La photographe Valérie Belin présente ses deux
dernières séries, axées sur le portrait et plus précisément encore, sur le
visage: douze photos de jeunes mannequins, issues de la série «New Faces»,
côtoient celles de sept jeunes filles, à la peau noire ou métissée.
Galerie Xippas
Communiqué de presse
La première des deux nouvelles séries présentées dans
l’exposition se compose de douze photographies de jeunes modèles («New Faces»)
choisis sur catalogue dans diverses agences de mannequins. La série comprend, à
parité égale, six photographies de garçons et six photographies de filles.À la différence des portraits précédents réalisées en
éclairage diffus et en noir et blanc, Valérie Belin a choisi de travailler en
éclairage ponctuel et en couleur. Une source de lumière unique est dirigée sur
la face des modèles qui semblent émerger du noir absolu de l’arrière-plan. La
photographie met ainsi en lumière les visages et la naissance des bustes
dénudés des sujets, donnant une importance particulière à la peau et aux
éléments de la physionomie.Il se dégage de cette série de portraits une esthétique qui
fait penser à celle des avatars1 que l’on utilise pour se représenter dans les
mondes virtuels. Cet effet d’irréalité ne tient pas seulement à la plastique
excessive des modèles, mais aussi aux opérations conceptuelles et
photographiques effectuées par l’artiste pour produire des effets de sens.
Ainsi, la lumière, par les découpes franches qu’elle opère en zones d’ombre et
zones fortement éclairées, annule-t-elle le rendu charnel du modelé des visages
et des corps. En n’éclairant, en quelque sorte, qu’une seule face du sujet,
elle en donne une vision spectrale, sans épaisseur, quasi abstraite. Le
traitement de la couleur, volontairement désaturée, donne aux carnations un
aspect monochrome et diaphane dont les yeux et la bouche constituent des
contrepoints colorés, à la manière d’artefacts. Ce travail non naturaliste de
la couleur n’en est pas pour autant artificiel, il évoque plutôt la mise en
couleur d’un portrait peint, où l’artiste élabore une vision. Les peaux,
maquillées et poudrées pour la circonstance, offrent des surfaces sans
accidents dont la perfection paraît plus imaginaire que réelle. Enfin, la mise
en retrait de toute expressivité des visages et la vacuité particulière des
regards exigés par la pose contribue à modifier ces humanités en êtres
chimériques.2 L’autre série de photographies présentée ici a été réalisée
dans la continuité de la
première. Elle est constituée de sept portraits de jeunes
filles «de la rue», à la peau noire ou métissée et au visage singulièrement
beau et lisse. L’artiste semble avoir fait usage du même protocole de prise de
vue : lumière forte et dirigée sur le sujet, fond noir, absence de toute
expression sur les visages. Néanmoins, il apparaît vite que la qualité
particulière des personnes photographiées et de leurs attributs déterminent des
différences stylistiques notoires entre les deux séries. De ce point de vue,
tout ce passe comme si l’une était l’inverse de l’autre. Ainsi la carnation
blanche et matte des mannequins s’opposent-elle aux visages bruns et satinés
des jeunes filles.
De même, la nudité blanche et «naturelle» des premiers
sujets, qui fixait la couleur à l’intérieur du visage, par touches, sur yeux et
la bouche, fait-elle place chez les seconds, à un habillage particulièrement
factice et coloré qui renvoie la couleur à l’extérieur du visage.Cet habillage désigne non seulement le vêtement (que l’on
devine de confection médiocre), mais aussi les cheveux (en matière
synthétique), les lentilles colorées posées sur les yeux et le maquillage
fortement dessiné. Ces attributs, dont l’harmonie participe du même
arrangement, varie d’un sujet à l’autre à la manière d’une panoplie sur le
corps standard d’une poupée — version «black».À l’opposé de la méthode anthropométrique qu’elle s’était
imposé pour la réalisation de ses premières séries de portraits, Valérie Belin
considère dans ces deux nouvelles séries des individus séparés, ne ressemblant
qu’à eux-mêmes, mais comme tous frappés d’incertitude. Les mannequins glabres
et éthérés semblent des artifices issus d’un univers technologique. Les jeunes
«blacks», plus tangibles par la concrétude de leurs accessoires, semblent
sortir d’un moule et oscillent entre plastique pure et humanité. Les notions
antagonistes généralement à l’œuvre dans le travail de l’artiste entre présence
et absence, vivant et inanimé, force d’évidence et retrait, semblent se
condenser ici en un principe d’artificialité. Soulevant une question que l’on
pourrait résumer ainsi : qu’est-ce que le vivant aujourd’hui ? Comment est-il
travaillé par la métamorphose et les forces de destruction ?
1 Dans la religion hindoue, un avatar désigne chacune des
incarnations de Visnu ; au sens figuré, il désigne une métamorphose ou une
transformation. En informatique, l’avatar désigne l’apparence ou l’image que
prendra un individu pour se représenter dans un univers virtuel.
2 Une chimère désigne une vaine imagination. Voir aussi
fantasme, fantôme, folie, idée, illusion, imagination, mirage, rêve, songe,
utopie, vision. Un être chimérique est un être qui tient de la chimère.
L’Artiste Valérie Belin est née en 1964. Elle vit et travaille à
Paris.
Infos pratiques
> Lieu
Galerie Xippas
108, rue Vieille-du-Temple. 75003 Paris
M° Saint-Paul
> Horaire
à partir de 17h
> Contact
T. 01 40 27 05 55
gallery@xippas.com
www.xippas.com
> Entrée libre
L’exposition est présentée jusqu’au 17 février 2007.
La galerie est ouverte du mardi au vendredi de 10h à 13h et
de 14h à 19h; le samedi de 10h à 19h.