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Jours tranquilles à Paris
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11 mars 2012

Derniers jours : exposition Laetitia Casta photographiée par Dominique Issermann

Exposition : Laetitia Casta photographiée par Dominique Issermann jusqu’au 25 mars 2012

72225502Pendant trois jours Dominique Issermann a photographié Laetitia Casta, à Vals, dans les Thermes construits par l'architecte Peter Zumthor en Suisse. C'est un travail à deux, un pas de deux, une chorégraphie photographique. Ce projet fait suite au livre de Dominique Issermann sur Anne Rohart publié aux éditions Schirmer et Mosel en 1987. Trois respirations, celle de Laetitia Casta dans l'émotion de la découverte, dans l'abandon à l'inconnu, celle de Dominique Issermann qui retient son souffle pour saisir les instants où Laetitia Casta s'inscrit, fugitive, dans le bâtiment, et celle de Peter Zumthor qui respire à travers les murs, les marches, les bassins, les couloirs. Trente-trois photographies enroulées et déroulées, comme on forge une seule image, une image définitive de Laetitia Casta, archétypale, dans une nudité souveraine et libre.

Une biographie en quelques décennies.

1950 À la campagne, j'étais petite, la guerre revenait en fin de repas, c'était des traces de brûlures sur le thorax gazé de mon grand père et mes parents qui avaient mangé des rutabagas pendant leur adolescence. La politique, c'était De Gaulle qui parlait haut. Les salades poussaient sous nos fenêtres. Plus tard, des cousins plus agés ne revenaient pas d'Algérie et des enfants Vietnamiens courant devant les flammes de l'enfer mouraient sur nos téléviseurs. Au fond du jardin, je vise dans le Brownie Flash de mon père, j'ai quatre ans, je photographie ma mère qui étend des draps, ma première photo.

1960 Je fais des photos de ma sour, mon frère, mes voisins, des gens qui passent dans la rue. Je sentais bien qu'il fallait partir. L'école publique qui m'avait appris beaucoup de choses, et que je remercie au passage pour les délices de la petite école Saint Joseph à Aubigné Racan, la beauté du lycée Marie Curie à Sceaux, les cerveaux agités des élèves et des professeurs d'hypokhâgne, la bienveillance du professeur à l'énoncé de mon choix de maitrise "Les rapports familiaux dans le monde de Mickey Mouse", m'a sans le vouloir, mais sûrement, ouvert les portes pour le grand chahut idéaliste de mai 68.

1970 L'Italie : le cinéma. Cinq ans à Rome avec Cohn-Bendit en exil et une belle bande d'agitateurs inoubliables. Travail collectif pour le film de Jean-Luc Godard "Vent d'est" et réalisation de deux longs métrages avec Marc'O. La ville est un brasero de rencontres qui changent la vie définitivement, de Pasolini aux Straub. Puis la révolution des oillets au Portugal, avec nos appareils photos on traque les visages épuisés des opposants qu'on vient de tirer des prisons-mouroirs de Salazar. Je sens qu'au milieu des blessés je pourrais devenir infirmière et que seule l'émotion devant la beauté peut me faire devenir photographe. Je me lance dans un concours de photos de mode, pour décrocher le premier prix qui me permettrait de payer ma note de téléphone, je gagne. Avant ce concours, ils y avaient les vrais gens dans la vraie rue et après il y a eu les vrais mannequins dans les vrais studios de mode.72225764

1980 Je me gave de films à la Cinémathèque et je commence à photographier des actrices et des acteurs qui deviendront vite célèbres, les premiers étant Isabelle Adjani et Gérard Depardieu. Puis viendront Catherine Deneuve, Simone Signoret, Yves Montand, Jeanne Moreau, Fanny Ardant, Serge Gainsbourg, Jane Birkin, Robert de Niro, Anouk Aimée, Sir Lawrence Olivier, Isabella Rossellini, Marguerite Duras, Balthus, Leonard Cohen, Bob Dylan, Isabelle Huppert, Françoise Sagan.

Sonia Rykiel, regardant dans la petite valise où j'entassais mes portraits me dit : "Vous êtes libre la semaine prochaine ?", "Pouvez-vous photographier ma collection pour 18 pages dans Vogue ?", "Connaissez-vous un mannequin ?". J'ai répondu OUI aux trois questions. Je ne connaissais personne, j'avais vu en couverture de Elle Anne Rohart qui venait de remporter un concours pour devenir mannequin. "Parfait" dit Sonia. Je photographie toutes ses collections pendant plus de dix ans et réalise avec Anne Rohart un livre de nus au château de Maisons-Lafitte, 30 photos dans le même lieu avec la même personne, et juste un drap. Le livre porte son nom.

1990 Il s'ensuit de longues années d'une sorte de rap intensif avec ceux que je photographie, ceux qui commandent les photographies, ceux qui fabriquent les photographies avec moi, long rap essoufflant qui ne cesse que pendant les brefs instants magiques des déclics qui font mouche. Christian Dior, Nina Ricci, Yves St Laurent, Montana, Hermes, Chanel. Je travaille main dans la main avec les créateurs, ils me tiennent la main et me laissent faire, Eau Sauvage, Dolce Vita, Dune chez Dior, Tiffany, Trésor de Lancôme avec Isabella Rossellini, Chanel N°5 avec Carole Bouquet, Coco Mademoiselle avec Kate Moss puis Kiera Knightley, Allure avec Anna Mouglalis, N° 5 avec Audrey Tautou. Je vis avec un groupe que j'aime, presque toujours les mêmes mannequins, coiffeurs, maquilleurs, stylistes, voyageant d'aéroports en hôtels, au gré des saisons inversées des collections de mode, pour Vogue Usa, Vogue France, The New York Times magazine, Elle France, Usa, Uk et bien d'autres.

2000 On change de siècle, mais je travaille toujours avec la même famille de magazines et de grandes marques. Mon bureau s'agrandit, les machines débarquent, je passe au numérique. Je commence à travailler dans mes archives pour éditer des cartes postales, faire une grande exposition à Arles dans la vertigineuse Eglise des Frères Prêcheurs. Je découvre l'architecture de Peter Zumthor, aux Thermes de Vals. J'y entraine Laetitia Casta dans la chorégraphie d'un nouveau livre, une femme magnifique, nue, qui se place dans la perspective généreuse et fuyante d'un bâtiment parfait. Un nouveau livre. L'expérience Romaine m'a laissé le goût du cinéma. Leonard Cohen dans les années 90 m'a confié la réalisation de ses clips "Dance me" et "Manhattan", ainsi que Catherine Deneuve, Renaud et Patricia Kaas. C'est ainsi que Bob Dylan débarque un jour devant ma caméra, convié par Victoria's Secret à faire une unique et légendaire apparition dans le monde du film publicitaire.

2010 J'ai toujours aimé faire des photos pour le papier, les pages de journaux, ça me plaisait de savoir que mes photos pourraient emballer du poisson ou empêcher les chaussures de perdre leur forme. Mes expositions étaient toujours des projections de photos. Je ne voulais rien d'autre, je n'aimais pas les cadres. Un tirage était pour moi, pendant longtemps, du matériel pour l'impression du journal, de l'affiche, du livre. Mais je regarde depuis peu mes boites de papier photographique d'un autre oeil. Jean-Luc Monterosso, directeur de la MEP, m'a expressément demandée d'exposer des tirages, je présente donc, avec une joie nouvelle, 35 tirages sur papier Arches, tous issus des pages du livre "Laetitia Casta" publié aux Editions Xavier Barral.

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12 février 2012

Rappel : Expositions à la M.E.P.

25 janvier 2012

Laetitia Casta photographiée par Dominique Isserman (à la MEP) - vu ce soir

Pendant trois jours Dominique Issermann a photographié Laetitia Casta, à Vals, dans les Thermes construits par l'architecte Peter Zumthor en Suisse. C'est un travail à deux, un pas de deux, une chorégraphie photographique. Ce projet fait suite au livre de Dominique Issermann sur Anne Rohart publié aux éditions Schirmer et Mosel en 1987. Trois respirations, celle de Laetitia Casta dans l'émotion de la découverte, dans l'abandon à l'inconnu, celle de Dominique Issermann qui retient son souffle pour saisir les instants où Laetitia Casta s'inscrit, fugitive, dans le bâtiment, et celle de Peter Zumthor qui respire à travers les murs, les marches, les bassins, les couloirs. Trente-trois photographies enroulées et déroulées, comme on forge une seule image, une image définitive de Laetitia Casta, archétypale, dans une nudité souveraine et libre.

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Lorsque Dominique Issermann (grand nom de la photo de mode et de publicité) découvre en 2000 le travail de l'architecte Peter Zumthor aux Thermes de Vals, elle est séduite par la force des lignes et des perspectives qu'offrent ses bâtiments en pierre. Elle convie Lætitia Casta à un jeu de dualité où s'affrontent la rugosité de la pierre et la douceur de la peau, les noirs profonds et la lumière savamment dirigée, la droiture des angles et les courbes du corps féminin, la dureté de la roche et la fluidité de l'eau.

Des 3 jours passés sur place, la photographe Dominique Issermann nous livre 33 clichés (que vous retrouverez intégralement dans le livre). Dans un dédale de pierres, Lætitia joue avec notre regard : une simple ombre au détour d'un chemin, une main tendue pour nous guider ou une rencontre aquatique. L'esthétisme est classique, mais il s'impose par la parfaite maîtrise de la lumière. La salle d'exposition de la MEP, plongée dans une douce pénombre, n'est pas sans rappeler les méandres des thermes et nous suivons Lætitia dans sa découverte du lieu.

Une monographie qui fait écho à celle publiée en 1987 sur le mannequin Anne Rohart (éditions Shirmer et Mosel) qui posait nue dans le château de Maisons-Lafitte avec pour seule parure un drap.

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Exposition jusqu'au 25 mars 2012

17 janvier 2012

Laetitia Casta photographiée par Dominique Isserman (à la MEP)

imagewLaetitia Casta en photo n'est pas un événement en soi, le top international investit régulièrement les affiches 4 par 3 et le papier glacé des magazines. Mais ce mercredi 18 janvier 2012, s'ouvre une exposition qui lui est entièrement consacrée. La grande photographe française Dominique Isserman l'a immortalisée en noir et blanc dans le décor des thermes de Vals en Suisse.

Le lendemain le 19 janvier l'artiste présentera son livre intitulé "Laetitia Casta" à la Maison Européenne de la Photographie, où du 18 janvier au 25 mars 2012, seront exposés ses 33 clichés argentiques. Laetitia Casta a été magnifiée par l'objectif de Dominique Isserman. Les deux femmes se connaissent depuis plusieurs années comme en atteste la Une du Paris Match, réalisée par la photographe avec Laetitia, en hommage à Yves Saint Laurent.

Laetitia Casta commence donc brillamment cette année 2012 qui devrait la voir revenir en salles dans plusieurs films. Depuis "La bicyclette bleue" qui lui avait offert son premier rôle principal, l'égérie d'YSL a déjà tourné dans dix-huit productions. Vue en 2011 dans "Derrière les murs" et "La nouvelle guerre des boutons", cette année elle sera l'héroïne de "The Island" du réalisateur bulgare Kamen Kalev, présenté à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs. Un rôle hollywoodien dans "Arbitrage" aux côtés de Richard Gere et Susan Sarandon, confirme que le top model fait désormais partie de la grande famille du cinéma.s_v_re_01

On l'attend aussi dans "Les Adorés" d'Hélène Fillières, une adaptation d'un livre de Régis Jauffret "Sévère", qui traite de la liaison fatale du banquier français Edouard Stern avec sa maîtresse Cécile Brossard, campée par Laetitia. Enfin elle rejoint le casting du remake de la comédie américaine "Humpday", réalisé par Yvan Attal, avec François Cluzet, Charlotte Gainsbourg et Asia Argento. (source : http://www.people-looks.com/). Voir mes précédents billets sur Laetitia Casta en cliquant ICI.

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6 novembre 2011

Actuellement à la MEP : 'Rome est un film, et Klein l'a réalisé' Federico Fellini

2852Un talentueux jeune américain, ayant grandi dans les rues de New York, se retrouve un appareil photo à la main à flâner dans une ville comme Rome. Pourrait-on souhaiter mieux ? C'est ce que William Klein a dû se dire, en 1958, quand il atterrit à Rome.

Klein décide de se mesurer à l'un des thèmes qui lui deviendra cher : raconter grâce aux images une ville inconnue, saisir son âme propre, sa force, en observant ses habitants et l'esprit qui les unit. Si New York était le journal visuel, abrupt et saccadé, d'un fils revenu au pays, Rome est autre chose, c'est une langue à apprendre, une ville à déchiffrer et à connaître. Il lui faut comprendre comment les gens vivent, d'où provient cette légère ironie qui permet de supporter le poids d'un passé si encombrant fait d'empereurs et de papes. Comment être en mesure d'avancer, entre les places antiques et les automobiles modernes, face à un avenir incertain mais plein d'espoirs suite à ces années sombres d'après-guerre. Il lui faut mesurer le poids d'une ville qui est encore un haut lieu spirituel où le Vatican non seulement dicte les heures de prières mais également la politique intérieure.

A propos de William Klein voir mes précédents billets : 20 octobre 2011, 8 décembre 2008, 2 juillet 200919 novembre 201023 décembre 2010, 01 février 2011, 02 mars 2011.

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Photo ci-dessus : "Autoportrait" (1995), un contact peint. © William Klein

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22 octobre 2011

à la MEP actuellement : Edu Simões, "Gastronomie pour une dure journée de labeur", 2004

e2_7b"En 2004, j'ai visité quelques bâtiments en construction à Sao Paulo et j'ai demandé aux ouvriers l'autorisation de photographier leurs gamelles. C'était l'heure du déjeuner et, même s'ils étaient affamés, la plupart d'entre eux ont accepté. Comme d'habitude au Brésil, chacun avait quitté sa maison pendant la nuit en apportant son repas, généralement préparé par leur femme ou quelqu'un de leur famille. On sait qu'il y a une "hiérarchie de contenu", en effet si chaque gamelle contient comme base des haricots ou du riz, dès lors qu'il y a de la viande, on comprend tout de suite que l'ouvrier réussit bien sa vie. Si elle contient des abats de poulet ou de porc, cela veut dire qu'il tient encore le coup. Mais si par contre sa gamelle n'a entre son riz et ses haricots qu'un ouf, le populaire ovo frito, c'est la pauvreté qui s'annonce. Il y a dans l'arrangement de chaque gamelle l'espoir que ce petit container puisse "tuer la faim" de son détenteur. Il y a dans le contenu la certitude d'une nouvelle journée de dur labeur."

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22 octobre 2011

Vu à la MEP - José Medeiros

Le candomblé est une des religions afro-brésiliennes pratiquées au Brésil mais également dans les pays voisins tels que l'Uruguay, le Paraguay, l'Argentine ou encore le Venezuela. Mélange subtil de catholicisme, de rites indigènes et de croyances africaines, cette religion consiste en un culte des orixás (prononcé « oricha »), les dieux du candomblé d'origine totémique et familiale, associés chacun d'entre eux à un élément naturel (eau, forêt, feu, éclair, etc.). Se basant sur la croyance de l'existence d'une âme propre à la nature, le candomblé a été introduit au Brésil par les multiples croyances africaines des esclaves issus de la Traite des Noirs entre 1549 et 1888.

e5_1bD'abord confiné parmi la population africaine esclave, prohibé par l'Église catholique romaine et criminalisé par de nombreux gouvernements, le candomblé a prospéré secrètement jusqu'à l'abolition de l'esclavage en 1888. Peut-être est-ce dû au syncrétisme qui permettait aux adeptes de cacher leurs dieux d'Afrique sous les traits des saints catholiques. Sous la dictature, cette religion fut aussi combattue par le gouvernement jusqu'en 1984. Cette religion afro-brésilienne est aujourd'hui l'une des religions les plus populaires du Brésil dont les adeptes proviennent de toutes les couches sociales. Les femmes y tiennent un rôle important. Elle dispose également de plus d'une dizaine de milliers de lieux cultuels dans lesquels se déroulent les divers rites et cérémonies religieux. Lors du dernier recensement national, 3 millions de brésiliens (1,5 % de la population totale) ont déclaré pratiquer le candomblé. On dénombre ainsi plus de 2 230 maisons (terreiros, en portugais) dans la seule ville de Salvador da Bahia. qui caractérise la culture religieuse brésilienne explique la participation croissante et massive, d'un grand nombre de brésiliens, aux rites du candomblé. En effet, l'apport culturel offert par le candomblé (rites, danses, musique, fêtes) est incontestable : l'univers du candomblé est devenu partie intégrante de la culture et du folklore brésiliens.

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L'exposition regroupe un ensemble de 25 tirages modernes argentiques du photographe brésilien José Medeiros. Ces tirages font partie d'un exceptionnel reportage consacré à une cérémonie d'initiation au candomblé -religion afro-brésilienne- dans la ville de Bahia. Intitulé As Noivas dos deuses sanguinarios (les fiancées des dieux sanguinaires), il a été réalisé en 1951 pour la revue O Cruzeiro.

En 1951, le journal A Tarde reproduit un reportage de Paris Match consacré au candomblé publié le 12 mai de cette même année. Cet article, intitulé "Les possédées de Bahia" et illustré de quatorze photographies du cinéaste Henri Georges Clouzot, défraie immédiatement la chronique et suscite l'indignation dans certains milieux. On lui reproche son sensationnalisme et les préjugés qu'il véhicule sur la religion afro-brésilienne très présente dans le Nordeste du Brésil. Cependant, il se distingue par la qualité de ses images, et le caractère inédit du sujet traité.

e5_3bPiquée au vif, la rédaction du Cruzeiro décide de réaliser un reportage consacré au candomblé et de trouver ainsi l'occasion d'y porter un autre regard : le regard du Brésil sur un aspect souvent caché de sa propre culture. Elle envoie à Bahia son photographe vedette, José Medeiros, accompagné du journaliste Arlindo Silva. Les deux reporters partent à la recherche d'un terreiro - communauté où se pratique le culte afro-brésilien - qui accepte que les journalistes soient présents pendant les cérémonies religieuses et photographient ses fidèles. Ils se heurtent tout d'abord à une grande réticence de la part de la communauté afro-brésilienne de Bahia qui tient à garder secret ses rituels et considère la photographie comme une source potentielle de danger. Toutefois, grâce à un intermédiaire, ils se font accepter par un terreiro secondaire, situé dans la périphérie de Bahia, qui, le soir même, s'apprête à célébrer l'initiation de trois novices (Iyaôs).

Le reportage publié en septembre 1951 est illustré de trente-huit photographies de José Medeiros. Elles nous montrent les différentes phases de la cérémonie d'initiation : la réclusion des novices, les danses, les incisions pratiquées sur le crâne et les bras, les sacrifices d'animaux. Le reportage provoqua, dès sa sortie, la désapprobation d'une grande partie des adeptes du candomblé de Bahia qui y vit la violation de ses secrets et une profanation de lieux sacrés. Le reportage connut malgré tout un immense succès et marqua les esprits.

Six ans plus tard, en 1957, José Medeiros publie un ouvrage intitulé "Candomblé", illustré de soixante-cinq clichés, dont près d'une vingtaine inédits. Si le reportage de 1951 reste emprunt d'un certain sensationnalisme - notamment par les textes d'Arlindo Silva - cet ouvrage privilégie une démarche anthropologique et accorde une place privilégiée à la photographie. Les images de José Medeiros laissent entrevoir toute leur puissance évocatrice.

Malgré la polémique qui a accompagné la publication du reportage de 1951, la série de José Medeiros consacrée au Candomblé reste l'un des plus importants travaux photographiques jamais réalisés sur ce sujet et marquera l'histoire du photojournalisme brésilien.

En 2005, les 20 000 négatifs et clichés de José Medeiros ont intégré le fonds iconographique de l'Institut Moreira Salles. Cinquante-deux ans après la première parution de l'ouvrage Candomblé, cette importante institution culturelle brésilienne a pris l'initiative de rééditer une version augmentée de cette publication.

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20 octobre 2011

William Klein - actuellement à la MEP (jusqu'au 8 janvier 2012)

"Rome est un film, et Klein l'a réalisé" Federico Fellini

Un talentueux jeune américain, ayant grandi dans les rues de New York, se retrouve un appareil photo à la main à flâner dans une ville comme Rome. Pourrait-on souhaiter mieux ? C'est ce que William Klein a dû se dire, en 1958, quand il atterrit à Rome.

Le prétexte était une rencontre avec Federico Fellini, à qui Klein se présente avec l'audace de la jeunesse, prêt à demander une audience. Klein lui-même raconte:

Rome est ma ville porte bonheur. En 1956, je publie mon livre de photos sur New York sous l'influence de toute une génération de photographes. A cette période, j'étais surtout un peintre abstrait, mais la peinture telle que je la pratiquais, conceptuelle et géométrique, ne me permettait pas de trouver une forme d'expression originale. C'est ainsi que j'ai commencé à expérimenter la photographie.

Après le livre sur New York, j'ai eu le sentiment d'avoir fait le tour de la photo et mon objectif devint le cinéma. J'étais un passionné de Fellini et je réussis à organiser un rendez-vous avec lui à Paris : je voulais lui donner un exemplaire de mon livre. Il me dit : "je l'ai déjà, il est sur ma table de nuit. Pourquoi ne venez-vous pas à Rome pour devenir mon assistant ?" J'avais une vingtaine d'années et comme ça, tout simplement, j'arrivais à Rome.

Mais tout ne fonctionne pas comme prévu. En plus d'avoir déjà de nombreux assistants, Fellini n'est pas prêt pour le début du tournage, comme c'est le cas des productions qui manquent de financements. Le casting est en cours (un moment de rêve pour le jeune américain !) mais d'autres problèmes ralentissent le travail et remettent en question le projet. Que reste-t-il à faire pour Klein, rien... ou peut-être tout.

Bien sûr, Federico avait déjà une foule d'assistants mais je travaillais néanmoins avec lui sur le casting des "Nuits de Cabiria", documentant une armée de prostituées et de proxénètes et recherchant des potentiels lieux de tournage. Le film fût cependant reporté et je me suis dit "bon j'ai fait un livre sur New York, pourquoi ne pas en faire un autre sur Rome ?"

Et cette Rome des années 50, accueillante et festive, lui ouvre les bras avec bonhomie et sarcasme. A l'époque les rues étroites et les ruines de la ville abritent des artistes, écrivains et réalisateurs du monde entier. La tradition du Grand Tour, qui pendant des siècles a formé des générations de jeunes artistes européennes et américains, renaît en Klein face à une Rome à découvrir. Ses "promenades romaines" ont pour guides des personnalités exceptionnelles : Pier Paolo Pasolini, Ennio Flaiano, Alberto Moravia, Giangiacomo Feltrinelli. Ce sont eux qui lui fournissent les clés d'une ville apparemment facile à vivre, pétillante et gaie, mais en réalité très complexe. Il les retrouve au Café Rosati de la Piazza del Popolo, parcoure les banlieues et les nouveaux quartiers, passe ses dimanches sur la plage d'Ostie sous les regards et les sourires moqueurs des gamins chers à Pasolini, se balade le long du Forum, entre des groupes de soldats en congé ou à Saint Pierre parmi les religieuses en extase.

Klein décide de se mesurer à l'un des thèmes qui lui deviendra cher : raconter grâce aux images une ville inconnue, saisir son âme propre, sa force, en observant ses habitants et l'esprit qui les unit. Si New York était le journal visuel, abrupt et saccadé, d'un fils revenu au pays, Rome est autre chose, c'est une langue à apprendre, une ville à déchiffrer et à connaître. Il lui faut comprendre comment les gens vivent, d'où provient cette légère ironie qui permet de supporter le poids d'un passé si encombrant fait d'empereurs et de papes. Comment être en mesure d'avancer, entre les places antiques et les automobiles modernes, face à un avenir incertain mais plein d'espoirs suite à ces années sombres d'après-guerre. Il lui faut mesurer le poids d'une ville qui est encore un haut lieu spirituel où le Vatican non seulement dicte les heures de prières mais également la politique intérieure.

Voilà à quoi ressemblait Rome dans les années 50, voilà ce que Klein, avec enthousiasme, intelligence, tendresse et ironie, donne à voir dans ses photographies. Il aiguise ici une méthode qu'il expérimentera de nouveau avec Tokyo, Moscou ou, plus récemment, Paris, la ville qu'il a choisi d'habiter depuis cinquante ans.

Pour entrer dans le Rome de Klein, il faut être prêt à découvrir, sans aucune sorte de hiérarchie, les graffitis sur les murs et les portraits de réalisateurs célèbres, les enseignes des magasins, les panneaux publicitaires et les panoramas grandioses du Forum romain. Inspiré par la diversité, Klein photographie les notables et les simples figurants de Cinecittà, ou, pour la première fois, plonge la mode dans la rue, en faisant poser des mannequins élégamment vêtus dans des mises en scène quotidiennes. Dans ses photos, comme dans le livre publié aujourd'hui dans une nouvelle édition, tout converge à un rythme accéléré et chaotique. Le souffle de toute une ville. Tout est Rome, rien n'est exclu.

A propos de William Klein voir mes précédents billets : 8 décembre 2008, 2 juillet 200919 novembre 201023 décembre 2010, 01 février 2011, 02 mars 2011.

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Exposition vue hier soir. Photos prises avec mon téléphone Nokia N8.

11 octobre 2011

Exposition : à la MEP - Martine Franck

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30 août 2011

Actuellement à la MEP

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