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Jours tranquilles à Paris

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19 mai 2017

Festival de Cannes - Cara Delevingne

Carla Delevingne et Jeremy Scott à la plage Magnum #Cannes2017

Une publication partagée par Cannes en Live ! (@_cannesenlive) le 18 Mai 2017 à 11h32 PDT

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19 mai 2017

Petite philosophie du macronisme

Par Nicolas Truong

Inspiré par le philosophe Paul Ricœur, rencontré en 1999, le président est marqué par son empreinte. Plongée dans un parcours intellectuel qui éclaire ses choix politiques.

Mais qui est-il ? Ricœur ou Rothschild ? L’héritier de Michel Rocard ou une rock star ? Le président Nouveau Monde ou celui de la fin de l’Histoire ? Est-il la figurine choyée de l’élite déterritorialisée ou la figure réconciliatrice d’une France fracturée, l’homme de la troisième voie ou la tête de pont du capitalisme financier ?

Depuis le sacre du Louvre, dimanche 7 mai, la France se demande de quelle façon Emmanuel Macron relie sa pensée à son action. Depuis sa victoire éclair, le monde s’interroge sur la manière dont cette start-up politique articule le dire et le faire, de quelle manière ce jeune monarque républicain aux allures de chérubin conjugue sa formation philosophique à sa pratique politique.

La réponse est sans doute dans ce « et en même temps » que le nouveau président prononce si souvent. Car Emmanuel Macron se présente à la fois comme de gauche et de droite, social et libéral, soucieux de conjuguer le roman national et l’histoire globale, le sacre de Reims et la Fête de la Fédération, Pierre Nora et Patrick Boucheron, la mémoire et l’oubli, la révolution et la monarchie.

Une source qui ne s’est pas tarie

Ce n’est pas le « ou bien ou bien » kierkegaardien mais le « et » ricœurien, cette façon de penser ensemble des choses hétérogènes, qui le caractérise. « Vouloir par exemple en même temps la libération du travail et la protection des plus précaires, cette manière d’introduire une tension soutenable entre deux énoncés apparemment incompatibles, est vraiment très ricœurienne », explique Olivier Abel, professeur de philosophie et d’éthique à la Faculté de théologie protestante de Montpellier.

« C’est Ricœur qui m’a poussé à faire de la politique », déclare M. Macron dans un entretien à l’hebdomadaire Le 1 (n° 64, 8 juillet 2015, repris dans Macron par Macron, L’Aube, 136 pages, 9,90 euros). D’où l’importance de remonter à la source, qui ne s’est d’évidence pas tarie.

En 1999, François Dosse, historien, professeur à Science Po et biographe de Paul Ricœur (1913-2005) cherche, à la demande du célèbre philosophe, un jeune doctorant pour vérifier les notes de bas de pages, les références et l’appareil critique de l’œuvre que Ricœur est en train de rédiger, L’Histoire, la mémoire, l’oubli, qui paraîtra aux éditions du Seuil en 2000.

Il propose à Emmanuel Macron, son étudiant « brillant, souriant, affectueux, sensible et conceptuel, pas ramenard ni singe savant » d’entrer en contact avec le maître de l’herméneutique et de la phénoménologie française.

Intenses échanges intellectuels

Peu impressionné en raison de sa « complète ignorance » de l’œuvre de Ricœur, qu’il n’avait pas lu, Emmanuel Macron pousse alors la porte des Murs Blancs, la maison de Châtenay-Malabry que les disciples du philosophe connaissent bien.

De la rencontre entre ce professeur de 86 ans et ce jeune homme de 22 ans naîtra une véritable relation de travail doublée d’une « relation affective du fils adoptif au (grand-)père spirituel », témoigne François Dosse. Souvent mise en doute ou contestée, l’intensité des échanges intellectuels fut réelle (« Macron, un intellectuel en politique ? », Le Monde du 2 octobre 2016).

Les « notes d’orientation » rédigées par Emmanuel Macron et conservées dans les archives du Fonds Ricœur à la Bibliothèque de l’Institut protestant de théologie de Paris, que Le Monde a pu consulter, renseignent sur la nature des apports de l’impétrant.

Macron prodigue à Ricœur des conseils éditoriaux : « Définir plus précisément le concept de chronosophie », écrit-il (à propos de la page 24 du manuscrit du chapitre 1, consacré à la mémoire et aux phénomènes mnémoniques). Il suggère des références bibliographiques : « Ne peut-on pas citer, au sujet de l’événement, Paul Veyne et son discours inaugural au Collège de France ? » (page 35). Et se risque même à quelques appréciations élogieuses ou lapidaires : « Fin très bonne » (p. 41) ou « A refaire. Précisez dès le début que vous présentez des hypothèses, formulez clairement le choix d’une histoire des ­mentalités » (à propos de la page 9 du chapitre 2 dédié à l’épistémologie des sciences historiques).

Densité des discussions

Amie intime de la famille Ricœur et chargée des archives du penseur protestant, Catherine Goldenstein témoigne de la densité des discussions « d’égal à égal » entre les deux hommes.

Celle qui accompagna Simone Ricœur, la femme du philosophe qui « s’éteignait comme une petite chandelle » et qui aida Paul Ricœur à traverser son deuil après sa mort, se souvient de « la délicatesse » de l’étudiant envers le philosophe. De son « autorité » aussi parfois, mêlée à une profonde gratitude.

Dans une lettre inédite, dont nous reproduisons l’intégralité, Emmanuel Macron écrit à Paul Ricœur qu’il ne doit voir « aucune présomption » dans les ­notes et remarques qu’il vient de lui adresser. Et déclare : « Je suis comme l’enfant fasciné à la sortie d’un concert ou d’une grande symphonie, qui martyrise son piano pour en sortir quelques notes ; à force de vous lire, de vous suivre dans l’analyse, j’ai l’envie, l’enthousiasme de m’y risquer ».

Ainsi, « n’en déplaise aux mauvaises langues », relève Olivier Mongin, directeur de la publication de la revue Esprit et ami des deux hommes, il y a bien eu « une rencontre véritable entre le vieux sage et le jeune philosophe qui s’intéresse à Hegel et Marx à l’époque ».

CETTE CAPACITÉ DE L’INDIVIDU À DÉVELOPPER SES PROPRES POTENTIALITÉS, QUI AVAIT ÉTÉ THÉORISÉE PAR PAUL RICŒUR, EST AU CŒUR DU LOGICIEL MACRONIEN

Mais que reste-t-il de Ricœur en lui ? Une « forte empreinte », assure François Dosse, soucieux de faire mentir ceux qui prétendent que cette proximité fut usurpée, voire instrumentalisée.

Tout d’abord une philosophie de la volonté qui vise à « tout faire pour rendre l’homme capable », a déclaré Emmanuel Macron le 16 novembre 2016 à Bobigny, lors de l’annonce de sa candidature.

« Devenir maître de son destin »

Car dans la pensée ricœurienne, la fragilité de « l’homme faillible » n’empêche pas « l’homme capable » d’être en mesure de mobiliser en lui-même des ressources inemployées. A la « capacité d’être lui-même » de l’homme souffrant ou agissant de Ricœur correspond chez Macron la possibilité du citoyen de parvenir à « la libre disposition de soi-même » et de « réaliser ses talents ».

Cette capacité de l’individu à développer ses propres potentialités, qui avait été théorisée par Paul Ricœur, ou bien cette « capabilité » conceptualisée plus tard par l’économiste Amartya Sen, sont au cœur du logiciel macronien. Ainsi, selon Emmanuel Macron, la politique doit « déployer le cadre qui permettra à chacun de devenir maître de son destin, d’exercer sa ­liberté. Et de pouvoir choisir sa vie ».

La force du récit, aussi, est un puissant motif ricœurien chez le président. Un « pouvoir de raconter » qui, comme le disait Ricœur lors de la réception du Kluge Prize, en 2005, « occupe une place éminente parmi les capacités dans la mesure où les événements de toute origine ne deviennent lisibles et intelligibles que racontés dans des histoires ».

Ainsi « l’identité narrative » de Ricœur s’oppose aux identités figées, puisque le récit que l’on fait de sa propre vie, écrit le philosophe, « offre la possibilité de raconter autrement et de se laisser raconter par les autres ». C’est précisément ce qui arrive à Emmanuel Macron, qui met en scène sa propre histoire et le récit de sa généalogie : « J’étais donc un enfant de la province (…). Né dans la Somme, je vivais l’entrée à Paris comme une promesse d’expérience inouïe, de lieux magiques. » (Révolution, 264 pages, 17,90 euros).

« Le vrai projet patriote »

Le storytelling de meeting a souvent été pointé. Mais sa conception du récit héritée de Ricœur lui fait préférer les appartenances aux essences. Ainsi n’oppose-t-il pas « l’identité heureuse » d’Alain Juppé à « l’identité malheureuse » d’Alain Finkielkraut, mais il propose une histoire ouverte de l’identité de la France.

« Ce que nos adversaires disent, c’est qu’il y a quelques vrais Français, de souche, paraît-il. Moi, je ne sais pas ce qu’est une souche unique ; nous en avons tous de multiples. Donc, ­notre projet, c’est le vrai projet patriote. Parce qu’être patriote, c’est aimer le peuple français, son histoire, mais l’aimer de manière ouverte », déclare Macron à Reims, le 17 mars. « Le projet national français n’a jamais été un projet clos », prolonge-t-il dans le magazine L’Histoire, car la culture nationale s’est construite dans « l’ouverture au grand large ».

Ainsi l’identité narrative est une subtile dialectique du « même » et de l’« autre », et permet à l’individu tout comme à un pays d’ailleurs, d’être pluriel, ouvert, divers : « Soi-même comme un autre », disait Paul Ricœur.

Une pensée de la mémoire enfin, qui éclaire sans doute les débats houleux suscités à ce sujet par les prises de position d’Emmanuel Macron sur la colonisation. Dans La Mémoire, l’histoire, l’oubli (2000), ouvrage au sein duquel l’ancien étudiant est remercié pour sa « critique pertinente de l’écriture et la mise en forme de l’appareil critique », Paul Ricœur défend l’idée d’une « politique de la juste mémoire ». Entrant de plain-pied dans les controverses hautement sensibles du moment, le philosophe se déclare « troublé par l’inquiétant spectacle que donnent le trop de mémoire ici, le trop d’oubli ailleurs, pour ne rien dire de l’influence des commémorations et des abus de mémoire – et d’oubli ».

Appartenant à une génération qui, sur le plan ­historique, n’a « ni totems ni tabous », ­ Emmanuel Macron n’a pas hésité à ­mettre la plume dans la plaie lorsqu’il qualifia, à Alger, la colonisation de « crime contre l’humanité » et de « vraie barbarie ». Et il ne faut pas oublier que c’est l’attitude du socialiste Guy Mollet qui, lors de la guerre d’Algérie, poussa Ricœur à quitter la SFIO.

Mais, ici encore, il s’agit de concilier les contraires. Il s’agit pour le président de dire « en même temps » que « la racine du phénomène colonial est mauvaise » et de « reconnaître la souffrance des harkis et des pieds noirs ». Conclusion de Macron dans une formule que n’aurait pas démentie Ricœur : une politique ­digne de ce nom doit aujourd’hui « réconcilier les mémoires ».

« Ethique de la discussion »

Un respect et une reconnaissance des points de vue opposés lorsqu’ils se déploient dans le cadre de l’argumentation rationnelle, comme en témoigne par exemple son souhait de faire applaudir ses adversaires le soir du premier tour, s’inscrivent également dans les pas du philosophe.

« Paul Ricœur disait souvent : “Tous les livres sont ouverts devant moi. Toutes les pensées, tous les points de vue.” Il avait une extraordinaire capacité de comprendre l’altérité, et de ne pas délégitimer le point de vue opposé au sien avant de le critiquer. Emmanuel Macron s’est souvent réclamé de cette éthique de la discussion », fait observer la philosophe ­Monique Canto-Sperber, théoricienne du libéralisme de gauche.

Autre point central pour comprendre la filiation intellectuelle du nouveau président : Ricœur, « c’est l’autre voie de Mai-68 », fait observer Emmanuel Macron (Macron par Macron, p. 22). Non pas celle de la déconstruction, mais celle de l’interprétation ; non pas celle de la révolution, mais celle de la réforme.

Ricœur n’est pas sur les barricades dans ces années de poudre, mais à Nanterre dont il sera le doyen entre 1969 et 1970, un jour même chahuté par des étudiants insurgés de l’université. Ricœur permet donc à Macron de refuser le repli rance des réactionnaires tout comme une certaine outrance des gauchistes libertaires.

C’est pour cela qu’il faut lire jusqu’au bout la phrase d’Emmanuel Macron : « C’est Ricœur qui m’a poussé à faire de la politique, parce que lui-même n’en avait pas fait. » Parce le philosophe était « malheureux de tout ce qu’il n’avait pas dit lors de cette période » et fut, comme beaucoup, intimidé par « la brutalité du moment », poursuit-il. Il faut donc passer de la réflexion à l’action. Non plus seulement dire, mais faire.

Troisième voie

Ainsi Emmanuel Macron fait sienne la célèbre phrase de Karl Marx : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, il s’agit maintenant de le transformer. » Mais, cette philosophie de l’agir le conduit bien loin de l’insurrection prolétarienne chère au philosophe allemand. Il s’agit d’une « révolution » réformiste qui s’inscrit dans le sillage de Michel Rocard, dont Ricœur était proche et avec qui il dialogua longuement au sein de la revue Esprit (Philosophie, éthique et politique. Entretiens et dialogues, Paul Ricœur, Seuil, 232 pages, 21 euros).

Cette revue fondée en 1932 par Emmanuel Mounier représenta d’ailleurs un précieux « foyer de discussion » tant pour le maître que pour l’élève. Au point qu’Antoine Garapon, juriste et actuel directeur de la rédaction aille jusqu’à percevoir en Emmanuel Macron un « devenir du personnalisme », à savoir un prolongement de la philosophie de Mounier qui, à l’époque, cherchait une troisième voie entre le capitalisme et le communisme à partir d’une morale fondée sur le respect de la personne.

AINSI POURRAIT-ON DIRE QUE LE MACRONISME, C’EST L’UBÉRISATION PLUS LES CARS MACRON, LA FLEXISÉCURITÉ PLUS LA 4G

Entre 2000 et 2011, Emmanuel Macron a publié six articles et comptes rendus d’ouvrages dans la revue Esprit, dont un sur la réforme de l’Etat et un autre sur L’Histoire, la mémoire, l’oubli, tout à fait « remarquables et pour lesquels il n’y avait rien à retoucher » se souvient Marc-Olivier Padis, alors directeur de la rédaction d’Esprit.

Retiré du comité de rédaction dans la foulée de sa candidature, Emmanuel Macron – qui a été membre de son conseil d’administration – demeure aujourd’hui actionnaire de la revue.

L’actualité confère à l’article intitulé « Les labyrinthes du politique. Que peut-on ­attendre pour 2012 et après ? » (Esprit, mars-avril 2011) une saveur tout à fait particulière. Critiquant la polarisation du temps politique sur la préparation de l’élection, qualifiée de « spasme présidentiel », Macron estime que « le débat idéologique » est la condition même de la « restauration de l’action politique », trop souvent contrainte d’adopter des lois dans l’urgence et « la pression médiatique qui impose une quasi-transparence, en temps réel, de la décision ». (« Dans l’Esprit d’Emmanuel Macron », Le Monde de 1er septembre 2014).

Un progressisme libéral

Mais quelle est donc son idéologie ? En voulant rassembler des personnalités de droite et de gauche, l’ancien ministre de l’économie a choisi la coexistence d’éléments en apparence divergents plutôt que l’opposition des contraires.

M. Macron préfère donc le dialogique à la dialectique. Mais le président bipartisan n’en est pas moins le théoricien d’un dépassement des contradictions par une synthèse nouvelle. A l’opposition gauche-droite, Emmanuel Macron veut substituer celle entre progressistes et conservateurs. Ainsi le président oppose-t-il la « mise en mouvement » contre le cloisonnement (des idées comme des villages).

C’est en ce sens que « la mobilité physique est loin d’être anecdotique », dit-il. Lénine disait que « le communisme, c’est les soviets plus l’électricité ». Ainsi pourrait-on dire que le macronisme, c’est l’ubérisation plus les cars Macron, la flexisécurité plus la 4G. C’est pourquoi le macronisme est un progressisme libéral.

« Un libéralisme pragmatique et optimiste », précise son ami Jacques Attali, qui lui fit rencontrer François Hollande et l’invita à devenir rapporteur général adjoint de la Commission sur la libéralisation de la croissance française, en 2007-2008. Un libéralisme politique qui se rapproche davantage de celui de John Stuart Mill (1806-1873) que de celui d’Alexis de Tocqueville (1805-1859), notamment parce que l’économiste britannique associait non pas le conservatisme, mais le socialisme et le féminisme à son libéralisme.

Selon Thierry Pech, directeur général du groupe de réflexion Terra Nova, Emmanuel Macron fait la synthèse de trois courants politiques : social-démocrate, ­libéral-social et chrétien-démocrate. La social-démocratie est présente dans sa volonté de mettre en place une flexisécurité, un accompagnement social de la « société du risque », selon l’expression du sociologue Ulrich Beck (1944-2015), à l’image des pays qui, comme la Suède, associent la flexibilité du travail à la sécurité du parcours des travailleurs. Le libéralisme social ou encore le « centrisme radical » offre, lui, un cadre à « la société des individus », ainsi que l’a théorisé le sociologue Anthony Giddens et tel que Tony Blair l’a appliqué au Royaume-Uni.

Enfin la démocratie chrétienne est à la fois présente dans l’aspiration spirituelle et dans le sérieux budgétaire. Le macronisme serait donc une nouvelle synthèse de ces familles politiques parfaitement compatibles. Le libéralisme bien compris et l’économie du microcrédit : « Tocqueville + Amartya Sen, voilà le chemin du progrès ! », résume Thierry Pech.

« Candidat de la volonté »

Les néoréactionnaires dominaient la scène intellectuelle, les néoconservateurs enchaînaient les pamphlets à succès, « on commençait à raser les murs », se souvient Thierry Pech, l’auteur d’Insoumissions. Portrait de la France qui vient (Seuil, 240 pages, 18 euros).

Et voici qu’un progressiste libéral « terrasse le dragon ». Il a su à la fois répliquer aux antimondialistes de droite et aux antiglobalisations de gauche, renchérit Jacques Attali, en affichant un « libéralisme et un cosmopolitisme décomplexé ». Car Macron n’a pas de complexe avec le succès. Pour lui, « il ne faut pas s’excuser de réussir », renchérit Attali.

Dans la politique et dans la vie, « il y a ceux pour qui le scandale c’est la richesse, et ceux pour qui le scandale c’est la pauvreté, poursuit-il. Macron n’aime pas les rentes et les professions réglementées. Il préfère ceux qui font de l’argent plutôt que ceux qui en ont ».

C’est « le premier président libéral à l’optimisme entrepreneurial », assure l’historien et philosophe Marcel Gauchet. Tout d’abord sceptique devant ce « personnage énigmatique » qu’il rencontra à l’Elysée au début du quinquennat de François Hollande, Marcel Gauchet le trouva, cinq ans plus tard, beaucoup plus « consistant ». Celui qui n’était qu’un « technocrate étriqué, désinvolte et arrogant » il y a quelques années s’est transformé en un « candidat de la volonté », en un président du « réformisme social ». Non pas en intellectuel, mais en « politicien cultivé ».

L’exemple de sa politique scolaire résume bien sa philosophie. Selon Philippe Raynaud, professeur de sciences politiques et auteur de L’Esprit de la Ve République (Perrin, 250 pages, 19,90 euros), François Fillon, c’était le retour des blouses grises et du roman national ; Benoît Hamon, l’extension de l’école unique et la disparition des filières élitistes, comme les classes bilangues. Macron, c’est aider les zones d’éducation prioritaires (ZEP), « et en même temps » rétablir le latin et le grec.

Il s’agit donc pour M. Macron de « rendre les conditions de la compétition équitable », explique Philippe Raynaud. Ce n’est pas le retour de l’Ancien Régime, mais celui de la Révolution de l’année 1789, celle qui disait aux citoyens : la carrière est ouverte aux talents ! » Pourtant, il y a quelque chose de troublant et d’éclairant dans ses dires et son comportement.

Le roi est mort, vive le roi !

En 2015, Emmanuel Macron expliquait qu’il y a dans la démocratie « un absent ». Et que cet absent est la « figure du roi », dont il est persuadé que « le peuple français n’a pas voulu la mort ». Même si la France a tenté de « réinvestir le vide » avec Napoléon Bonaparte et Charles de Gaulle, poursuit-il, l’espace reste vacant. Et « ce que l’on attend du président de la République, c’est qu’il occupe cette fonction ». Le roi est mort, vive le roi ! La République serait ainsi hantée par une ombre portée et une figure monarchique regrettée.

Cherchant à s’appuyer sur les mouvements – Charles de Gaulle aurait dit les rassemblements – contre les partis, la rhétorique macronienne assume la monarchie républicaine. Et fait, selon Philippe Raynaud, écho au général de Gaulle qui, à propos de la Constitution de 1958, se demandait : « Vais-je saisir l’occasion historique que m’offre la déconfiture des partis pour doter l’Etat d’institutions qui lui rendent, sous une forme appropriée aux temps modernes, la stabilité et la continuité dont il est privé depuis cent soixante-neuf ans ? » Cent soixante-neuf ans auparavant, autrement dit… depuis 1789.

Fin de l’homme normal et du pouvoir horizontal, retour du monarque et de la décision verticale. Voilà qui ne va pas calmer les contempteurs d’Emmanuel Macron, ­régulièrement campé en roitelet des marchés financiers.

Car le questionnement des proches ou des partisans ne doit pas faire oublier les innombrables critiques dont il est l’objet. Comme celle, particulièrement acerbe, de Frédéric Lordon, selon qui Macron « est le spasme d’un système » oligarchique « qui repousse son trépas, sa dernière solution ». (« La Pompe à phynance », blog du Monde diplomatique, 12 avril 2017).

Président de la « post-politique » pour l’historien des idées François Cusset, ancien candidat de la « post-histoire » pour Michel Onfray, les critiques de ceux qui ne sont pas Macron sont légion parce qu’il serait l’incarnation du « cercle de la raison ».

Pour l’heure, le macronisme est un syncrétisme. Aussi bien un bonapartisme ­social qu’un progressisme libéral, aussi bien un dégagisme oligarchique qu’un libéralisme transcendantal. Mais qui l’a fait roi ? Sa bonne étoile et l’extraordinaire alignement des planètes formé par les forfaits et les rebondissements d’une campagne folle ? Nul ne le saura. Car, comme l’écrivait Paul Ricœur, « on ne sait jamais ce qui est hasard et ce qui est destin ».

18 mai 2017

Vernissage ce soir à La Hune - St Germain des Prés - Vincent Peters

http://jourstranquilles.canalblog.com/archives/2017/05/16/35290467.html#comments

Le vernissage de l’exposition Vincent Peters aura lieu le jeudi 18 mai 2017 de 18 à 21 heures, en présence de l’artiste, à la galerie La Hune à Saint-Germain-des-Prés. Pour les plus curieux, les œuvres seront d’ores et déjà exposées à partir du samedi 13 mai. Galerie / Librairie La Hune 16 Rue de l'Abbaye, 75006 Paris

Vincent Peters revient à la Hune. Après la présentation de son ouvrage l’automne dernier, Personal, paru le 24 octobre 2016 aux Editions TeNeues, le photographe allemand exposera à La Hune à partir du 13 mai 2017, ses portraits les plus saisissants et sensuels de la beauté féminine. Avec ses photographies qui soulignent subtilement et finement le corps des femmes depuis maintenant vingt ans, Vincent Peters divulguera ses clichés les plus empoignants de célébrités telles que Charlize Theron ou bien Monica Bellucci autant séductrices que candides ; inspirées de ses ouvrages Personal et The Light Between Us, Editions TeNeues, 2014, ses oeuvres photographiques de grandes stars ou de jeunes femmes inconnues du grand public se retrouveront tous sous le signe de la féminité et de la délicatesse.

A travers la symbolique du portrait, Vincent Peters voit le monde par un objectif illuminé par la beauté qui l’entoure. Il sait capturer l’essence d’une âme, que cela soit par une photographie de mode pour les plus grands magazines tel que Vogue ou encore afin d’immortaliser les plus belles collections de grandes Maisons de haute couture comme celles de Sonia Rykiel ou encore Guerlain. La librairie-galerie Hune invite et accueille à nouveau en son coeur culturel et symbolique, ce printemps, le photographe de renommée internationale Vincent Peters, s’assurant encore une fois, une exposition emblématique et spirituelle relative à la magnificence de la Femme.

VINCENT PETERS

A partir du 13 mai 201

La Hune

Place Saint-Germain-des-Prés

16-18 Rue de l’Abbaye, 75006 Paris

18 mai 2017

Emily Ratajkowski - Bella Hadid

She loves me @bellahadid @haileybaldwin

Une publication partagée par Emily Ratajkowski (@emrata) le 17 Mai 2017 à 15h56 PDT

18 mai 2017

Cathédrale de Chartres

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Photos : J. Snap

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18 mai 2017

Paris Match

18 mai 2017

Street Art

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18 mai 2017

Elections législatives 2017 - Macron s’essaie (lui aussi) à la synthèse pour son gouvernement

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Par Cédric Pietralunga, Raphaëlle Besse Desmoulières, Solenn de Royer, Bastien Bonnefous - Le Monde

Composée autour de trois grands blocs, l’équipe gouvernementale vise un objectif précis : gagner les législatives.

La fin du suspense. Trois jours après son intronisation à l’Elysée, Emmanuel Macron et son premier ministre, Edouard Philippe, ont dévoilé la composition du gouvernement, annoncée mercredi 17 mai à 15 heures piles sur le perron du Château par Alexis Kohler, le secrétaire général de la présidence.

Dix-huit ministres et quatre secrétaires d’Etat – onze hommes et onze femmes – qui devaient se retrouver pour un premier conseil des ministres, jeudi à 11 heures.

L’annonce de la nouvelle équipe a été retardée d’une journée sur le calendrier initial. Officiellement pour passer les impétrants au crible de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Officieusement car l’architecture du gouvernement a été délicate à trouver, même si l’Elysée et Matignon nient toute tension ou marchandage entre MM. Macron et Philippe, qui ont déjeuné ensemble tous les jours de la semaine à l’Elysée.

« On a pris le temps de faire les choses », commente sobrement l’entourage du chef de l’Etat. « Le gouvernement était resserré, il a fallu faire de la dentelle à la fin, cela a pris plus de temps », nuance-t-on à Matignon.

Trois grands blocs

Emmanuel Macron a bien retenu les leçons de François Hollande. Comme son prédécesseur et ex-patron, le nouveau chef de l’Etat s’est livré à un subtil art de la synthèse pour constituer son premier gouvernement. Le chantre du progressisme a marié des personnalités de gauche (trois ministres du Parti socialiste et deux des Radicaux de gauche), de droite et du centre (trois Les Républicains, en comptant le premier ministre Edouard Philippe, et trois MoDem), et des figures de la société civile (huit au total), inconnues du grand public mais respectées dans leurs secteurs respectifs.

« Un gouvernement de rassemblement et de renouvellement pour changer la France », s’est félicité après son annonce le président sur son compte Twitter. « L’équilibre politique est là » et « les bons » ont été choisis, abonde l’entourage d’Edouard Philippe à Matignon, qui justifie ainsi que deux ministres de François Hollande aient été reconduits (Jean-Yves Le Drian et Annick Girardin) malgré l’engagement contraire pris par M. Macron durant la campagne.

Sur le papier, l’équipe Macron-Philippe se découpe en trois grands blocs. Un premier bloc régalien confié à la gauche et au centre, avec les socialistes « marcheurs », Gérard Collomb à l’intérieur et Jean-Yves Le Drian au quai d’Orsay, et les centristes ralliés, François Bayrou à la chancellerie, Sylvie Goulard à la défense et Marielle de Sarnez aux affaires européennes. Une forme de reconnaissance pour ces soutiens expérimentés qui ont fait beaucoup pour la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle.

Un pari dangereux

Un bloc économique, ensuite, donné à la droite, avec Bruno Le Maire à Bercy et Gérald Darmanin au budget. Une revanche pour le député de l’Eure, grand perdant de la primaire de la droite à l’automne 2016, qui rêvait déjà de ce poste en 2011 sous le gouvernement Fillon mais s’était fait voler la place par François Baroin.

Bruno Le Maire à l’économie, un proche de Nicolas Sarkozy et de Xavier Bertrand aux finances, le tout sous la férule du juppéiste Edouard Philippe à Matignon. Un coup osé, mais risqué, pour le président Macron.

La nomination de ces trois hommes devrait diviser un peu plus encore leur parti, LR. Mais faire porter toute la politique économique et fiscale du nouveau pouvoir par une seule couleur partisane pourrait se révéler dangereux lors des futurs débats parlementaires ou des discussions avec les syndicats.

Enfin, le bloc plus social et culturel incombe à des membres de la société civile, choisis pour leurs compétences techniques et intellectuelles. Un véritable pari là aussi, tant ces promus ne maîtrisent aucun des codes de l’impitoyable vie politique.

Ainsi, Muriel Pénicaud, la nouvelle ministre du travail, sera chargée de la très délicate refonte par ordonnances du droit du travail. Cette spécialiste a certes connu ce ministère comme conseillère de Martine Aubry lorsque la maire de Lille en occupait la tête sous les gouvernements Cresson et Bérégovoy, mais elle a surtout depuis travaillé comme DRH du groupe Danone ou directrice générale de Business France, l’agence chargée de vanter les mérites des entreprises françaises à l’étranger.

La médecin Agnès Buzyn hérite, elle, du ministère de la santé, le directeur de l’Ecole supérieure des sciences économiques et commerciales (Essec) et ancien recteur Jean-Michel Blanquer – accessoirement proche de François Baroin – de l’éducation nationale, et la double médaillée olympique en escrime Laura Flessel des sports. Françoise Nyssen, la patronne d’Actes Sud et éditrice de Paul Auster, de Mathias Enard ou de Stieg Larsson (mais aussi de Sylvain Fort, le nouveau « monsieur communication » de l’Elysée), unanimement respectée dans les milieux culturels et littéraires, débarque rue de Valois.

Un coup de maître

« Il n’y aura pas de stage découverte pour les ministres de la société civile, indique un conseiller élyséen. Plutôt que des stars dotées d’une forte notoriété, nous avons privilégié des personnes ayant une grande expérience, qui sont reconnues dans leur domaine et qui ont en plus un passé de dirigeant, de manager. »

Par ailleurs, fait-on valoir dans l’entourage du président, « ces personnalités issues de la société civile ne seront pas noyées au milieu des professionnels de la politique », ce qui a souvent été le cas par le passé. « Là, il y a un équilibre », insiste un conseiller, selon lequel les ministres devraient être dotés de « cabinets forts ». Comprendre : la bride sera courte avec l’Elysée.

Mais le véritable coup de maître de ce gouvernement reste la nomination de Nicolas Hulot au ministère de la « transition écologique ». L’ex-vedette de TF1, devenue une figure incontournable de l’écologie politique et une des personnalités préférées des Français, avait toujours refusé jusqu’à présent d’entrer dans un gouvernement. Au grand dam de François Hollande qui a longtemps espéré nommer ministre son ancien conseiller à l’Elysée.

Pendant la campagne présidentielle, Nicolas Hulot, qui avait finalement renoncé à être lui-même candidat, ne s’était pas montré particulièrement tendre envers Emmanuel Macron. Il avait notamment peu goûté les propos du futur chef de l’Etat, favorable à la réouverture des chasses présidentielles, et ne s’était pas privé de le lui faire savoir par SMS.

Mais les contacts n’ont pas été rompus pour autant. Ces dernières semaines, les rencontres entre les deux hommes ont été facilitées par l’ancien député européen d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) Daniel Cohn-Bendit. L’ex-porte-parole de la Fondation Hulot, Matthieu Orphelin, candidat d’En marche ! aux prochaines législatives, a aussi joué les entremetteurs.

« Le big bang que propose Macron est celui que Hulot a dans la tête depuis longtemps », souligne Jean-Paul Besset, un proche de l’ex-présentateur de l’émission « Ushaïa ». Même si l’intitulé de son ministère ne l’indique pas, son portefeuille comprend l’énergie, une compétence indispensable s’il veut pouvoir mener à bien son action.

Dans l’entre-deux-tours, certains signaux avaient été envoyés à Nicolas Hulot par le candidat Macron, comme la promesse d’un audit du traité transatlantique de libre-échange signé par la France avec le Canada (CETA), que l’écologiste rejette. Le député européen Pascal Durand (EELV), proche de l’ancien animateur, l’a encouragé à accepter. « Hulot était très soulagé que quelqu’un comme moi, qu’on peut difficilement soupçonner d’être macroniste, lui recommande d’y aller », confie-t-il.

Une promotion saluée, mais qui inquiète déjà certains proches du chef de l’Etat. « Hulot, c’est une connerie. Lui ministre, c’est l’administration qui va gouverner. C’est un militant, pas un responsable politique, il va nous emmerder dès le premier budget, va faire du chantage à la démission en permanence », craint cet élu qui prédit déjà « un rendez-vous manqué ».

Cohabitation de fait

L’exécutif a monté son casting avec un objectif à court terme décisif pour la suite : gagner les élections législatives des 11 et 18 juin. Emmanuel Macron doit impérativement avoir la majorité absolue à l’Assemblée nationale s’il veut pouvoir appliquer sa politique sans devoir en permanence passer des accords d’appareils avec LR et le PS.

En affichant aussi bien Jean-Yves Le Drian que François Bayrou, Bruno Le Maire que Nicolas Hulot, le nouveau président espère continuer à séduire une partie des électorats traditionnels de la droite et de la gauche. « Macron avait besoin de la gauche pour la présidentielle, il a besoin de la droite pour les législatives », analyse l’un de ses proches.

Mais, prudent, le chef de l’Etat a placé des hommes sûrs à des postes clés, à l’image de Gérard Collomb, Richard Ferrand et Christophe Castaner. En s’installant place Beauvau, le maire de Lyon garde la main sur la politique de sécurité en période de menace terroriste, mais aussi sur les informations sensibles remontées par les services de renseignement. Une assurance toujours utile sous une gouvernance droite-gauche qui pourrait vite tourner à une cohabitation de fait.

Richard Ferrand, nommé ministre de la cohésion des territoires, continue d’être le couteau suisse d’Emmanuel Macron, en embrassant un ministère très large comprenant, en plus de l’aménagement du territoire, la politique de la ville et le logement.

Enfin, le député des Alpes-de-Haute-Provence Christophe Castaner, fidèle de la première heure, portera la parole du gouvernement et veillera sur les relations avec le Parlement, une charge déterminante en cas de majorité fragile.

Une « alternance particulière »

Les passations des pouvoirs se sont déroulées, mercredi, dans la foulée de l’annonce du gouvernement, à la chaîne voire en même temps. Sur le tapis vert posé dans la cour de l’hôtel de Roquelaure, Ségolène Royal a fait des adieux émus au ministère de l’écologie, où elle se serait bien vue rester.

Bonne perdante, l’ex-ministre qui s’apprête à créer une « entreprise dans le domaine de la croissance verte » a estimé que les sujets environnementaux seraient « entre de bonnes mains » avec Nicolas Hulot. Son successeur a loué une « grande dame », une « dame courage » : « vous êtes irremplaçable », a-t-il flatté.

Au même moment, à l’est de Paris, à Bercy, le ministre de l’économie et des finances, Michel Sapin, très proche de François Hollande et qui n’a jamais porté Emmanuel Macron dans son cœur, remettait les clés de la citadelle vitrée à Bruno Le Maire, s’interrogeant sur cette « alternance particulière ». « Nous devons faire en sorte que le président de la République réussisse parce que c’est l’intérêt de la France », a-t-il concédé, tout en faisant part de ses doutes : « Quelle est la part de la rupture et de la continuité ? Nous le verrons. »

Lui succédant au micro, devant les personnels de Bercy, M. Le Maire a loué une « ère politique nouvelle », dans laquelle « nous acceptons de mettre de côté les querelles inutiles (…) pour que des hommes et des femmes de bonne volonté travaillent ensemble pour l’intérêt du pays ».

De son côté, François Bayrou, qui revient aux affaires vingt ans après les avoir quittées, a confirmé que la loi de moralisation de la vie politique serait présentée en conseil des ministres avant les législatives, lors de sa passation avec l’ex-garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas.

« Quelques démarches individuelles »

Si ce premier gouvernement du quinquennat a été bien accueilli par certains – Pierre Gattaz, le président du Medef, a salué « une bonne nouvelle », et Jean-Claude Mailly, le patron de FO, le « bon profil (…) plutôt rassurant » de Muriel Pénicaud au travail –, la gauche et la droite ont multiplié les critiques à son encontre, à un mois des législatives.

Du côté de LR, on refuse de voir dans le débauchage de MM. Philippe, Le Maire et Darmanin un risque pour l’après. « On nous annonçait une hémorragie, il n’en est rien ! », a réagi le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, dénonçant « quelques démarches individuelles ». « Ils sont partis, c’est un choix, ça leur appartient. C’est déjà derrière », a minimisé François Baroin, le chef de file de LR pour les législatives.

« Le coup dur, c’est Darmanin », concède néanmoins un très proche de Nicolas Sarkozy, qui refuse pour autant de voir dans ce gouvernement un danger pour la droite en juin. « Il faut évaluer la colère de l’électorat de gauche face à la résurrection de l’UDF canal historique et la répulsion de Bayrou sur l’électorat de droite, estime cette même source. Quant à la société civile, ça n’amuse que les dîners en ville et ça n’a aucun poids politique. Tu fais une campagne avec Agnès Buzyn ? Frédérique Vidal ? Elizabeth Borne ? Mounir Mahjoubi ? Ils sont inconnus ! »

A gauche, on préfère gloser sur l’âge des ministres, dont la moyenne (54,6 ans) est relativement élevée – trois d’entre eux, MM. Collomb, Le Drian et Mézard, fêteront même leurs 70 ans cette année. « C’est un nouveau gouvernement, mais ce n’est pas le renouveau ! », a ainsi ironisé le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, 65 ans, qui note que « les deux postes clés, premier ministre et Bercy, sont à droite. Donc, ça fait un gouvernement de droite avec une caution de gauche ».

Condamnés à la victoire aux législatives

De leur côté, les associations féministes ont déploré l’absence d’un ministère de plein exercice dédié aux droits des femmes. Marlène Schiappa est simple secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, placée auprès du premier ministre. Un « signal politique extrêmement négatif », selon l’association Les Effronté-e-s. Faux, rétorque-t-on à l’Elysée, où l’on observe que « l’un des grands chantiers du quinquennat », le droit du travail, a été confié à une femme, Muriel Pénicaud.

Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes espère que la parité soit également garantie dans les cabinets ministériels, alors que les premières nominations au cabinet d’Emmanuel Macron ont été essentiellement masculines. « L’Elysée ne s’applique aucun objectif de parité pour lui-même et ne donne aucune consigne aux ministres en ce sens », s’inquiète une haut fonctionnaire.

Quoi qu’il en soit, cette nouvelle équipe pourrait être rapidement amenée à évoluer. L’Elysée a annoncé que les ministres cumulards avec des exécutifs régionaux devront les quitter « sous un mois ». Une règle qui concerne le premier ministre lui-même, maire du Havre (Seine-Maritime), mais aussi François Bayrou et Gérald Darmanin, respectivement maires de Pau et de Tourcoing (Nord), et Jean-Yves Le Drian, président de la région Bretagne, privilège qu’il avait réussi à conserver sous le quinquennat Hollande.

Surtout, les ministres candidats aux législatives sont condamnés à la victoire. En cas de défaite, ils devront démissionner du gouvernement, a indiqué la présidence de la République. Un enjeu de taille, notamment pour M. Le Maire, menacé dans sa circonscription de l’Eure.

Cédric Pietralunga, Bastien Bonnefous, Solenn de Royer, Raphaëlle Besse Desmoulières

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Les vingt-deux membres du gouvernement

- Ministre d’Etat, ministre de l’intérieur : Gérard Collomb

- Ministre d’Etat, ministre de la transition écologique et solidaire : Nicolas Hulot

- Ministre d’Etat, garde des sceaux, ministre de la Justice : François Bayrou

- Ministre des armées : Sylvie Goulard

- Ministre de l’Europe et des affaires étrangères : Jean-Yves Le Drian

- Ministre de la cohésion des territoires : Richard Ferrand

- Ministre des solidarités et de la santé : Agnès Buzyn

- Ministre de la culture : Françoise Nyssen

- Ministre de l’économie : Bruno Le Maire

- Ministre du travail : Muriel Pénicaud

- Ministre de l’éducation nationale : Jean-Michel Blanquer

- Ministre de l’agriculture et de l’alimentation : Jacques Mézard

- Ministre de l’action et des comptes publics : Gérald Darmanin

- Ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation : Frédérique Vidal

- Ministre des outre-mer : Annick Girardin

- Ministre des sports : Laura Flessel

- Ministre auprès du ministre d’Etat, ministre de la transition écologique, chargée des transports : Elisabeth Borne

- Ministre auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes : Marielle de Sarnez

Secrétaires d’Etat auprès du premier ministre

- Chargé des relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement : Christophe Castaner

- Chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes : Marlène Schiappa

- Chargée des personnes handicapées : Sophie Cluzel

- Chargé du numérique : Mounir Mahjoubi

18 mai 2017

Autoportraits - Au MAC VAL

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18 mai 2017

Françoise Nyssen, une éditrice au ministère de la culture

Par Alain Beuve-Méry - Le Monde

La patronne de la maison d’édition Actes Sud hérite de la rue de Valois.

Rue de Valois, il y a eu des écrivains célèbres comme André Malraux, prix Goncourt 1933 pour La Condition humaine et ministre du général de Gaulle, mais jamais de responsable de maison d’édition. C’est désormais le cas avec Françoise Nyssen, patronne d’Actes Sud, société créée en 1978 par Hubert Nyssen, son père, et dont le siège social est installé à Arles (Bouches-du-Rhône) et dont elle a repris progressivement la direction avec son époux Jean-Paul Capitani.

Aujourd’hui, la maison arlésienne et parisienne est la plus petite des grandes sociétés d’édition, très loin derrière les Hachette, Editis ou Madrigall (groupe Gallimard), mais elle est riche d’un catalogue prestigieux d’auteurs tant français qu’internationaux : Nina Berberova, Stieg Larsson, Nancy Huston, Alice Ferney, Laurent Gaudé, Jérôme Ferrari, Paul Auster, Pierre Rabhi, Henry Bauchau.

Née le 9 juin 1951, à Etterbeek (Belgique), Françoise Nyssen présente l’originalité d’avoir la double nationalité belge et française. Elle est d’ailleurs une Européenne convaincue.

Dans sa vie personnelle, elle a aussi pour caractéristique d’être à la tête d’une famille recomposée, avec sept enfants et beaux-enfants, petits-enfants qui forment une tribu unie au Méjan, le siège d’Actes Sud, mais elle a été marquée par un drame intime : le suicide de son fils Antoine, en février 2012.

« Détermination et joie »

De cette douleur, Françoise Nyssen a décidé de faire un ressort pour encore plus se tourner vers les autres. Avec son mari, elle a souhaité créer une structure, l’école Domaine du possible, pour aider les enfants qui n’ont pas su, n’ont pas pu ou n’ont pas voulu s’adapter au système scolaire français.

Dans la foulée, elle a essayé d’acquérir le groupe d’édition Flammarion, mis en vente par l’italien RCS Libri et dont le chiffre d’affaires était trois fois supérieur à celui d’Actes Sud. En vain, c’est Gallimard qui a finalement remporté la mise, et Actes Sud a dû se contenter, en lot de consolation, du groupe Payot-Rivages.

C’est aussi dans cette démarche d’ouverture que s’inscrit le choix de Mme Nyssen d’accepter la proposition d’Emmanuel Macron et de relever ce nouveau défi : devenir ministre de la culture. Entre les deux tours de l’élection présidentielle, elle avait fait savoir qu’elle « voterait avec détermination et joie pour Emmanuel Macron », car, reprenant les mots du philosophe Antonio Gramsci, elle estimait que « le pessimisme de la raison nous oblige à l’optimisme de la détermination ».

« Nous avons la chance en tant qu’éditeur de publier des auteurs de tous les pays qui enrichissent la langue française par leurs textes. Parmi ces auteurs, nombreux sont ceux qui s’expriment avec talent et courage pour dire l’obscurantisme, le manque de liberté, l’enfermement, la haine de l’autre au risque de leur vie. Je pense, entre autres, à Alaa Al-Aswany en Egypte, à Kamel Daoud en Algérie, à Salman Rushdie sous menace d’une fatwa, à Asli Erdogan en Turquie et bien d’autres encore », écrit alors la PDG d’Actes Sud.

Chef d’orchestre

Rien ne prédestinait Françoise Nyssen, d’abord chercheuse en laboratoire de biologie moléculaire, à devenir éditrice, sauf la passion des livres transmises par son père, Hubert. Aujourd’hui, elle est une éditrice comblée qui a réalisé, en novembre 2015, le coup double de voir deux de ses auteurs recevoir le prix Nobel de littérature, avec la Russe Svetlana Alexievitch, et le Goncourt, avec Mathias Enard, le troisième trophée pour Actes Sud.

Elle est aussi en France l’éditrice du Charme discret de l’intestin, de Giulia Enders, un best-seller, vendu à plusieurs millions d’exemplaires. En 2004, c’est grâce au succès de la trilogie Millenium que Mme Nyssen a pu redevenir propriétaire à 95 % de sa maison d’édition, alors qu’elle avait songé à se retirer peu de temps avant et qu’un acte de cession de son groupe avait même été préparé.

Plus qu’éditrice, Françoise Nyssen se dit accompagnatrice de livres, chef d’orchestre d’auteurs, voire – le mot qu’elle préfère – « ourleuse », autant de qualités dont elle devra user rue de Valois, pour répondre aux attentes des différents publics du ministère de la culture.

A la tête d’Actes Sud, Mme Nyssen détient aussi des librairies sur l’ensemble du territoire national. Elle est aussi éditrice de pièces de théâtre.

Femme de culture au sens plein du terme, elle a été nommée présidente de la commission de soutien au scénario de projets de film de long-métrage du Centre national du cinéma et membre du Haut Conseil pour l’éducation artistique et culturelle en 2015.

Afin d’exercer pleinement ses fonctions ministérielles, Mme Nyssen devrait annoncer qu’elle se met en disponibilité de la direction d’Actes Sud.

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