In memorem : Épris de liberté, Marc Riboud s’en est allé
Disparition. Le photographe est décédé mardi, à l’âge de 93 ans, des suites d’une longue maladie. Ses clichés ont immortalisé les grands tournants du XXe siècle.
Il avait l’œil qui pétille et la curiosité des grands voyageurs. Le talent dans le viseur et l’art du noir et blanc. Une sensibilité bonhomme.« Je photographie comme un musicien chantonne » , disait-il. Marc Riboud, l’un des plus grands photographes de presse, s’est éteint, mardi. Discrètement, à son image. Né en 1923 à Saint-Genis-Laval, près de Lyon, au sein d’une famille de banquiers et d’industriels, Marc Riboud s’est vu offrir son premier appareil photo par son père alors qu’il avait 14 ans. Un Kodak Vest-Pocket .Il est alors très timide.« Si tu ne sais pas parler, tu sauras peut-être regarder » , lui dit-il. Bien vu. C’est le déclic. Après plusieurs années d’études et une brève carrière d’ingénieur, le jeune homme se cherche de nouveaux horizons. Lointains, de préférence. L’Inde, la Chine, le Japon…« C’était un photographe-promeneur » , rappelle sur Franceinfo Alain Genestar, le patron du magazine de photojournalisme Polka . Pas de mise en scène, pas de recadrage. Il compose, mais ne triche pas. S’accroche aux lignes et se joue des structures de fer. Le temps et l’espace sont capturés en un seul mouvement. Suspendus, en équilibre, comme Zazou, ce Peintre sur la tour Eiffel , sa première publication dans le magazine Life (1953). Il restera l’un de ses clichés les plus connus, avec La Fille à la fleur (1967), l’image d’une militante opposée à la guerre du Vietnam face à des soldats en arme à Washington.
Délicatesse
Marc Riboud aime les gens, mais il les garde à distance. Sur les chantiers de construction comme sur les manifestations. On ne les voit d’ailleurs que rarement de face.« Pas besoin de se fondre dans ce que l’on regarde, justifie-t-il.De se faire mineur pour photographier les mineurs, musulman pour photographier l’islam, lama pour aller au Tibet. Si on devient l’autre, comment avoir la surprise de l’autre ? » On peut avoir de l’empathie, être fraternel et garder du recul. Riboud se fait grand reporter d’une actualité qu’il traite avec délicatesse. Entré dans la prestigieuse agence Magnum à l’invitation d’Henri Cartier-Bresson et de Robert Capa, ses mentors, il raconte la construction du paquebot France à Saint-Nazaire, en 1959. Couvre les conflits pour l’indépendance en Algérie et en Afrique noire dans les années 1960. Photographie Fidel Castro à Cuba en 1963. Il est aussi l’un des rares photoreporters présents au Vietnam en 1968 et 1969. Président de Magnum de 1974 à 1976, il quitte l’agence en 1979 parce qu’il« n ’aime pas la compétition pour la gloire » qui s’y développe, selon ses mots. Partir encore. Comme de son milieu, comme de sa famille, comme de son pays. Parce que la vraie vie n’a pas d’attaches, que la liberté compte plus que tout. Et que les plus beaux moments, comme les plus belles photos, n’attendent que le moment d’être déclenchés. À 93 ans, Marc Riboud s’offre un dernier voyage. Celui de l’infini. Article de Katia MALARET.

























