concernées du Congrès relatif à la première affaire, celle de piratages informatiques imputés à aux autorités russes constatés au cours de la campagne. M. Trump estime, peut-être à juste raison, que cet ajout est à l’origine de sa divulgation, même s’il ne permet pas de trancher sur une volonté de nuire du renseignement américain.

L’attaque a masqué en tout cas une conversion tardive. Après avoir longtemps douté de l’origine de ces piratages, en se retranchant même maladroitement derrière les dénégations russes, M. Trump a pour la première fois admis la thèse présentée par la Direction nationale du renseignement d’une responsabilité de Moscou. « Je crois que c’était la Russie », a-t-il déclaré, contrairement à la teneur du communiqué encore suspicieux qu’il avait publié après sa rencontre du 6 janvier. Mais M. Trump a ensuite immédiatement pivoté vers d’autres piratages, imputés notamment à la Chine, qui ont concerné des millions de données personnelles d’Américains.

« Great », « incredible », « fantastic »

Plus tard au cours de la conférence de presse, M. Trump a également repris à son compte l’autre thèse du renseignement selon laquelle le président Vladimir Poutine a été l’architecte de ces piratages. Après avoir défendu une tentative de rapprochement avec ce dernier au nom des intérêts américains, le magnat de l’immobilier a estimé que le président russe « ne devrait pas faire cela », et qu’« il ne le refera pas ». « Il n’aurait pas dû le faire et je ne crois pas qu’il recommencera à présent », a-t-il insisté, estimant que la Russie « respectera plus les Etats-Unis quand j’en aurai pris la direction ».

Ce changement de pied de M. Trump a été l’un des rares identifiés mercredi. Le milliardaire a renoué avec le style décousu ponctué de satisfecit éprouvé lors de la campagne. « Je crois que je vais devenir le plus grand producteur d’emplois jamais créé par Dieu », a-t-il assuré ironiquement, avant d’insister sur « le bon état d’esprit », une sorte d’état de grâce, entretenu par l’intérêt que lui ont porté des financiers tels que le fondateur d’Alibaba « Jack Ma, ou M. [Bernard] Arnault ». « Beaucoup de gens me disent qu’ils n’ont jamais ressenti cet état d’esprit par le passé », a-t-il insisté, conformément à un code rhétorique dont il est familier. Il a utilisé à 37 reprises le terme de « great », 7 fois « fantastic », 4 fois « incredible » et « incredibly », et 3 fois « brilliant », notamment pour qualifier les membres de sa future administration.

M. Trump n’a pas manqué non plus de rappeler les engagements pris par l’industrie automobile internationale d’investir aux Etats-Unis. Il a ainsi fait mine de se prévaloir d’un investissement de Fiat-Chrysler, dont la compagnie a pourtant précisé qu’il remontait en fait à une décision bien antérieure à la campagne.

« Le 20 janvier sera un jour très élégant »

Lors de l’évocation du piratage russe, M. Trump avait déjà assuré qu’une meilleure protection informatique avait empêché une intrusion dans les données du Parti républicain. La partie rendue publique du rapport des agences précise pourtant que des intrusions ont été signalées mais qu’elles n’ont pas été suivies, comme pour le Parti démocrate, de la divulgation de données internes.

La plupart des points soulevés mercredi avaient déjà été soulignés sur le canal préféré de M. Trump, son compte Twitter, qui a gagné plus de six millions de « suiveurs » depuis l’élection du 8 novembre. M. Trump ne s’est pas montré plus précis sur deux sujets sur lesquels il a été interrogé. Il s’est montré toujours aussi critique à propos de l’extension de la protection sociale léguée par le président Obama. En dépit de l’extrême complexité de l’opération qui vise à la démanteler sans mettre en danger des millions d’assurés appartenant aux classes sociales les plus modestes, le magnat de l’immobilier a assuré qu’elle serait « supprimée et remplacée presque simultanément », même si aucun dispositif alternatif n’a été définitivement arrêté.

« LE MEXIQUE REMBOURSERA, D’UNE MANIÈRE OU D’UNE AUTRE, PAR UNE TAXE OU UN VERSEMENT. IL NOUS REMBOURSERA LE COÛT DU MUR »

DONALD TRUMP

M. Trump a également réitéré sa promesse initiale de faire endosser par le Mexique les frais de construction du « mur » qu’il souhaite ériger sur la frontière sud des Etats-Unis pour lutter contre l’immigration illégale. La seule nouveauté a été la prise en compte du fait que cet investissement sous contrainte consistera en « un remboursement » des frais engagés par la future administration américaine. M. Trump a estimé qu’il lui aurait fallu attendre « un an et demi » pour voir aboutir des négociations avec Mexico. Le Mexique « remboursera, d’une manière ou d’une autre, par une taxe ou un versement. Il nous remboursera le coût du mur », a-t-il à nouveau promis, s’attirant une nouvelle dénégation du président Enrique Pena Nieto.

Au cours de la conférence de presse, M. Trump a témoigné à sa manière de son impatience d’arriver enfin au jour de sa prestation de serment. « Ce sera un jour très, très élégant, a-t-il dit. Le 20 [janvier] sera très, très spécial. Et très beau. Et je pense que nous allons avoir des foules massives parce que nous avons suscité un mouvement. Un mouvement comme le monde n’en a jamais vu auparavant. »

12 janvier 2017

Monica Bellucci

monica

monica newton 2000

Ci-dessus Monica Bellucci photographiée par Helmut Newton en 2000

12 janvier 2017

Vu sur instagram - j'aime beaucoup

Darling Dioni. @dionitabbers shot by @rayanayash

Une photo publiée par Playboy (@playboy) le 1 Janv. 2017 à 12h52 PST

12 janvier 2017

Soulèvements - exposition au Jeu de Paume, Concorde, Paris

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12 janvier 2017

Emmaüs - Dimanche 22 janvier - save the date

emmaus

12 janvier 2017

VANNES = Festival photo. Dix expositions : de la mer à Ailleurs

David Robo a confirmé la fin du festival Photo de Mer. Créé en 2003, il laisse place à « Ailleurs », dont le thème se renouvelera chaque année.

« Ce n'est ni un choix financier, ni un choix technique », a affirmé le maire, en préambule de la présentation du nouvel événement photo de Vannes : « Ailleurs ». « Nous avions des difficultés à nous renouveler, nous souhaitions continuer à travailler avec les associations et conforter l'identité photographique du kiosque culturel. Vannes continue à soutenir la photographie », a continué David Robo. Photo de mer était le premier budget des événements culturels de la ville avec 250.000 €. « Nous avons programmé 110.000 €, hors personnel et communication, soit un budget global d'environ 200.000 € ».

Côté technique, seules deux expositions - la Steppe Mongole vue par le photographe brestois Serge Vincenti et Vannes par le club photo de l'IUT- seront en extérieur pour relier les autres sites. « L'objectif est d'amener un nouveau public vers des lieux de patrimoine : le passage central de la Cohue, Limur et les Bigotes ». Une vocation qu'avait eue Photo de mer. « C'est une orientation 2017, ce n'est pas définitif », assure David Robo. Le thème d'Ailleurs sera renouvelé chaque année. Le directeur artistique, Dominique Leroux, est lui embarqué pour plusieurs éditions.

Un air de Brest

Le photographe brestois a programmé plusieurs années les expositions de la librairie Dialogue et porté quatre ans une galerie. Membre du jury de la bourse pro de Photo de mer, figure de la photo en Bretagne, c'est sa première expérience de directeur artistique de festival.

Pour cette édition, il a choisi comme fil rouge le voyage, le trajet. Un choix dans le sillage de la parution fin 2016 de « Sad Paradise, la dernière route de Jack-Kerouac » de René Tanguy. Déjà exposé à Vannes en 2016, le photographe, brestois également, a exploré six ans le trajet réel et intérieur de Jack Kerouac, figure de proue de la Beat Generation et monument de la littérature, et de son ami Youenn Gwernig, poète et sculpteur breton. Les photos de René Tanguy, des lettres inédites de Kerouac seront mises en scène dans le passage central de La Cohue.

Autour de ce « road trip », Dominique Leroux a choisi deux maîtres français : Raymond Depardon pour « Errance » au Kiosque culturel, et Bernard Plossu pour le « Voyage mexicain » à l'hôtel de Limur. Et un maître américain : Paul Fusco et son « Funeral train », un regard sur l'Amérique depuis le train ramenant le corps de Bob Kennedy de New York à Washington.

Il présente aussi deux jeunes photographes à Limur : Alexa Brunet pour « Brest-Vladivostock » et Simon Tanguy, fils de René, pour ses déambulations solitaires et photographiques jusqu'à la mer du Japon. La « Brest connection » du festival va jusqu'à son parrain : Christophe Miossec.

Pas de concours

Les associations locales exposeront un périple au Québec de Cédric Wachthausen pour In Visu à Limur et un regard collectif sur la voie verte Questembert-Mauron pour Contraste aux Bigotes.

Pour marquer la césure entre Photo de mer et Ailleurs, pas de concours amateur pour cette première édition. Pas de bourse professionnelle non plus. Le lauréat de la bourse 2016 sera bien exposé en 2017 à Vannes, mais pas dans le cadre de l'événement. La présence de Richard Pak pourrait être coordonnée aux Rencontres de la photographie d'Arles, de début juillet à fin septembre, où son travail sera également montré.

Pratique

Du 1 er avril au 8 mai. Gratuit. En savoir plus : www.ailleurs-vannes.fr

12 janvier 2017

Adopte un mec...

metro adopte

12 janvier 2017

Vu sur internet - j'aime beaucoup

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12 janvier 2017

Le premier Tintin renaît en couleurs

tintin

« Tintin aux pays des Soviets » a inauguré en 1929 la série des 24 aventures du petit reporteur. C’était le seul album, sur les huit sortis en noir et blanc, à n’avoir jamais été colorisé.

Par   Christophe Levent

La star, c’est toujours lui ! L’exposition « Hergé » au Grand Palais a déjà attiré plus de 300 000 visiteurs et n’est pas encore achevée. Et revoilà Tintin sur le devant de la scène. En librairie cette fois. Pas pour un « vrai » nouvel album — les ayants droit y sont opposés, selon la volonté du créateur — mais pour une sorte de renaissance : la version colorisée de son « album de naissance », « Tintin aux pays des Soviets », disponible à partir de demain. Des aventures parues initialement le 10 janvier 1929 dans « le Petit Vingtième », supplément jeunesse du journal belge « le Vingtième Siècle ». Il y a donc 88 ans… Ce jour-là, Georges Remi dit Hergé (1907-1983) enfantait sans le savoir le plus grand héros du 9  e art. Retour sur l’histoire de ces premiers pas.

Une commande anticommuniste

En 1925, Hergé est embauché au « Vingtième Siècle » comme employé administratif. Mais il dessine déjà pour une revue de scouts, notamment le personnage de Totor, sorte de grand frère de Tintin. En 1928, le très catholique patron extrémiste du journal, l’abbé Wallez, lui confie les dessins du supplément jeunesse. C’est lui qui imposera une diatribe anticommuniste pour la première aventure de Tintin. « Hergé était de droite à l’époque mais pas vraiment anticommuniste. Mais il était sous la coupe de l’abbé Wallez auquel il vouait une profonde admiration », avance Philippe Godin, spécialiste de Tintin et récemment auteur de « Tintin et les Soviets, naissance d’une œuvre ». Hergé, qui ne connaissait pas l’Union soviétique, s’est inspiré d’un seul livre : « Moscou sans voiles » de Joseph Douillet, ancien consul de Belgique en Russie.

L’invention de la bande dessinée

Hergé a qualifié lui-même l’album « d’erreur de jeunesse ». Mais pour Philippe Godin, « les Soviets » mérite mieux. « Hergé n’était pas très content de son dessin ni surtout du scénario. Mais il y a là, en germe, toute son œuvre. Les gens qui critiquent l’album ne l’ont souvent jamais lu. Il invente au fur et à mesure un langage graphique, celui de la bande dessinée.

Notamment pour donner du mouvement aux personnages… « Les Soviets » est l’un des premiers albums de BD avec uniquement des phylactères, les bulles pour les dialogues. D’ailleurs, quand il sort en France dans « Cœur vaillant », des textes sont rajoutés sous les images… Le personnage lui-même évolue au fil des pages : au début du livre, il n’a pas de houppette. Elle arrive lors d’une poursuite à grande vitesse avec une voiture. Elle ne retombera jamais. Les Soviets, c’est vraiment un laboratoire pour Hergé. »

Un formidable coup marketing

Suivies par les fidèles dans « le Petit Vingtième », les aventures de Tintin sont éditées en album en 1930. L’album, tiré à 10 000 exemplaires plus 500 albums dédicacés par Tintin et Milou, est un vrai succès. Pour le promouvoir, le journal a organisé le « vrai » retour d’URSS du petit reporter, joué par un figurant, à Bruxelles. Avertis par la presse, des centaines de lecteurs l’attendent à la gare, puis l’accompagnent en cortège jusqu’au journal où il prononce un discours au balcon ! Vite épuisé, ce premier album ne sera pas réédité avant… 1973. « Hergé ne souhaitait pas qu’il soit réimprimé en l’état. Certains pensent qu’il ne voulait pas qu’il ressorte car il a pris le temps de coloriser les sept autres sortis en noir et blanc et pas celui-là. Moi, je pense qu’il comptait le faire. »

C’est aujourd’hui chose faite, et bien faite. Malgré tous ces défauts, ce « Tintin aux pays des Soviets » en couleurs se déguste comme une petite madeleine.

« Tintin aux pays des Soviets », de Hergé. Ed. Moulinsart et Casterman. 14,95 €.

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