La crise en Ukraine dope la popularité de Vladimir Poutine
« La Crimée est russe ! » Ce n’est pas qu’un slogan agressivement diffusé ces dernières semaines sur les chaînes de télévision nationales. La plupart des Russes en sont convaincus. Ils sont donc d’autant plus réceptifs au message diffusé par les médias officiels sur la nécessité de protéger les Russes ou Ukrainiens russophones de Crimée contre les« fascistes » ,« extrémistes » et autres« radicaux » qui ont pris le pouvoir à Kiev et n’auraient qu’un seul objectif : annihiler tout ce qui est russe.
« Rectifier » l’erreur historique de Khrouchtchev
Il est délicat de mesurer l’opinion publique à l’aune des manifestations de soutien à l’intervention armée et à l’annexion de la Crimée, organisées par le pouvoir lui-même. Néanmoins, il apparaît que la majorité des Russes est favorable aux opérations militaires en Crimée, du moment que leur objectif est de« rectifier » l’erreur historique commise par Nikita Khrouchtchev, qui a offert la péninsule à l’Ukraine, en 1954, pour célébrer le 300e anniversaire de sa réunification avec la Russie. Dans une interview au quotidien Komsomolskaya Pravda , l’ancien maire de Moscou, Iouri Loujkov, a exprimé une conviction répandue en Russie :« Khrouchtchev a donné la Crimée à l’Ukraine de manière totalement impérieuse. Mais ensuite, a eu lieu un divorce ,et en cas de divorce, ceux qui ont fondé une famille doivent partager les biens. À ce moment-là, la Crimée aurait dû revenir à la Russie. » Selon un sondage de l’agence Narodny Rating , 56,6 % des répondants se sont prononcés en faveur d’une intervention armée en Crimée, et plus de la moitié d’entre eux pour l’extension des manœuvres militaires à l’Ukraine de l’Est« en cas de menace pour la population locale » . Ce pourcentage correspond à la cote de Vladimir Poutine (entre 58 et 69 %, selon les instituts de sondage). Globalement, donc, les Russes approuvent la politique de leur Président. Toutefois, ces résultats sont à manier avec précaution, car« la consolidation autour du leader et du drapeau est naturelle au début de n’importe quelle action armée ,assure Igor Bounine, directeur du Centre des technologies politiques.Ce ne sont que les premiers résultats. Il faut attendre quelques mois, quand le rouble aura pris un coup de plus, quand la Bourse sera menacée, quand et si des produits alimentaires disparaissent ou deviennent trop chers. C’est alors qu’il faudra mesurer les réactions de la population. » Article de Veronika DORMAN.































