Les 147 chefs d’État arrivent dimanche pour trouver un accord sur le réchauffement climatique. La Cop 21, sous haute sécurité après les attentats, ouvre officiellement lundi, pour douze jours de négociations.
La plus importante conférence diplomatique organisée par la France – 195 pays, 147 chefs d’État, des milliers de négociateurs, d’ONG et de journalistes – ouvre lundi alors que le pays est en deuil. Les attentats du 13 novembre ont ramené la Cop 21 (1) à l’essentiel : sauver le climat dans une ambiance ultra-sécurisée. Sans fioriture, une question se pose : le monde est-il capable de se mettre d’accord pour contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2 °C d’ici à la fin du siècle ? Pourquoi cette interrogation aussi technique que cruciale ? Dans sa quasi-unanimité, et notamment par la voix du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (Giec), les scientifiques estiment que la Terre se réchauffe du fait de l’activité humaine, importante génératrice d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Les conséquences sont déjà visibles : fonte des glaces, hausse du niveau de la mer, phénomènes climatiques extrêmes menacent l’homme et les écosystèmes. Si rien n’est fait, les migrations de populations chassées de leurs territoires, avec tous les risques de conflits qu’elles engendrent, les catastrophes naturelles, les atteintes à la biodiversité, vont se multiplier. Voilà l’équation à résoudre à Paris. Elle est déterminante, urgente mais soumise à la somme d’intérêts et d’enjeux nationaux divergents.
Encore trop d’incertitudes
Que peut-on espérer de cette Cop 21 ? Un accord juridiquement contraignant obligeant les pays à diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre. Un mécanisme de révision et de contrôle tous les cinq ans pour atteindre l’objectif des 2 °C. Un engagement financier d’au moins 100 milliards de dollars par an pour aider les pays en développement à s’adapter aux effets actuels du réchauffement et une aide technologique pour se détourner des énergies fossiles. Et dans l’idéal, une amorce de négociation sur la fixation d’un prix sur le carbone. Pour l’instant, 177 pays, représentant plus de 90 % de la production globale des GES, ont remis à l’Onu des plans de réduction de leurs émissions. L’addition de toutes ces contributions nationales ne permet pas d’atteindre l’objectif fixé, le résultat tutoie encore les 3 °C… Cette 21e Conférence des « parties » a été préparée en amont comme aucune autre. Pourtant, le texte posé sur la table contient encore plus de 200 options et près de 1 200 phrases entre crochets, qui sont donc soumises à discussion. Face à l’ampleur de la tâche, les négociateurs ont décidé de se mettre au travail dès dimanche, avant même la cérémonie d’ouverture de la Cop, prévue lundi matin. Pression des pays pauvres pour obtenir des financements, pied sur le frein des producteurs de pétrole, poids d’une économie qui turbine aux énergies fossiles, les blocages seront nombreux. Ils laissent à penser que Paris pourrait déboucher sur un compromis plus ou moins ambitieux, et non sur un accord historique. Réponse le 11 décembre. Article de Philippe LEMOINE.