Vu à la MEP - José Medeiros
Le candomblé est une des religions afro-brésiliennes pratiquées au Brésil mais également dans les pays voisins tels que l'Uruguay, le Paraguay, l'Argentine ou encore le Venezuela. Mélange subtil de catholicisme, de rites indigènes et de croyances africaines, cette religion consiste en un culte des orixás (prononcé « oricha »), les dieux du candomblé d'origine totémique et familiale, associés chacun d'entre eux à un élément naturel (eau, forêt, feu, éclair, etc.). Se basant sur la croyance de l'existence d'une âme propre à la nature, le candomblé a été introduit au Brésil par les multiples croyances africaines des esclaves issus de la Traite des Noirs entre 1549 et 1888.
D'abord confiné parmi la population africaine esclave, prohibé par l'Église catholique romaine et criminalisé par de nombreux gouvernements, le candomblé a prospéré secrètement jusqu'à l'abolition de l'esclavage en 1888. Peut-être est-ce dû au syncrétisme qui permettait aux adeptes de cacher leurs dieux d'Afrique sous les traits des saints catholiques. Sous la dictature, cette religion fut aussi combattue par le gouvernement jusqu'en 1984. Cette religion afro-brésilienne est aujourd'hui l'une des religions les plus populaires du Brésil dont les adeptes proviennent de toutes les couches sociales. Les femmes y tiennent un rôle important. Elle dispose également de plus d'une dizaine de milliers de lieux cultuels dans lesquels se déroulent les divers rites et cérémonies religieux. Lors du dernier recensement national, 3 millions de brésiliens (1,5 % de la population totale) ont déclaré pratiquer le candomblé. On dénombre ainsi plus de 2 230 maisons (terreiros, en portugais) dans la seule ville de Salvador da Bahia. qui caractérise la culture religieuse brésilienne explique la participation croissante et massive, d'un grand nombre de brésiliens, aux rites du candomblé. En effet, l'apport culturel offert par le candomblé (rites, danses, musique, fêtes) est incontestable : l'univers du candomblé est devenu partie intégrante de la culture et du folklore brésiliens.
L'exposition regroupe un ensemble de 25 tirages modernes argentiques du photographe brésilien José Medeiros. Ces tirages font partie d'un exceptionnel reportage consacré à une cérémonie d'initiation au candomblé -religion afro-brésilienne- dans la ville de Bahia. Intitulé As Noivas dos deuses sanguinarios (les fiancées des dieux sanguinaires), il a été réalisé en 1951 pour la revue O Cruzeiro.
En 1951, le journal A Tarde reproduit un reportage de Paris Match consacré au candomblé publié le 12 mai de cette même année. Cet article, intitulé "Les possédées de Bahia" et illustré de quatorze photographies du cinéaste Henri Georges Clouzot, défraie immédiatement la chronique et suscite l'indignation dans certains milieux. On lui reproche son sensationnalisme et les préjugés qu'il véhicule sur la religion afro-brésilienne très présente dans le Nordeste du Brésil. Cependant, il se distingue par la qualité de ses images, et le caractère inédit du sujet traité.
Piquée au vif, la rédaction du Cruzeiro décide de réaliser un reportage consacré au candomblé et de trouver ainsi l'occasion d'y porter un autre regard : le regard du Brésil sur un aspect souvent caché de sa propre culture. Elle envoie à Bahia son photographe vedette, José Medeiros, accompagné du journaliste Arlindo Silva. Les deux reporters partent à la recherche d'un terreiro - communauté où se pratique le culte afro-brésilien - qui accepte que les journalistes soient présents pendant les cérémonies religieuses et photographient ses fidèles. Ils se heurtent tout d'abord à une grande réticence de la part de la communauté afro-brésilienne de Bahia qui tient à garder secret ses rituels et considère la photographie comme une source potentielle de danger. Toutefois, grâce à un intermédiaire, ils se font accepter par un terreiro secondaire, situé dans la périphérie de Bahia, qui, le soir même, s'apprête à célébrer l'initiation de trois novices (Iyaôs).
Le reportage publié en septembre 1951 est illustré de trente-huit photographies de José Medeiros. Elles nous montrent les différentes phases de la cérémonie d'initiation : la réclusion des novices, les danses, les incisions pratiquées sur le crâne et les bras, les sacrifices d'animaux. Le reportage provoqua, dès sa sortie, la désapprobation d'une grande partie des adeptes du candomblé de Bahia qui y vit la violation de ses secrets et une profanation de lieux sacrés. Le reportage connut malgré tout un immense succès et marqua les esprits.
Six ans plus tard, en 1957, José Medeiros publie un ouvrage intitulé "Candomblé", illustré de soixante-cinq clichés, dont près d'une vingtaine inédits. Si le reportage de 1951 reste emprunt d'un certain sensationnalisme - notamment par les textes d'Arlindo Silva - cet ouvrage privilégie une démarche anthropologique et accorde une place privilégiée à la photographie. Les images de José Medeiros laissent entrevoir toute leur puissance évocatrice.
Malgré la polémique qui a accompagné la publication du reportage de 1951, la série de José Medeiros consacrée au Candomblé reste l'un des plus importants travaux photographiques jamais réalisés sur ce sujet et marquera l'histoire du photojournalisme brésilien.
En 2005, les 20 000 négatifs et clichés de José Medeiros ont intégré le fonds iconographique de l'Institut Moreira Salles. Cinquante-deux ans après la première parution de l'ouvrage Candomblé, cette importante institution culturelle brésilienne a pris l'initiative de rééditer une version augmentée de cette publication.






















