Le Surréalisme et l’objet
Jusqu’au 3 mars 2014
Centre Pompidou, Galerie 1, Niveau 6, Paris IV
Encore une excellente exposition organisée par Didier Ottinger. Après le Futurisme, le directeur adjoint du Musée national d’Art Moderne s’intéresse au Surréalisme, en particulier à la place qu’occupe l’objet dans la pratique de ceux qui adhèrent au mouvement du « matérialisme dialectique ». Mais si, vous allez comprendre !
Suivant un parcours chronologique, l’exposition retrace les différentes étapes du défi que représente l’objet surréaliste par rapport à la sculpture académique. De la Boule suspendue d’Alberto Giacometti (1930/31) aux sculptures d’assemblage de Picasso et de Miro (milieu des années 1960). En passant par le porte-bouteilles de Marcel Duchamp – qui deviendra son premier ready-made – et la Poupée de Hans Bellmer (1933/34).
Une allée centrale, appelée la « Rue » pour reprendre le terme d’une section de l’exposition internationale du surréalisme de 1938, est composée d’œuvres d’artistes contemporains qui se réfèrent à la pratique surréaliste (Ed Rusha, Mona Hatoum, Cindy Sherman, etc.).
L’objet quotidien, « élevé à la dignité d’ouvre d’art par la seule volonté de l’artiste » (M. Duchamp, 1938), devient central dans la pratique surréaliste comme le montre l’exposition surréaliste de 1933, à la galerie Pierre Colle.
Les objets surréalistes ont historiquement une inspiration érotique. Confirmation cinq ans plus tard par l’exposition internationale du surréalisme à la galerie des Beaux-Arts, et plus encore celle de 1959 qui porte le titre Exposition InteRnatiOnale du Surréalisme (EROS), à la galerie Daniel Cordier. Marcel Duchamp, qui deviendra le scénographe de l’ensemble des expositions surréalistes (8 en tout), invite chacun des seize participants à habiller un mannequin extirpé des vitrines des grands magasins. Ces mannequins formeront la Rue surréaliste (1938).
La Seconde Guerre mondiale conduit les Surréalistes à l’exil ; André Breton, Max Ernst, André Masson, Roberto Matta, Yves Tanguy, entre autres, s’installent aux États-Unis. Pablo Picasso, resté à Paris, devient le chef de file d’une pratique sculpturale qui s’apparente à un art de l’assemblage. Son Verre d’absinthe (1914) incorpore une vraie cuillère. En 1942, sa célèbre Tête de taureau est composée d’une selle et d’un guidon de vélo. Trois ans plus tard, sa Vénus du gaz (1945) se résume à un brûleur de cuisinière, placé en position verticale.
L’exposition se termine sur les sculptures ludiques de Miro des années 1960 qui rappellent l’assemblage aléatoire et poétique des vers des Cadavres Exquis.
Une relecture inédite de l’œuvre surréaliste. Une sortie familiale de premier choix.
Reportage photographique ci-dessous :
Photos : Jacques Snap
LE SURREALISME ET LOBJET - 30 OCTOBRE 2013-3 MARS 2014
Par son rayonnement intemational, par sa longévité, le surréalisme occupe une place singulière dans l'histoire des avant-gardes du 20e siècle. Avec « Le Surréalisme et l'objet », première exposition d'ampleur consacrée aux pratiques sculpturales du surréatisme, le Centre Pompidou invite le visiteur à renouveler son approche du mouvement. Du premier ready-made de Marcel Duchamp aux sculptures de Miro de la fin des années 1960, l'expositfon retrace, à travers ses différentes étapes, ['histoire de la « mise au défi » surréaliste de la sculpture par le recours à L'objet quotidien. Lors de sa fondation en 1924. le surréalisme trouvait en son nom même le projet d'un dépassement du réel. André Breton, dans son Manifeste fondateur, en appelait à une création avant tout tributaire d'un « modèle intérieur ». Le rêve et l'inconscient, l'automatisme dans la création, devaient inspirer une poésie destinée à nier, à affoler le réel.
Un second chapitre de L'histoire du surréatisme s'ouvre en 1927, avec l'engagement de ses membres les plus actifs dans les rangs du Parti Communiste Français. L'adhésion des surréalistes à cette idéologie politique impliquait la prise en compte d'un réel qui constitue le socle théorique et philosophique du communisme. Breton en appelle alors à fonder une « physique de la poésie ». L'objet surréaliste affirmera cette prise en compte durable du réel. Il s'imposera, pour le surréalisme militant, comme la réponse à ce nouveau contexte politique et philosophique. À travers plus de 200 œuvres, l'exposition rend compte des moments clés de cette réflexion. ainsi que de sa postérité féconde dans l'art contemporain.
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