Elle va refaire sa Bécassine
BD Cent onze ans après sa naissance, Bécassine est de retour avec un nouvel album. Une renaissance pour ce personnage qui a marqué des générations.
Par Christophe Levent
«bécassine, c’est ma cousine… », clamait Chantal Goya en 1979, reprise en chœur par des milliers d’enfants. Elle ne se trompait pas. La petite bonne Bretonne, naïve, gauche et attendrissante, est un peu la cousine de toute la famille depuis… cent onze ans. Arrière-grands-mères, grands-mères et mères ont succombé au charme du personnage, né en 1905 dans le magazine destiné aux petites filles « la Semaine de Suzette ». Une incroyable longévité, malgré l’absence de nouvelles aventures depuis plus de 50 ans !
N’empêche : ses éditeurs ont jugé qu’Annaïk Labornez, son nom de baptême, avait besoin de retrouver une seconde jeunesse. La nounou de Loulotte enfile donc de nouveau son tablier dans un album qui vient d’arriver en librairie et intitulé — un comble pour un retour aux affaires — « les Vacances de Bécassine ». Une parution doublée d’une BD hommage, signé par les plus grands noms du 9 e art.
Plus qu’une reprise, il s’agit d’une renaissance. Si l’on excepte une tentative de redémarrage en 1959, les albums qui forment la collection originale, signés Pinchon et Caumery, ont été publiés entre 1913 et 1939. Un bail ! Toujours édités chez Gautier-Languereau, ils ne se vendent aujourd’hui qu’à un public de fidèles et nostalgiques. « Mais ce n’est pas l’aspect économique qui nous a motivés, précise Brigitte Leblanc, directrice éditoriale de Gautier-Languereau, désormais propriété d’Hachette. Bécassine fait partie du patrimoine, elle est un morceau de notre histoire et souvent de notre histoire personnelle. Moi, j’ai été élevée à Bécassine. J’avais envie de la faire revivre, mais autrement. »
pleine de bon sens et intrépide
La tâche a été confiée à un vieux routard : Eric Corbeyran, scénariste aux 350 albums. « J’avoue qu’au départ, quand on me l’a proposé, j’étais un peu dubitatif, confie l’auteur, notamment, du Chant des Stryges. Bécassine, c’est une icône nationale ! Après réflexion, j’ai trouvé finalement que c’était une belle idée. Et j’adore me lancer des défis… » Avant de démarrer, il lui a fallu d’abord se plonger dans les anciens albums, les lire et relire. « Parce que, comme la plupart des gens, je connaissais l’univers de Bécassine sans jamais en avoir lu aucun ! C’est l’un des paradoxes du personnage. »
Tout en respectant les codes, Corbeyran et Béja, le dessinateur, ont essayé d’amener un peu de modernité à « la vieille dame » de 111 ans. « D’abord, nous avons mis des bulles et non des textes, sous le dessin comme à l’époque. Et nous avons également insisté sur le côté positif de Bécassine : elle est toujours bienveillante, prête à s’occuper des autres. Elle a le cœur sur la main. »
Et le côté un peu « mal dégrossi » de Bécassine ? « Ceux qui pensent que c’est une gourde n’ont jamais ouvert un livre, martèle Brigitte Leblanc. Bien sûr, elle est maladroite et sans éducation. Mais elle est aussi une femme indépendante, généreuse, intrépide, sans cesse en mouvement, sans préjugés et pleine de bon sens ! » Une véritable héroïne intemporelle, en somme, qui pourrait bien être repartie pour cent ans.






















































