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Jours tranquilles à Paris

... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

samedi 3 juin 2017

La Russie n’appliquera pas l’accord sur le climat avant 2020

Par Isabelle Mandraud, Moscou, correspondante

Le président Vladimir Poutine, qui refuse de « juger » son homologue Donald Trump, salue le texte né de la COP21 mais attend des précisions « techniques ».

Au lendemain de l’annonce par Donald Trump du retrait américain de l’accord de Paris sur le climat, et tandis que les réactions indignées dans le monde entier continuaient à pleuvoir, Vladimir Poutine s’est plu à jouer le rôle de modérateur.

« Cet accord, a déclaré le président russe, ne doit entrer en vigueur qu’à partir de 2021, nous avons encore le temps… » Et de fredonner Don’t Worry, Be Happy de Bobby McFerrin, comme si de rien n’était, après qu’à ses côtés, le premier ministre indien, Narendra Modi, eut rappelé l’engagement de l’Inde au « nom des générations futures ».

C’est un Vladimir Poutine sûr de lui qui est apparu, vendredi 2 juin, au Forum économique de Saint-Pétersbourg, le Davos russe. « Repos ! », s’est même permis le chef du Kremlin alors que la salle bondée, composée de chefs d’entreprise et de diplomates s’était levée à son arrivée. « Welcome » ont traduit les interprètes.

La salve de critiques internationales qui s’est abattue sur Washington n’est pas pour déplaire au chef du Kremlin. « L’accord de Paris est un bon document qui a pour but de résoudre un des problèmes majeurs de notre époque », a-t-il souligné. Mais sur le fond, la Russie qui reste l’un des derniers grands pays à ne pas avoir ratifié le texte qu’elle avait approuvé en décembre 2015, s’interroge.

Ne pas se précipiter

« Il est clair que sans la participation des Etats-Unis, l’accord de Paris ne sera pas opérationnel, parce que c’est l’un des pays les plus grands émetteurs [de gaz à effet de serre] », confiait dans les couloirs Sergueï Beloussov, conseiller économique du président, cité par l’agence Tass.

« La Russie prévoit de ratifier [cet] accord, même si la décision finale de le ratifier ou non, sera prise au plus tôt en janvier 2019 », a fait valoir, de son côté le ministre des ressources naturelles et de l’écologie, Sergueï Donskoï.

« Nous devons, a poursuivi ce dernier, d’abord prendre en compte les stratégies climatiques des pays des BRICS [organisation qui regroupe, outre la Russie, l’Afrique du Sud, le Brésil et l’Indeet la Chine], de l’Union européenne, de la Norvège, du Japon, de la République de Corée et d’autres dans le domaine du développement à faible teneur en carbone. Leur mise en œuvre, dans ces pays, peut amener à des restrictions d’importations de certaines productions en raison de leur niveau élevé d’émission de gaz à effet de serre, ce qui établirait de fait un “protectionnisme carbone” ».

Entre la détermination des uns et le « niet » américain, Moscou, qui s’est engagé à réduire de 70 % ses émissions d’ici à 2030 par rapport à 1990, juge prudent de ne pas se précipiter. « Nous voulons attendre que les règles de distribution des ressources et autres points techniques très importants soient définis », a indiqué M. Poutine, en soulevant l’obstacle financier de sa mise en œuvre. « Les Etats-Unis, a-t-il souligné, se sont engagés à investir 100 milliards de dollars pour venir en aide aux pays en voie de développement. »

Marges de manoeuvre

Ces arguments en main, M. Poutine s’est refusé à « juger le président Obama, pardon, le président Trump parce que le président Obama a pris cette décision et que le président actuel pense qu’elle n’a pas été assez réfléchie ».

A l’opposé des Européens qui refusent de renégocier quoi que ce soit, le chef du Kremlin estime qu’il existe des marges de manœuvre, « même si on ne peut pas faire machine arrière ». « Il faut créer les conditions d’un travail en commun constructif », a-t-il insisté, car si un pays comme les Etats-Unis, parmi les plus grands émetteurs de la planète, n’en sont pas, « on ne pourra pas, dans ce cas-là, conclure ni signer aucun accord ».

Interrogé par la journaliste américaine de NBC, Megyn Kelly, bête noire de Donald Trump, M. Poutine n’a pas boudé son plaisir non plus lorsqu’il s’est agi de réfuter les accusations d’ingérence russe aux Etats-Unis, ou de dénoncer les sanctions s’autorisant, ici aussi, une référence d’Outre-Atlantique. « Les rumeurs sur ma mort ont été très exagérées », a-t-il ironisé en citant l’écrivain et essayiste Marc Twain.

Isabelle Mandraud, Moscou, correspondant

UE-Chine : l’unanimité sur le climat minée par les questions commerciales Ils veulent sauver les accords de Paris sur le climat, sont au diapason dans leur critique de la décision de Donald Trump mais… pour la deuxième année consécutive, l’Union européenne (UE) et la Chine se sont quittés sans accord écrit. Ils se sont longuement empoignés, vendredi 3 juin, sur des questions commerciales, ce qui a empêché la signature d’un texte par les deux parties. La question du statut d’économie de marché de la Chine a été le principal point d’achoppement. Bruxelles refuse d’accorder ce statut à Pékin en raison du dumping auquel se livre la Chine dans divers domaines, dont l’acier, où elle alimente d’importantes surcapacités. Acquérir le statut d’économie de marché permettrait à la Chine d’échapper aux droits antidumping qui peuvent actuellement lui être imposés. Des discussions se poursuivent au sein de l’Organisation mondiale du commerce, saisie par Pékin.

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Etats Unis : La sortie de l’accord de Paris signe la victoire d’une minorité très idéologique

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Par Gilles Paris, Washington, correspondant

La décision de Donald Trump conforte sa base électorale, conservateurs, libertariens, évangéliques, complotistes et climatosceptiques en tous genres.

Quelques jours avant l’annonce par Donald Trump du retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris, jeudi 1er juin, le détail d’un sondage de la chaîne conservatrice Fox News a tracé, le 25 mai, une ligne de fracture qui permettait d’anticiper sa décision.

Recroquevillé jusqu’à présent sur sa base électorale face aux turbulences qui ne cessent de secouer le début de son mandat, M. Trump savait qu’elle ferait bon accueil à cette rupture, pourtant refusée par une majorité d’Américains, selon des études convergentes.

Alors que 60 % de personnes interrogées par Fox News s’avouaient « inquiètes » face au changement climatique (contre 40 % d’avis opposés), ses électeurs du 8 novembre 2016 campaient sur une position inverse. En effet, 75 % d’entre eux assuraient n’éprouver aucune inquiétude à ce propos (contre seulement 12 % des électeurs de la démocrate Hillary Clinton), tout comme une large majorité d’électeurs protestants évangéliques blancs (60 %) et conservateurs (69 %).

« Je prie Jésus, mais pas la Mère nature »

Le polémiste conservateur Erick Erickson avait résumé le sentiment d’une partie de cette coalition hostile à l’accord de Paris en publiant le message suivant sur son compte Twitter, le 31 mai : « Je prie Jésus, mais pas la Mère nature. Il nous a dit d’en prendre soin, mais ça ne veut pas dire que je me soucie du réchauffement climatique. »

Le 28 mai, au cours d’une rencontre avec ses administrés, un représentant républicain du Michigan, Tim Walberg, ancien pasteur, n’avait pas dit autre chose après avoir reconnu la réalité du changement climatique. « En tant que chrétien, je crois qu’il y a un créateur, Dieu, qui est beaucoup plus grand que nous. Et je suis convaincu que, s’il y a un véritable problème, il peut en prendre soin », avait-il assuré.

Erick Erickson, moquant « l’hystérie » qui a accompagné selon lui l’annonce de M. Trump, a fait mine de s’étonner sur Twitter vendredi matin : « Attendez ! Quoi ? La planète est toujours là ? Il y a toujours de l’oxygène ? Fascinant. »

Saluant un discours « magnifique » du président des Etats-Unis, Mark Levin, une autre figure ultra conservatrice, a dénoncé lui aussi, jeudi, l’influence d’une « gauche socialiste » jugée « non autochtone » (non américaine) car venue d’Europe, sur son podcast The Mark Levin Show.

Une dénonciation quasi complotiste

« Le véritable objectif de ceux qui se présentent comme des progressistes mais qui sont des régressistes n’était pas d’inverser le changement climatique », a-t-il assuré, « il s’agissait d’utiliser le pouvoir du gouvernement pour redistribuer la richesse » des Etats-Unis à des pays étrangers. « Le mouvement environnemental fait partie d’un mouvement idéologique », a-t-il encore affirmé.

Car la dénonciation quasi complotiste des projets de « la gauche » recoupe les préoccupations d’une autre grande famille conservatrice : celle qui dénonce les abus d’un Etat fédéral jugé tentaculaire – une controverse qui trouve ses racines à la création des Etats-Unis –, alors que les grandes avancées sur l’environnement ont souvent coïncidé avec des présidences républicaines, comme l’adoption de la pierre angulaire de l’action environnementale américaine : le Clean Air Act, ratifié par Richard Nixon en 1970, et étendu, en 2005, par George W. Bush.

Autre paradoxe, la lutte contre le réchauffement climatique est reprise à leur compte depuis jeudi par des Etats, qu’ils soient démocrates (Californie, Etat de New York, Etat de Washington), mais aussi républicain (Massachusetts).

Dans sa défense des intérêts américains, Donald Trump n’a mentionné que des villes de la « Rust Belt », pas celles qui font déjà face à la montée des eaux comme la Nouvelle Orléans (Louisiane), ou Miami (Floride). Des élus républicains de Floride, Vern Buchanan et Carlos Curbelo, ont d’ailleurs condamné sa décision.

Un enjeu idéologique

A l’opposé, une myriade de groupes de pression d’inspiration libertarienne et conservatrice, The Competitive Enterprise Institute, The Heartland Institute, The Heritage Foundation et le CATO Institute, se sont mobilisés inlassablement contre l’accord de Paris.

Les deux derniers ont fourni l’essentiel de l’argumentaire utilisé par Donald Trump jeudi, avec les rapports tout aussi alarmistes produits par le courant pro business conservateur représenté par The US Chamber of Commerce et l’American Council for Capital Formation.

Ils étaient motivés à la fois par des convictions climatosceptiques et la hantise des réglementations, incarnées par le directeur de l’agence de protection de l’environnement, Scott Pruitt.

Ces groupes sont soutenus par des milliardaires très impliqués dans le débat politique, comme les frères Charles et David Koch, ainsi que par Robert Mercer et sa fille Rebekah, dont est proche le conseiller stratégique du président, Stephen Bannon. Pour ce dernier, la « bataille de Paris » recoupait enfin un dernier enjeu idéologique d’essence nationaliste : la reconquête d’une souveraineté américaine jugée menacée par le multilatéralisme.

Pendant la semaine qui s’est écoulée, le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, et Scott Pruitt, déterminant dans la bataille contre l’accord de Paris, n’ont cessé d’être interrogé sur les convictions du président américain, qui n’a pas cité une seule fois l’expression « réchauffement climatique » dans son discours de jeudi. M. Trump croit-il à sa réalité ? Aucun des deux n’a jamais répondu.

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vendredi 2 juin 2017

Macron fait mouche en détournant le slogan de Trump

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Le poids de la com’, le choc des formules

L’Edito de Didier Micoine – le Parisien

La France vient d’essuyer un revers avec la décision de Donald Trump de se retirer de l’accord de Paris sur le climat. Mais Emmanuel Macron a marqué des points, y compris aux Etats Unis où les Français n’ont pourtant pas l’habitude d’avoir la cote. Jeudi soir, le nouveau président a été le premier à réagir depuis l’Elysée. Il l’a fait aussi en anglais, s’adressant ainsi directement aux Américains (qui dans leur majorité sont favorables à l’accord de Paris) et affichant clairement sa volonté d’être aux avant-postes de la lutte contre le réchauffement climatique. Ses formules chocs, notamment son déjà fameux «Make our planet great again» (rendez sa grandeur à notre planète) qui détourne le slogan de campagne de Trump, ont fait mouche. Elles ont été reprises en boucle sur les réseaux sociaux et dans les medias, y compris américains. Alors bien sûr, c’est de la communication, mais la com’ n’est pas forcément négative si elle est bien utilisée. Les belles formules de Macron ne permettront pas de faire oublier la polémique autour de l’affaire Ferrand, mais pour le président et son nouveau gouvernement, ce « buzz » est quand même bon à prendre.

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La folle décision des Etats Unis

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jeudi 1 juin 2017

Accord de Paris - Message du Président de la République

Une publication partagée par TIME (@time) le 1 Juin 2017 à 15h48 PDT

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Climat : Donald Trump annonce que les Etats-Unis se retirent de l'accord de Paris.

Après des semaines d'atermoiements, le président américain a finalement tranché. Donald Trump, qui se trouve à la tête du deuxième pays le plus pollueur du monde, a annoncé jeudi 1er juin la sortie des Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat. Ce texte historique, signé par 194 autres pays en décembre 2015, vise à contenir la hausse de la température moyenne mondiale "bien en deçà" de 2°C par rapport à l'ère pré-industrielle.

Une publication partagée par TIME (@time) le 1 Juin 2017 à 12h57 PDT

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mardi 30 mai 2017

Macron-Poutine. Échanges musclés

Ils ont tenu leur conférence de presse dans la Galerie des Batailles du Château de Versailles, et le lieu a tenu toutes ses promesses : le président français, Emmanuel Macron et son homologue russe, Vladimir Poutine, ne se sont pas fait de cadeau lors de leur première rencontre, hier, qu'il s'agisse du conflit syrien, des droits de l'Homme ou des médias russes. Toutefois, les deux dirigeants ont annoncé une plus grande coopération entre leurs deux pays dans de nombreux domaines.

Un cadre somptueux pour aborder des sujets brûlants. Emmanuel Macron a accueilli, hier, Vladimir Poutine au Château de Versailles, pour l'inauguration de l'exposition « Pierre le Grand, un tsar en France », qui ressuscite la mémoire de la visite à Versailles de Pierre Ier, en mai et juin 1717, marquée par l'établissement des relations diplomatiques entre la France et la Russie. Mais cette visite était surtout un prétexte pour aborder des questions éminemment plus cruciales, développées par les deux dirigeants lors d'une conférence de presse commune.

1. La question syrienne et la lutte contre le terrorisme. Le président français a averti son homologue russe qu'il y avait « une ligne rouge » à ne pas franchir dans le conflit syrien : « Toute utilisation d'armes chimiques fera l'objet de représailles et d'une riposte immédiate, en tout cas de la part des Français », a-t-il assuré, alors que Moscou soutient ouvertement le régime de Bachar al-Assad, accusé d'avoir plusieurs fois utilisé des armes chimiques dans le conflit.

Emmanuel Macron a toutefois souhaité un « partenariat » renforcé avec Moscou pour lutter contre le terrorisme dans ce pays. Même son de cloche du côté russe : « Le plus important, c'est la lutte contre le terrorisme », a déclaré Vladimir Poutine.

Alors que le président russe explique ne pas pouvoir « lutter contre la menace terroriste tout en détruisant l'État syrien », son homologue français s'est prononcé en faveur d'« une transition démocratique » dans ce pays, en englobant « l'ensemble des parties prenantes du conflit syrien, y compris les représentants de Bachar al-Assad. Dans la région, les États faillis (NDLR : en déliquescence) sont une menace pour nos démocraties et on l'a vu, à chaque fois, ils ont conduit à faire progresser les groupements terroristes », a-t-il souligné, en référence notamment à la Libye.

2. Une discussion à venir sur l'Ukraine. Concernant l'Ukraine, le dialogue a été plus ouvert entre les deux dirigeants. À la fermeté de Vladimir Poutine, pour qui « les sanctions » contre la Russie ne contribuent « aucunement » à régler la crise ukrainienne, le président français a répondu en rappelant qu'il y aurait « une discussion » au format Normandie, réunissant Russie, Ukraine, France et Allemagne, dans les « prochains jours ou semaines », pour éviter « une escalade » des tensions dans ce pays.

3. La répression des homosexuels en Tchétchénie. Sur la question épineuse des droits de l'Homme, le président français s'est montré très ferme, indiquant qu'il serait « constamment vigilant » sur leur respect en Russie et en Tchétchénie. Selon lui, Vladimir Poutine a promis la « vérité complète » sur la répression des homosexuels en Tchétchénie et indiqué « avoir pris plusieurs initiatives sur le sujet des personnes LGBT (NDLR : lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres)» pour « régler les sujets les plus sensibles ».

4. Développer les relations bilatérales. La France et la Russie entendent aussi développer leur coopération, autant à travers les échanges économiques que sur le plan culturel et sociétal. Les deux présidents ont notamment promis d'intensifier les échanges entre étudiants des deux pays et de mettre en place un forum franco-russe des sociétés civiles, « le dialogue du Trianon », comme l'a indiqué Emmanuel Macron. Les ministres de la Culture russe et français travailleront également aux échanges bilatéraux.

https://www.pscp.tv/w/1jMJgoYnmQwJL

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lundi 29 mai 2017

Realpolitik - Edito de Henri Vernet – Le Parisien

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En l’espace de quelques jours, de Bruxelles au château de Versailles en passant par la Sicile, Emmanuel Macron a installé son style diplomatique : retour à la realpolitik. Face à Poutine, ce lundi, c’était flagrant. De l’accueil majestueux en ce lieu symbolique de l’amitié entre les rois et les tsars de jadis, à la volonté affirmée de renouer le dialogue et travailler avec le maître du Kremlin, Macron fait exactement le contraire de ce que faisait son prédécesseur et mentor Hollande, qui, lui, ostracisait Moscou. Pour une raison simple. Sur la Syrie, comme sur le dossier empoisonné pour l’Europe de l’Ukraine, le jeune président applique un vieux principe : c’est avec ses ennemis qu’il faut parler si l’on veut trouver une solution. Avec l’autocrate Poutine, comme avec l’imprévisible Trump, Macron choisit le rapport direct, d’homme à homme. Cela n’empêche pas d’asséner quelques vérités, par exemple lorsqu’il a dénoncé devant son homologue russe les « organes d’influence et de propagande » Russia Today et Sputnik, chers à Vladimir Poutine. De même lui assure-t-il qu’il restera vigilant sur les droits de l’homme. Certes, il faut maintenant que cette realpolitik donne des résultats. Pour le président-diplomate, ce sera l’épreuve de vérité.

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vendredi 26 mai 2017

Détenu en Turquie, le photographe français Mathias Depardon en grève de la faim

Par Marie Jégo, Istanbul, correspondante

Arrêté le 8 mai, le journaliste proteste contre sa détention. Reporters sans frontières et d’autres organismes de défense de la liberté de la presse demandent sa libération.

Détenu depuis plus de deux semaines à Gaziantep, dans le sud de la Turquie, le photographe français Mathias Depardon est entré dans son quatrième jour de grève de la faim, mercredi 24 mai. Il proteste contre sa arrestation arbitraire et ses conditions exécrables de détention dans un centre de rétention de migrants clandestins, non loin de la frontière syrienne.

Longtemps confiné dans une cellule d’isolement, le journaliste n’a pas pu entrer en contact direct avec les autorités françaises. Lorsqu’il a demandé de quoi écrire, il a reçu une feuille, mais pas de stylo.

Son seul contact avec le monde extérieur passe par son avocate, Emine Seker. Selon une source diplomatique française, « Mathias n’est plus à l’isolement, mais sa situation n’est pas bonne ». Son cas devrait être rapidement évoqué par le ministre français de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, lors d’une conversation par téléphone avec son homologue turc, Mevlüt Çavusoglu.

Région sous tension

Installé en Turquie depuis cinq ans, Mathias Depardon effectuait un reportage sur l’eau à Hasankeyf, dans la région de Batman, dans le sud-est de la Turquie, pour le compte de la revue National Geographic lorsqu’il a été interpellé le 8 mai.

Auparavant, pendant quelques jours, il s’était déplacé librement le long du Tigre et de l’Euphrate, photographiant sans histoires après avoir franchi les nombreux barrages policiers. La région, sous tension, est à nouveau le théâtre d’affrontements entre les rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et les forces turques.

Mais, au soir du 8 mai, il a été arrêté à un poste de contrôle. Ses appareils et ses cartes mémoire ont été saisis. Et selon un rituel désormais éprouvé, les policiers ont immédiatement exigé les codes d’accès de ses comptes sur les réseaux sociaux (Instagram, Facebook, Twitter).

A force de fouiller ses comptes, ils ont trouvé sur Instagram un cliché de recrues féminines kurdes en tenue de combat avec la légende « femmes du PKK ». Le PKK est classé comme terroriste par les autorités turques. Prise dans le cadre d’un reportage effectué dans le nord de l’Irak en 2014, la photo est devenue la pièce à conviction d’une enquête ouverte contre le photographe pour « propagande du terrorisme ». L’enquête n’a pas abouti pour l’instant à une décision judiciaire à son encontre, mais elle suit son cours.

Lettre ouverte

Pour l’heure, les autorités turques reprochent à Mathias Depardon d’avoir travaillé sans carte de presse, sa demande de renouvellement pour 2017 n’ayant pas abouti. Une décision d’expulsion a bien été émise le 11 mai, mais elle n’a pas été suivie d’effet.

L’organisation non gouvernementale Reporters sans frontières (RSF), d’autres organismes de défense de la liberté de la presse, ainsi que dix-neuf rédactions ont adressé, vendredi 19 mai, une lettre ouverte au ministre turc de l’intérieur, Süleyman Soylu, appelant à la libération de M. Depardon : « Le journaliste est laissé sans explications quant aux raisons du prolongement de sa détention. Cette absence d’informations nous inquiète de plus en plus et nous vous demandons respectueusement d’autoriser les diplomates français à venir lui rendre visite. »

Pour l’instant, les autorités turques sont restées sourdes aux demandes répétées des Français. Aucun contact n’a été autorisé avec Mathias Depardon, contrairement aux règles de la protection consulaire admises entre les Etats. L’état d’urgence déclaré au lendemain du putsch raté du 15 juillet 2016 permet aux autorités turques de faire fi des usages diplomatiques.

Climat de paranoïa et de peur

Dans ce contexte, l’exercice du métier de journaliste est devenu beaucoup plus difficile. Le climat de paranoïa et de peur qui s’est installé dans le pays au lendemain de la tentative de putsch fait de toute voix dissidente ou trop curieuse un potentiel « agent du PKK » ou du « FETÖ », l’acronyme officiel désignant la communauté religieuse de l’imam Fethullah Gülen, à l’origine du putsch selon Ankara. Les réseaux sociaux sont passés au crible.

Au moindre manquement administratif, c’est l’arrestation. Olivier Bertrand, journaliste français du site d’information Les Jours, travaillait en novembre 2016 sans carte de presse ni autorisation dans la région de Gaziantep, décrétée « zone d’exception militaire » depuis l’intervention turque dans le nord de la Syrie. Il a été expulsé après trois jours passés en détention.

En décembre 2016, Dion Nissenbaum, le correspondant à Istanbul du Wall Street Journal, a été détenu à l’isolement pendant plus de deux jours avant d’être expulsé vers les Etats-Unis. Il avait publié des images d’une vidéo de l’organisation Etat islamique (EI) sur son compte Twitter, malgré l’interdiction formulée par les autorités turques sur la diffusion de cette vidéo.

Depuis le début de l’année, le temps passé en détention s’est rallongé. En avril, le journaliste italien Gabriele Del Grande a été détenu deux semaines pour avoir travaillé sans carte de presse dans la région du Hatay, frontalière de la Syrie. Il a été expulsé vers l’Italie après avoir entamé une grève de la faim.

« Soutien au terrorisme »

Le sort des journalistes turcs est incomparablement plus terrible. Selon le site internet P24, 165 d’entre eux sont actuellement emprisonnés, la plupart sous l’accusation de « soutien au terrorisme ». Arrêté le 12 mai, Oguz Güven, le rédacteur en chef du site Internet du quotidien Cumhuriyet encourt sept ans et demi de prison pour un tweet erroné publié l’espace de 55 secondes sur le compte du journal. Il est le douzième employé de Cumhuriyet, le plus vieux quotidien de Turquie, à être emprisonné.

Vendredi 19 mai, le couperet est tombé sur le journal d’opposition Sözcü. Des mandats d’arrêt ont été émis par le parquet d’Istanbul contre son propriétaire, Burak Akbay, et plusieurs autres responsables. Tous sont accusés d’avoir « commis des crimes au nom d’une organisation terroriste armée ».

Utilisée à l’envi, l’accusation de « soutien au terrorisme » n’a pas épargné deux enseignants en grève de la faim à Ankara pour protester contre leur limogeage dans le cadre des vastes purges (150 000 employés du secteur public) entreprises après la tentative de coup d’Etat de juillet 2016. Après 76 jours de grève de la faim, Nuriye Gülmen, universitaire, et Semih Özakça, instituteur, ont été arrêtés chez eux dimanche 21 mai.

« La police a cassé la porte », a eu le temps de prévenir Nuriye dans un message. Mardi, les deux jeunes enseignants ont été inculpés. Le même jour, une manifestation de soutien organisée au centre d’Ankara a été violemment dispersée par la police.

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Mise à jour  http://www.huffingtonpost.fr/2017/05/25/erdogan-promet-dagir-pour-le-journaliste-francais-mathias-depardon_a_22109099/

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mardi 18 avril 2017

Turquie. Cinq conséquences possibles du référendum

Une courte majorité de Turcs a approuvé, dimanche, le renforcement des pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan au cours d'un référendum. Un vote qui pourrait être déterminant pour l'avenir du pays. Quelles en seraient les conséquences ?

1. Plus ou moins démocratique ? Avec cette victoire, Erdogan détiendra un pouvoir considérablement renforcé et pourra, en théorie, le détenir jusqu'en 2029. Ses partisans soutiennent qu'une telle mesure est nécessaire pour stabiliser l'exécutif et établir des barrières claires avec le judiciaire et le législatif. Mais ses opposants affirment qu'il n'existerait plus de contre-pouvoir, ouvrant la voie à un régime autocratique.

2. Quel avenir avec l'Europe ? Les relations entre la Turquie et l'Union européenne se sont fortement dégradées. Erdogan a évoqué, dimanche, un possible référendum sur le rétablissement de la peine capitale, une ligne rouge pour Bruxelles. Dès dimanche, l'UE avait appelé le gouvernement turc à rechercher le « consensus national le plus large possible ». Hier, le président turc, tançant les observateurs étrangers qui ont mis en doute l'équité de la consultation, a évoqué l'organisation d'un référendum pour décider, ou non, de poursuivre les négociations d'adhésion à l'Union européenne.

3. Guerre ou paix avec les Kurdes ? Depuis la rupture de la trêve historique avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), à l'été 2015, le sud-est de la Turquie est plongé dans une spirale d'affrontements meurtriers entre les forces de sécurité turques et les séparatistes kurdes. Avec la courte victoire du oui, Erdogan pourrait être contraint d'adopter une approche plus « conciliante » sur la question kurde, estime Asli Aydintasbas, experte au Conseil européen des relations internationales.

4. Réconciliation ou polarisation ? Erdogan « remporte (le référendum) mais, au final, une moitié du pays l'aime, et l'autre le déteste. C'est cela, l'origine de la crise de la Turquie moderne », explique Soner Cagaptay, analyste au Washington Institute. Certains observateurs s'attendent à ce qu'il adopte désormais un discours plus apaisant.

5. Reprise économique ou affaissement ? Les marchés ont misé prudemment sur une victoire du oui, espérant un retour à la stabilité. Mais à moyen terme, l'incertitude domine. L'affaiblissement de la confiance des investisseurs dans les institutions et le retard des réformes structurelles pourraient affecter la croissance.

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