Dans son éditorial, le
prestigieux quotidien britannique estime que le candidat de l'UMP est le mieux
à même d'entreprendre les réformes dont a besoin l'Hexagone. Extraits.
L'élection présidentielle
française va être un événement majeur. La France est le deuxième pays de la
zone euro et compte dix des cinquante plus grandes entreprises européennes.
Mais c'est un pays en pleine confusion.
Le plus urgent est de relancer la
croissance économique. Cela implique une libéralisation radicale des marchés,
notamment celui de l'emploi, plus de concurrence et moins de protection, une
baisse des impôts et des dépenses publiques, ainsi qu'une refonte des services
publics trop choyés. Rien de tout cela n'a été fait au cours des 26 dernières
années alors que d'autres pays européens comme l'Angleterre, l'Espagne, les
Pays-Bas, l'Irlande et les pays nordiques se transformaient pour le mieux, tout
en maintenant leurs chers modèles sociaux et leur Etat providence. Ce sera la
principale tâche du prochain président français.
Que peut-on dire des candidats ?
Seuls trois sur douze sont des concurrents sérieux et un quatrième, Le Pen,
peut influer sur les résultats du scrutin. Il est essentiel pour la France et
son image que Le Pen ne passe pas le premier tour.
La présence de Ségolène Royal au
second tour serait souhaitable en permettant une confrontation directe entre
gauche et droite. Mais elle a d'autres points forts : première femme à pouvoir
prétendre sérieusement à l'Elysée, elle a eu le courage d'écarter les éléphants
de son parti pour être désignée candidate. Elle a également osé briser certains
tabous socialistes en faisant les louanges du Britannique Tony Blair et en
critiquant les 35 heures. Malheureusement, son programme est nébuleux. Et dans
le domaine économique, elle se place solidement derrière la doctrine de la
vieille gauche : intervention de l'Etat, protection rigide du travail, impôts
élevés.
Au centre, Bayrou est plus
prometteur. Il semble plus déterminé à réduire la dette publique que Ségolène
Royal et même Nicolas Sarkozy. Mais il n'a pas réussi à défendre l'idée d'un
marché libre et soutient désespérément les subventions agricoles et
l'intervention de l'Etat. On ne sait pas non plus très bien comment il
gouvernerait : son parti est minuscule et ses œillades aux personnalités
proches de ses idées, de gauche et de droite, semblent n'être qu'une recherche
du plus petit dénominateur commun.
Tout cela fait ressortir Sarkozy
du lot. Contrairement aux autres et en dépit de ses états de service en tant
que ministre de Chirac, il ne cache pas que la France a besoin d'un changement
radical. Il n'est pas du sérail, est né dans une famille de l'aristocratie
hongroise. Il admire ouvertement les Etats-Unis et le modèle économique
anglais, et prévoit de rapidement porter le fer sur certains tabous comme la
libéralisation du marché du travail, la baisse des impôts sur le revenu et sur
les entreprises et la refonte des régimes spéciaux du secteur public.
Reste deux doutes sur Sarkozy.
Ainsi qu'en atteste son bref passage au ministère des Finances, il présente les
mêmes travers interventionnistes que la plupart des hommes politiques français
et soutient une politique industrielle forte, la protection des champions
nationaux et n'a pas hésité à intervenir dans la politique des prix des
supermarchés. Récemment il a multiplié les attaques contre la Banque centrale
européenne, l'accusant d'être responsable des erreurs françaises.
Ce populisme économique n'est
peut-être qu'une ruse pour séduire un électorat largement hostile au
libéralisme économique. Mais il s'ajoute à un deuxième travers chez Sarkozy :
une sorte de nationalisme qu'il exprime à travers ses commentaires sur les
immigrés et son attachement à l'identité nationale. Il a atteint un tel niveau
d'impopularité dans les banlieues que – contrairement à Le Pen – il y a à peine
mis les pieds pendant sa campagne. Le ministre de l'Intérieur qu'il était s'est
fortement engagé pour améliorer la vie des musulmans de France, mais le
candidat a oublié tous ces discours.
Ceci explique peut-être le
principal défaut de sa politique étrangère : son opposition féroce à l'entrée
de la Turquie dans l'Union européenne. Sur d'autres questions européennes,
comme l'avenir de la Constitution, Sarkozy défend une position plus raisonnable
et plus pragmatique que ses principaux rivaux. Il est aussi le candidat le plus
à même de réchauffer les relations entre Paris et Washington.
Au vu de son passé politique et
sa campagne, on comprend que Sarkozy est moins un libéral à principes qu'un
pragmatique brutal. Il est pourtant le seul candidat à avoir le courage de
prôner la "rupture" dont la France a tellement besoin. On dit que la
France progresse par une révolution de temps en temps mais qu'elle ne réussit
presque jamais à réformer. Sarkozy offre au moins une chance de démontrer le
contraire.
Edito de "The Economist"