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Jours tranquilles à Paris
29 octobre 2020

Turquie : Une caricature d’Erdogan en Une de Charlie Hebdo provoque la colère d’Ankara

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Le dessin montre le président turc en train de boire une bière et de soulever la jupe d’une femme portant le voile

La tension entre Ankara et Paris n’est pas près de retomber. La Turquie a vivement réagi mardi à une caricature de son président à paraître en Une ce mercredi de Charlie Hebdo. Le dessin, diffusé en ligne mardi soir, montre Recep Tayyip Erdogan, en tee-shirt et sous-vêtements, en train de boire une bière et de soulever la jupe d’une femme portant le voile, dévoilant ainsi ses fesses nues.

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29 octobre 2020

Jean-Pierre Rouvery Photos et Vidéos from ROUVERY Jean-Pierre on Vimeo.

29 octobre 2020

Des Master Series, voici : Mario Sorrenti

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Mario Sorrenti a joué un rôle important dans la photographie de mode contemporaine depuis son entrée en scène au début des années 1990. Il est surtout connu pour son esthétique sensuelle.

Né à Naples, en Italie, Mario a grandi à New York et, jeune adulte, a rapidement développé un amour pour l’expérimentation de la création d’images principalement à travers la photographie, mais aussi la peinture.

À l’âge de 21 ans, Mario a photographié sa petite amie d’alors Kate Moss et crée des images en noir et blanc soigneusement composées calmes et spontanées . Les images ont été vues par Calvin Klein et sont devenues la célèbre campagne Obsession, lançant sa carrière internationale.

Ses clients commerciaux incluent Calvin Klein, Chanel, Ferragamo, Bulgari, Hugo Boss, Jil Sander, Tom Ford, Dior Beauty, Estée Lauder, Shiseido, Revlon et Yves Saint Laurent.

Mario Sorrenti is represented by art partner www.artpartner.com

The Agents Club, fondé en 2018 par Alexandre et Wanda Orlowski, est une plate-forme mobile unique mettant en vedette les agences de photographie les plus recherchées dans le monde et les exceptionnels créateurs d’images qu’elles représentent, offrant un instantané continuellement mis à jour et hautement organisé du dernier cri de la création visuelle.

www.theagentsclub.com

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28 octobre 2020

Renouer avec mes racines

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Propos recueillis par Claire Steinlen

Au Festival de Deauville, Maïwenn présentait « ADN » (*). Avec ce nouveau film personnel et très émouvant sur la recherche de ses racines et la quête de son identité algérienne, elle poursuit son parcours de - grande - réalisatrice à fleur de peau.

Comment est née l’idée d’« ADN » ?C’est le deuil de mon grand-père. C’est devenu, du jour au lendemain, un bouleversement intersidéral, auquel je me préparais. Je savais que je ne serais plus la même, que je n’aurais plus les mêmes centres d’intérêt, mais je ne m’attendais pas à ce que ça me chamboule autant. J’ai changé d’habitudes, de quotidien. Je me suis mise à regarder les infos tous les jours, comme si c’était la messe. Pour retrouver le quotidien avec eux, comme quand j’étais petite. Mes grands-parents ont toujours été très informés. Le journal de 20 h, ça ne plaisantait pas !Ce n’était pas le cas avec vos parents ?

Non, avec mes parents, je n’avais pas de rituels, pas de débats, aucun repas avec ma mère qui n’était jamais là. Mon père ne regardait pas la télé. J’étais coupée du réel, alors que mon grand-père m’ancrait dans la vie. À sa mort, j’ai eu envie de retrouver des rituels pour me sentir plus proche de lui. Au bout de plusieurs mois, je n’arrivais pas à sortir la tête de l’eau. Ça dépassait sa mort : il avait 93 ans, sa disparition était dans l’ordre des choses. Les gens ne comprenaient pas que je prenne le deuil aussi longtemps.

Cet intérêt pour l’Algérie, cela remonte à loin ?

Je ne me suis jamais posé les bonnes questions sur mes racines. Je connais mieux la Bretagne, d’où vient mon père. De l’Algérie, je ne savais pas grand-chose, j’y ai été beaucoup en vacances. Je ne connaissais pas la différence entre les harkis et le FLN. J’avais honte du peu que je savais.

Et puis l’envie à la mort de votre grand-père ?

J’avais commencé des démarches pour avoir la nationalité. J’attendais ça comme les clefs de la voiture, la liberté enfin qui allait commencer. Dès que j’ai eu mon passeport algérien, j’ai pris un billet pour le lendemain, pour Alger. Je me suis sentie authentiquement chez moi. Je me sentais étrangère, mais chez moi, alors qu’à Paris je ne me sentais pas étrangère mais pas chez moi, vous voyez ?

Votre personnage, Neige, évolue même physiquement dans le film

Oui, je voulais commencer le film avec ce personnage qui se grimait, se surcoiffait et se maquillait à outrance. Elle est obsessionnelle avec son test ADN, parce qu’elle ne sait pas vraiment d’où elle vient, elle n’est pas du tout elle-même. Puis elle évolue, elle quitte ce look outrancier, c’est comme une naissance.

Comment avez-vous travaillé avec Louis Garrel et Fanny Ardant ?

Louis est très drôle, tout le temps. Il improvisait une scène entière à partir de trois lignes de texte. Il est incroyable. Fanny Ardant, c’est une grande actrice, elle donne des choses fortes et généreuses, mais c’est une star, elle est oppressante, il faut que ça aille vite. Je prends les comédiens pour ce qu’ils sont et je leur demande de rentrer à leur manière dans une histoire. L’improvisation est importante.

Il faut un événement particulier pour faire un film ?

Je travaille avec la douleur, je la malaxe, j’en fais un film. Il y a besoin d’une certaine distance pour écrire un film, un minimum de passion avec le sujet. Ça va même plus loin : pour moi, le sujet doit être une question de vie ou de mort.

C’est très autobiographique, cet « ADN » non ?

Je parle de ce que je connais, je ne raconte pas toute ma vie non plus. Je m’inspire de choses que je sens, que je vois, de ce qu’on me raconte aussi… C’est un film sur l’identité.

« ADN » Sortie au cinéma le 28 octobre.

28 octobre 2020

Enquête - Rimbaud au Panthéon, les rimbaldiens se rebellent

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Par Robin Richardot - Le Monde

Une « panthéonade ». C’est ainsi que les fanatiques d’« Une saison en enfer » ont qualifié la proposition de faire entrer Rimbaud et Verlaine au Panthéon. Le rejet fut presque unanime. Un événement en soi tant les rimbaldiens aiment se diviser. Férocement.

L’affaire a fait sourire El País. « C’est une de ces polémiques qu’on ne peut voir qu’en France, mêlant clans irréconciliables, tribunes dans les médias et échanges injurieux », s’amuse le quotidien espagnol le 24 septembre dernier. Alors que le monde traverse une crise sanitaire historique, les Français s’écharpent depuis la rentrée autour de l’éventuelle panthéonisation de deux des plus grands poètes du pays, Arthur Rimbaud (1854-1891) et Paul Verlaine (1844-1896).

Pour être précis, pardon pour Verlaine, c’est surtout sur le cas de l’auteur du Bateau ivre que les esprits s’échauffent. Il y a ceux qui se réjouissent de le voir élevé au rang de grand homme. Et ceux qui s’insurgent contre l’institutionnalisation du rebelle qui a écrit l’essentiel de son œuvre avant 20 ans. Au cœur de cette querelle, selon Frédéric Martel, l’initiateur de la pétition appelant à faire entrer le duo au Panthéon, l’homosexualité dans la vie et l’œuvre du natif de Charleville-Mézières : « Mon intention était de faire émerger cette homophobie que je savais latente chez les rimbaldiens, soutient le journaliste et essayiste. C’est une nouvelle page des études rimbaldiennes qui s’ouvre. »

Au sein des anti-Panthéon, on se défend de nier l’homosexualité de l’auteur, tout en expliquant qu’on ne peut pas réduire le personnage à un porte-drapeau de la cause gay. « En l’état actuel de la recherche rimbaldienne, il est impossible d’affirmer que Rimbaud fut homosexuel toute sa vie », contestent-ils dans une tribune publiée dans Le Monde le 17 septembre. Une réponse qui présage de débats tendus…

Très long carnet d’adresses

Frédéric Martel a l’habitude : en 2019, son livre Sodoma, enquête autour du Vatican, sur l’homosexualité au sein de l’Eglise catholique, avait fait polémique dans de nombreux pays. Pour son nouveau combat, il a convoqué son – très long – carnet d’adresses, et rassemblé une ribambelle de personnalités : aux côtés de l’actuelle comme de tous les anciens ministres de la culture depuis Jack Lang, on trouve les écrivains Annie Ernaux, Alaa Al-Aswany, Daniel Mendelsohn, le metteur en scène et dramaturge Olivier Py, le psychiatre Boris Cyrulnik, le producteur Dominique Besnehard, l’avocat William Bourdon ou des hommes politiques comme Bertrand Delanoë ou Xavier Darcos.

La plupart d’entre eux n’étaient pas particulièrement connus jusque-là pour leur passion pour Rimbaud, contrairement à Frédéric Martel. S’il n’a jamais écrit de livre sur le poète, l’essayiste est l’auteur d’une imposante préface de 70 pages (pour la réédition de la biographie de Jean-Jacques Lefrère, Arthur Rimbaud, en 2020 aux éditions Robert Laffont), intitulée : « Pourquoi nous sommes rimbaldiens ».

Un qualificatif que semble confirmer l’une des étagères de sa bibliothèque, entièrement consacrée à l’auteur. Frédéric Martel liste les ouvrages qui la composent en accompagnant chaque titre d’un petit commentaire : « Celui-ci est une référence », « celui-là est très nul, il ne faut pas le lire ». Au mur, il a encadré trois copies du brouillon d’Une saison en enfer. Ce recueil de poèmes ne quitte d’ailleurs jamais la table de chevet du journaliste. Tout comme cette histoire de Panthéon ne semble plus quitter son esprit. Le quinquagénaire y revient très vite pour adresser un message à ses opposants qu’il n’hésite pas à traiter de « clowns » : « Tous ces gens-là vont passer à la poubelle. »

Milieu plutôt âgé et très masculin

Pas sûr que Frédéric Martel réussisse à coucher Rimbaud aux côtés de Victor Hugo mais il a déjà relevé, malgré lui, un vrai défi : fédérer les plus grands spécialistes du poète, presque tous vent debout contre ce qu’ils qualifient de « panthéonade ». Une union sacrée des plus inattendues car les rimbaldiens ne sont pas vraiment ce qu’on appelle une famille unie.

Objet de recherche inépuisable pour les chercheurs et les écrivains – en France, on compte une petite dizaine d’ouvrages publiés sur Rimbaud rien que depuis cet été, ce qui n’a rien d’inhabituel –, le jeune poète rassemble une foule d’admirateurs inconditionnels et de spécialistes… qui semblent prendre un malin plaisir à se quereller. « Vous vous attaquez à un sujet qui est encore plus crucial que vous ne l’imaginez », nous a prévenus d’emblée Jean-Michel Maulpoix, professeur émérite à la Sorbonne et spécialiste de la poésie contemporaine, quand on lui a fait part de notre envie de nous pencher sur cette tribu.

Si tant est qu’on puisse la qualifier ainsi. Car le petit monde des rimbaldiens est pour le moins… flou. Tout juste peut-on dire qu’il s’agit d’un milieu plutôt âgé et très masculin. Qu’est-ce qu’être rimbaldien ? Les définitions varient selon les experts. Pour certains, tout lecteur assidu des vers du génie français peut revendiquer l’appellation. Nul besoin d’exhiber un titre universitaire. D’autres estiment au contraire qu’elle ne s’offre qu’à ceux qui ont véritablement étudié l’œuvre en profondeur. Les derniers ajouteront qu’il faut aussi se reconnaître « dans l’esprit de Rimbaud », à savoir un tempérament vagabond, audacieux, affranchi. « Mais il n’y a pas de certificat d’authenticité du rimbaldisme », tranche Alain Tourneux.

Degré de fanatisme

Cet homme de 71 ans pourrait pourtant s’en prévaloir : il a été le conservateur du Musée Rimbaud à Charleville-Mézières pendant trente-cinq ans. Seule la retraite a pu l’éloigner de cette bâtisse des bords de la Meuse qui fait face à la maison où Rimbaud a passé son enfance. « Depuis l’âge de 30 ans, j’ai fréquenté le fantôme de Rimbaud tous les jours », plaisante-t-il, toujours d’une voix très calme et ne se départissant jamais de son sourire amical sous sa fine barbe blanche. Mais son amour pour le poète remonte à sa jeunesse, lorsque son père lui a fait découvrir ses vers. Devenu adulte, lui aussi a eu envie de transmettre et de partager cette œuvre unique, jusqu’à être nommé président de l’association Les Amis de Rimbaud il y a quatre ans.

Avant la crise du Covid-19, cette assemblée de 120 membres ayant dépassé depuis longtemps les 17 ans se réunissait tous les troisièmes samedis du mois dans le sixième arrondissement de Paris pour écouter conférences et lectures autour du poète. Parmi eux, les profils les plus divers et même un cinquième d’étrangers, des Européens et des Asiatiques, qui assistent à ces colloques plusieurs fois par an. Preuve que la passion suscitée par le poète n’a pas de frontières.

Elle n’a parfois pas non plus de limites dans l’invective. L’insulte ultime : être taxé de faux rimbaldien. Une attaque que n’ont pas manqué de se renvoyer ces dernières semaines pro et anti-panthéonisation. Sans qu’on sache vraiment ce que cela signifie. Alors, finalement, peut-être faut-il se tourner vers le degré de fanatisme pour mesurer véritablement le rimbaldisme d’un individu.

« CESSANT D’ÊTRE POÈTE, IL EST DEVENU, SOUS LE REGARD ÉRUDIT ET JALOUX DES RIMBALDOLÂTRES UNE STAR, UN EXTRATERRESTRE. SON MYSTÈRE EST DEVENU LA PROIE DE TOUS LES FANTASMES. » JEAN-MICHEL DJIAN, JOURNALISTE

Le rimbaldien se doit évidemment d’être un passionné. Alain Tourneux se souvient avec amusement des admirateurs du poète qui « sortaient des bouteilles de leur sac à dos dans le musée. Ils voulaient boire un verre de rouge avec Rimbaud d’une certaine manière ». Un comportement qu’aurait pu avoir Alain Borer. Poète, romancier, dramaturge, voyageur, professeur d’enseignement artistique aux Beaux-Arts de Tours, ce spécialiste de Rimbaud collectionne autant les métiers que les œuvres de son idole dans sa « rimbaldothèque », au centre de sa maison perdue au fin fond de la Touraine.

L’homme est un sacré personnage bouillonnant d’énergie. Quand nous le rencontrons, il a laissé de côté son tricorne qui couvre généralement son grand front dégarni et ses quelques cheveux rebelles. Mais sa verve, elle, est bien là. Tombé en admiration devant le poète à 17 ans après « le choc du Bateau ivre », il possède près de 8 000 pièces sur le jeune génie, en comptant les ouvrages mais aussi les articles de journaux. De ses malles remplies de livres, il sort une édition originale d’Une saison en enfer, après avoir pris soin d’enfiler des gants en soie pour manipuler cet objet historique.

Borer a même refait à l’identique les voyages africains de l’homme aux semelles de vent et en a profité pour rapporter un fusil vendu par Rimbaud. Pour son entrain extraordinaire, Alain Borer s’était vu qualifier de « rimbaldingue » dans un portrait de Libération en 1983. Louis Aragon parlait d’ailleurs du rimbaldisme « comme d’une drogue » alors que Paul Claudel, qui s’y connaissait en la matière, y voyait presque une nouvelle religion.

« Rimbaud est très vite devenu plus que Rimbaud, plus que sa poésie. Tout de suite sont apparus des “rimbaldolâtres”, écrivait, en 2015, le journaliste Jean-Michel Djian dans un ouvrage titré de ce néologisme. Cessant d’être poète, il est devenu, sous le regard érudit et jaloux des rimbaldolâtres une star, un extraterrestre. Son mystère est devenu la proie de tous les fantasmes. »

Paul Claudel et André Breton

Ces passions exacerbées expliquent souvent les discordes houleuses qui n’ont cessé d’occuper les spécialistes. « Les querelles rimbaldiennes pourraient faire un sujet de thèse, tellement elles sont nombreuses, introduit Alain Borer. Les rimbaldiens, c’est comme les égyptologues, il n’y en a pas deux du même avis. » Autour du poète, tout se transforme en potentiel sujet de controverse. Paul Claudel et André Breton ont montré la voie en bataillant autour d’une lecture catholique de l’œuvre rimbaldienne pour le premier, surréaliste pour le second.

Le rôle de Rimbaud dans la Commune, la date de composition des Illuminations, les recherches de La Chasse spirituelle (un poème disparu de Rimbaud que Verlaine considérait comme un chef-d’œuvre), de vieilles photographies sur lesquelles se trouverait le poète, et même l’idée d’enfermer le génie français dans un musée… les débats et polémiques ne manquent pas dans l’histoire du rimbaldisme. Tant mieux, affirme Jacques Bienvenu, bien connu dans le milieu, qui considère que c’est ainsi que la science progresse. A 70 ans, celui qu’Alain Tourneux surnomme « le Sherlock Holmes de la Rimbaldie » est docteur ès lettres et professeur émérite de… mathématiques.

« JEAN TEULÉ, QUI A ÉCRIT UN BOUQUIN SUR RIMBAUD, NOUS AVAIT PRÉVENUS : “TU VAS VOIR, ILS SONT CINGLÉS”. » GUILLAUME MEURICE, HUMORISTE ET ÉCRIVAIN

Si ses travaux de recherches ont donc avant tout concerné les nombres premiers, cet homme fasciné « par le génie et les mystères autour de la vie » du poète est ce qu’on pourrait appeler un rimbaldien autodidacte. A force d’études poussées à ses heures perdues, il a réussi à imposer son blog, Rimbaud ivre, comme une référence. L’homme s’est d’ailleurs illustré lorsque, dans les années 2010, a éclaté une polémique autour d’un cliché pris à Aden, au Yémen. Certains avaient cru y voir Rimbaud attablé à la terrasse d’un hôtel avec six autres personnes.

Jacques Bienvenu comptait parmi les sceptiques. La bataille a divisé les experts pendant quatre ans. Conclusion : ce n’était pas Rimbaud sur la photo. Pour Jacques Bienvenu, l’essentiel est ailleurs : « Quatre photographies exceptionnelles ont été découvertes à cette occasion. Sans l’émulation soulevée par cette polémique, des recherches sans précédent dans l’iconographie rimbaldienne n’auraient probablement jamais eu lieu. »

Encore aujourd’hui, chaque ouvrage paru sur le poète n’échappe pas à son flot de critiques. Le chroniqueur de France Inter Guillaume Meurice en a fait les frais en 2018, à l’occasion de la sortie de son livre Cosme. L’ouvrage raconte l’histoire vraie de son ami Cosme, un homme lambda au RSA, qui aurait découvert une clé de lecture du mythique poème Voyelles. « Jean Teulé, qui a écrit un bouquin sur Rimbaud, nous avait prévenus : “Tu vas voir, ils sont cinglés” », se rappelle l’humoriste. Forcément, en s’attaquant au poème peut-être le plus énigmatique de Rimbaud, le livre a fait parler de lui. « Je ne m’attendais pas à ce que ça soit aussi violent, admet Guillaume Meurice. Ce n’était pas juste des commentaires pour dire que notre théorie était fantaisiste. Sur des blogs spécialisés, des mecs ont fait des tartines pour dire qu’on était les derniers des connards. »

A l’inverse, l’humoriste se souvient aussi de réactions extrêmement positives. « Cela donnait l’impression d’un plateau de Pascal Praud avec des gens qui se foutent sur la gueule non pas sur le voile, mais sur les vers d’un mec qui est mort il y a plus de cent ans, se marre-t-il. Il y a un peu d’absurde mais aussi de la beauté là-dedans. C’est touchant que des gens soient aussi passionnés. »

Esprits dogmatiques

Auteur d’une biographie de Rimbaud, l’écrivain Jean-Baptiste Baronian se remémore un épisode particulièrement marquant à la Sorbonne il y a deux ans. « Je participais à un colloque et je me suis fait prendre à partie par un autre rimbaldien à la sortie, confie-t-il. Ce professeur d’université m’a insulté devant plusieurs personnes. Il me reprochait de parler de Rimbaud sans appartenir au monde universitaire. »

« Ce sont des esprits assez dogmatiques avec une vision partielle mais définitive d’un écrivain, attaque de son côté l’éditeur Jean-Luc Barré, initiateur, au côté de Frédéric Martel, de la pétition pour la panthéonisation. Rimbaud est si insaisissable que je trouve effarant d’avoir une vision de ce dernier définie à ce point. On a l’impression qu’ils ont élucidé le mystère Rimbaud. Il leur appartient. Eh bien, non ! »

Etre docteur ès lettres n’immunise pas contre les critiques, au contraire. C’est même dans le milieu feutré des facultés que les querelles rimbaldiennes sont à leur comble. Entre jalousie et concurrence, chacun défend son pré carré autour du poète français. Après les clivages entre catholiques et surréalistes, conservateurs et progressistes, une dissension est née entre les spécialistes attachés à la vie de Rimbaud et aux faits et ceux plus intéressés par l’interprétation poétique.

Jongler avec les ego

Chaque camp a son dictionnaire Rimbaud ou sa biographie, dans lesquels ne figurent pas les travaux des rivaux (ou alors ils sont très minimisés). « Si vous regardez la bibliographie de la Pléiade éditée par André Guyaux, il y a des exclusions manifestes », assure Adrien Cavallaro. Fasciné par « le romanesque de sa vie », ce maître de conférences à l’université de Grenoble a fait du poète le sujet de ses études et de sa thèse, « Rimbaud et le rimbaldisme », consacrée aux différentes lectures que l’on a pu faire de Rimbaud depuis le XIXe siècle.

A seulement 36 ans, il s’inscrit dans la nouvelle génération des rimbaldiens. « Comme Rimbaud fascine, les amis ou collègues sont vite impressionnés quand on dit qu’on travaille sur lui, s’amuse-t-il. Ça suscite une forme d’admiration : “Il ose travailler sur Rimbaud”. » Mais auprès de ses confrères rimbaldiens, il a appris à jongler avec les ego. « Si je contacte untel, je fais toujours attention, je regarde qui d’autre a collaboré pour savoir si ça ne va pas déplaire à l’un ou à l’autre », confie-t-il. « Il y a des personnes qu’on n’a jamais pu faire se rencontrer dans des colloques », concède Alain Tourneux. C’est le cas, par exemple, de Jean-Jacques Lefrère et Claude Jeancolas, deux grands rimbaldiens constamment en concurrence.

Aucun des deux n’étaient universitaires. Le premier, décédé en 2015, était médecin. Le second, disparu en 2016, homme de presse et écrivain. « C’était un jeu aussi, suppose le président des Amis de Rimbaud. Claude Jeancolas se précipitait pour écrire une biographie, qu’il écrivait trop vite parce qu’il avait appris que Lefrère était en train d’en produire une. Il était aussi très virulent à son égard. Mais je suis sûr que dans sa bibliothèque, il y avait des ouvrages de Lefrère qui lui étaient bien utiles par ailleurs. »

« ETIEMBLE ET RENÉ CHAR EN SONT VENUS À DES MENACES DE DUEL POUR UNE ÉDITION DES POÈMES DE RIMBAUD OU UNE HISTOIRE DE VIRGULE. » ALAIN BORER, ÉCRIVAIN

Jean-Jacques Lefrère n’était pas plus aimable envers ses confrères. L’auteur d’une biographie de Rimbaud de plus de 1 200 pages (publiée en 2001 chez Fayard) s’en prend sans ménagement à l’éditeur des œuvres complètes de Rimbaud à La Pléiade, André Guyaux, en septembre 2009. Il décrit un ouvrage ayant « peu d’intérêt », « assez bouffon », « un travail assez pathétique ». La réponse d’André Guyaux publiée sur Fabula, un site spécialisé sur la recherche en littérature, est à l’avenant : « J’observe dans son point de vue […] une pointilleuse allergie à la poésie. Dans tout ce qu’il écrit sur Rimbaud, le poète disparaît. […] M. Lefrère est plutôt un amateur de fiches et de fichiers. »

Ce genre de clash s’observe encore aujourd’hui entre Frédéric Martel et Alain Borer. « Borer, c’est Rimbaud pour les nuls, écrit le journaliste de France Culture dans sa préface à la biographie rééditée de Jean-Jacques Lefrère. Un rimbaldolâtre sans talent. Il faut dé-boreriser Rimbaud. » Cette inimitié le pousse même à prendre de nos nouvelles après notre entretien avec son rival dont il a retenu la date : « Vous êtes toujours vivant ou l’ogre vous a dévoré ? »

En face, les mots ne sont pas plus doux. « Je ne vais pas prononcer son nom, cela m’indispose », prévient Alain Borer en début d’interview. Il lui préférera un surnom : « le crotale ». Tous deux s’accordent pourtant sur une chose : malgré ces noms de reptiles, le climat serait plus apaisé que naguère en rimbaldie. « Claudel et Breton s’échangeaient des insultes constamment. A côté d’eux, on est des enfants de chœur », sourit Frédéric Martel. « Etiemble et René Char en sont venus à des menaces de duel pour une édition des poèmes de Rimbaud ou une histoire de virgule », confirme Alain Borer.

Entartage à la chantilly

Si les rimbaldiens ne mettent plus leur vie en jeu, ils ont trouvé de nouvelles armes. Le 20 octobre 2015, Jacques Bienvenu a reçu une tarte à la chantilly dans la figure en pleine conférence à la médiathèque de Charleville-Mézières. « Ça m’a fait une belle publicité », en rigole aujourd’hui le docteur ès lettres. L’entarteur, un certain Patrick Taliercio, était un cinéaste belge présent dans la région pour tourner un film sur le jeune poète.

« Il avait trouvé un article écrit par Rimbaud sous pseudonyme dans un vieux journal à Charleville, resitue Alain Tourneux. Il a vendu ce document, mais pas très cher. Il en voulait peut-être aux rimbaldiens et il s’est vengé en aspergeant de chantilly le premier venu. » Contacté, Patrick Taliercio ne nous aidera pas à comprendre son geste. « Fidèle à la devise royale “never complain ; never explain” et à l’immortel esprit de l’entartage, je ne commente pas mes actes de justice gloupinesques », nous écrit-il.

Autant d’emportements à la mesure de la place particulière qu’occupe la figure de Rimbaud dans la littérature française. « Sa radicalité est toujours là, reconnaît Alain Borer. Il n’y a que lui pour se retrouver au milieu de conflits pareils. » Peut-être parce que l’énigme Rimbaud n’a toujours pas été résolue. Pourquoi tourne-t-il le dos à la poésie avant ses 20 ans ? La question fascine et hante les spécialistes. Tout autant que plusieurs pans de l’œuvre et de la vie de Rimbaud qui comportent encore des zones d’ombre. Chacun cherche donc à combler les trous à coups d’interprétations. Chacun a « son » Rimbaud, voyant dans le poète ce qu’il a envie de voir.

Il a ainsi été brandi dans le passé autant par l’extrême droite de Charles Maurras ou du négationniste Robert Faurisson, obnubilé par les codes ésotériques de l’œuvre, que par les soixante-huitards ou François Mitterrand, soucieux de « changer la vie », en passant par le mouvement d’Emmanuel Macron : le nom même de son mouvement, En marche !, est tiré du poème Mauvais sang (« — En marche ! Ah ! les poumons brûlent, les tempes grondent ! la nuit roule dans mes yeux, par ce soleil ! le cœur… les membres… Où va-t-on ? au combat ? je suis faible ! les autres avancent. »)

Argument touristique

Des analyses parlent aussi d’une « écriture en marche » pour Rimbaud : c’est en marchant qu’il trouvait l’inspiration. Voilà comment l’auteur du Dormeur du val a, peu à peu, été dépassé par son mythe. Le fameux portrait réalisé (en 1871) par Etienne Carjat est même devenu un élément de pop culture, une photographie qu’on affiche en poster dans sa chambre comme celle d’un chanteur.

« Il y a des gens qui se disent rimbaldiens parce qu’ils sont attirés par l’image de Rimbaud, regrette André Guyaux. Parfois je me demande, où est la poésie ? J’ai toujours dit : “Mais lisons-le !” » Et de glisser : « Chez les rimbaldiens, il y a trop de gens qui se laissent dériver vers leurs obsessions ou qui s’en tiennent à une image facile et fausse. Le monde des baudelairiens est d’un meilleur niveau, par exemple. »

« JE SUIS LE PREMIER MAIRE DE DROITE DEPUIS UN SIÈCLE À CHARLEVILLE-MÉZIÈRES, MAIS S’IL Y A UNE CONSTANTE DANS LES POLITIQUES LOCALES, C’EST BIEN CELLE D’INVESTIR DANS LA FIGURE DE RIMBAUD. » BORIS RAVIGNON

Toujours est-il que, pour l’instant, Rimbaud repose tranquillement au cimetière de Charleville-Mézières. Selon Bernard Colin, le gardien des lieux, les curieux sont plus nombreux ces derniers temps sur sa tombe sobre – pas à la hauteur de l’homme, selon les initiateurs de la pétition. Non loin de là se tient une boîte aux lettres, avec le portrait de Rimbaud affiché dessus. Le poète reçoit deux à trois lettres par semaine. « Ses admirateurs lui parlent comme ils parleraient à un psy », sourit Bernard Colin, chargé du relevé.

Le gardien ne pense pas que le jeune génie quittera son cimetière. La ville y est farouchement opposée. Ici, le poète est un argument touristique. « Je suis le premier maire de droite depuis un siècle à Charleville-Mézières, mais s’il y a une constante dans les politiques locales, c’est bien celle d’investir dans la figure de Rimbaud », soutient Boris Ravignon, élu depuis 2014. Chaque année, plus de 20 000 visiteurs se rendent au Musée Rimbaud.

Voudrait-il reposer pour l’éternité dans cette cité des Ardennes qu’il considérait comme « supérieurement idiote entre les petites villes de province » ? Impossible de savoir. Tout comme il est difficile de prédire ce qu’il aurait pensé des conflits qu’il suscite cent vingt-neuf ans après sa mort. « Je ne sais pas s’il en serait content, admet Alain Tourneux. Je pense qu’il aurait envoyé balader tout le monde. Ça l’aurait fait rire. »

Ce qui est sûr, c’est que le poète devrait encore s’inviter dans des tribunes médiatiques ces prochains mois. La ministre de la culture, Roselyne Bachelot, s’est dite favorable à l’entrée de Rimbaud au Panthéon. Mais ce sera à Emmanuel Macron, qui ne s’est pas encore positionné, de trancher. Interrogé par L’Express en 2010 lors de la polémique sur la photo d’Aden, Jean-Jacques Lefrère espérait que la « bataille Rimbaud » continue « pour longtemps encore. Car se battre autour de Rimbaud, finalement, c’est mieux que faire de la politique ou se lamenter de l’état de la planète. Qu’en 2010, il puisse y avoir des polémiques autour de ce poète, n’est-ce pas une note d’espoir ? » Dix ans plus tard, voilà au moins un point sur lequel tous les rimbaldiens sont d’accord.

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27 octobre 2020

D’animatrice populaire à comédienne branchée

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L’actrice franco-belge Virginie Efira est actuellement à l’affiche du dernier film d’Albert Dupontel, « Adieu les cons », en salles depuis mercredi. Photo archives EPA

Article de Claire Steinlen

Il a fallu dix ans à Virginie Efira pour décoller l’étiquette d’animatrice télé populaire à celle, plus pointue, d’actrice « bankable ». Elle est à l’affiche du dernier film d’Albert Dupontel, « Adieu les cons ». Du cinéma d’auteur à la comédie populaire, le 7e art tout entier lui fait les yeux doux et le public en redemande.

Dans le dernier film d’Albert Dupontel, elle est Suze Trappet, une coiffeuse quadragénaire qui a inhalé trop de laque, et qui apprend qu’elle est malade et qu’il lui reste peu de temps à vivre. Elle décide d’utiliser toutes ses forces pour retrouver un enfant qu’elle a eu adolescente et qu’elle a donné à l’adoption. Au seuil de la mort, elle commence enfin à vivre et à aimer…

Au même âge que Suze, Virginie Efira a déjà eu 1 000 vies, depuis sa naissance en 1977, à Schaerbeek, dans la banlieue de Bruxelles.

Après des débuts à la télévision belge pour animer « Megamix », un programme musical pour ados survoltés, elle est propulsée à la tête de « Nouvelle Star », sur M6. Le public français tombe sous le charme de cette blonde pleine de courbes, de charme et de spontanéité. Connue, certes, reconnue, aussi, elle développe pourtant le « complexe belge », que décrit aussi Cécile de France. Virginie Efira n’est pas complètement dans les codes de la Parisienne, qu’elle imagine cultivée, élancée et snob. Un mélange de Charlotte Gainsbourg et de Léa Seydoux. Elle est tout le contraire, avec sa voix grave, son franc-parler et sa gouaille, qui la rendent immédiatement sympathique et populaire. Mais aussi, son maquillage et ses talons de douze centimètres. Heureusement, l’autodérision qu’elle pratique avec entrain, la fait se traiter sans honte de « blonde à grosses joues »…

Justine Triet et Paul Verhoeven

Une carrière à la Karine Le Marchand semble toute tracée. Sauf que la jeune femme n’a aucune envie de rester animatrice. Son rêve, c’est le cinéma. Mais personne n’y croit. Même si son statut de célébrité du petit écran lui offre un strapontin dans les comédies grand public. « Invariablement, je courais sous la pluie et je roulais des pelles juste avant le générique », confiait récemment la comédienne dans Marie-Claire. Dans « L’Amour, c’est mieux à deux », « La chance de ma vie », ou « 20 ans d’écart », elle est tête d’affiche… de bluettes.

Mais à force d’obstination, petit à petit, Virginie Efira force les portes, jusqu’au cinéma d’auteur, comme un petit rôle avec Anne Fontaine, en 2011. Avec laquelle elle resigne pour le tout récent « Police », avec Omar Sy. Mais le basculement se fait en 2016, avec « Victoria », de Justine Triet, où elle interprète une jeune avocate dans la tourmente, professionnellement et sentimentalement. Nommé cinq fois aux César, le film la propulse dans une autre dimension. Depuis, les scénarios s’accumulent. Elle retrouve Justine Triet, dans « Sibyl », film à nouveau sélectionné à Cannes, en 2019. Est embauchée par Paul Verhoeven, dans « Elle », où elle donne la réplique à Isabelle Huppert, puis à Charlotte Rampling dans « Benedetta », du même réalisateur, qui doit sortir en 2021.

Consciencieuse et engagée

Tourner pour Albert Dupontel aussi, c’est une forme de reconnaissance. Le réalisateur est connu pour son amour du cinéma, pour son exigence envers ses comédiens, lui qui se plaignait du côté trop « cool » de Sandrine Kiberlain qu’il avait fait tourner dans « 9 Mois ferme ». Sous ses dehors débonnaires, Virginie Efira n’est pas cool, en tout cas, pas sur ses rôles. Elle est consciencieuse et engagée. « Dans le cinéma de Dupontel, il y a du Ken Loach et du Tex Avery », dit la jeune femme, qui loue le sujet d’« Adieu les cons ». « C’est une critique du pouvoir mais il y a des renversements possibles. Jouer au con, c’est aussi sortir du rang. »

Mère d’Ali, une petite fille de 7 ans qu’elle a eue avec le comédien Mabrouk El Mechri, elle forme aujourd’hui un couple discret avec Niels Schneider, un jeune acteur de 33 ans rencontré sur le tournage d’un film de Catherine Corsini, en 2017. Issu d’une lignée d’acteurs, le franco-canadien lui offre le glamour et aussi le reste de légitimité nécessaire pour devenir une comédienne incontournable. La « blonde à grosses joues » a décidément fait du chemin…

« Adieu les Cons », d’Albert Dupontel. 

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27 octobre 2020

Maïwenn

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"L'Algérie, c'est ma madeleine de Proust" : la réalisatrice Maïwenn évoque le pays de son aïeul dans son nouveau film "ADN"

La réalisatrice de "Polisse" est de retour en salles mercredi 28 octobre avec "ADN", un drame intimiste où l'Algérie, le pays de son grand-père, est en filigrane tout du long. Que représente ce pays pour elle ?

"Pour moi, l'Algérie c'est plein de choses: c'est une source d'amour inépuisable, c'est mon enfance... C'est ma madeleine de Proust", explique la réalisatrice dont le nouveau film, ADN, en salles le 28 octobre, est un récit intimiste sur le deuil et la quête identitaire.

"ADN n'est pas un film sur l'Algérie", insiste-t-elle. Pourtant, ce pays, qui fut celui de son grand-père, est présent en filigrane tout du long de ce long-métrage. Comme lorsqu'il reprend une phrase d'une chanson d'Idir, décédé en mai dernier. Ou lorsqu'il évoque, à travers le personnage de Neige (jouée par Maïwenn), le livre Nedjma, chef d'oeuvre du romancier Kateb Yacine (1929-1989). L'Algérie est présente jusque dans l'affiche du film, qui représente Maïwenn dans une manifestation du mouvement Hirak de contestation populaire - mais c'est le seul aspect politique du film.

L'Algérie "malade de sa dictature"

Si elle devait faire un film dédié à l'Algérie, projet auquel elle pense depuis des années, "il développerait les rapports entre nos deux pays. C'est ce film-là que j'aimerais faire", affirme la réalisatrice de 44 ans. En attendant, elle juge que ce pays "malade politiquement est tenu par la dictature même si officiellement c'est la démocratie".

Dans ADN, un drame non dénué d'humour, Maïwenn incarne Neige, très proche de son grand-père algérien qui, en l'élevant, l'a sauvée de sa mère toxique et de son père castrateur. Mais à la mort du patriarche, la famille se déchire. Choix du cercueil, des rites funéraires... Tout tourne au conflit. Neige, bouleversée par cette mort, va se lancer dans une quête identitaire qui la poussera à faire un test ADN et à demander la nationalité algérienne.

Ce film, Maïwenn l'a voulu aussi contre le racisme "sans l'évoquer directement", et pour les immigrés. "Quelqu'un m'a dit : en sortant de ton film, je me suis senti citoyen du monde. C'est le plus beau compliment qu'on puisse me faire".

Solidaire avec les exploitants de salles face au Covid

Alors que de nombreux films ont été reportés à cause de la crise sanitaire, elle a tenu à maintenir la sortie d'ADN par "solidarité" avec les exploitants. "C'est très important de montrer que les artistes sont toujours là. Et puis surtout, il faut accepter l'idée que le Covid sera parmi nous encore un moment".

Estimant que le gouvernement a "puni" la culture, en n'autorisant pas les professionnels du secteur à bénéficier d'un assouplissement du couvre-feu, elle veut oeuvrer à sa pérennité. "On ne fera peut être pas les même chiffres qu'avant mais il faut l'accepter pour ne pas devenir un pays fantôme".

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27 octobre 2020

Présidentielle 2020 - Unanime, la presse saoudienne loue les “mérites” de Donald Trump

trump arabie

COURRIER INTERNATIONAL (PARIS)

PRÉSIDENTIELLE AMÉRICAINE J-7 – Pour Riyad, Donald Trump est le meilleur allié de l’Arabie Saoudite face à l’Iran. Joe Biden en revanche est perçu comme le produit du “politiquement correct”, dans la continuité d’un Barack Obama qui aurait versé dans un “complot pour détruire les États arabes”.

La grande chaîne d’information saoudienne Al-Arabiya ne laisse guère de place au doute sur ses préférences quant à l’élection présidentielle américaine. Les images qu’elle publie de Donald Trump sont généralement flatteuses, alors que Joe Biden est régulièrement présenté comme “naâsane”, c’est-à-dire “endormi”, reprenant ainsi l’invective préférée de Donald Trump, qui le surnomme “Sleepy Joe”.

La page d’accueil de son site Internet met quotidiennement en scène cette aversion pour le candidat démocrate. Dans la journée du 19 octobre, le site titrait par exemple : “La compétition se corse dans les états cruciaux”, en citant le sulfureux site d’extrême droite Breitbart pour dire que Trump gardait toutes ses chances de l’emporter.

Pas moins de trois grands titres à la une du site sont consacrés à Hunter Biden, le fils du candidat démocrate, pour expliquer “pourquoi les républicains l’ont dans le viseur”, pour s’émouvoir que “Twitter et Facebook censurent des articles critiques à son égard” et pour dire que “le scandale qui l’entoure n’est en rien une campagne de désinformation russe”.

La presse papier saoudienne n’est pas en reste. “Les médias moralisateurs passent sous silence […] l’implication de Joe Biden dans le trafic d’influence de son fils. Imaginez ce que ces mêmes médias auraient dit si cela avait concerné un fils de Trump”, déplore Asharq Al-Awsat.

Principal titre de la presse saoudienne, il s’en prend à l’héritage de l’ancien président Barack Obama, dont Joe Biden a été le vice-président :

Le politiquement correct de ces élites politiques et culturelles américaines était à l’origine de la complaisance de Barack Obama vis-à-vis de l’extrémisme islamiste. […] Trump aura eu un grand mérite : démasquer l’hypocrisie de ceux qui tiennent de beaux discours mais qui sont prêts à tout, à fermer les yeux sur tout, à laisser leur pays courir tous les dangers si cela permet d’engranger des voix.”

Les méfaits de Clinton et d’Obama

Mais le principal reproche que la monarchie saoudienne fait à Obama est d’avoir conclu un accord sur le nucléaire avec l’Iran.

“Trump a eu le mérite de faire table rase de la politique d’Obama. Il a déchiré l’accord nucléaire et a de nouveau considéré l’Iran pour ce qu’il est : un régime terroriste et néfaste”, écrit un des éditorialistes vedette d’Asharq Al-Awsat.

Outre la politique de détente vis-à-vis de Téhéran, les Saoudiens ont gardé en travers de la gorge “le grand projet calamiteux” d’Hillary Clinton, ministre des Affaires étrangères sous Obama : “Provoquer l’effondrement des États arabes et de leurs sociétés. Obama et son administration ont pour ainsi dire déclenché le ‘printemps arabe’, pour semer le chaos”, affirme un éditorial sur le site de la chaîne Al-Arabiya.

À en croire le journal, ce vaste “complot ourdi par les démocrates, les Frères musulmans et le Qatar pour détruire le monde arabe” sera définitivement percé grâce à “la publication des e-mails d’Hillary Clinton que Trump a ordonnée”.

En effet, “les tirades de Trump contre Hillary prospèrent en Arabie Saoudite”, explique le Washington Post. Elles sont également reprises, sans filtre et sans recul, dans la presse égyptienne. Dans le journal Al-Youm Al-Sabe par exemple, avec ce titre racoleur et à rallonge :

Les démocrates tremblent à l’idée que les méfaits de l’ancienne secrétaire d’État soient dévoilés : le triangle du Mal entre Obama, les Frères musulmans et le Qatar. Un complot américain, du financement qatari et un soutien pour les médias terroristes.”

27 octobre 2020

La Laïcité...

dessin laicité

27 octobre 2020

Entretien - Etat d’urgence sanitaire : « La banalisation de mesures restrictives des libertés n’est pas admissible »

Par Jean-Baptiste Jacquin - Le Monde

Jean-Marie Burguburu, président de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, estime que « l’état d’urgence distille une forme de poison démocratique »

Emmanuel Macron avait annoncé, le 14 octobre, la prorogation de l’état d’urgence sanitaire. Les députés s’apprêtent ce week-end à examiner, pour la cinquième fois en sept mois, un projet de loi leur demandant de voter des mesures exceptionnelles pour faire face à l’épidémie de Covid-19.

Nommé en février à la présidence de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), l’avocat Jean-Marie Burguburu regrette que le gouvernement ne consulte pas cette autorité indépendante, créée en 1947. Selon lui, il n’avait pas besoin de décréter l’état d’urgence sanitaire pour faire face à la crise sanitaire

Que pensez-vous de la décision de décréter un nouvel état d’urgence sanitaire ?

Elle n’est pas surprenante, la CNCDH l’avait un peu prévu. Le problème des états d’urgence, antiterroristes ou sanitaires, est qu’ils ont tendance à se renouveler.

Quelles libertés fondamentales sont menacées par ce renouvellement ?

J’en vois trois. Je pense d’abord à la liberté d’aller et de venir. Elle est tellement fondamentale et naturelle que les gens oublient que c’en est une. Ensuite, la liberté de réunion est entravée, et celle qui en découle, la liberté de manifestation. Ces libertés sont touchées comme elles l’étaient pendant le confinement.

Bien sûr, je ne vais pas prêcher pour la désobéissance civile. Ce n’est pas agréable, mais il faut respecter ces mesures. L’enjeu sanitaire est grave. Le gouvernement n’a pas la tâche facile. Beaucoup le critiquent, mais peu proposent d’autres solutions. La vraie question est de savoir si cela va être efficace. Je ne le sais pas. Le gouvernement l’espère.

Face à l’aggravation de la crise sanitaire, le gouvernement avait-il le choix ?

Juridiquement, oui, le gouvernement aurait pu faire face différemment. Il pouvait se référer à l’article 3131-1 du code de santé publique qui permet de prendre des mesures très fortes. Il prévoit que, « en cas de menace sanitaire grave appelant des mesures d’urgence », c’est bien la situation, « notamment en cas de menace d’épidémie, le ministre chargé de la santé peut, par arrêté motivé, prescrire dans l’intérêt de la santé publique toute mesure proportionnée aux risques courus et appropriée aux circonstances de temps et de lieu afin de prévenir et de limiter les conséquences des menaces possibles sur la santé de la population ». Cela donnait un pouvoir très fort au ministre de la santé. Et si cela ne suffisait pas, alors on pouvait envisager de franchir une autre étape.

« JE PENSE QUE LE CHOIX A ÉTÉ FAIT D’UNE CONCENTRATION DU POUVOIR ENTRE LES MAINS DE L’EXÉCUTIF »

Pourquoi alors ne pas avoir eu recours à la loi existante ?

Je pense que le choix a été fait d’une concentration du pouvoir entre les mains de l’exécutif. En temps de paix, la République n’a jamais connu une telle restriction des libertés. Je ne vois pas l’intérêt électoral pour le président de la République de faire cela.

Avec la Constitution de la Ve République, il est déjà l’un des chefs d’Etat les plus puissants du monde démocratique. Il n’a pas besoin de pouvoirs supplémentaires, mais il croit que si. Je lui laisse le bénéfice de la bonne foi, mais il aurait pu consulter la CNCDH avant.

Justement, à quoi sert la CNCDH, créée pour conseiller le gouvernement et le Parlement sur les questions touchant aux droits de l’homme ?

Cela me fait de la peine, mais je dois vous dire que nous n’avons pas été consultés pour le premier état d’urgence sanitaire. Et pas davantage pour le second.

Pour la fameuse application StopCovid, le gouvernement a consulté la CNIL [Commission nationale de l’informatique et des libertés] et le Conseil national du numérique, mais pas la CNCDH qui aurait examiné ce projet avec le prisme des droits de l’homme. L’une des raisons pour lesquelles le gouvernement ne nous sollicite pas est qu’il redoute que nous donnions des avis négatifs.

Nous nous sommes donc autosaisis et avons conclu que StopCovid est attentatoire aux droits de l’homme. Je rappelle qu’une restriction des libertés ne peut être conforme à la Constitution qu’à la triple condition que la mesure soit nécessaire, adaptée et proportionnée. Malgré le caractère volontaire du téléchargement de l’application, on met le doigt dans l’engrenage de la surveillance numérique des individus.

Comment comptez-vous peser sur ces sujets ?

Notre rôle n’est pas d’être contre ! La CNCDH est une sorte de lanceur d’alerte institutionnel. Je voudrais que nous puissions être plus réactifs, en rendant par exemple des avis moins longs. L’objectif est de pouvoir dire au gouvernement, non pas de ne pas faire un projet mais de prendre telle ou telle précaution avant de le réaliser.

Que dit de notre société le fait d’avoir vécu sous un état d’urgence plus de la moitié du temps au cours de ces cinq dernières années ?

Cela dit deux choses : que les Français, peuple frondeur pourtant, s’y habituent, et que les gouvernements s’y habituent. L’état d’urgence distille une forme de poison démocratique, dangereux pour ceux qui le reçoivent comme pour ceux qui le donnent. Il laisse des traces. On n’en sort jamais comme on y est entré.

La situation juridique et administrative est modifiée par l’état d’urgence, même quand il y est mis fin. La CNCDH met en garde contre la banalisation de l’état d’urgence. La banalisation de mesures restrictives des libertés n’est pas admissible. L’urgence ne peut pas être un état permanent.

Sur un tout autre sujet, l’assassinat d’un professeur par le terrorisme islamiste, après une campagne sur les réseaux sociaux, doit-il amener à déplacer certains curseurs entre liberté et sécurité ?

Face à la barbarie qui a frappé Samuel Paty, assassiné pour avoir fait vivre la liberté d’expression, conformément à son engagement d’enseignant, la CNCDH rappelle que la liberté d’expression est l’un des droits les plus précieux de l’homme. Le terrorisme islamiste ne doit en aucun cas conduire à la censure, individuelle ou collective.

En 1789, lorsque la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen a été écrite, et en 1881, au moment de la grande loi sur la presse, les réseaux sociaux n’existaient pas. Faut-il pour autant instaurer pour les réseaux sociaux un régime différent en matière de liberté d’opinion du régime général ? Je ne le pense pas.

La surveillance, en revanche, est nécessaire. Mais on ne peut pas laisser aux plates-formes la responsabilité de la censure. Si celle-ci devait s’exercer, c’est à la justice d’en décider, c’est une prérogative régalienne. Comme beaucoup de libertés, la liberté d’expression est encadrée par la loi pour éviter les abus.

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