Jean-Claude Trichet : « La clé de tout ? Un plan crédible »
Jean-Claude Trichet. Ancien président de la Banque centrale européenne.
Comme citoyen, vous souhaitiez que le « oui » au référendum grec l’emporte. Après ce « non » massif, peut-on éviter la sortie de la Grèce de la zone euro ?
Le paradoxe grec est que, vu de France ou de l’extérieur en général, le « oui » était un « oui » à l’Europe et le « non » un « non » à l’Europe et à l’euro. Vu de Grèce, c’était un référendum dans lequel le « non » voulait dire un « oui » à l’euro et à l’Europe avec poursuite des négociations ! Le peuple grec ne veut pas quitter l’euro. Mais il y a une condition : accepter enfin un plan économique de redressement crédible et inspirant confiance.
La crise grecque fait-elle courir des risques de contagion à la zone euro ?
Nous avons connu une crise grecque, une crise irlandaise, une crise portugaise et une crise chypriote au cours des cinq dernières années. L’euro et la zone euro ont fait preuve de résilience dans ces circonstances difficiles. Il faut absolument que la Grèce présente et mette en œuvre un plan crédible. Si ce n’était pas le cas, le risque principal – la Grèce sortant, dans le drame économique et social, de la zone euro – serait géopolitique : la Grèce est proche des Balkans, elle est particulièrement sensible aux conflits au sein du monde orthodoxe, elle est proche aussi du MoyenOrient, de ses guerres et de ses réfugiés…
Manuel Valls dit qu’il n’y a pas de sujet tabou sur la dette grecque, sur son rééchelonnement…
Les finances publiques et donc les contribuables français sont déjà dans une situation très difficile. En plus, ils ont prêté 45 milliards d’euros aux Grecs. C’est une somme que l’on ne peut pas traiter avec légèreté. Mais, encore une fois, la clé de tout, c’est un plan crédible. Si nous l’avons et s’il est approuvé par les Européens et le FMI, je note que le gouvernement français est prêt à demander aux contribuables français de faire un effort supplémentaire…
En attendant une issue politique, la BCE fait-elle ce qu’il faut pour aider la Grèce ?
Elle a prouvé qu’elle était capable de la soutenir dans les limites de son propre mandat. Ses 89 milliards d’euros de soutien exceptionnel aux banques grecques représentent un effort énorme. Ceci dit, la BCE ne peut évidemment pas accepter que l’augmentation continuelle de ses concours monétaires serve simplement à échapper au plan de redressement indispensable. Elle a donc eu raison de plafonner ses aides à 89 milliards d’euros pour le moment. Recueilli par Pierre CAVRET.














