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Jours tranquilles à Paris
29 avril 2014

Richard Hamilton, pionnier du Pop Art, à la Tate Modern

De l'artiste britannique Richard Hamilton (1922-2011), une œuvre, une seule, toujours la même, est citée dans les livres d'histoire. Ce collage de 1956 a pour titre Just What Is It That Makes Today's Homes So Different, So Appealing ? (« Au fait, qu'est-ce qui rend les foyers d'aujourd'hui si différents, si attirants ? »)

Quoique de petit format, il accumule les signes de ce qui est alors moderne, télévision et magnétophone, cinéma et salon de beauté. Un athlète bodybuildé en slip blanc fait le beau devant une dame nue qui admire ses seins pendant qu'une autre passe l'aspirateur. L'éphèbe a sous le bras une sucette dont l'emballage porte le mot « pop » en capitales.

UNE DES PLUS COMPLÈTES IMAGES DU POP ART

Aussi tient-on ce collage pour l'une des plus précoces et l'une des plus complètes images du pop art. Hamilton a été l'un de ses promoteurs à Londres, en même temps que Peter Blake et avant David Hockney, en dépit de leur actuelle différence de notoriété.

La rétrospective qui se tient à la Tate Modern un peu plus de deux ans après sa mort devrait rétablir quelque peu l'équilibre. Elle montre combien Hamilton est ironique, irrespectueux, sacrilège – des qualités qu'Hockney a perdues au fil du temps. Elle rappelle aussi que cet artiste n'a pas hésité à se faire historien d'art et à mettre ses moyens au service d'un autre.

C'est à Hamilton que la Tate, qui s'appelait alors Tate Gallery, dut d'être le premier musée européen à consacrer une rétrospective à Marcel Duchamp, en 1966. A Paris, ce ne fut que onze ans plus tard, après la mort de Duchamp.

Pour l'occasion, Hamilton, d'abord son correspondant et son traducteur, réalise une copie grandeur nature du Grand Verre, qui ne peut être déplacé depuis le musée de Philadelphie en raison de sa fragilité. Jusque dans les années 1990, bien des œuvres d'Hamilton rendent implicitement ou explicitement hommage à celui dont il a découvert l'existence en 1948, en un temps où Duchamp n'est guère connu que de sa famille et de ses amis.

« UNE MAIN SENSIBLE », UN « GOÛT INTENSÉMENT PERSONNEL »

Pourquoi en est-il si fortement frappé ? Parce qu'il voit aussitôt en lui « une main sensible », un « goût intensément personnel », « un esprit qui comprend à fond notre temps et l'exprime en formes plastiques subtiles ». On croirait un autoportrait, si ce n'est qu'Hamilton était trop adepte du doute et de l'autodérision pour se flatter de la sorte.

Il n'empêche, les ressemblances sont nettes. Il a lui aussi la passion du dessin d'ingénieur impeccable et des machines impossibles. Il comprend lui aussi profondément son temps et la société occidentale contemporaine. En 1956, le célèbre collage figure dans une exposition nommée « This Is Tomorrow ». Hamilton et deux architectes y élèvent la « Fun House » : lignes courbes, confort caressant, films hollywoodiens, un juxe-box, un parfum de fraise et un micro. On se croirait dans le milk-bar où Stanley Kubrick fait commencer Orange mécanique, quinze ans après.

Hamilton pressent le monde à venir. Il procède à l'inventaire de ses produits et stéréotypes dans la décennie qui suit « This Is Tomorrow » : automobiles, sous-vêtements, électroménager. Il procède par collages, dessins elliptiques rehaussés de peu de couleur, sérigraphies d'après photos, matériaux plastiques pris dans la réalité.

Ce ne sont pas tout à fait des ready-made selon Duchamp, plutôt des prélèvements d'emblèmes, mais les deux artistes ont en commun le sens de l'ellipse, l'art de ne garder que le strict nécessaire comme si le temps avait déjà érodé les formes, évidé les objets, épuisé les signes.

SÉRIES SUR MARILYN MONROE ET MICK JAGGER

Sans doute n'a-t-on pas vu qu'Hamilton était alors aussi intéressant que Jasper Johns, que le marché américain a placé au plus haut quand Hamilton ne bénéficiait pas du même phénomène d'entraînement. Ses variations sur les intérieurs, sa série sur Marilyn Monroe, celle qu'il consacre à Mick Jagger – Swingeing London – en 1967, son irrésistible multiple The Critic Laughs et la publicité télévisée qui l'accompagne appartiennent au meilleur du pop.

Il ne s'adoucit pas ensuite. Dans ce qu'il appelle sa « période scatologique », il rend à Turner des hommages inattendus, peu conformes aux usages de la Royal Academy. Ce qu'il fait de l'image de Margaret Thatcher en 1984, comme ses toiles consacrées à l'IRA, aux orangistes et à la présence militaire britannique en Irlande du Nord, n'est guère plus de nature à lui attirer les bonnes grâces des autorités.

Un peu comme celle de Sigmar Polke en Allemagne au même moment, son œuvre tient désormais de plus en plus de la chronique politique et satirique avec le Moyen-Orient, les guerres du Golfe et le terrorisme pour sujets. Et c'est fait, jusqu'à la fin, avec la même complexité visuelle, la même distance railleuse, la même élégance très calculée qu'à ses débuts – toutes qualités d'un artiste véritablement duchampien, l'un des rares réellement dignes de ce titre. Article de Philippe Dagen

Richard Hamilton. Tate Modern, Southbank, Londres. Tous les jours de 10 heures à 18 heures, vendredi et samedi jusqu'à 22 heures. Entrée : de 12,50 £ à 14,50 £ (de 15,20 € à 17,60 €). Jusqu'au 26 mai. Tate.org.uk

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