Drôles de drones au dessus des centrales
Neuf centrales nucléaires ont été survolées, en octobre. EDF a porté plainte. Il pourrait s’agir de drones de loisirs. Décryptage.
Entretien
Bertrand Slaski. Spécialiste des drones. (1 ).
Qui a pu effectuer ces survols ?
Aucune photo ou vidéo ne circule. Il n’y a pas eu de revendication. Il faut donc être prudent. Les drones peuvent avoir la taille d’un téléphone portable jusqu’à celle d’un avion de ligne. L’État déploie des drones militaires en opérations extérieures ou intérieures, comme lors des commémorations du 6 juin 1944. 676 professionnels sont autorisés par la Direction générale de l’aviation civile à en faire voler plus de 1 160 pour des prises de vue ou inspecter des ouvrages d’art. Si on procède par exclusion, il s’agirait donc plus probablement de drones de loisir.
Quelle est leur particularité ?
Tout le monde peut en acheter, déjà assemblés, sur Internet, entre 50 € et 1 000 €, et les faire voler facilement. Leurs fonctions sont assez limitées. Les comparer aux drones militaires et professionnels reviendrait à comparer un pédalo et un sous-marin nucléaire…
Mettent-ils en danger le fonctionnement des centrales ?
Non, pas fondamentalement. La menace par les airs (avions, hélicoptères) n’est pas nouvelle. Des détecteurs de drones existent. Les ÉtatsUnis étudient des lasers pouvant les détruire. Quant aux terroristes, ils sont discrets jusqu’à leur coup d’éclat. La nouveauté est la prolifération des drones pour les loisirs. Il est possible que leurs utilisateurs se lancent des défis, alors qu’ils ne connaissent pas la réglementation aérienne. C’est à prendre en compte dans la protection de nos soldats et des sites sensibles.
Recueilli par Adeline BERTIN.
(1) Consultant senior à la Compagnie européenne d’intelligence stratégique.
Réflexion...
Qu’est-ce qui vous surprend le plus dans l’Humanité?
Les Hommes…
Parce qu’ils perdent la santé pour accumuler de l’argent, et ensuite qu’ils perdent de l’argent pour retrouver la santé.
Et à penser anxieusement au futur ils oublient le présent, de telle sorte qu’ils finissent par vivre ni le présent, ni le futur.
Ils vivent comme si, ils ne mouraient jamais… et meurent comme si, ils n’avaient jamais vécus.
Dalaï Lama
QUESTION : Pourquoi l’enfance des humains est-elle si longue ?
Dans la classe des mammifères, les primates grandissent en général moins vite que les autres animaux. Et chez les primates, Homo sapiens est le roi des lambins, passant un temps considérable dans l'enfance et l'adolescence. Ainsi que le résume une étude américaine parue le 25 août dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), l'humain grandit à "un rythme qui ressemble plus à celui des reptiles qu'à celui des mammifères". Même si le constat n'est pas neuf, dit cet article, on ignore toujours la cause de cette enfance au ralenti.
Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer le phénomène. Parmi ces pistes, on trouve par exemple des raisons biologiques – les mères ne pourraient pas, après le sevrage, fournir les calories nécessaires à leurs enfants si ceux-ci grandissaient vite – ou culturelles – les techniques complexes indispensables à la survie des humains nécessitent de si longs apprentissages que cela a ralenti le développement pré-adulte et en a étendu la durée. Un troisième scénario a la faveur de nombreux biologistes, celui du cerveau coûteux et du compromis énergétique : la structuration de notre énorme cerveau (le plus gros du monde des mammifères si on rapporte sa masse à celle d'un individu) pendant l'enfance nécessite une telle quantité d'énergie que l'organisme serait obligé d'arbitrer, de faire des choix dans la distribution du carburant qu'est le glucose, de privilégier la matière grise au détriment de la croissance corporelle.
C'est cette hypothèse, liée au coût métabolique de notre abondante matière grise, que l'étude des PNAS a testée en essayant de voir si la période de l'enfance où la croissance est la plus ralentie coïncide avec le pic de demande énergétique du cerveau. L'exercice s'avère délicat car il est bien compliqué de mesurer, à tous les âges de la prime jeunesse, les quantités exactes de glucose consommées par chaque organe. Pour ce faire, les chercheurs ont réanalysé un jeu de données obtenues sur quelques dizaines d'enfants et de jeunes adultes des deux sexes soumis à une tomographie par émission de positons (TEP). Cette technique d'imagerie médicale permet, à l'aide d'un marqueur faiblement radioactif inséré dans des molécules de glucose, de visualiser l'activité métabolique d'un organe, et notamment du cerveau.
Ces données montrent que c'est à l'âge de 5 ans que le cerveau de l'enfant engloutit le plus de sucre : 167 grammes par jour pour les garçons et 146 g/j pour les filles. Dans les deux cas cela représente quasiment les deux tiers de ce que consomme le métabolisme de base. Et c'est près de deux fois plus que ce que "brûlera" le cerveau des mêmes personnes une fois qu'elles seront adultes. Cela n'a rien de vraiment étonnant quand on sait que le cerveau connaît à cette époque de la vie une véritable prolifération des connexions entre les neurones : l'enfant apprend à maîtriser son corps, le langage, à établir des liens logiques, à planifier ses actions, etc.
A cinq ans, donc, l'encéphale est un vrai gouffre à glucides. Or, c'est aussi à cinq ans que la croissance de l'enfant est la plus ralentie. Depuis sa naissance, un enfant normal grandit toujours, mais de moins en moins vite. Pour le dire autrement, il gagne de moins en moins de centimètres au fil des années, un mouvement qui va s'inverser après ses 5 ans pour atteindre un maximum lors de la poussée pubertaire. L'étude des PNAS montre d'ailleurs que la consommation de glucides par le cerveau commence à diminuer quand la croissance repart, ce qui conforte l'hypothèse du compromis énergétique : le cerveau a moins besoin de calories car le gros du chantier est fait, on peut donc réattribuer des ressources à la croissance (on dirait un économiste qui parle...).
Si les mesures collent au scénario du cerveau coûteux, il reste des zones d'ombre sur la manière dont s'est instauré ce mécanisme. La caractéristique propre à Homo sapiens qu'est l'enfance au ralenti s'est installée au cours de l'évolution de ses ancêtres, une évolution marquée par plusieurs révolutions énergétiques. Que ce soit la bipédie, mode de locomotion plus économe en énergie par rapport à la marche à quatre pattes, l'apport de viande dans le régime alimentaire, la cuisson des aliments, la chasse en groupe et avec des armes, nombreux sont les facteurs qui ont accompagné – ou favorisé – l'inflation de notre cerveau, sans qu'il soit forcément possible de déterminer le rôle exact de chacun d'entre eux.
Pierre Barthélémy (suivez-moi ici sur Twitter ou bien là sur Facebook)
Pourquoi le tourisme sombre nous attire
Découvrir l’épave du Costa Concordia , se rendre à Auschwitz ou dans les décombres de Fukushima…. Par curiosité ou devoir de mémoire, les lieux de catastrophes attirent de plus en plus les touristes.
Décryptage
En anglais on parle de « Dark tourism ». À la française ça donnerait plutôt : tourisme de mémoire, sombre, voire macabre. Si le terme ne semble pas vraiment défini, le phénomène est pourtant bien concret.« Le tourisme macabre, c’est la visite de sites qui ont été affectés par des événements catastrophiques » , explique Julie Hernandez, professeur de recherche à l’Université Tulane à la Nouvelle Orléans (États-Unis). Depuis des décennies, les touristes se pressent sur les anciens champs de batailles, là où se sont produits des catastrophes naturelles, des accidents, des attentats.« Au départ, il s’agissait de visiter des lieux où se sont déroulés des conflits, note Julie Hernandez. Cela a commencé avec les sites de la Première Guerre mondiale ou encore de la Guerre de sécession aux États-Unis. Cela s’est développé avec la multiplication des moyens de communication et d’information. Les catastrophes ont été davantage médiatisées. »
De Katrina à Fukushima
Chaque année, plus d’un million de visiteurs se rendent dans l’ancien camp de concentration d’Auschwitz, en Pologne. Ils sont des milliers chaque jour à Ground zero, au pied des anciennes Twin towers de New-York. En 2012, après le naufrage du Costa Concordia , près de l’île de Giglio en Italie, les curieux étaient nombreux à venir photographier le paquebot échoué dans les rochers, au grand dam du maire de l’île. La Vendée a connu le même phénomène après la tempête Xynthia en 2010. À Fukushima, un groupe d’intellectuels japonais avait même émis l’idée d’installer un village touristique aux abords de la centrale nucléaire, gravement endommagée en mars 2011, afin d’honorer les disparus. Plus que du voyeurisme, c’est l’envie de comprendre qui pousserait les visiteurs sur ces sites, selon l’universitaire.« C’est la démarche de se souvenir . Dans le cas de la Nouvelle Orléans et de l’ouragan Katrina en 2005, les premiers à venir ont été les hommes politiques pour constater les dégâts puis les scientifiques pour comprendre ce qui s’était passé, précise Julie Hernandez. Des gens sont aussi venus car ils n’avaient pas compris comment une telle catastrophe avait pu se produire dans l’une des grandes villes des États-Unis. Et puis il y a aussi l’idée : je veux le voir pour le croire. » Bien sûr, l’intérêt financier n’est jamais loin.« Je pense que l’économie de Verdun, en France, serait très différente si la commune n’avait pas été le lieu d’une bataille meurtrière de la Première Guerre mondiale, ajoute l’universitaire. À la Nouvelle Orléans, au lendemain de la catastrophe, on voyait inscrit « Katrina Tour » sur les pancartes touristiques au crayon-feutre. Et l’on faisait visiter en masse les quartiers dévastés par l’ouragan. » « Cela participe à l’économie de la commune , reconnaît Armelle Clavaut, conseillère touristique à l’office de tourisme d’Oradour-sur-Glane, dans le Limousin. Ce sont près de 300 000 visiteurs qui se rendent sur le site du village martyr chaque année. Ils viennent de toute la France, voire de l’étranger. » Reste que le tourisme noir peut être un phénomène éphémère :« La pérennité de cette pratique suppose le maintien du caractère spectaculaire ou la transformation en lieu de mémoire, ajoute Julie Hernandez.Aujourd’hui, à la Nouvelle Orléans, les Katrina Tour ont beaucoup moins de succès, car la plupart des quartiers touchés ont été reconstruits. » Article de Clémence OLIVIER.
Poutine mène une guerre totale contre les libertés
Manifestants emprisonnés, ONG sous tutelle, médias bâillonnés… Deux ans après sa réélection, le maître du Kremlin étouffe méthodiquement les voix dissidentes, accuse Amnesty International .
Entretien
Sergeï Nikitin.
Ce juriste dirige le bureau d’Amnesty international à Moscou (1) .
Deux ans après le retour de Vladimir Poutine au Kremlin, quel est l’état des libertés en Russie ?
Une atmosphère de peur a été installée. Huit personnes qui avaient manifesté contre sa réélection, en mai 2012, restent détenues. La loi sur les rassemblements publics, soumis à autorisation, a été drastiquement durcie. Une disposition récente inflige cinq ans de prison à la troisième infraction. Le message est clair : réfléchissez à deux fois…
Personne ne réagit ?
La situation des défenseurs des droits de l’homme empire de jour en jour. Une loi oblige désormais les ONG recevant des fonds internationaux et ayant une activité politique – notion vague ! – à s’enregistrer comme « agent étranger », autrement dit espion ! Toutes ayant refusé, le ministère de la Justice dresse luimême la liste. Cinq ONG y figurent déjà, dont Mémorial, la plus vieille organisation de défense des droits de l’homme, tenue d’apposer la mention « agent étranger » sur ses publications. Je crains qu’il reste peu d’ONG à la fin de l’année. Plutôt que se soumettre, elles se saborderont.
Vous dénoncez une « guerre totale » contre les droits de l’homme…
Parce qu’elle touche tous les domaines ! La condamnation du grand patron Mikhaïl Khodorkovski (détenu pendant onze ans) ou l’assassinat de la journaliste Ana Politikovskaïa (en 2006) étaient des signaux… Les entreprises n’osent plus financer les ONG ; les jeunes journalistes préfèrent traiter les people et le sport plutôt que des sujets sensibles.
Qu’est-ce qui guide ce durcissement ?
La peur. La vision du monde de Poutine. On nous inculquait à l’école l’idée d’une glorieuse Union Soviétique cernée par des ennemis. Sa formation d’officier du KGB l’a endurci dans cette idée que l’Occident veut nous asphyxier. Il est aussi persuadé que toutes ces révolutions, dernièrement celles du monde arabe, sont orchestrées et financées par Washington. Il ne conçoit pas que des peuples aspirent spontanément au changement.
Selon les sondages, 80 % des Russes approuvent Poutine. Ils n’ont cure des droits de l’homme ?
Beaucoup en ont une vision négative. Les autorités ont réussi à installer l’idée que, sous couvert de droits universels, l’Occident veut nous imposer le mariage homosexuel contre les valeurs traditionnelles russes! Quand ont leur dit « liberté de manifester », ils voient ce qui se passe à Kiev et disent « pas de ça chez nous ». Et puis, ils n’ont jamais vécu aussi confortablement, même si cela risque de ne pas durer. Alors pourquoi s’ennuyer avec les droits de l’homme ?
Recueilli par Bruno RIPOCHE.
(1) Il est l’invité, ce dimanche, à Saint Brieuc, du congrès d’Amnesty France.
Reporters sans frontières publie ses feuilles de match pour la Coupe du monde
http://fr.rsf.org/reporters-sans-frontieres-publie-16-06-2014,46448.html
À l’occasion de la Coupe du monde de football au Brésil, Reporters sans frontières (RSF) lance une campagne pour sensibiliser le public sur la situation de la liberté de l’information dans les pays participants. Si leurs équipes nationales font montre de prouesses sportives sur le terrain, ces pays ne sont pas tous champion en matière de liberté de l’information. L’organisation propose des infographies sous forme de feuilles de matchs soulignant les exactions commises dans ces différents pays.
“Reporters sans frontières rappelle aux centaines de millions de téléspectateurs qui suivront la Coupe du monde de football du 12 juin au 13 juillet 2014 que la glorieuse histoire du sport ne saurait totalement nous aveugler sur la réalité parfois pitoyable de la liberté de l’information dans les pays participant à la Coupe du monde”, explique Christophe Deloire, secrétaire général de RSF.
Le coup d’envoi de cette campagne a été lancé avec le match qui a opposé le Nigeria à l’Iran, respectivement 44ème et 43ème au classement FIFA, mais 112ème et 173ème au Classement mondial de la liberté de la presse 2014 établi par Reporters sans frontières.







