La lettre de campagne e Laurent Joffrin - macronite
C’est un mal étrange qui répand la terreur ; ils ne meurent pas tous mais tous sont frappés. C’est la macronite, puisqu’il faut l’appeler par son nom. Emmanuel Macron remplit les salles, il fait gonfler les sondages, il attire à droite et à gauche et même à l’extrême droite, il obtient des soutiens au PS et au centre sans même les solliciter, Royal, Pisani-Ferry, Mignard, bientôt peut-être Delanoë, Jouyet ou Borloo, il fait parler de lui dans les bistrots comme dans les salons. La macronite est une pandémie.
La droite pense qu’en le désignant comme un homme de gauche la fièvre retombera d’un coup. Les socialistes pensent qu’une fois la primaire réussie – si tel est le cas – la force des suffrages surpassera celle des sondages. Pas si facile, en fait. Macron a pour lui des atouts. Son talent : il passe une à une toutes les épreuves du présidentiable, de la maîtrise des dossiers à l’habileté médiatique, du contact personnel à l’efficacité oratoire. Sa posture : il est l’antisystème au cœur du système, celui qui promet le neuf dans l’ancien, qui fait de la politique en fustigeant les politiques. Sa virginité : de tous les candidats en lice, il est le seul «new kid in town». Le Pen, Mélenchon, Fillon, Valls, Montebourg ont derrière eux plusieurs campagnes. Macron est un bleu. Par les temps qui courent, c’est un grand avantage de n’avoir pas fait grand-chose. Son ambiguïté, enfin : libéral mais social, européen mais patriote, éna rque mais philosophe, banquier mais militant, volontaire mais réaliste, audacieux mais prudent, laïque mais religieux, jeune mais idole des vieux. En Marche est une page blanche, ou une auberge espagnole. On y apporte son projet, du moins on le pense.
Tout cela est flou, incertain, fragile ? Certes. Mais pour l’instant, cela tient. Si cette faveur un peu nébuleuse perdure encore un mois, Macron restera devant le candidat socialiste dans les sondages. Alors, au sein du PS, les défections se multiplieront. D’ici qu’un mouvement de panique se déclenche dans le parti pour réclamer le retrait du champion socialiste distancé, il n’y aura pas loin. Alors, adieu Berthe.
C’était hier
• Mélenchon et le PCF se querellent sur les législatives. Les communistes se plaignent des manœuvres mélenchoniennes sur les investitures : ils trouvent des candidats Front de gauche contre eux dans plusieurs circonscriptions, ils doivent signer une charte disciplinaire concoctée chez Mélenchon s’ils veulent le soutien du Front de Gauche… Ils découvrent, au fond, que le champion de la France insoumise ne veut pas d’insoumis chez lui.
• Marine Le Pen traite Macron de «Justin Bieber de la polique». Assez drôle. Plus facile, aussi de taper sur ses adversaires que de voir son partenaire qui s’ignore, Donald Trump, et qui l’ignore.
• Bonne étude d’Hervé Le Bras et de la fondation Jean-Jaurès sur le vote Fillon. Le Droopy libéral est plébiscité par les vieux et les riches. Ce qui explique ses difficultés actuelles…
• Hollande soutient Drucker et non Macron. Il n’aime pas regarder les débats qu’il devait dominer dans le scénario initial. On comprend aussi qu’il n’aime guère ceux qui l’ont poussé dehors. Il préfère le gentil Michel. C’est humain.
LAURENT JOFFRIN











