Jusqu’au 4 mars 2007
Martial Cherrier a été ce que
l'on appelle un body builder, quelqu'un qui bâtit son corps. De cette manière,
il est devenu une sculpture vivante. Et ce corps bâti, recomposé presque
entièrement, hors de toute base naturelle, avec un excès qui le pose aux
limites de la référence humaine (et le pousse à chercher ses référents dans la
démesure de Michel-Ange comme dans le corps des super-héros de bande dessinée),
ce corps auto-engendré, et ses modes de fabrication, est l'objet artistique
revendiqué de Martial Cherrier, un médium osmotique lui permettant de
communiquer avec l'ensemble du corps social. Ainsi, Martial Cherrier est à la
fois sujet, objet, support, substance, matériau et cadre de son art.
Dominique Quessada
(Extrait de "L'art
Martial", in MARTIAL, éditions Contrasto et Maison Européenne de la
Photographie, 2006)
Les papillons sont des insectes
holométaboles, c'est-à-dire à métamorphose complète. Ces lépidoptères, à l'égal
du bodybuilder transformé en atelier de son propre corps en expansion, ou comme
l'intellectuel dépensant son souffle à gonfler une idée jusqu'à la rendre
habitable, aspirent à des mutations qui se veulent totales.
Totales, jusqu'à ébranler la
conscience de sa propre identité, jusqu'à renégocier le poncif selon lequel le
corps et la psyché sont des destins, jusqu'à accepter le chaos, et non plus
l'équation linéaire, comme principe premier du vivant.
Jean-Yves Jouannais
(Extrait de "Fly or
Die", in MARTIAL, éditions Contrasto et Maison Européenne de la
Photographie, 2006)
Ce n'est pas Martial Cherrier qui
fait du body building, c'est l'art le body builder. La pratique artistique est
le produit d'incessantes métamorphoses : Martial Cherrier dont le corps est le
matériau, se dessine et se photographie seulement après avoir donné à son
apparence la forme qu'il désire. Et cette forme ne sera jamais apaisée.
Dans "Fly or Die",
série qui fait suite aux grands portraits photographiques ou l'artiste se
représentait en mannequin associé aux marques d'anabolisants et de grande
consommation, les dimensions changent radicalement. L'hypertrophie des muscles,
si elle subsiste, carbure désormais à l'hybride, dans une résolution
homme/animal qui trouve sa vérité au moment de l'éclosion d'un papillon à
l'apesanteur vacillante. L'ouverture des ailes trouve un équilibre incertain, à
considérer les baskets que porte l'artiste avec un sens burlesque parfait, donc
énigmatique. La chenille body buildée est évacuée, le rythme de la respiration
de l'artiste a changé: ce n'est plus le passage d'un seuil à un autre, d'un
instant de vie à un autre, c'est une série d'apparitions malicieusement
narquoises dans une tentative de vol continu. Réduit à un lilliputien face au
réel qu'il survole, encagé et épinglé, promis à la crucifixion douce des
coléoptères, il est libre, pourtant, Martial Cherrier.
Isabelle Rabineau
(Extrait de "C'est l'art le
bodybuilder", in MARTIAL, éditions Contrasto et Maison Européenne de la
Photographie, 2006)
Catalogue : Un livre est publié à
l'occasion de l'exposition. Pour plus d'informations, reportez-vous à la
rubrique " Des livres et des films/Les éditions ".



Photos JS