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Crue à Paris. Du jamais vu depuis trente ans
Le niveau de la Seine était sur le point de dépasser, hier soir, à Paris, le pic de la dernière grande crue de 1982. Musées et stations de métro fermés, squares inondés : la capitale offre un visage pour le moins inhabituel.
Le record de 1982 battu ? À Paris, le pic de la crue, attendu hier soir, était susceptible d'atteindre 6,30 m, voire 6,50 m, selon les hypothèses les plus « défavorables » du ministère de l'Environnement. Soit un niveau supérieur à celui de la crue de 1982 (6,18 m) mais en deçà de celle, historique, de 1910 (8,62 m). À 17 h, les 6,05 m avaient déjà été atteints. Au fil des heures, des squares, des parkings se sont retrouvés inondés, des pieds d'immeubles baignés dans l'eau, tandis que les curieux, amassés sur le bord de la Seine, immortalisaient l'événement.
Transports affectés, musées fermés. Deux stations de métro et une gare RER proche du fleuve ont été fermées, ainsi, hier soir, que toute la ligne C du RER. La RATP (Régie autonome des transports parisiens) a déclenché son plan prévention et acheminé du matériel pour édifier des protections à l'abord des bouches de métro, au cas où l'eau atteindrait le seuil d'alerte de 6,60 m. En Ile-de-France, le trafic restera perturbé jusqu'à lundi inclus, a prévenu la SNCF, évoquant des « conséquences catastrophiques » sur le réseau ferroviaire. Les touristes, eux, ont dû changer leur programme culturel. Après les musées du Louvre et d'Orsay jeudi, le Grand Palais et deux sites de la Bibliothèque nationale de France ont, à leur tour, baissé le rideau hier, jusqu'à mardi, pour mettre leurs réserves à l'abri.
La décrue sera lente. « Nous n'en sommes pas, à ce stade, à une menace sur les populations », a tenu à rassurer la maire PS de Paris, Anne Hidalgo, lors d'une cellule de crise. Mais la décrue, « qui va être très lente, durera des jours voire des semaines », a-t-elle souligné. Comme douze autres départements, la capitale est placée en vigilance orange, le niveau rouge n'étant déclenché qu'à partir de 7,13 m. La crue devrait avoir des impacts en aval de Paris, sur le camping du Bois de Boulogne, l'Ile de la Jatte, l'Ile Saint-Germain, à Rueil-Malmaison (pic prévu ce matin), « avec de possibles évacuations ». Mais aussi, plus largement, sur l'ensemble du bassin de la Seine. Si l'alerte rouge a été levée, hier matin, en Seine-et-Marne, des « débordements significatifs » ont affecté le sud de Paris, à Melun, Corbeil et Villeneuve-St-Georges, dans le département de l'Essonne où le Premier ministre, Manuel Valls, s'est rendu en fin de journée.
Jacques Chirac et son sosie exposés au Musée du Quai Branly
Le hasard avait si bien fait les choses qu’il aurait été dommage de se priver du clin d’œil. Un sosie de Jacques Chirac hantera l’exposition qui lui sera dédiée au Musée du Quai Branly à partir du 21 juin : il s’agit d’un masque traditionnel du théâtre japonais dont la ressemblance avec l’ancien chef de l’Etat est saisissante. Un comble pour ce fanatique de la culture japonaise.
L’intégration du masque dans l’accrochage s’est imposé à Jean-Jacques Aillagon, le commissaire de l’exposition, lors de sa préparation, il y a un peu plus d’un an. La photo de l’objet, prise par un visiteur du musée Georges-Labit, à Toulouse, et postée sur les réseaux sociaux, connaissait alors « une immense fortune sur Internet », résume celui qui fut le monsieur culture de Jacques Chirac tout au long de sa carrière (de la Mairie de Paris, où il dirigeait les affaires culturelles au poste de ministre de la culture sous sa présidence).
Un démon de farce
En mars 2015, en effet, les yeux se braquaient sur l’étonnant masque toulousain, et le conservateur du musée fut très sollicité par les médias pour expliquer l’origine de l’insolite objet. Il s’agissait d’un masque de théâtre en bois de l’époque d’Edo datant de la fin du XVIIIe siècle et rapporté à la fin du XIXe siècle à Toulouse par l’ethnologue Georges Labit.
S’il est alors présenté par le musée comme le masque représentant le démon Obeshimi, l’objet apparaît aujourd’hui dans le catalogue de l’exposition parisienne sous le nom de Buaku, sorte de caricature populaire d’Obeshimi : un démon comique fou et grimaçant. Les deux personnages font partie des plus de 130 types de masques du théâtre traditionnel japonais. Un répertoire utilisé indifféremment dans le théâtre nô (drame lyrique), kabuki (drame épique) et kyogen (farce). Le masque toulousain, référencé comme un masque kyogen, pouvait ainsi apparaître lors des intermèdes dans le théâtre nô.
Jean-Jacques Aillagon s’amuse de cette « rencontre providentielle entre la caricature de Jacques Chirac aux Guignols de l’info – qui l’avait d’ailleurs rendu sympathique pendant la campagne présidentielle de 1995 –, et ce caractère du buaken ». Il a en réalité choisi de mettre deux autres exemplaires du personnage dans l’exposition (l’un issu d’une collection privée, l’autre prêté par Musée des Confluences à Lyon), « pour montrer que ce n’est pas une exception », même si la ressemblance du modèle toulousain est particulièrement « frappante ».
« Nippolâtrie »
Ayant habité à Toulouse, Jean-Jacques Aillagon connaissait ce masque avant sa soudaine notoriété. Il « amusait beaucoup Jacques Chirac », confie-t-il. Le musée toulousain en a depuis presque fait une mascotte, et a d’ailleurs annoncé sur Twitter le départ pour Paris de sa curiosité :
Derniers jours pour voir The masque @museelabit part lundi @quaibranly expo Chirac >21/06 https://t.co/uRfReXM8gg pic.twitter.com/TXAr0dfN8z
— Musée Georges-Labit (@museelabit) 31 mai 2016



















