Maurice Papon, seul haut
fonctionnaire français condamné pour complicité de crime contre l'humanité pour
son rôle dans la déportation de juifs de Bordeaux sous l'Occupation, est mort
samedi à 96 ans, plus de quatre ans après sa libération, a annoncé son avocat
Francis Vuillemin.
Condamné en 1998 à 10 ans de
réclusion pour son action comme secrétaire général de la préfecture de Gironde
sous l'Occupation, en fuite en 1999, il a été incarcéré pendant près de trois
ans avant d'être remis en liberté le 18 septembre 2002 en raison de son état de
santé.
Il résidait depuis dans sa ville
natale en grande banlieue parisienne, où il était suivi pour des problèmes
cardiaques.
"Maurice Papon est mort
samedi 17 février 2007 à 16H00" pendant son sommeil, a annoncé Me
Vuillemin. Dans une clinique à Pontault-Combault, en Seine-et-Marne, selon une
source policière.
Maurice Papon, qui vivait retiré
dans son pavillon à Gretz-Armainvilliers (Seine-et-Marne), avait été
hospitalisé le 8 février pour une "insuffisance cardiaque" et opéré
mardi.
Alors que Me Vuillemin a rappelé
que M. Papon n'avait "jamais accepté sa condamnation du 2 avril 1998 par
la cour d'assises de Bordeaux" pour sa participation à la déportation de
43 Juifs, Me Gérard Boulanger, l'un des avocats des parties civiles au procès
Papon, a regretté qu'il n'ait "jamais admis ce qu'il avait fait".
Me Arno Klarsfeld, un des avocats
des parties civiles au procès Papon, a jugé, lui, la mort de Papon
"anecdoctique", estimant que l'important c'est sa
"condamnation".
Benjamin Abtan, président de
l'UEJF (Union des étudiants juifs de France) a souligné que "le procès
Papon avait été un moment-clé dans la construction de la mémoire de la Shoah en
France", voyant en lui "un symbole de la responsabilité de l'Etat
français dans la tentative de destruction des juifs d'Europe".
Marie-George Buffet, candidate
PCF à la présidentielle, s'est indignée qu'il ait "bénéficié jusqu'à sa
mort d'un traitement de faveur".
Avant d'être rattrapé par son
passé de fonctionnaire sous le régime de Vichy, Maurice Papon a connu une
longue carrière dans les plus hauts rouages de l'Etat, traversant tous les
régimes de la IIIe à la Ve République.
Il a notamment occupé les postes
exposés de préfet de Constantine (1956-58) pendant la guerre d'Algérie, et de
préfet de police de Paris (1958-67) lors de la répression sanglante de la
manifestation algérienne du 17 octobre 1961, sous le général de Gaulle.
Après un bref passage à la
présidence de Sud Aviation (1967), il entame une carrière politique: en 1968,
il est élu député UDR (le parti gaulliste de l'époque) du Cher, en 1971 maire
de Saint-Amand-Montrond (Cher) --il le restera 12 ans-- et est nommé ministre
du Budget dans le troisième gouvernement Barre (1978-81).
C'est en 1981, juste avant la
présidentielle, que le journal satirique le Canard enchaîné publie des
documents datés de 1943 et 44 signés de la main de Maurice Papon, l'impliquant
dans la déportation de juifs bordelais.
Après 17 ans de bataille
juridique, l'ancien fonctionnaire est renvoyé devant les assises de la Gironde
en octobre 1997 pour un procès qui durera six mois, en raison notamment
d'interruptions pour hospitalisation.
Après l'épuisement des recours
qui induit le caractère définitif de sa condamnation, Maurice Papon a toujours
clamé son innocence.
C'est ce qu'a rappelé son avocat,
Me Vuillemin, en soulignant dans un communiqué: "La Cour européenne des
Droits de l'Homme a condamné la France le 25 juillet 2002 pour n'avoir pas
respecté les règles du procès équitable. Le 4 avril 2002, le Conseil d'État a
déchargé Maurice Papon de la moitié des dommages et intérêts dus aux parties
civiles pour les mettre à la charge exclusive de l'Etat".
Il a aussi fait valoir que
"le Conseil d'État a rétabli l'ancien préfet de police du général de
Gaulle dans ses droits à pension de retraite le 4 juillet 2003, avec effet
rétroactif".
"Maurice Papon s'est battu
jusqu'au bout et il est mort en homme libre alors qu'il s'apprêtait à livrer
son dernier combat: l'action en réhabilitation", affirme l'avocat.