Depuis trente-trois ans, Serge July, cofondateur de «Libération», est le garant de notre indépendance rédactionnelle. Pendant tout ce temps, il a toujours été le rempart contre toutes les intrusions, toutes les influences qui auraient pu mettre en danger notre intégrité et nos valeurs. Contre vents et marées, «Libération» a été, reste et doit rester libre dans sa prise de parole, libre de porter son propre regard sur la société.
Dans un univers de médias chaque jour un peu plus sous influence, Serge July a permis jusqu'à présent à «Libération» de porter sa propre voix, dans un esprit de résistance aux intérêts politiques, économiques et financiers.
Nous, journalistes de «Libération», tenons à réaffirmer les principes de liberté et d'indépendance qui relèvent du contrat moral qui fonde notre journal. Principes déclinés dans la charte d'indépendance et inscrits dans le pacte d'actionnaires.
Nous rappelons qu'à «Libération» il n'est pas du ressort d'un actionnaire quel qu'il soit de décider du contenu éditorial et de ses contributeurs. Ce droit est la prérogative inaliénable du directeur de la rédaction, dont la nomination doit recevoir l'approbation de la rédaction par vote à bulletin secret.
Dans ce moment décisif de l'histoire de «Libération», la nécessité de recapitalisation du journal ne saurait affecter d'une manière ou d'une autre ces valeurs sans lesquelles «Libération» n'aurait plus de raison d'être.
La société des rédacteurs (texte approuvé en assemblée général)
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Libération : July sur le départ sous la pression de l'actionnaire Rothschild
L'homme d'affaires Edouard de Rothschild premier actionnaire de Libération, a demandé le départ du PDG emblématique du titre Serge July, qui a indiqué mardi être prêt à s'écarter pour ne pas entraver un plan de relance du quotidien en difficultés.
"Edouard de Rothschild a demandé à Louis Dreyfus (directeur général du quotidien, ndlr) et moi-même de quitter le journal", a déclaré Serge July, qui a tenu ces propos mardi lors d'une réunion du comité de rédaction du quotidien. "Si ce départ peut favoriser le refinancement du journal" par l'actionnaire principal, "je n'y ferai pas obstacle", a-t-il poursuivi.
Selon Serge July, cette crise est "le fruit d'un désaccord" avec l'actionnaire, qui détient 38,8% des parts du journal, et qui ne s'était pas publiquement exprimé mardi en début de soirée.
Ironie de l'histoire, c'est le même Serge July qui avait usé de toute sa force de persuasion pour convaincre le personnel du quotidien d'accepter l'an dernier comme actionnaire de référence Edouard de Rothschild, issu d'une lignée de banquiers aux antipodes des origines maoïstes du titre.
La Société civile des personnels de Libération (SCPL), qui représente le personnel du quotidien et détient 18,45% des actions, devait rencontrer dès mardi soir "l'interlocuteur qui a les clés", à savoir Edouard de Rothschild, en évoquant "un moment charnière" de l'histoire du journal.
Rendant hommage au rôle joué par Serge July pour défendre l'indépendance de Libération, la société des rédacteurs de "Libé" -- une des composantes de la SCPL -- a prévenu Edouard de Rothschild qu'elle ne transigerait pas sur "ces valeurs sans lesquelles Libération n'aurait plus de raison d'être".
Ce texte, qui devait être publié dans l'édition de mercredi du quotidien, a été adopté à l'unanimité moins une abstention, mardi lors d'une assemblée générale de plus d'une centaine de personnes.
Selon deux journalistes ayant écouté auparavant l'intervention de Serge July devant ses collaborateurs, le PDG de Libération a indiqué qu'il "n'avait pas de moyen juridique de (s')opposer" au souhait d'Edouard de Rothschild de l'écarter du journal.
De son côté, l'ancien directeur de la rédaction du Monde, Edwy Plenel, avait démenti dès lundi soir être en contact avec des représentants de Libération pour succéder à Serge July.
Edouard de Rothschild dispose depuis avril 2005 de 38,8% du capital du quotidien né en 1973, après y avoir investi 20 millions d'euros.
Mais des rumeurs de dissensions entre l'actionnaire principal et la direction du quotidien se sont accumulées ces derniers mois, à mesure que s'égrenaient les mauvais chiffres de diffusion de Libération (136.921 en 2005 en diffusion France payée selon les chiffres officiels de l'OJD).
Selon la lettre spécialisée Press News, la crise est devenue ouverte depuis une lettre envoyée vendredi dernier par Edouard de Rothschild aux autres associés du journal, dans laquelle il se livrait à une critique très vive de la gestion du quotidien par M. July et son équipe.
Libération sort difficilement d'une des plus graves crises de son histoire mouvementée, marquée fin novembre par une grève de quatre jours.
Le mouvement visait à s'opposer à un plan de 52 suppressions d'emplois. Un guichet destiné aux seuls départs volontaires avait finalement été ouvert, conduisant au départ de 56 personnes.