Costa-Gavras, 81 ans, cinéaste gréco-français, auteur de nombreux films, souvent très engagés : Z(1969), Missing (1982), Amen (2002)…
À Deauville, vous présidez un jury d’anciens présidents, impressionnant ?
Je les connais tous depuis des années. Mais j’ai du caractère et une vision du cinéma. Alors, ce ne sera pas un pugilat mais des discussions très fermes.
L’Amérique, ça vous fait rêver ?
Quand on est jeune, ça fait rêver. Mais il faut beaucoup d’argent. La France me convenait parfaitement. Plus tard, quand j’ai fait des films américains, j’ai fait la post-production, c’est-à-dire le montage, le mixage… en France. C’était la condition. Je ne voulais pas déménager à Hollywood. Je savais que certains collègues y avaient eu des expériences malheureuses. L’Amérique, c’est bien d’y aller mais avec un billet pour revenir.
Qu’est-ce que le cinéma français peut envier à l’américain ?
Il a beaucoup d’argent et il a le marché mondial. Il s’est imposé partout.
Et à l’inverse qu’est-ce qu’on a et qu’ils n’ont pas ?
Le cinéma français est très personnel. Il est l’expression d’une culture où la place de la personne est essentielle. Un ami américain me disait : « Nous quand on fait une chaise, on veut qu’elle se vende énormément. Après, elle peut être considérée comme un objet artistique. Vous, vous faites une chaise artistique, et ça se vend ou ça ne se vend pas » ! Il y a quelque chose de vrai là-dedans.
Quelle marque voulez-vous imprimer comme président de la Cinémathèque, à Paris ?
C’est la cinémathèque de tous les films, elle ne doit pas s’arrêter à un certain cinéma. Nous avons trois salles, nous passons plus de 2 000 films par an, il y en a pour tout le monde, toutes les tendances, toutes les écoles.
C’est là que tout a commencé pour vous ?
Le premier film qui m’a fait un choc énorme quand je suis arrivé en France, je l’ai vu à la Cinémathèque. À 20 ans. Les rapaces d’Eric Von Stroheim. Je n’en revenais pas. Chez nous, en Grèce, on ne passait que des films commerciaux et tout d’un coup j’ai découvert qu’il y avait une noblesse du cinéma.
Le financement, la distribution, le piratage : le cinéma est-il en danger ?
Je suis optimiste. J’ai été l’assistant de René Clair au début des années 1960. Lors d’une réunion, on parlait de la crise du cinéma. Il est venu avec un article de 1926 qui parlait déjà de crise.
Interview réalisé par Pierre FORNEROD.
Festival du cinéma américain de Deauville. Jusqu’à dimanche. http://www.festival-deauville.com/DEV/index.php
Voir mes précédents billets sur Costa Gavras : 23/08/2013, 05/07/2013, 01/06/2013, 13/05/2013, 14/11/2012, 12/11/2011.
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