Dossier: Saddam Hussein
Il y a une semaine, le 30 décembre 2006,
Saddam Hussein était pendu dans une caserne militaire d’un quartier chiite de
Bagdad.
Alors que sa condamnation à mort
pour le massacre de 148 villageois de Doujaïl en 1982 suscite la controverse
dans le monde entier et que certaines videos amateurs de sa mise à mort
soulèvent la polémique, la rédaction d’En3mots a jugé indispensable de revenir
sur la vie de l’ex-dirigeant irakien et sur la dictature qu’il avait mis en
place.
Genèse d’un tyran
Saddam (« le résolu ») est né le
28 avril 1937 près de Tikrit. Les détails concernant son enfance sont issus de
ses biographes personnels et teintés de propagande. Toutefois, il est sûr que
Saddam Hussein est issu d’un milieu paysans pauvre et a travaillé dès les
premières années de sa vie. Ce n’est que lorsqu’il rejoint à l’âge de 8 ans son
oncle à Bagdad, ancien militaire dont le prestige restera gravé dans sa
mémoire, qu’il est scolarisé.
Le futur dictateur est très tôt
plongé dans la politique : il adhère en 1957 au parti Baas, un parti socialiste
aux idéaux révolutionnaires. Il devient rapidement un membre très actif.
En 1958, la révolution du général
Kassem met fin à la monarchie. Saddam participe un an plus tard à la tentative
ratée d’assassinat du nouveau dirigeant . Forcé à l’exil, il termine ses études
et étend sa connaissance du réseau baasiste arabe à Damas puis au Caire.
Un putsch réussi en 1963 contre
le général Kassem lui permet de revenir en Irak. Il échoue dans une tentative
d’assassiner le nouveau président en place et est emprisonné deux ans. Après
son évasion en 1966, il devient le secrétaire général adjoint du parti Baas.
Le début d’une irrésistible
ascension au pouvoir
Saddam Hussein participe à la
préparation du coup d’état du 17 juin 1968. Le parti Baas prend le pouvoir et
étend son influence à la sphère politique et militaire. Tandis que le chef de
fil des baasistes, Assan al-Bakr arrive à la tête du pays, Saddam est nommé à
la tête des services de sécurité.
Dès le début du régime baasiste,
les bases de la future dictature de Hussein semblent établies : purges et
assassinats lui permettent d’éliminer ses rivaux et de nombreux postes sont
distribués aux membres de son réseau familial.
S’il n’est pas encore à la tête
du pays, il est celui qui contrôle réellement le pouvoir ainsi que le parti ;
aucune décision n’est prise sans lui. Vice-président en 1971, il accède à la
fonction suprême en 1979, succédant à Assan al-Bakr contraint de démissionner
pour des raisons de santé.
Maître de l’Irak à 42 ans, Saddam
Hussein va dès lors tout mettre en place pour s’assurer le pouvoir absolu.
Un pouvoir sans partage dans une
dictature absolue
A peine arrivé au pouvoir, Saddam
Hussein s’assure le contrôle de tous les postes clés du pays : autoproclamé
maréchal et commandant en chef des forces militaires, il confie tous la rôles
clés aux membres de sa famille.
Il peut alors mettre en place un
contrôle total de la population qui est soumise à une dictature absolue. Le ton
est donné dès son accession au pouvoir, avec une purge meurtrière parmi des
cadres baasistes filmée et retransmise en direct dans tout le monde arabe.
La presse est censurée et la
société est placée sous une surveillance continue grâce à l’action de la garde
républicaine et de milices.
Aucune dissidence ne peut émerger
: toute opposition communiste, chiite, sunnite ou kurde est combattue par la
torture, l’emprisonnement et l’assassinat.
La terreur installée par le raïs
paralyse tout germe de rébellion.
D’une méfiance à la limite de la
paranoïa, Saddam Hussein, sous une protection permanente, supprime ses ennemis
supposés, s’entoure de sosies et brouille les pistes.
Propagande et culte de la
personnalité
L’autre caractéristique majeure
du système irakien réside dans l’instauration d’un culte de la personnalité du
dictateur et de sa famille.
La propagande s’insinue dans tous
les recoins de la vie de la population : statues, portraits monumentaux et
communiqués dans tous les médias encensent le dictateur qui se fait appeler «
notre président bien-aimé », le « chevalier de la Nation Arabe » ou encore le «
héros de la libération nationale ».
Il prend modèle sur Staline et
tous les moyens sont utilisés pour chanter la gloire du raïs. Ses origines sont
sanctifiées : le président se déclare descendre directement de Saladin. Bercé
dans son enfance par l’histoire de Nabuchodosor et de Saladin, Saddam Hussein
se présente comme le restaurateur de la puissance irakienne et l’instigateur de
la modernisation de son pays.
La modernisation de l’Irak
Si le dictateur plonge le pays
dans un bain de terreur et de sang, il orchestre néanmoins la modernisation de
l’Irak, fidèle à son rêve de restauration du vieil empire babylonien.
Dès le début des années 1970,
Saddam Hussein met la priorité sur les progrès sociaux : la gratuité et
l’obligation de l’école pour les garçons et les filles permettent d’éradiquer
l’illétrisme et les mérites scolaires sont mis en valeurs dans un système
éducatif développé. Un système de santé est mis en place, l’agriculture
réformée est mécanisée et le pays autrefois majoritairement rural s’urbanise.
Les villes sont électrifiées et de grands travaux d’infrastructure permettent
l’industrialisation du pays.
En 1980, l'Irak est proche de
l’autosuffisance alimentaire et une classe moyenne voit le jour.
La culture n’est pas en reste :
les monuments sont restaurés et des musées sont créés pour conserver et mettre
en valeurs le patrimoine historique irakien.
Face à l’émergence de cette
puissance régionale perçue comme un élément stabilisateur, les pays occidentaux
et soviétiques soutiennent le pays et restent aveugles devant les réalités de
la violence du régime.
Les guerres de Saddam Hussein
Fort de la puissance de son pays,
Saddam Hussein engage l’Irak dans une guerre contre l’Iran en 1980. Le pétrole,
le contrôle des fleuves (Tigre et Euphrate) et du golfe persique sont les objectifs
de cette guerre sanglante qui dure huit ans.
Malgré les soutiens soviétiques,
américains et français, cette guerre reste un échec très meurtrier qui ampute
la jeunesse irakienne.
Victimes dès les années 1960 de
répression, les Kurdes, accusés de complots et de trahisons, sont pendant la
guerre les cibles de bombardements chimiques, de déportation et de torture.
Leur massacre est considéré aujourd’hui comme un génocide.
Le 2 août 1990, Saddam Hussein
décide d’envahir et d’annexer le Koweit pour des raisons encore économiques.
L’ONU condamne l’agression et décide sous l’influence américaine d’une
intervention internationale. Le 17 juin 1991, les forces internationales sous
contrôle américain entrent en guerre contre l’Irak. La guerre du Golfe s’achève
rapidement après six semaines de combats. L’Irak subit une défaite mais le
régime de Saddam Hussein est maintenu à condition que soient démantelées ses
armes de destructtion massive.
Devant la violence de la
répression d’une rébellion par le dictateur et l’opacité des mesures de
désarmement, le pays est placé sous embargo économique international jusqu’en
2003.
La guerre Etats-Unis/Irak et la
chute du régime
Les attentats du 11 septembre
2001 ravivent l’animosité des Etats-Unis envers l’Irak qui le définissent comme
« l’axe du mal ». Sous la pression des Etats-Unis et de la Grande Bretagne,
l’ONU exige en novembre 2002 la reprise des inspections sur les armes de
destruction massive. Mais alors que les Nations Unies opposent un veto au
déclenchement d’une action militaire, les deux puissances alliées attaquent
l’Irak sous le commandement américain.
Après une guerre éclair de trois
semaines, le régime de Saddam Hussein est renversé le 9 avril 2003 et le pays
plonge dans le chaos que nous observons aujourd’hui.
Le dictateur en fuite est
retrouvé par l’armée américaine le 13 décembre 2003 dans une cave près de
Tikrit. Il est dans un piètre état : délabré et hirsute. Son image de vieil homme hagard est diffusée
dans le monde entier.
Livré en juin 2004 à la justice
irakienne, Saddam Hussein est jugé avec plusieurs dirigeants du parti Baas par
un tribunal spécial irakien (TSI) pour génocide, crime contre l’humanité et
crime de guerre.
Au terme d’un tumultueux procès
d’un an (du 19 octobre 2005 au 26 décembre 2006) au cours duquel l’ancien
dictateur défie le tribunal et refuse de plaider, Saddam Hussein est condamné à
mort par pendaison pour crime contre l’humanité.






















