Christian Bougeard,historien, auteur de « La Bretagne, de l’Occupation à la Libération 19401945 ».
Connaît-on précisément le nombre de déportés morbihannais ?
Sur l’ensemble de la guerre, une première évaluation donnait le chiffre de 636 déportés issus du Morbihan. Mais c’est un minimum qui est vraisemblablement à réévaluer comme l’ont été les chiffres nationaux : le travail de la Fondation de la Déportation, effectué en 2013 à partir de listes nominales, a précisément établi 89 390 déportations non raciales en France alors qu’une enquête des années 1970 les estimait à 65 000. Ainsi, l’historien Roger Leroux a repéré 80 autres Morbihannais arrêtés en dehors du département. Sur ces 636 déportés morbihannais, 25 juifs ont été comptés. Or un autre recensement annonçait 42 Juifs morbihannais déportés sur 111 recensés en 1940. La réévaluation nécessaire amènerait donc à plus de 700 déportés.
Quelle est la proportion de résistants parmi ces déportés ?
On sait que 310 ont été déportés pour faits de résistance, 120 en tant que prisonniers politiques, bien qu’il soit difficile de distinguer les deux catégories ; 79 ont été pris comme otages lors de rafles, 90 étaient des prisonniers de droit commun.
Quelles étaient les destinations de ces déportés morbihannais ?
Les Juifs ont été envoyés dans les camps d’extermination, essentiellement à Auschwitz. On sait que les 42 Juifs morbihannais sont partis de Drancy dans 13 convois entre 1942 et 1944. La majorité des arrestations et des déportations dans le Morbihan comme en Bretagne, ont eu lieu lors de deux grandes rafles, le 16 juillet, au moment de la rafle du Vel d’Hiv, et le 9 octobre 1942. Et sept Morbihannais ont été pris dans la dernière rafle juive le 5 janvier 1944. Les personnes emprisonnées n’étaient pas obligatoirement envoyées tout de suite dans les camps. Elles restaient à Vannes avant l’envoi à Drancy. Les derniers convois quittent Rennes début août 1944 alors que la ville est libérée fin août. Les déportés non Juifs ont été envoyés dans les camps de concentration, les hommes souvent à Buchenwald, et les femmes à Ravensbrück. Elles étaient 59 parmi les 636 déportés.
Parmi eux, combien sont rentrés ?
On a compté 351 retours. 285 sont morts dans les camps. Parmi les rescapés morbihannais, certains sont morts rapidement, une dizaine avant la fin 1945.
Le Morbihan a-t-il été plus touché que d’autres départements ?
Compte tenu de l’ampleur de la Résistance et la densité d’occupation, on peut penser que la répression y a été plus forte qu’ailleurs.
Combien de Morbihannais ont-ils été prisonniers de guerre ?
35 000 soldats morbihannais ont été envoyés en Allemagne parmi les 137 000 Bretons. Fin 1942, le gouvernement de Pétain a négocié la relève avec les Allemands, soit l’envoi de trois ouvriers français en Allemagne contre le retour d’un prisonnier de guerre. Mais dans le Morbihan, le ratio est différent puisqu’on compte 429 départs pour le retour de 376 prisonniers, le premier train arrivant à Vannes le 18 septembre 1942. Parmi les 35 000 prisonniers de guerre, 332 sont morts emprisonnés, de maladies ou lors de bombardements des usines allemandes. Recueilli par Grégoire LAVILLE.