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... n'en déplaise à Henry Miller. « Ce pourquoi les autres te critiquent là se trouve ce que tu dois cultiver »

vendredi 2 février 2018

Révolution des Femmes

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jeudi 1 février 2018

En Iran, des femmes retirent leur voile en public pour protester contre le pouvoir

Par Ghazal Golshiri, Téhéran, correspondance Le Monde

Le mouvement, parti de Téhéran, a même atteint la ville conservatrice de Machhad. Une femme arrêtée pour s’être dévoilée en public risque une peine de prison de dix jours à deux mois.

Un grand coffre de métal abritant des installations électriques, situé dans le centre de Téhéran, au croisement des avenues Enghelab et Vesal, est devenu ces derniers jours le symbole improbable d’un mouvement politique. Le 29 janvier à 11 heures du matin, après d’épaisses chutes de neige, une jeune femme y est montée, elle a ôté son voile blanc et l’a noué à un bâton, qu’elle a agité doucement, laissant sa chevelure flotter librement au vent.

Elle entendait ainsi protester contre le port obligatoire du voile en République islamique. Au poignet, elle portait un ruban vert, couleur du mouvement qui avait contesté, en 2009, la réélection de l’ex-président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad. La jeune femme a été arrêtée, et son nom publié quelques heures plus tard : Narges Hosseini.

Une photographie de Mlle Hosseini, dressée sur ce placard électrique, a circulé sur les réseaux sociaux et très vite, ailleurs dans la capitale, d’autres femmes l’ont imitée avec des foulards blanc et rouge. Le lendemain, un jeune homme est monté à son tour sur le même bloc que Mlle Hosseini, brandissant un foulard blanc.

Le 31 janvier, les internautes iraniens ont été plus surpris encore en voyant la photographie d’une jeune femme, montée elle aussi sur un bloc électrique, non pas à Téhéran mais dans la ville très religieuse de Machhad (Nord-Est). Elle portait le tchador noir revêtu par les femmes les plus traditionnelles en Iran. L’image a marqué : même parmi le public religieux, certaines femmes sympathisent avec celles qui luttent contre le voile obligatoire.

« Police des mœurs »

Depuis l’instauration de la République islamique d’Iran, en 1979, les femmes sont tenues de se couvrir tout le corps, sauf le visage et les mains. Une brigade spécifique, connue sous le nom de « police des mœurs », arrête régulièrement dans les rues les « mal voilées », les emmenant au poste où elles sont photographiées comme des criminelles, et parfois condamnées à payer une amende.

Les Iraniennes qui se dévoilent publiquement depuis le 29 janvier n’ont pas choisi de monter par hasard sur des blocs électriques : elles ne font qu’imiter la jeune Vida Movahed, qui avait mené une telle action le 27 décembre 2017. Téhéranaise et mère d’un bébé de dix-neuf mois, Mme Movahed a été arrêtée sur le champ, puis relâchée deux semaines plus tard. On ignore si elle est poursuivie en justice.

Au lendemain de son action, une vague de manifestations contre la crise économique et politique du pays avait déferlé dans le pays, touchant au moins 80 villes iraniennes, et faisant vingt-cinq morts en une semaine. Une photographie de Vida Movahed, diffusée les jours suivants, s’est imposée comme un symbole de ce mouvement, bien que sa revendication n’avait pas grand-chose à voir avec celles des manifestants.

Selon Nasrin Sotoudeh, célèbre avocate et militante des droits humains, Narges Hosseini est toujours incarcérée. Une caution de 90 000 euros a été requise pour sa libération. « Sa famille a été incapable de payer cette somme. Pour le moment, elle reste en prison à Shahr-e Rey [une banlieue sud de Téhéran] », a expliqué Mme Sotoudeh. L’avocate rappelle qu’une femme arrêtée pour s’être dévoilée en public risque une peine de prison de dix jours à deux mois, ou une amende pouvant s’élever à 10 euros.

Guerre de communication entre Téhéran et Riyad

Depuis son élection, en 2013, le président modéré, Hassan Rohani, s’exprime régulièrement en faveur des droits des femmes et tente de favoriser leur accès au marché du travail. Dans un geste d’ouverture envers l’électorat libéral, en décembre 2017, la police de Téhéran avait annoncé la fin prochaine des arrestations de femmes « mal voilées » par la brigade des mœurs. Si cette directive est appliquée, les contrevenantes seront contraintes de suivre des cours sur les bienfaits du port correct du voile.

Cette ouverture s’inscrivait dans une guerre de communication entre l’Iran chiite et son grand rival régional, l’Arabie saoudite. Le royaume sunnite a récemment autorisé les Saoudiennes à assister aux matchs d’équipes masculines de football dans les stades, et à conduire en ville. Les Iraniennes, elles, conduisent de longue date – et elles élisent leur président, rappelle M. Rohani. Mais les stades leur restent fermés, malgré des années d’activisme de fans du ballon rond, qui se griment en hommes pour assister aux matchs.

« Les Iraniennes ont l’impression qu’en une nuit, les Saoudiennes les ont devancées, explique Pegah, une Téhéranaise de 34 ans. Aujourd’hui, il est encore plus insupportable que nos dirigeants rejettent nos revendications les plus simples. » Depuis le 31 janvier, une voiture de police stationne en permanence à côté du coffret électrique de l’avenue Enghelab, à Téhéran.

voile

https://twitter.com/MsJulieLenarz?ref_src=twsrc%5Etfw&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.20minutes.fr%2Fmonde%2F2212351-20180131-iran-femme-interpellee-avoir-enleve-voile

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lundi 29 janvier 2018

Russie : la stratégie risquée de l’opposant Alexeï Navalny

Par Isabelle Mandraud, Moscou, correspondante Le Monde

Arrêté dimanche à Moscou, le principal adversaire du Kremlin appelle au boycottage de l’élection présidentielle du 18 mars, sans parvenir à souder l’opposition autour de lui.

La mêlée a été de courte durée. A peine Alexeï Navalny avait-il posé un pied sur l’avenue Tverskaïa, la principale artère de Moscou, que des policiers l’ont embarqué sans ménagement dans un fourgon. Un retour certain à la case prison pour le principal opposant au Kremlin, qui avait appelé ses partisans, dimanche 28 janvier, à manifester partout en Russie contre la « supercherie » de l’élection présidentielle du 18 mars, pour laquelle il ne peut concourir. Sa candidature a été écartée en raison de condamnations pénales, qu’il réfute.

« On m’a libéré », a fait savoir sur Twitter l’opposant, plus de huit heures après avoir été interpellé. « Aujourd’hui était un jour important (…) Merci à tous ceux qui n’ont pas peur de se battre pour leurs droits. » Il a été inculpé pour « violation des procédures concernant l’organisation d’une manifestation », a indiqué la police moscovite dans un communiqué.

« Impeachment ! » scandé par les manifestants à Moscou

Pour la troisième fois en moins d’un an, les manifestants ont répondu présents à son appel dans plus d’une centaine de villes sur tout le territoire. Quoique moins nombreux que lors des précédents rassemblements des mois de mars et de juin, plusieurs milliers de personnes ont bravé les températures négatives et surmonté leur appréhension. Partout, les forces de police ont été déployées en nombre.

Trois heures avant le début des manifestations, jugées illicites par les autorités, la pression se faisait déjà sentir. A Moscou, la Fondation de lutte contre la corruption créée par Alexeï Navalny a été investie par la police, et le centre commercial dans lequel se trouvent ses locaux était totalement encerclé. Quelques jours plus tôt, la justice avait déjà prononcé la liquidation de cette organisation qui sert à financer l’équipe et les QG de l’opposant.

« Tant pis si je dois me faire arrêter, mais vingt-quatre ans [la longévité au pouvoir de Vladimir Poutine en cas de victoire à sa propre succession], c’est trop ! », martelait à Moscou, Pavel, un étudiant de 21 ans, tandis qu’autour de lui la foule, réunie sur la place Pouchkine, criait en anglais « Impeachment ! » ou, en russe, « ce ne sont pas des élections ! ». A Ekaterinbourg, le maire, Evgueni Roïzman, l’un des rares élus de l’opposition, reprenait ce slogan au micro. « Ce ne sont pas des élections, il ne faut pas y participer ! »

L’appel à boycotter la présidentielle ne fait pas l’unanimité

L’appel d’Alexeï Navalny, 41 ans, à boycotter le scrutin du 18 mars ne fait pourtant pas l’unanimité. L’opposition se divise sur cette stratégie. Elle est convaincue, pour une partie d’entre elle, que l’abstention n’aboutira, in fine, qu’à augmenter mécaniquement le score du chef du Kremlin. Depuis 2006, en effet, le seuil minimum de plus de 50 % de votants a été aboli. « Je suis ici pour montrer que l’opposition existe, mais je ne suis pas sûre que le boycott soit la meilleure solution », confiait timidement Karina, place Pouchkine.

Tout en apportant son soutien aux manifestations de dimanche contre le « spectacle » de l’élection présidentielle, le mouvement Russie ouverte, lancé par l’ex-oligarque Mikhaïl Khodorkovski, en exil en Europe, prône lui aussi un vote « pour tout autre candidat » que Vladimir Poutine, « plutôt qu’un boycott passif qui conférera une victoire incontestée à l’élite dirigeante ». « Il n’y a pas de boycott dans l’histoire qui ait conduit à un changement de pouvoir », souligne Alexandre Soloviev, président du mouvement.

« En dépit d’être le seul politicien véritablement remarquable en Russie aujourd’hui, Navalny ne parvient pas à rassembler tous les électeurs de l’opposition. Malgré tous ses efforts, il n’est pas Boris Eltsine, l’homme qui est devenu une figure unificatrice à la fin des années 1980, quand tout le monde a compris que la Russie devait rompre avec son idéologie communiste », note le politologue Andreï Kolesnikov, de la Fondation Carnegie à Moscou.

Alexeï Navalny doit en outre affronter une nouvelle concurrence avec l’arrivée dans le jeu de Ksenia Sobtchak, 36 ans. Certes, bien moins populaire, voire suscitant la méfiance d’une partie des « anti-Poutine », la fille de l’ancien maire de Saint-Pétersbourg Anatoli Sobtchak se pose elle aussi en opposante. Dimanche, en même temps que se déroulaient les manifestations des partisans de M. Navalny, la candidate s’est plantée seule sous l’œil de caméras avec une pancarte dans la ville de Grozny, en Tchétchénie. Elle réclamait la libération d’Ouioub Titïev, responsable de l’ONG des droits humains Mémorial, qui fait déjà l’objet, sur place, de multiples persécutions.

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dimanche 28 janvier 2018

RUSSIE : "Je n'ai pas l'impression d'avoir le choix" : ils témoignent de la mainmise de Poutine sur la présidentielle en Russie

"Moi, je ne vais pas prendre part aux élections. Je ne veux pas participer à cette farce." Pour Zoia Svetova, journaliste russe d'opposition, la décision est sans appel. Contactée par franceinfo, comme d'autres observateurs ou de simples habitants, elle qualifie l'élection présidentielle - qui va se dérouler en Russie le 18 mars prochain - d'"antidémocratique". Pour elle, ça ne fait aucun doute, Vladimir Poutine va être réélu car il n'y a pas "de vraie compétition". "Je pense que des gens vont sortir dans la rue pour manifester contre cela."

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mercredi 24 janvier 2018

Davos

 

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a mis l'accent sur les droits des femmes et l'égalité des sexes lors de son discours au Forum économique mondial de #Davos , en Suisse, le 23 janvier. @justinpjtrudeaua nommé des femmes à la moitié des postes dans son cabinet en 2015 et son explication succincte pour le faire - «Parce que c'est 2015» - a attiré l'attention internationale et les éloges. Le forum de Davos de cette année compte la plus forte proportion de femmes participant à l'événement, bien qu'elles ne représentent encore qu'un peu plus d'un participant sur cinq. Source vidéo: WEF Pool

 

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mardi 23 janvier 2018

Davos, le forum économique le plus politique de la planète

Par Isabelle Chaperon - Le Monde

Le World Economic Forum se tient du 23 au 26 janvier. Quelque 70 chefs d’Etat et de gouvernement doivent participer à ce rendez-vous prisé des patrons du monde entier.

Passage obligé de la grande caravane internationale, calé entre les réunions des Nations unies (ONU), de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, le Forum économique mondial (World Economic Forum, WEF) de Davos, qui se tient du 23 au 26 janvier dans les Alpes suisses, cristallise autant de fascination que de répulsion. Que s’y passe-t-il ? Ce concentré annuel de dollars et de pouvoir présente une réelle utilité, assurent les habitués. Même les moins suspects de partialité.

« Il y a beaucoup de bling-bling à Davos et nous avons des désaccords avec nombre de participants, mais, pour nous, cela constitue une occasion majeure de marteler auprès de Wall Street le message que l’économie mondiale ne saurait viser uniquement à augmenter les profits des entreprises », plaide le syndicaliste gallois Philip Jennings, secrétaire général d’UNI Global Union, fédération internationale qui représente 20 millions de travailleurs du secteur des services du monde entier. Avec quel succès ? « La lutte continue, mais les choses évoluent, comme le prouvent des discours comme celui de Larry Fink, le patron de BlackRock, le premier gestionnaire mondial d’actifs, sur la nécessaire valeur sociale des entreprises », se réjouit-il.

En fait, après avoir perdu de son lustre au moment de la crise financière de 2007-2008, vue comme la faillite des élites au pouvoir, le barnum des Alpes est revenu encore plus fortement sur le devant d’une scène mondiale de plus en plus éclatée. Preuve en est la venue attendue de la chancelière allemande Angela Merkel ou celle du président américain Donald Trump, rendue toutefois incertaine par la fermeture partielle (« shutdown ») des services de l’Etat fédéral aux Etats-Unis.

« Parce que c’est l’un des rares endroits au monde où se mélangent les continents, les générations, le public, le privé, son rôle est précieux », souligne Bertrand Badré, ancien directeur général de la Banque mondiale, fondateur du fonds Blue like an Orange, qui veut promouvoir le développement durable dans les pays émergents.

Vocation humaniste

En clair, si Davos n’existait pas, il faudrait l’inventer. Et c’est exactement ce qu’a fait un professeur d’université allemand, Klaus Schwab, 79 ans, en fondant le WEF en 1971. La machine derrière Davos s’affirme désormais comme l’équivalent d’une PME de 653 salariés à la croissance exponentielle, installée à Cologny, près de Genève, entre un golf et le lac Léman.

Là, le long des baies vitrées vertigineuses offrant une vue imprenable sur le Jura, des bataillons de jeunes gens (36 ans de moyenne d’âge) œuvrent à « améliorer l’état du monde ». C’est en tout cas la promesse revendiquée par cette fondation privée à but non lucratif, reconnue comme une institution internationale par la Suisse. Un statut à part, comme celui de la Croix-Rouge ou du Comité international olympique.

Au regard des 17 500 candidatures reçues en 2017 pour 120 postes ouverts, la place est prisée. Dans ce Babel sur Léman, 80 nationalités se côtoient. On y parle anglais, espagnol ou chinois, climat, diversité ou nouvelles technologies. « Avec mes trois passeports, je me croyais à part. J’ai vite réalisé que j’étais comme tout le monde ici », avoue Nico Daswani, Franco-Anglo-Indien, chargé du secteur arts et culture.

Comme les autres salariés, cet idéaliste croit dur comme fer à la vocation humaniste du forum, que ce soit en soutenant la formation d’un orchestre de jeunes musiciennes afghanes ou en favorisant un accord mondial contre la déforestation. « Franchement, oui, nous changeons le monde. C’est notre passion », s’enthousiasme le Marocain Wadia Ait Hamza, qui anime le programme des « Global Shapers », lancé en 2011 pour associer la jeunesse aux débats sur l’avenir de la planète.

Avec l’appui du WEF, quelque 7 000 jeunes même pas trentenaires mettent ainsi en œuvre des projets locaux dans 380 villes : à Vienne, une agence de recherche d’emploi pour les réfugiés, à Mogadiscio, une application pour collecter le sang après l’attentat d’octobre 2017… « On commence par faire bouger les villes et, à force, on finit par améliorer le monde », insiste M. Ait Hamza.

Mieux que « vu à la télé », « rencontré à Davos »

On est loin de Davos. Le Forum des neiges n’est en réalité que la figure de proue du navire, mais d’une stature tellement imposante qu’elle masque le reste, à commencer par le « Davos de l’été » en Chine, une demi-douzaine de forums régionaux et autres happenings à Durban ou à New York. Car le WEF, c’est d’abord un gigantesque club de rencontres, Klaus Schwab étant convaincu que plus les gens se connaissent, plus ils collaborent, au bénéfice de tous.

Frédéric Lemoine racontait ainsi lorsqu’il était patron de Wendel comment ses discussions répétées, d’un Davos à l’autre, avec le ministre de l’économie du Rwanda l’avaient conforté dans sa volonté d’investir en Afrique. Typique aussi : deux négociateurs du traité de libre-échange entre le Canada et la Colombie mis en œuvre en 2011 ont révélé que cet accord n’aurait jamais vu le jour s’ils n’avaient pas appris à se faire confiance au sein de la communauté des « Young Global Leaders », ces moins de 40 ans prometteurs sélectionnés chaque année par le WEF.

Mieux que « vu à la TV », il y a « rencontré à Davos ». Faisant partie des 335 entrepreneurs sociaux sélectionnés par la Fondation Schwab, « j’ai été invité trois fois à Davos et, depuis, les entreprises me regardent d’un autre œil », constate Sébastien Marot, qui a créé l’ONG de protection de l’enfance Friends-International rayonnant à partir du Cambodge. « Pour être honnête, je n’ai pas noué de contacts intéressants sur place. En revanche, j’ai participé à des forums régionaux en Asie qui m’ont été très utiles. »

Dès le départ, Klaus Schwab a eu l’idée d’orchestrer une sorte de gouvernance mondiale parallèle en rassemblant autour de la table des personnes qui se méfiaient les unes des autres. Par opposition aux très bureaucratiques réunions de l’ONU ou de la Banque mondiale, dominées par le politique, le WEF est parvenu, aux dires des participants, à créer un cadre d’échanges neutre, moins formel, où gouvernements, multinationales, ONG, Interpol ou l’Organisation mondiale du commerce palabrent sur un pied d’égalité.

« Un effet d’entraînement »

En sachant toutefois que « les entreprises financent la plate-forme pour les autres », explique Julien Gattoni, le directeur financier du forum. Les 1 300 sociétés dans la boucle payent cher, très cher, pour participer. Pour se donner bonne conscience ? « Aller à Davos, c’est comme aller à confesse », ironisait un ancien fidèle de la grand-messe. Certains dirigeants passent leurs journées cloîtrés, à négocier des contrats dans leur hôtel de luxe. Mais ils restent peu nombreux.

« En deux jours et demi, je peux voir une trentaine de patrons, de chefs de gouvernement, de ministres… Cela m’a permis de faire avancer des business concrets pour Total, témoigne Patrick Pouyanné, le PDG du groupe pétrolier. Mais l’intérêt de Davos va beaucoup plus loin. Ces rencontres, ces débats participent de la formation du patron. On réfléchit ensemble sur l’utilité sociale de l’entreprise ou les enjeux de la cybersécurité. Il y a là une intelligence collective très puissante, qui fait bouger les lignes. Je suis convaincu, en particulier, que la cause climatique a beaucoup progressé à Davos – en tout cas, c’est vrai chez les pétroliers qui ont créé leur club commun là-bas. »

La France, la première, s’est d’ailleurs servie du WEF pour rallier le soutien de l’industrie et de la finance à l’accord de Paris sur le climat, conclu en décembre 2015. « Nous nous sommes appuyés sur différents véhicules pour influencer le débat. Ce qui fait la spécificité du WEF, c’est l’accès au plus haut niveau dans les entreprises. L’effet d’entraînement est très impressionnant », relate un ancien de l’équipe COP 21. « En associant le secteur privé en amont, la France a ouvert une nouvelle voie diplomatique dont s’inspirent les initiatives en cours en matière de biodiversité ou de protection des océans », ajoute Dominic Waughray, chargé de la collaboration public-privé au WEF.

Soutenir une multitude de chantiers

Le défi pour Klaus Schwab et ses équipes consiste à entretenir la flamme toute l’année, et pas seulement durant Davos, en incitant les uns et les autres à soutenir une multitude de chantiers, du recyclage des batteries à la lutte contre la corruption.

« De nombreux experts d’Engie participent aux travaux du WEF, sur l’hydrogène ou la mobilité verte. On cherche collectivement des solutions aux problèmes du monde », relate Arnaud Erbin, directeur des relations internationales chez Engie. Mais sans le pouvoir réglementaire des Etats, la légitimité de l’ONU ou la force de frappe financière de la Fondation Bill-&-Melinda-Gates, « tout cela repose uniquement sur la bonne volonté, ce qui est une source d’espoir en soi », poursuit-il.

« On trouve au WEF exactement ce qu’on y apporte, résume Thierry Déau, fondateur du fonds d’infrastructures Meridiam. Il y a là-bas beaucoup d’énergie positive. Nous avons monté un club de PDG pour promouvoir des projets qui ont un impact fort en faveur du développement durable, de la Jordanie à l’Afrique du Sud. » Davos est souvent le point d’orgue pour évaluer toutes ces initiatives. Et en lancer de nouvelles.

Déjà, à Cologny, les plans pour construire un troisième bâtiment sont prêts. En mars 2017, un centre de recherche consacré à la quatrième révolution industrielle a vu le jour à San Francisco en Californie. D’autres annexes sont en projet. Le WEF se diversifie pour prouver qu’il existe en dehors de Davos.

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Macron en visite d'Etat bientôt aux Etats-Unis ?

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vendredi 19 janvier 2018

Des pêcheurs nord-coréens naufragés inquiètent le Japon

Par Philippe Mesmer, Wajima, envoyé spécial - Le Monde

Pyongyang cédant ses droits de pêche à la Chine, les bateaux nord-coréens doivent s’aventurer près de l’archipel, où d’aucuns redoutent l’arrivée d’espions.

Forte au cœur de l’hiver, la mer du Japon précipite ses rouleaux dentelés d’écume sur la côte de la péninsule de Noto. Des longues plages de sable blond ou des falaises de pierre couvertes de pins, on n’aperçoit guère de navires croisant sur ces eaux séparant l’archipel de la Corée. « Ce n’est pas la meilleure période pour sortir », reconnaît un pêcheur de Wajima, la principale ville de la péninsule nippone, située au nord du département d’Ishikawa.

Depuis l’automne, une certaine inquiétude s’exprime le long de la côte japonaise. Des « bateaux fantômes » sont retrouvés dérivant près des côtes ou s’y échouant. Ce sont des embarcations nord-coréennes en bois. Ainsi, le 20 décembre, à Shika, un pêcheur a découvert l’un de ces navires, bloqué sur les rochers d’une crique. Sur le pont traînaient les deux pavillons de détresse du code international des signaux maritimes. De l’équipage, nulle trace.

Peu se soucient du sort de ces marins bravant une mer difficile sur des bateaux fragiles et quasiment sans instruments de navigation. « Ils posent des problèmes car ils se livrent à de la pêche illégale, tempête Kenji Takaiwa, de l’association des coopératives de pêche d’Ishikawa. Ils sont un danger pour nous. » « Il faut faire attention à ne pas les heurter, confirme un pêcheur. Ce sont des bateaux fragiles, conçus normalement pour la navigation côtière. »

Plusieurs incidents

La présence des pêcheurs nord-coréens n’est pas exceptionnelle. Ils viennent par dizaines pêcher les calamars qu’ils font sécher sur des claies installées sur les ponts car ils n’ont pas de réfrigérateurs. A Wajima, certains prennent la situation avec philosophie : la mer du Japon est un espace de trafics divers depuis les temps anciens. Pendant la période d’Edo (1603-1868), le riche clan des Maeda, qui régnait sur une région connue alors sous le nom de Kaga, n’hésitait pas à braver l’interdiction de faire commerce avec l’extérieur pour importer du ginseng de Corée.

Mais en 2017, le nombre de « bateaux fantômes » a été particulièrement élevé. Les garde-côtes ont recensé 104 embarcations échouées ou à la dérive, plus que le record de 80 de 2013. 42 personnes ont été appréhendées et 35 corps retrouvés.

Et plusieurs incidents ont exacerbé les inquiétudes. Le 29 novembre, un bateau et son équipage ont été secourus à proximité d’un îlot au large de Matsumae, à Hokkaido. Les marins avaient volé du matériel trouvé à terre : groupe électrogène ou encore panneaux solaires entreposés dans un abri de l’îlot utilisé l’été par les pêcheurs locaux.

« Sont-ils des agents spéciaux ? »

En novembre également, huit marins ont été arrêtés à Yurihonjo (département d’Akita). Le lendemain de cet épisode, le quotidien local Akita Sakigake Shimpo s’interrogeait pour savoir s’ils n’étaient pas des espions. Le souvenir des enlèvements dans les années 1970 et 80 de Japonais par des agents nord-coréens était ravivé. « Je ne veux pas alimenter les peurs mais quel risque représentent ces gens, sont-ils des agents spéciaux ? », s’interrogeait le 5 décembre le député de l’opposition Testuro Fukuyama.

La crainte est d’autant plus vive que les incidents surviennent sur fond de tensions persistantes alimentées par le programme nucléaire de la Corée du Nord et ses tirs de missiles, dont certains ont survolé l’archipel. Le gouvernement utilise la crise pour augmenter ses dépenses de défense.

Le vice-premier ministre Taro Aso lui-même s’est saisi du sujet au plus fort de la crise avec Pyongyang, le 23 septembre, déclarant qu’en cas de conflit sur la péninsule coréenne, des milliers de réfugiés pourraient affluer sur les côtes japonaises. « Est-ce que la police pourra les gérer ? Faudra-t-il déployer les forces d’autodéfense et leur tirer dessus ? Il vaut mieux y réfléchir sérieusement », expliquait M. Aso, qui estimait à 100 000 le nombre de réfugiés potentiels.

Le nombre élevé de « bateaux fantômes » en 2017 serait une conséquence indirecte du renforcement des sanctions économiques ciblant la Corée du Nord. En manque de liquidités et ne pouvant plus exporter le produit de ses pêches, le régime multiplierait les cessions de droits sur ses propres ressources halieutiques à la Chine. En 2010, il avait accordé 250 droits de pêche en mer de l’Est (mer du Japon) mais en 2016, le régime cédait 2 500 autorisations, qui lui auraient rapporté, selon les services secrets sud-coréens, 82 milliards de wons (64,2 millions d’euros). En conséquence, les pêcheurs nord-coréens doivent aller toujours plus au large.

« Les poissons sont comme des balles et des obus »

Rentable, la pêche excite les convoitises en Corée du Nord. La chute en 2013 du puissant Jang Song-thaek (1946-2013), oncle du dirigeant Kim Jong-un, aurait été accélérée, d’après les services de renseignements du sud, par un incident autour de la propriété d’une société de Nanpo, le grand port voisin de Pyongyang, contrôlant les pêcheries en mer Jaune.

Sous Kim Jong-un, la Corée du Nord a fait de la pêche une priorité. Outre les sorties en haute mer, le régime soutient une importante activité d’aquaculture. Il maintient des quotas élevés et récompense les pêcheurs qui les atteignent. En novembre, le quotidien nord-coréen Rodong Sinmun les appelait à mener leur « importante bataille » pour y parvenir au cours de l’hiver. « Les poissons sont comme des balles et des obus », disait l’article.

Cette « pression » oblige les pêcheurs nord-coréens à prendre encore davantage de risques, avec des moteurs vétustes. Outre la nécessité de nourrir la population, il s’agit également de générer des revenus pour l’armée, qui gère cette activité. Le bateau arraisonné à Hokkaido portait la mention, en coréen, « 854e unité de l’armée du peuple ».

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lundi 15 janvier 2018

« Si Trump s’est fait élire en populiste, il gouverne désormais en ploutocrate »

Par Stéphane Lauer - Le Monde

Déréglementation financière, affaiblissement des administrations publiques ou des syndicats... Donald Trump ne fait que donner un coup d’accélérateur à un mouvement initié par Ronald Reagan dans les années 1980, relève notre éditorialiste Stéphane Lauer.

Un an après son investiture, Donald Trump est toujours en campagne. Même s’il vient de faire adopter sa première grande réforme en baissant massivement la fiscalité, le président américain a besoin de se rassurer. Au lendemain de ce vote, il a envoyé à ses partisans un message sous la forme d’un sondage. « Comment qualifieriez-vous ce que fait le Président Trump pour le peuple américain ? », demande l’enquête. Quatre réponses sont possibles : « Génial », « Bon », « Okay » ou « Autres ». Le but consiste à clouer le bec à ses détracteurs, qui persistent à véhiculer des « fake news », comme ces enquêtes d’opinion qui prétendent que cette réforme fiscale est désapprouvée par les deux tiers des Américains. La question était sans doute mal posée.

Pourtant, il suffit de regarder qui va bénéficier de « la plus grande baisse d’impôts de l’histoire », pour avoir une idée de la popularité potentielle de cette réforme. Selon le Tax Policy Center et le Joint Committee on Taxation, deux organismes non-partisans, ce sont les grandes entreprises et les 1 % les plus riches. Si M. Trump s’est fait élire en populiste, il gouverne désormais en ploutocrate. Sa victoire s’est construite grâce aux messages destinés aux « oubliés » de l’Amérique, ces « petits Blancs » de l’intérieur du pays, qui se sentent marginalisés par la marche du monde. Un an plus tard, sa réforme fiscale risque de creuser les inégalités et de saper un peu plus les fondements de la démocratie américaine.

Les bénéfices des entreprises sont à un plus haut historique ? Qu’à cela ne tienne, l’impôt sur leurs profits va baisser d’un tiers ! Le taux marginal pour les hauts revenus était à 39 % contre 70 % quand Ronald Reagan est arrivé au pouvoir en 1980 ? Baissons-le encore un peu plus à 37 % ! Les droits de succession ne concernaient que 0,2 % des foyers fiscaux ? C’était encore trop : la nouvelle loi double le plancher d’exonération à 11 millions de dollars (9 millions d’euros). Le rêve américain est en train de devenir synonyme de rente.

Complicité de la majorité républicaine

Le pire, c’est que si les réductions d’impôts pour les entreprises sont pérennes, celles pour l’Américain moyen sont temporaires. Comme le carrosse de Cendrillon, elles se transformeront en citrouille en 2026, le temps sans doute pour les Républicains de passer sereinement les élections de mi-mandat, voire la prochaine présidentielle. Last but not least, M. Trump s’est bien gardé de supprimer la niche fiscale dite du « Carried Interest », qui permet aux dirigeants de fonds d’investissement de payer proportionnellement moins d’impôts que leur secrétaire, et qu’il qualifiait quand il était candidat d’« injuste pour les travailleurs américains ».

Tous ces cadeaux aux plus fortunés ont, bien entendu, un coût. Le déficit budgétaire va ainsi se creuser de plus de 1 000 milliards d’ici à 2028. Mais les Républicains se disent prêts à tailler dans les programmes sociaux pour compenser. Non contents de ramasser les miettes de la réforme fiscale, les plus pauvres la financeront. Les cyniques diront qu’il n’est pas étonnant qu’un magnat de l’immobilier gouverne selon ses propres intérêts. Mais la dérive ploutocratique a nécessité la complicité de la majorité républicaine. « Trump est peut-être un chien fou, mais c’est notre chien », disaient certaines figures du Grand Old Party pendant la campagne de 2016.

LES CYNIQUES DIRONT QU’IL N’EST PAS ÉTONNANT QU’UN MAGNAT DE L’IMMOBILIER GOUVERNE SELON SES PROPRES INTÉRÊTS

Si le populisme est largement resté au stade de la rhétorique, qu’il s’agisse du protectionnisme ou de l’immigration, la ploutacratie connaît son avénement. La réforme fiscale n’en est que l’exemple le plus caricatural. Qu’il s’agisse de la déréglementation financière, de l’affaiblissement des administrations publiques ou du travail de sape à l’encontre de la représentation syndicale, empêchant les revendications salariales de s’exprimer, M. Trump ne fait qu’accélérer un mouvement engagé depuis 1980 et que la parenthèse Obama n’a ralenti qu’à la marge.

Habile lobbying de plus en plus richement doté

Cette évolution est simplement concomitante au rôle grandissant que l’argent joue dans la politique. Le déplafonnement des dons a ouvert un boulevard aux plus riches pour peser sur le débat démocratique. Lors de la dernière campagne présidentielle, moins de 25 000 donateurs (0,01 % de la population américaine) ont apporté 40 % des financements. En 1980, ce n’était que 15 %, selon Adam Bonica, professeur à Stanford. Le Congrès se fait et se défait également à coups de millions. Sur les 541 parlementaires recensés par le site Roll Call, 200 sont millionnaires.

Pendant longtemps, l’influence de l’argent s’est exercée à travers un habile lobbying de plus en plus richement doté. Celui-ci a permis de diminuer constamment l’impôt sur le capital, tandis que les revenus de l’immense majorité faisaient du surplace. Le pouvoir d’achat de ceux qui touchent le salaire minimum est ainsi inférieur de 10 % à ce qu’il était en 1968.

LES RICHES INFLUENCEURS SONT CARRÉMENT ENTRÉS AU GOUVERNEMENT

Mais avec M. Trump, une nouvelle étape a été franchie. Il avait promis d’« assécher le marais » des lobbyistes à Washington. Pourtant, les riches influenceurs sont carrément entrés au gouvernement, qui n’a jamais compté autant de milliardaires. En 1835, Alexis de Tocqueville commençait De la Démocratie en Amérique par ces lignes : « Parmi les objets nouveaux qui, pendant mon séjour aux États-Unis, ont attiré mon attention, aucun n’a plus vivement frappé mes regards que l’égalité des conditions. » Désormais, n’est-ce pas l’inégalité qui saute aux yeux ?

En 1863, dans son célèbre discours de Gettysburg, Abraham Lincoln avait défini la démocratie comme « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». L’Amérique de Trump pourrait se résumer aujourd’hui par « le gouvernement des riches, par les riches, pour les riches ». En attendant, le peuple peut toujours cocher la case « Autres » pour donner son avis.

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lundi 8 janvier 2018

Macron en quête de réciprocité pour sa visite en Chine

Par Brice Pedroletti, Pékin, correspondant, Bastien Bonnefous - Le Monde

Le chef de l’Etat veut établir avec Pékin un partenariat au long cours et rééquilibrer les échanges commerciaux.

Emmanuel Macron aime construire sa diplomatie au gré de symboles historiques et politiques forts. Le choix de Xi’an, la ville où le président français entame, lundi 8 janvier, sa première visite d’Etat en Chine – et en Asie – en est un : la capitale du Shaanxi, connue pour son armée enterrée de guerriers en terre cuite, se veut la terre d’origine de la famille du président chinois Xi Jinping. C’est là que M. Macron, qui appelait dans son livre Révolution (XO Editions) à voir en la Chine une « chance » plutôt qu’un « péril », prononcera un discours sur les relations franco-chinoises, le patrimoine et l’avenir du multilatéralisme.

C’est à Pékin, en revanche, qu’auront lieu les rencontres avec les dirigeants politiques, les acteurs de la culture, de l’économie et du monde de l’entreprise. Les séances de travail sont prévues mardi 9 avec Xi Jinping, mais aussi avec le premier ministre Li Keqiang. Premier chef d’Etat européen à se rendre en Chine après le 19e congrès, qui a renouvelé pour cinq ans le mandat de M. Xi à la tête du Parti communiste, le président français se veut porteur d’un projet de refondation de l’Europe. C’est donc « le moment opportun pour aller discuter avec Xi Jinping alors que la Chine veut renforcer sa place dans la gouvernance mondiale », explique-t-on à l’Elysée.

Cette visite sera aussi l’occasion de signer plusieurs accords économiques et culturels et d’approfondir le « partenariat stratégique global » entre les deux pays, autour de « coopérations structurantes » au long cours dans l’aéronautique et le nucléaire, mais surtout, espère-t-on à Paris, autour de nouvelles convergences dans les secteurs liés à la lutte contre le réchauffement climatique. La France souhaite aussi raffermir sa position sur les marchés prometteurs de l’agroalimentaire, des nouvelles technologies ou de l’économie du vieillissement.

« Les sujets carbone »

M. Macron entend profiter du retrait contraint d’Angela Merkel de la scène européenne, du fait de ses difficultés à former une coalition en Allemagne, pour évoquer au nom de la France mais aussi de l’UE « les grands défis mondiaux actuels » avec son homologue chinois. Au menu des échanges, la crise avec la Corée du Nord et la lutte contre le financement du terrorisme avec la sollicitation de l’appui de la Chine à la force antidjihadiste G5 Sahel en cours de développement.

Sur le front du réchauffement climatique, Pékin est vu également comme « jouant désormais un rôle-clé » après la décision des Etats-Unis de sortir de l’accord de Paris sur le climat. « Ce sera pour moi l’occasion de parler de l’implication de la Chine dans la lutte contre le réchauffement climatique, je souhaite que l’on puisse travailler sur les sujets carbone liés à la Chine », a expliqué M. Macron, mercredi 3 janvier. La Chine se pose en exécuteur exemplaire de l’accord de Paris : elle multiplie les initiatives, comme l’annonce fin décembre de la création d’un marché carbone.

Comme d’autres avant lui à l’Elysée, le chef de l’Etat a l’ambition de « rééquilibrer » les relations commerciales entre les deux pays. Un problème lancinant : lors de la dernière visite de François Hollande en Chine en 2015, ce déficit était de 25 milliards d’euros. Il approche désormais les 30 milliards – le plus lourd du commerce extérieur français. Face à ce gouffre qui se creuse, l’Elysée met en avant la « volonté de réciprocité du président pour l’accès au marché chinois » et des conditions de concurrence souhaitées plus « équitables ».

M. Macron, comme ministre de l’économie début 2016, avait appelé l’Europe à faire front face au déferlement d’acier chinois à bas prix. Aussitôt élu président, il avait cherché à convaincre ses partenaires européens de mieux contrôler les investissements stratégiques chinois en Europe. L’Europe, depuis, travaille à une plus grande coordination des régimes nationaux. Attirer des investissements chinois en France n’en est pas moins, aussi, une priorité, assure l’Elysée.

Le président français, qui sera accompagné par plus de cinquante chefs d’entreprises, espère aussi récolter des contrats. « Dans l’aéronautique, le nucléaire civil, le numérique, l’économie du vieillissement, nous aurons un nombre exceptionnel d’accords stratégiques signés, environ une cinquantaine », prédit l’Elysée.

Un fonds pour les PME

Paris attend notamment des ventes d’Airbus et de moteurs Safran, un accord avec Areva pour la construction d’une usine de retraitement de déchets radioactifs – un dossier vieux de dix ans aujourd’hui en phase de négociation finale – ou l’implantation de maisons de retraite avec le groupe Orpea. Dans l’agroalimentaire, les espoirs se portent sur une ouverture « d’ici quelques mois » du marché chinois à la viande bovine française, des facilités d’enregistrement pour les vins et spiritueux, qui représentent 50 % des exportations françaises d’agroalimentaire en Chine, et la levée de l’embargo sur la volaille. Les deux pays devraient par ailleurs annoncer la mise en place d’un nouveau fonds franco-chinois pour les PME.

Accompagné de son épouse Brigitte Macron, de plusieurs ministres et de parlementaires comme le sénateur Jean-Pierre Raffarin, « grand ami de la Chine », et par l’ex-président de la COP21 Laurent Fabius, Emmanuel Macron évoquera à Xi’an le projet des « nouvelles routes de la soie », cher à Xi Jinping. La renaissance de ces routes historiques, dont Xi’an était un carrefour, en un vaste programme d’infrastructures et d’équipements allant jusqu’à l’Europe, est appelée à avoir un impact majeur sur les équilibres économiques et géopolitiques de demain.

Selon l’Elysée, M. Macron devrait insister sur l’importance de travailler sur des projets communs, avec « comme état d’esprit » de « regarder les mérites propres de chaque projet », selon les propositions communes des pays européens édictées lors du Forum des routes de la soie, à Pékin, en mai 2017. La délégation européenne avait proposé à la Chine l’adoption de règles de gouvernance les plus vertueuses possibles, sans toutefois obtenir d’engagement de la part de Pékin.

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