Photographie : Chère Sabine (Weiss)
Le Salon de la photo rend hommage à une dame de la photographie, Sabine Weiss, à travers l'exposition "Chère Sabine".
Par Brigitte Hernandez
Sabine Weiss flirterait avec les 90 ans. Paraît-il... Mais son enthousiasme, sa jeunesse, son élégance démentent absolument la notion, chez elle, de grand âge. C'est ainsi qu'elle est apparue au Salon de la photo qui lui consacre une magnifique exposition. Plus d'une centaine de photos qui plongent le spectateur dans d'autres mondes. Une oeuvre humaniste, a-t-on l'habitude de dire à son sujet. Formidablement humaine, oui. Sabine Weiss a traversé, enjambé les siècles, l'oeil grand ouvert sur l'autre, les autres. "Je suis une photographe, pas une artiste. Un artiste crée, pas moi", déclare-t-elle à la réalisatrice Stéphanie Grosjean. Vraiment ? Pas une artiste ? Mais votre regard suffit pour faire changer le nôtre, chère Sabine Weiss, et c'est ce qui vous honore.
Cette petite dame a tout fait : des photos pour la pub, les magazines, la mode, les vitrines des grands magasins, des portraits de stars, BB comme Simone de Beauvoir... et puis les voyages. Aller loin, ailleurs, là où la langue surprend, les visages aussi : un enfant qui court se prenant pour un cheval, trois messieurs debout sur des chaises aux courses, un clochard et sa bibine, heureux.
Pour lui rendre hommage, neuf photographes ont choisi de s'inspirer d'une photo de Sabine Weiss : un duo, celle de Weiss, la leur, les deux présentées côte à côte. Le résultat est drôle et pertinent et la grande photographe les a remises, très émue, à Jean-Luc Monterosso, le directeur de la Maison européenne de la photographie. Un passage de témoin entre elle et la nouvelle génération. Témoin, c'est le mot juste.
Découvrir Richard Schroeder (photographe)
Céline, 2013 © Richard Schroeder courtesy galerie Sit Down
“Une exposition de femmes nues que seule leur rousseur habille et que leur blancheur défend“. Laurent Chalumeau
Richard Schroeder aime regarder les gens, les rencontrer, les photographier. Ici, ce sont des femmes, des femmes rousses sur lesquelles il pose son regard. Derrière son Hasselblad, il capte une petite part du mystère de chacun de ses modèles, leur face secrète, cachée, il les saisit et leur redonne chair et âme. Il les fixe sans pour autant les emprisonner et paradoxalement leur offre figure. De façon frontale, d’homme à femme. Il nous les propose en portraits photographiques -potentiels miroirs- cash, bruts mais ciselés, réels et imaginaires, beaux. De ce beau sans affèterie. Sans effet de manches, de mode. Tout est dicté par la lumière et ses ombres. Son cadre précis est toujours carré. Le noir est sa couleur. Il révèle la blancheur des peaux laiteuses illuminées par la flamboyance des crinières et des toisons. La séduction est son arme pour faire tomber les masques et faire éclore chacun des caractères. Magicien, la pudeur lui donne mieux la force de déshabiller ses modèles et se trouver ainsi face à l’éternel féminin. Il rend les femmes belles, dénude leur âme. Le cœur de son travail photographique réside dans la synthèse, l’affinement, le dépouillé, l’essentiel, l’évidence que lui sait voir. Richard Schroeder arrête des instants car il sait qu’ “ il y a une myriade de bonheurs, partout, et souvent ils ne préviennent pas, ils nous surprennent. Mais ne durent jamais… “. C’est dans les années 80 que Richard Schroeder réalise ses premières pochettes de disques avec Daniel Darc, Casino Music, Elli Medeiros, Etienne Daho…Ce portraitiste nourri de musique et de littérature collabore depuis avec les plus grands magazines (Rolling Stone, Vanity Fair, Elle, Paris Match, Le Monde… (d’après une interview réalisée par Thierry Mattei, écrivain et journaliste)
Soleils
Trois couleurs composaient le tableau des femmes : chair, rouge et noir. Parfois la couleur chair prenait tout. On ne voyait que cela : la peau exposée, offerte, mais intouchable, une peau sacrée qui évoquait la vie dans ce qu’elle avait de plus fragile, de plus fort et de plus mystérieux. Cette peau- là donnait puis retirait très vite. Elle n’était pas à nous et ne serait à personne. Elle n’était pas cachée mais pas offerte en entier non plus, retenue par un fil que l’on ne distinguait pas, qui reliait les corps à un territoire fermé où nul n’avait accès. Il n’y avait rien de marchand, rien à vendre ni à acheter. C’était présent, calme et fougueux, doux et renversant. Il y avait du désir, mais un désir fugitif comme un éclair, la beauté imposant la distance. Les corps fixés par l’objectif qui les visait semblaient supérieurs à tout. Rien ne pouvait les salir ni les écorcher. Rien ne pouvait venir les troubler. Ils étaient protégés. Protégés par la couleur rouge que les femmes portaient en couronne pour la tête, en toison pour le sexe parfois caché ou dévoilé mais sans invitation ; bruts, vrais, présents, sans gêne ni obscénité. Le rouge surgissait pour dire encore la force et la tendresse des guerrières sans armes ni fureur, droite et dressées au centre d’un espace vide qui semblait s’agrandir au fur et à mesure qu’on le détaillait. Le tableau des femmes devenait un tableau de reines. Elles appartenaient à un monde féérique où le noir à son tour devenait une couleur. L’ensemble de la scène relevait de la magie : la peau, les cheveux, les poils, le cadre sombre qui les encerclait semblaient se répondre dans un parfait équilibre, tension et relâchement s’accordant enfin. Il arrivait que quelque chose surgisse de l’image. Une chose secrète que l’on ne voyait pas, mais que l’on sentait : une vibration. Oui, cela vibrait sous le papier, de l’autre côté du cadre. Et cela tournoyait. Et cela explosait. Des milliers de petits points lumineux comme une pluie de milliers de petits soleils éclairaient en secret la scène, illuminant la photographie de l’intérieur, comme si cette dernière avait absorbé le feu pour mieux le diffuser. Brûlantes, les reines rouges et chair lançaient alors un regard qui, à chaque fois, faisait baisser nos yeux. Article de Nina Bouraoui.
Marseille en panoramique...
Save the date : Jeff Koons, la rétrospective au Centre Pompidou
Le Centre Pompidou accueille l’œuvre de Jeff Koons pour une rétrospective exceptionnelle ; depuis trente-cinq ans, l’artiste propose des sculptures imprégnées de la culture Pop Art. Dans un parcours chronologique, qui dévoilera les travaux de Koons, des premiers de 1979 aux dernières sculptures, l’exposition dialoguera avec l’histoire de l’art !
Exposition visible du 26 Novembre 2014 au 27 Avril 2015
NOUVEAU : arrêt de bus moderne...
Jean Turco (photographe) au Salon de la Photo au stand MMF
Jean Turco
Le modèle
Jean Turco
Photos : Jacques Snap
Jean Turco prodiguant ses conseils à des jeunes visiteurs au Salon de la Photo
Voir mon précédent billet à propos de Jean Turco





















