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Jours tranquilles à Paris
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19 avril 2020

Chine - Des systèmes de notation récompensent ou sanctionnent les citoyens

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19 avril 2020

Gros plan sur ce laboratoire chinois pointé du doigt

chin pinocchio

laboratoireQuel est donc ce laboratoire de virologie de Wuhan (centre de la Chine), conçu avec l’aide de la France, qui nourrit les soupçons américains sur l’origine du Covid-19 ?

Selon la plupart des scientifiques, le nouveau coronavirus a probablement été transmis à l’homme depuis un animal. Un marché de la ville a été incriminé car il aurait vendu des animaux sauvages vivants. Mais l’existence, à quelques kilomètres de là, d’un institut de virologie alimente, depuis des mois, les hypothèses d’une fuite du Sars-CoV-2 depuis ces installations sensibles. À la suite d’articles de presse, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a évoqué, cette semaine, une « enquête » pour creuser cette théorie. Celle-ci ne s’appuie toutefois, pour l’instant, sur rien de très tangible.

Quel est ce site ?

Selon le Washington Post, l’ambassade des États-Unis à Pékin a alerté, en 2018, les autorités américaines sur des mesures de sécurité apparemment insuffisantes dans un laboratoire qui étudiait les coronavirus issus de chauves-souris. La chaîne américaine Fox News, citant « plusieurs sources » anonymes, a incriminé le laboratoire P4 (pour pathogène de classe 4) du site. Il s’agit d’une installation de très haute sécurité, qui héberge les souches les plus dangereuses des virus connus - comme Ebola. Ce lieu ultrasensible a été réalisé avec la collaboration de la France. Il permet de mener des recherches de pointe afin de réagir plus rapidement à l’apparition de maladies infectieuses. D’un coût de 40 millions d’euros, le laboratoire a été financé par la Chine. Les chercheurs y travaillent en confinement absolu. Il existe moins d’une trentaine de P4 dans le monde, dont la moitié aux États-Unis.

L’Institut de virologie de Wuhan possède, par ailleurs, la plus grande collection de souches de virus en Asie, avec 1 500 spécimens différents, selon son site internet. Quant à savoir si des coronavirus y ont bien été étudiés avant l’épidémie : l’institut a refusé de répondre aux questions de l’AFP.

Est-ce la source du coronavirus ?

Rien ne permet de le dire. Le Washington Post et Fox News citent des sources anonymes, ayant fait part de leur inquiétude quant à une potentielle fuite accidentelle du virus. Selon la chaîne de télévision, le « patient zéro » à l’origine de la pandémie pourrait être un employé de l’institut, contaminé, qui aurait ensuite diffusé, sans le vouloir, l’agent pathogène ailleurs, à Wuhan. Une hypothèse étudiée de très près par Washington.

Plusieurs théories ont fleuri, ces derniers mois, sur internet, pour incriminer ce laboratoire. L’institut a démenti, en février, les premières rumeurs. Il avait également déclaré avoir reçu, dès le 30 décembre, des échantillons du virus alors inconnu qui circulait à Wuhan, avoir séquencé son génome, le 2 janvier, puis avoir transmis ces informations à l’Organisation mondiale de la santé, le 11 janvier. Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a rejeté les accusations américaines visant l’institut.

Que disent les scientifiques ?

De l’avis de nombreux chercheurs, le nouveau coronavirus est sans doute né chez la chauve-souris, puis passé par le pangolin avant de se transmettre à l’homme. Seulement voilà : des études publiées par d’autres chercheurs chinois affirment que le premier patient connu n’a pas fréquenté le marché de Wuhan incriminé.

« L’origine de l’épidémie est toujours une question en suspens », souligne Filippa Lentzos, chercheuse en biosécurité au King’s College de Londres. Pour qui rien ne vient accréditer l’hypothèse d’une fuite de virus depuis un laboratoire… ni prouver qu’il provient du marché de Wuhan…

17 avril 2020

Coronavirus: La Chine se défend après les réserves de Macron et appelle à l'unité

chine20

Emmanuel Macron a émis plusieurs réserves sur la gestion de l'épidémie de coronavirus par Pékin. Des remarques qui n'ont guère été appréciées.

Emmanuel Macron a estimé qu'en Chine il s'était passé des choses

CORONAVIRUS - La Chine a appelé vendredi à l’unité internationale face au coronavirus, après des critiques du président français Emmanuel Macron et de plusieurs capitales occidentales sur la gestion de l’épidémie par Pékin.

Dans une interview au Financial Times parue jeudi, le président français a estimé qu’il existait des zones d’ombre dans la gestion de l’épidémie de coronavirus par la Chine, après son apparition dans le centre du pays fin 2019.

“N’ayons pas une espèce de naïveté qui consiste à dire que (la gestion de l’épidémie par la Chine, NDLR) c’est beaucoup plus fort. On ne sait pas. Et même, il y a manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas”, a affirmé Emmanuel Macron.

Il était interrogé par le quotidien britannique sur le fait de savoir si les régimes autoritaires étaient mieux à même de gérer ces crises.

Vendredi, Pékin a jugé “inutile” d’argumenter sur les avantages et inconvénients des différents systèmes politiques.

“Il est impératif que tous les pays s’unissent pour combattre l’épidémie et gagner la guerre” contre le Covid-19, a indiqué devant la presse un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian, démentant par ailleurs toute “dissimulation” dans le bilan du Covid-19, après une brusque augmentation du nombre de décès comptabilisés dans le pays.

Des doutes internationaux

D’après l’Elysée, Emmanuel Macron a souligné que dans les démocraties, qui garantissent la liberté d’information et d’expression, la gestion de la crise était transparente et faisait l’objet de débats, contrairement aux régimes où l’information et l’expression sont contrôlées.

Ces propos surviennent après la convocation de l’ambassadeur de Chine en poste à Paris par le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, qui lui reprochait des propos critiquant la réponse occidentale au Covid-19.

Pékin a évoqué mercredi des “malentendus”.

Les réserves du chef de l’Etat sur la gestion de la crise par Pékin rejoignent les doutes exprimés par Londres et Washington.

Le Royaume-Uni a averti jeudi la Chine qu’elle devrait répondre à des “questions difficiles sur l’apparition du virus, et pourquoi il n’a pas été stoppé plus tôt”.

L’administration Trump a de son côté accusé Pékin d’avoir “dissimulé” la gravité de l’épidémie à son début en Chine, et a gelé mardi la contribution financière américaine au fonctionnement de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), lui reprochant de s’être alignée sur les positions chinoises.

15 avril 2020

L’ambassadeur de Chine à Paris convoqué pour ses propos sur le coronavirus

Depuis plusieurs semaines, l’Ambassade communique de façon provocatrice sur Internet. Un texte, publié il y a deux jours fustige d’ailleurs l’attitude des Occidentaux vis-à-vis de l’épidémie.

le drian chine

 Le ministre des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur de Chine pour lui faire part de sa « désapprobation » au sujet de « certains propos récents ».

Par Le Parisien avec AFP

Des prises de position publiques qui ne passent pas. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a convoqué mardi l'ambassadeur de Chine en France pour lui signifier sa « désapprobation » vis-à-vis de « certains propos récents » liés au nouveau coronavirus, a-t-il annoncé dans un communiqué.

« J'ai fait connaître clairement ma désapprobation de certains propos récents à l'ambassadeur de la République populaire de Chine en France, lors de sa convocation au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, ce mardi 14 avril au matin », souligne le chef de la diplomatie française.

« Certaines prises de position publiques récentes de représentants de l'ambassade de Chine en France ne sont pas conformes à la qualité de la relation bilatérale entre nos deux pays », déplore le ministre, en référence à la campagne décomplexée menée par cette ambassade pour vanter la « victoire » du gouvernement chinois dans sa bataille contre le coronavirus et critiquer la gestion occidentale de cette épidémie.

Des critiques envers le personnel des Ehpad

Dimanche, l'ambassade de Chine en France a publié sur son site un long texte intitulé « Rétablir des faits distordus - Observations d'un diplomate chinois en poste à Paris ».

Les Occidentaux y sont notamment accusés de dénigrer injustement la Chine après avoir qualifié la maladie Covid-19 de « grippette » au début de l'épidémie et les Américains sont critiqués pour avoir limogé le commandant d'un porte-avions dont l'équipage est contaminé.

Le texte accuse aussi - sans fournir de preuves - les membres du personnel soignant français des établissements pour personnes âgées (Ehpad) d'avoir « abandonné leurs postes du jour au lendemain […] laissant mourir leurs pensionnaires de faim et de maladie ».

« Le Covid-19 est une pandémie qui touche tous les continents et toutes les sociétés. Face au virus et à ses conséquences sur nos économies, les polémiques n'ont pas leur place et la France œuvre résolument en faveur de l'unité, de la solidarité et de la plus grande coopération internationale », rétorque mardi le ministre français des Affaires étrangères dans son communiqué.

Les pays asiatiques, dont la Chine, ont été particulièrement performants dans leur lutte contre le Covid-19 parce qu’ils ont ce sens de la collectivité et du civisme qui fait défaut aux démocraties occidentales. 8/15

—    Ambassade de Chine en France (@AmbassadeChine) March 27, 2020

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Coronavirus : Paris exprime son mécontentement auprès de l’ambassadeur de Chine

Par Frédéric Lemaître, Pékin, correspondant, Piotr Smolar (Le Monde)

L’ambassade chinoise a publié sur son site plusieurs textes jugés déplacés par Jean-Yves Le Drian, qui a convoqué Lu Shaye pour lui exprimer sa « désapprobation ».

Le communiqué du ministère des affaires étrangères, par sa construction, dit tout de l’affaire. Publié mardi 14 avril dans la soirée, il révèle seulement à sa dernière ligne l’information principale. L’ambassadeur de Chine en France, Lu Shaye, a été convoqué dans la matinée. Jean-Yves Le Drian tenait ainsi à lui exprimer sa « désapprobation ». La cause, non évoquée dans le communiqué : la publication d’une série de tribunes anonymes jugées très déplacées sur le site de la représentation chinoise à Paris. « Certaines prises de position publiques récentes de représentants de l’ambassade de Chine en France ne sont pas conformes à la qualité de la relation bilatérale entre nos deux pays », précise le communiqué du ministre. Une façon de stigmatiser un comportement individuel, sans froisser Pékin.

Dans la dernière publication, datée du 12 avril, un diplomate chinois anonyme fustigeait en termes très rudes les Américains et les Européens pour leurs critiques à l’égard de son pays, au sujet de la gestion de l’épidémie. Renvoyant les voix critiques à leurs responsabilités, l’auteur écrivait notamment : « On a fait signer aux pensionnaires des maisons de retraite des attestations de “Renonciation aux soins d’urgence” ; les personnels soignants des Ehpad ont abandonné leurs postes du jour au lendemain, ont déserté collectivement, laissant mourir leurs pensionnaires de faim et de maladie. »

L’utilisation même de l’acronyme Ehpad ne laissait pas de doute sur le pays visé, la France. Or, après vérification, il apparaît que la source de l’ambassade est un article de Ouest-France évoquant… l’Espagne.

Plus loin l’auteur du texte écrit : « L’OMS [l’Organisation mondiale de la santé] a fait l’objet d’un véritable siège de la part des pays occidentaux, certains lançant même des attaques ad hominem contre son directeur général, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus. Les autorités taïwanaises, soutenues par plus de 80 parlementaires français dans une déclaration cosignée, ont même utilisé le mot “nègre” pour s’en prendre à lui. Je ne comprends toujours pas ce qui a pu passer par la tête de tous ces élus français. »

Problème : cet appel, publié par L’Obs le 31 mars qui plaide pour l’admission de Taïwan à l’OMS, ne fait ni référence ni même allusion au directeur général. On y chercherait en vain le mot « nègre ».

« Observations d’un diplomate chinois »

Arrivé en France à l’été 2019, Lu Shaye s’était déjà taillé une réputation de « faucon » dans son précédent poste au Canada. La France lui avait déjà indiqué que certaines de ses déclarations au sujet de Huawei étaient déplacées. Depuis, note-t-on au Quai d’Orsay, il publie ses commentaires sous le titre d’« observations d’un diplomate chinois en poste à Paris ».

Le Quai d’Orsay se trouvait face à un dilemme. Mettre en scène l’irritation des autorités françaises à l’égard du représentant chinois risquait de compromettre la seule entreprise qui compte : l’acheminement des masques produits en Chine, dont la France a si cruellement besoin. Le rôle de Pékin pourrait être aussi décisif sur une autre question majeure pour Paris : soulager les pays africains – au moins en partie – du poids de leur dette extérieure.

Dès lors, les écrits publiés sur le site de l’ambassade chinoise sont vus comme un parasitage. Ils ont été discutés à plusieurs reprises en réunion de cabinet, autour de Jean-Yves Le Drian. Mais ces publications ne traduisent-elles pas aussi une posture plus agressive, plus toxique, faisant fi de toute vérité des faits, adoptée par la diplomatie chinoise pour fuir ses responsabilités ? Lu Shaye est loin d’être le seul diplomate chinois à avoir adopté cette politique de communication voire de désinformation.

De son côté, Jean-Yves Le Drian a noué une relation personnelle de qualité avec son homologue chinois Wang Yi. Fin octobre 2019, en marge d’une visite officielle, ce dernier avait effectué une visite privée en Bretagne, à l’invitation du ministre français. Wang Yi avait souhaité, en effet, découvrir l’abbaye du Mont-Saint-Michel. Depuis, Jean-Yves Le Drian considère que son interlocuteur fait preuve de bonne volonté dans les moments de tension nécessitant une intervention politique.

8 avril 2020

Déconfinement - Après 76 jours sous cloche, Wuhan a “rouvert ses portes”

wuhan

THE NEW YORK TIMES (NEW YORK)

Dans la nuit du mardi 7 au mercredi 8 avril, à minuit, les habitants ont à nouveau été autorisés à voyager hors de la ville et de la province du Hubei. Le New York Times y voit une nouvelle étape dans le déconfinement de Wuhan, qui reste loin du “retour à la normale”.

Wuhan n’est plus coupée du monde. Après dix semaines d’isolement, la ville “où le coronavirus est apparu pour la première fois” a “rouvert ses portes”, rapporte le New York Times.

Dans la nuit du mardi 7 au mercredi 8 avril, à minuit, la Chine a autorisé les habitants à quitter le centre industriel de 11 millions d’habitants, placé sous cloche depuis fin janvier.

Selon le quotidien new-yorkais, les images des médias publics chinois “ont montré un afflux de voitures aux barrières de péage de la banlieue de Wuhan immédiatement après la levée des restrictions”, et l’opérateur ferroviaire national chinois a estimé “que plus de 55 000 personnes quitteraient Wuhan en train” dans la journée de mercredi.

Cette nouvelle étape dans le déconfinement de Wuhan, entamé le 29 mars, est intervenue alors que, selon les statistiques officielles relayées par le New York Times, “seulement trois nouveaux cas de coronavirus ont été signalés dans la ville au cours des trois semaines précédentes”.

D’après le quotidien, les habitants peuvent désormais quitter Wuhan et la province du Hubei après avoir présenté aux autorités une application téléphonique “approuvée par le gouvernement chinois” qui indique, sur la base “de leur adresse personnelle, de leurs voyages récents et de leurs antécédents médicaux”, s’ils présentent “un risque de contagion”.

Une ville “profondément meurtrie”

Ces derniers jours, “de plus en plus de magasins” avaient rouvert “souvent en installant des comptoirs dans la rue pour que les clients puissent acheter des légumes, de l’alcool, des cigarettes et d’autres marchandises”. Les transports publics (bus et métro) ont “redémarré, bien qu’ils semblent souvent avoir peu de passagers”.

Mais la ville qui a rouvert ses portes après 76 jours d’isolement est “profondément meurtrie”, souligne le New York Times :

Son rétablissement sera suivi dans le monde entier pour en tirer des leçons sur la façon dont les populations surmontent les ravages causés par un tel fléau.”

À Wuhan, le “retour à la normale” n’est pas en vue, précise le quotidien. Les autorités locales “continuent de réglementer les allées et venues des habitants”. Des règles strictes s’appliquant aux individus et aux entreprises sont toujours en place “pour empêcher le virus de se propager à nouveau”. Les autorités continuent “d’exhorter tout le monde à rester chez soi autant que possible. Les écoles sont toujours fermées.”

Quant aux entreprises, 94 % d’entre elles “ont repris leurs activités”, a déclaré Hu Yabo, le maire adjoint de la ville cité par le New York Times. Cependant, ajoute le quotidien, “on ne sait pas exactement quel est leur volume d’activité réel” : dans les usines de Wuhan, “seuls 60 % des ouvriers” ont repris le travail et la consommation d’électricité est inférieure de 20 % “à ce qu’elle était à la même époque l’année dernière”.

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4 avril 2020

A Wuhan, la liberté toujours suspendue à un QR code

Par Zhifan Liu, correspondant en Chine

Alors que la fin du confinement était promise pour le 8 avril dans l’épicentre chinois de l’épidémie, un contrôle strict est encore à l’œuvre et de nouvelles restrictions ont été annoncées.

Cela fait soixante-et-onze jours que les 11 millions d’habitants de Wuhan attendent que leur cauchemar prenne fin. Le 8 avril, ils devraient à nouveau pouvoir se déplacer librement dans leur ville et dans le reste du pays. Du moins en théorie.

Car, vendredi, Wang Zhonglin, le chef du Parti communiste chinois à Wuhan et le plus haut gradé de la ville, a expliqué que les risques d’un regain de l’épidémie restaient élevés et a demandé à la population de rester vigilante et de limiter ses déplacements à l’extérieur. Un prélude à un report de la sortie du confinement ?

Quatre nouveaux morts du Covid-19 ont été signalés en vingt-quatre heures sur le territoire chinois, tous issus de Wuhan, capitale du Hubei et foyer de l’épidémie. Plus de trois mois après que Pékin a signalé l’émergence d’une pneumopathie inconnue, les derniers chiffres officiels font état de 81 620 cas et 3 322 morts du virus sur le territoire chinois.

«La prévention et le contrôle de l’épidémie à Wuhan sont toujours fondamentaux alors que le flux des cas importés augmente, et quelques habitants ont relâché leur garde contre l’épidémie», a alerté une notice de la municipalité publiée vendredi sur le réseau social WeChat. Les autorités ont annoncé dans la foulée limiter les accès aux immeubles résidentiels et renforcer les prises de température corporelle. Sur les trottoirs, d’imposantes palissades jaunes ont été érigées pour éviter les interactions entre les piétons, rendant les déplacements difficiles.

Isolement

Depuis le 25 mars, les restrictions s’étaient pourtant assouplies dans la mégalopole du centre de la Chine alors que la province du Hubei sortait du confinement. Les Wuhanais en bonne santé peuvent de nouveau prendre les transports en commun, qui sont en partie à nouveau opérationnels. Mais pour toute sortie, il faut avoir téléchargé un QR code sur son téléphone portable. S’il est vert tout va bien, mais la couleur peut changer en fonction des déplacements de l’utilisateur. «Notre plus grande hantise désormais est de voir notre QR code changer de couleur. Alors on limite toujours autant nos déplacements», explique Fang (1) une habitante de Wuhan qui n’a toujours pas quitté son lotissement. Car le système qui génère votre QR code répertorie votre adresse, votre numéro de téléphone et de carte d’identité, et traque vos données GPS.

S’il s’avère que vous avez croisé, au supermarché ou ailleurs, une personne suspectée d’être infectée, vous pouvez même être placé d’office à l’isolement. Une quarantaine à vos frais dans une «installation désignée par le gouvernement», en général un hôtel. Ce qui fait que Fang n’est toujours pas allée voir sa mère, enfin sortie de l’hôpital après avoir été soignée pour le Covid-19 : «Je n’ai pas de voiture et il me faut environ deux heures de transports en commun pour aller la voir chez elle. Je n’ose pas prendre le métro ou le bus.» Car si elle perdait son QR code vert, elle ne pourrait plus entrer dans un magasin ou aller à la pharmacie.

D’après le quotidien d’Etat Global Times, le pouvoir local réfléchit à tester massivement les 11 millions d’habitants de la mégalopole pour recenser les cas asymptomatiques. Les personnes positives au Covid-19 mais qui présentaient peu ou pas de symptômes ont été écartées durant des semaines du comptage officiel avant d’être de nouveau recensées cette semaine.

Ces asymptomatiques, potentiellement contagieux, sont la réelle inconnue qui pourrait participer à une nouvelle vague de l’épidémie. Deux de ces porteurs silencieux ont contaminé une habitante de la ville de Jia, dans le Henan, province voisine du Hubei. Résultat, les 600 000 habitants sont depuis cette semaine sous le coup d’un confinement général, aucun citoyen n’est autorisé à sortir ou entrer dans le comté.

Mémoires

L’heure est désormais au deuil national. Ce samedi matin à 10 heures, les Chinois sont appelés à observer trois minutes de silence pour les victimes chinoises de l’épidémie. Parmi elles, un nom restera dans les mémoires, celui de Li Wenliang, docteur qui avait été puni au début de la crise sanitaire pour avoir alerté sur un nouveau coronavirus à une période où Pékin jouait encore l’opacité. Sa mort, due au Covid-19, avait attisé un vent d’indignation inédit dans la Chine communiste. Depuis, Pékin affirme que la situation est sous contrôle sur son territoire. Le président Xi Jinping s’est déplacé, sans masque sur le visage, dans le Zhejiang, une province moteur de l’économie chinoise, pour sonner le réveil de la deuxième puissance mondiale. Mais vendredi soir, la rumeur courait sur les réseaux sociaux que le confinement général de Wuhan serait prolongé après le 8 avril. Signe que le cauchemar risque encore de durer dans le berceau de l’épidémie.

(1) Le prénom a été changé.

1 avril 2020

Vu du Japon.La Chine veut s’attribuer tous les mérites dans la gestion de l’épidémie du Covid-19

drapeau chinois

NIKKEI ASIAN REVIEW - TOKYO

Cet article est issu du Réveil Courrier. Chaque matin à 6h, notre sélection des meilleurs articles de la presse étrangère.

Pékin aimerait démontrer la supériorité de son système autoritaire face à l’épidémie de coronavirus. C’est oublier que ce même système a empêché des mesures précoces pour stopper la diffusion de la maladie, écrit cet ancien correspondant japonais en Chine.

Le quotidien chinois Huanqiu Shibao (Global Times) a récemment publié un éditorial très critique vis-à-vis des États-Unis et de l’Europe, incapables, selon lui, de contenir le nouveau coronavirus et de mettre en œuvre des mesures adéquates contre celui-ci. Cet éditorial du 13 mars a été publié avec la bénédiction du Renmin Ribao (“Le Quotidien du peuple”), organe du Parti communiste chinois (PCC) [dont le Huanqiu Shibao dépend].

Auparavant, la Chine s’était targuée à plusieurs reprises d’avoir eu une réaction exemplaire face au virus, exigeant pratiquement la reconnaissance du monde entier pour ses efforts visant à ralentir la contagion. C’est absurde.

Le nouveau coronavirus, à l’origine de tant de souffrances pour un si grand nombre de personnes, est quand même apparu en Chine. S’attendre à des éloges pour avoir ralenti sa propagation – sans reconnaître sa responsabilité – c’est un peu comme allumer un feu puis vouloir être applaudi parce qu’on apporte de l’eau.

La thèse du complot américain ne tient pas debout

Récemment, cependant, Pékin a montré une étrange volonté de s’exonérer de toute responsabilité dans la pandémie. Zhao Lijian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a tweeté [le 12 mars] que l’armée américaine était responsable de la contamination de la Chine par le Covid-19. Cette théorie du complot a naturellement provoqué les protestations des États-Unis.

La Chine a l’habitude de déclencher sa machine de propagande pour déformer les faits afin de se présenter sous un jour favorable sur la scène internationale. Par exemple, alors que les États-Unis adoptent le protectionnisme, la Chine prétend être le champion du libre-échange. Mais qu’est-ce qui peut pousser la Chine à utiliser une pandémie mondiale pour une propagande aussi tirée par les cheveux ? À en juger par les déclarations des porte-parole officiels, le PCC veut réécrire l’histoire en disant :

Premièrement, que la Chine a retardé la diffusion des contaminations en limitant les libertés individuelles, ce qui a offert au reste du monde une avance de temps précieuse pour se préparer à l’assaut de la maladie.

Deuxièmement, que les États-Unis et l’Europe n’ont pas réussi à mettre en place des mesures aussi fortes que celles de la Chine, ce qui a permis au virus de se propager.

Et troisièmement, que la différence entre les réactions montre clairement que le gouvernement autoritaire de la Chine est bien supérieur aux systèmes démocratiques des États-Unis et de l’Europe.

Certaines ambassades chinoises relaient l’argumentation de Pékin, selon des sources diplomatiques. Une attitude qui a éveillé les soupçons à Tokyo et à Washington, qui sont maintenant sur leurs gardes pour éviter que la Chine ne réussisse à redorer l’image de son pays en diffusant davantage de propagande.

Une réponse énergique, mais après un retard inavouable

Certes, la Chine mérite d’être applaudie pour sa réponse énergique visant à contenir l’épidémie. Mais cela ne veut pas dire qu’elle doit être considérée comme un exemple pour le reste du monde en matière de lutte contre la pandémie, ni qu’elle a sauvé le monde. Au contraire, le monde se serait mieux porté si les dirigeants communistes avaient réagi rapidement lorsque la nouvelle du virus a été annoncée pour la première fois l’année dernière à Wuhan [le 31 décembre], au lieu de chercher à la dissimuler.

Alors même que la crise s’aggravait, en février, la Chine critiquait les États-Unis et d’autres pays pour avoir imposé des restrictions d’entrée aux voyageurs chinois, qualifiant ces mesures de “réaction excessive”. C’est ce genre de réaction belliqueuse qui a poussé les autres pays à temporiser plutôt que de passer à l’action.

Cette imprudence ne peut être imputée qu’à une seule chose : la peur. La crainte de perdre le contrôle des événements et donc l’emprise sur le pays.

Dans une démocratie, les dirigeants ont une légitimité parce qu’ils sont élus, au lieu d’être désignés par un parti unique et tout-puissant qui ne fait que coopter les siens.

La “survie de la nation chinoise” en question

Pour gagner l’approbation des Chinois, un dirigeant doit marquer l’histoire. Comme Mao Zedong, qui a fondé la République populaire de Chine [en 1949]. Ou Deng Xiaoping, qui a largement amélioré la vie du peuple [en lançant la politique de réforme économique en 1979]. Mais les dirigeants qui ont suivi n’ont pas réussi à suivre leurs traces et ne peuvent se targuer de grandes réalisations historiques.

Au contraire, les dirigeants actuels pâtissent de l’aggravation des problèmes intérieurs, comme l’écart grandissant entre les riches et les pauvres, la pénurie d’eau, le vieillissement de la population et un système de santé surchargé. Le ralentissement de la croissance économique sera encore aggravé par le déclin démographique qui devrait s’amorcer d’ici à 2030.

L’accès à l’eau potable est extrêmement problématique, notamment en raison de la pollution et des sécheresses. Par rapport aux années 1940, le fleuve Jaune, deuxième voie navigable intérieure de la Chine, ne représente plus qu’un dixième de son volume. Selon les Nations unies, les ressources annuelles en eau par habitant sont très limitées dans huit provinces chinoises.

Il y a vingt ans déjà, Wen Jiabao, qui allait plus tard être Premier ministre [entre 2003 et 2013], avait averti que la pénurie d’eau menacerait “la survie même de la nation chinoise”.

Toujours raison, jamais tort

Si les Chinois, dont la plupart ont passé toute leur vie sans réelle liberté politique, estimaient que les communistes n’ont pas su les protéger, le gouvernement pourrait voir sa popularité fortement érodée. Il est donc impératif que les dirigeants puissent continuer à faire croire qu’ils ont “toujours raison et jamais tort” et refuser d’admettre qu’ils ont mal géré le début de l’épidémie de Covid-19, qui a fait plus de 3 000 morts dans le pays.

Avant la pandémie, un haut responsable du Parti communiste avait dit à une de ses connaissances étrangères que certains membres du Parti enviaient les hommes politiques occidentaux. Il avait déclaré :

En Occident, lorsque les dirigeants politiques perdent le soutien de la population, il leur suffit de se retirer après avoir perdu les élections. Mais nous n’avons pas de système de ce genre. Et nous ne pouvons pas échouer. Nous sommes donc constamment sous pression.”

Si c’est exact, et à la lumière de sa réaction initiale face aux premiers cas, alors le PCC devrait faire preuve d’humilité et changer sa façon de diriger le pays.

Les mauvaises nouvelles doivent être transmises

Tout d’abord, il faudrait diminuer le pouvoir excessif du président Xi Jinping et de ses proches collaborateurs, qui empêche les subordonnés de transmettre les mauvaises nouvelles par crainte des représailles et conduit les dirigeants à ne pas prendre les bonnes décisions [comme les autorités du Hubei l’ont fait].

En outre, le PCC devrait se montrer moins sensible aux critiques, notamment celles exprimées sur Internet, afin que les idées et les informations constructives ne soient pas étouffées avant de pouvoir atteindre les dirigeants [la censure et la répression ont été très actives depuis janvier].

Après avoir déclaré le 12 mars que le nombre de cas en Chine avait atteint un pic, la Chine a commencé à coopérer avec les autorités sanitaires en Irak, en Iran et en Italie. Certes ce soutien est précieux, mais le gouvernement chinois devrait également tirer les leçons de l’épidémie afin de mettre en place une gestion du pays plus efficace et ainsi prévenir une autre crise d’origine chinoise.

C’est ce que la Chine peut faire de mieux pour le reste du monde.

Hiroyuki Akita

19 mars 2020

Coronavirus - le chiffre du jour

corona chiffr

11 mars 2020

Xi Jinping, déjà proclamé en Chine vainqueur de la «guerre du peuple contre le virus»

xi et le virus

Le président chinois s’est rendu pour la première fois mardi à Wuhan, d’où est partie l’épidémie. Selon les autorités, le nombre de nouvelles infections est en chute libre dans le pays.

Xi Jinping, déjà proclamé en Chine vainqueur de la «guerre du peuple contre le virus»

«L’épidémie est presque jugulée», a déclaré le président chinois mardi, à Wuhan, épicentre du Covid-19. Tout en restant masqué et à bonne distance de ses interlocuteurs, et en discutant avec des malades par vidéoconférence. «Presque» car, selon les chiffres officiels, il reste plus de 20 000 malades du Covid-19 en Chine, et 349 cas suspects. Néanmoins, sur les 80 924 cas recensés dans le pays depuis trois mois, les trois quarts sont considérés comme guéris, et le ministère de la Santé n’a annoncé que 19 nouvelles contaminations au cours des dernières 24 heures, contre 40 la veille et environ 1 500 chaque jour au plus fort de la crise. Les deux hôpitaux de fortune de plus de 1 000 lits, construits en dix jours à grand renfort de publicité, sont toujours en activité, mais les 16 centres de conférences et gymnases réquisitionnés pour accueillir les malades ont été fermés.

Tribut

Depuis l’émergence du Covid-19, c’est la première visite du leader chinois dans le Hubei. La province de 56 millions d’habitants a payé un lourd tribut à la maladie, avec plus de 3 000 morts et 3 000 soignants contaminés. «Les premières étapes des objectifs de stabilisation et de redressement de la situation au Hubei et à Wuhan ont été réalisées. Mais les efforts de lutte contre le virus à Wuhan et la province environnante du Hubei restent ardus», a précisé Xi Jinping, cité par l’agence de presse officielle Chine nouvelle.

Pour le 49e jour consécutif, les 11 millions d’habitants de Wuhan, où le premier malade a été hospitalisé le 8 décembre, n’ont pas le droit de quitter la ville. En revanche, une application pour téléphone portable va délivrer aux autres citoyens du Hubei des codes QR de couleur déterminant leur droit à se déplacer, sans toutefois sortir des limites de la province. Les heureux détenteurs d’un «code vert» (aucun contact avec des cas confirmés ou suspects) pourront bouger librement à condition de ne pas venir de zones «à risque élevé». Les «jaunes» (en contact avec un cas suspect) restent assignés à résidence. Les malchanceux classés «rouge» (cas suspectés ou confirmés) sont contraints à l’isolement. La situation est toujours tendue dans le reste du pays, avec plusieurs centaines de milliers d’habitants confinés à Pékin. Cette situation encore critique n’empêche pas la propagande chinoise d’effrayer la population avec les quelques dizaines de cas importés d’Italie et d’Iran (en général des Chinois qui rentrent au pays), pourtant aisément traçables. «La police vient de frapper à ma porte, m’a interrogé sur mes voyages récents, et a vérifié les tampons sur mon passeport. Ils m’ont expliqué que la plus grande menace était désormais les gens ayant voyagé dans des pays à haut risque», racontait samedi sur Twitter Jared T. Nelson, un avocat de Shanghai.

Pendant ce temps, le Parti communiste peut continuer à réécrire l’histoire, avec Xi Jinping comme vainqueur de la «guerre du peuple contre le virus». Le 27 février, le célèbre épidémiologiste Zhong Nanshan avait déclaré que «le coronavirus pourrait ne pas venir de Chine». Une thèse aussitôt reprise par le ministère des Affaires étrangères et le corps des ambassadeurs. Dans une lettre envoyée à ses ressortissants le 5 mars, l’ambassade de Chine à Tokyo a parlé du Covid-19 comme du «virus japonais». Samedi, Lin Songtian, ambassadeur en Afrique du Sud, affirmait sur Twitter (interdit en Chine) : «Bien que l’épidémie ait d’abord émergé en Chine, cela ne signifie pas forcément que le virus en soit originaire.»

La censure d’Etat laisse opportunément proliférer les théories complotistes affirmant que le virus viendrait des Etats-Unis. Une présentatrice télé a réclamé que «le reste du monde fasse des excuses à la Chine pour les sacrifices qu’elle a consentis». L’objectif est de faire oublier que le régime a perdu trois précieuses semaines dans la bataille contre la maladie, en censurant l’information, en organisant un banquet de 40 000 familles le 18 janvier à Wuhan, et en laissant 5 millions de Wuhanais partir en vacances alors que l’épidémie était avancée et repérée. La presse officielle multiplie les images de malades remerciant des médecins épuisés mais victorieux, et met l’accent sur la propagation du virus sur la planète et la difficulté des pays démocratiques à freiner l’épidémie, faisant l’impasse sur les conséquences sociales dramatiques de la quarantaine du Hubei, qui fragilise les plus précaires et fait bondir les violences conjugales.

Ras-le-bol

Depuis le vent de colère qui a soufflé sur les réseaux après la mort de Li Wenliang, le médecin puni pour avoir, le 30 décembre, prévenu ses collègues de la dangerosité du virus, le régime met les bouchées doubles pour écraser toute critique. Xu Zhiyong, un juriste qui a appelé dans une lettre ouverte à la démission de Xi Jinping pour ses manquements dans la gestion de la crise, a été condamné lundi à 15 ans de prison pour «subversion». Une partie de l’opinion salue la réponse du pouvoir. Mais une autre laisse sourdre son ras-le-bol. «Les Chinois, les Wuhanais en particulier, ont découvert la lenteur et les problèmes de ce régime, confie une habitante du Hubei. C’est peut-être le début de quelque chose.»

9 mars 2020

La Chine fait du masque une arme géopolitique

Par Brice Pedroletti, Taipei, envoyé spécial

Pékin a augmenté ses capacités de production et mène une diplomatie du masque à travers le monde pour redorer son blason.

Foyer principal de l’épidémie due au coronavirus, la Chine démultiplie ses capacités de production de masques. Malgré les pénuries, elle met désormais un point d’honneur à en redistribuer à travers le monde – au côté souvent de matériel médical et de kits de test du virus. L’Iran, qui avait puisé dans ses stocks pour envoyer un million de masques en Chine début février au point d’en manquer très vite, en a reçu 250 000 de Pékin fin février. La Corée du Sud et le Japon, qui en ont fourni plusieurs millions, en ont reçu en retour des centaines de milliers récemment.

Outre les donations gouvernementales chinoises, les patrons du privé sont appelés à la rescousse : Jack Ma, le fondateur d’Alibaba, a annoncé, lundi 2 mars, une donation d’un million de masques au Japon et à l’Iran. La presse chinoise a rapporté début mars la distribution, fin février, de masques gratuits dans la rue à Nagoya, au Japon, par des étudiants chinois présents dans le pays dans le cadre d’un échange universitaire.

Eviter la stigmatisation du pays

Voici le temps de la « diplomatie du masque », devenu un signe de good will (« bonne volonté »), d’abord en Asie puis dans le reste du monde, après les fortes tensions géopolitiques générées par la propagation du coronavirus.

Séoul était en plein réchauffement avec Pékin quand le Covid-19 a frappé – ce qui explique que la Corée du Sud n’ait pas imposé de quarantaine aux voyageurs venant de Chine – tout comme le Japon, qui devait accueillir Xi Jinping fin avril pour la première visite d’Etat d’un président chinois depuis 2008, après des années d’animosité. Le voyage a été repoussé.

Dans les premières semaines de l’épidémie, la Chine s’était indignée de voir certains pays, notamment les Etats-Unis, fermer leurs frontières ou stigmatiser ses ressortissants – jusque des pays « amis » comme la Russie – tout en couvrant de louanges les alliés les plus fidèles, comme le Cambodge.

« Quand une idéologie, une personne détenant des secrets comme Snowden, un nuage radioactif ou des migrants traversent une frontière entre deux pays, et ce faisant, provoquent des conséquences sur les rapports de pouvoir de part et d’autre, on est face à un facteur géopolitique. C’est le cas du virus, et il entraîne une géopolitique du masque », souligne, depuis Taipei, le sinologue Stéphane Corcuff, de Sciences Po Lyon.

Les masques sont d’autant plus symboliques pour Pékin que Peter Navarro, le conseiller pour le commerce de Donald Trump, connu pour son hostilité à la Chine, en a fait fin février un enjeu stratégique de la bataille pour la « relocalisation » des industries parties dans l’ex-empire du Milieu : Pékin a « placé des restrictions à l’exportation des masques N95 [la meilleure qualité] » fabriqués en Chine par la société américaine 3M « pour que nous n’en recevions pas, elle a nationalisé nos usines », avait-il déclaré le 26 février sur la chaîne conservatrice Fox News, annonçant le projet de construire de nouvelles lignes de production de masques aux Etats-Unis. Dans un communiqué publié le 5 mars, le ministère chinois du commerce a déclaré « n’avoir jamais placé aucune restriction » à l’exportation de masques fabriqués en Chine.

« L’usine du monde »

Depuis quelques jours, les médias officiels chinois consacrent une grande place au boom de la production de masques dans le pays : celui-ci produit désormais 1,66 million de masques N95 par jour – soit cinq fois plus que début février. Il produit chaque jour 110 millions de masques toutes qualités confondues – soit douze fois plus que début février. Un long article sur le site de l’agence de lutte contre la corruption, publié le 3 mars, décrit cette montée en puissance industrielle comme un « code secret chinois », entendre, une « arme secrète ».

« Le masque est devenu l’objet symbolique de la lutte contre l’épidémie. A travers les donations à l’extérieur, la Chine veut aujourd’hui démontrer que l’usine du monde a toujours d’énormes capacités de production », explique le chercheur en sciences politiques indépendant Chen Daoyin. « Avec l’épidémie, il y a eu beaucoup d’interrogations, en Chine comme à l’étranger, sur le “destin commun de l’humanité” [une antienne de la propagande] promis par la Chine, et aussi sur les risques pour les autres pays de mettre tous leurs œufs dans le même panier en faisant tout produire en Chine. Maintenant que l’épidémie s’est stabilisée en Chine et qu’une deuxième phase est en cours dans le reste du monde, Pékin redouble d’efforts pour reconstituer une image de leadership », poursuit-il.

Le point d’orgue de ce retour en force d’une Chine volontariste et fière devait être un livre publié par le département de la propagande du Parti communiste, et intitulé Da guo zhan yi, soit « La grande puissance combat l’épidémie ». Les médias officiels ont annoncé sa publication officielle le 26 février – mais sa distribution n’a pas encore eu lieu. « L’annonce de la sortie du livre a généré plein de quolibets sur Internet, ils se sont sans doute dit que c’était prématuré et qu’il y aurait un retour de bâton. Donc ils attendent », explique un observateur des réseaux sociaux chinois, qui préfère garder l’anonymat.

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