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Jours tranquilles à Paris

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11 janvier 2016

David Bowie, 69 ans, est mort des suites d'un cancer

David Bowie est mort après 18 mois de combat contre un cancer, annonce son site officiel, lundi 11 janvier. "Il est mort en paix, entouré de sa famille", est-il écrit. Sa mort a été confirmée par son agent à plusieurs médias dont Sky News et Hollywood Reporter. L'artiste britannique était âgé de 69 ans

Voir mes précédents billets sur David Bowie :

DAVID BOWIE IS...sur les quais de la...    04/05/2015

David Bowie is...       28/04/2015   

David Bowie - exposition - save the date     21/02/2015      

Save the date - David Bowie 20/02/2015    

Save the date...DAVID BOWIE      14/02/2015

Beau comme Bowie   26/08/2013

Save the date : David Bowie (exposition)    09/08/2013

Marion Cotillard in David Bowie’s “The...   09/05/2013    

Exposition à Londres : David Bowie            22/03/2013

"Beau oui comme Bowie"      11/03/2013

A la manière de...       13/01/2013

David Bowie  11/01/2013       

Kate Moss et David Bowie par Ellen von...  12/09/2012

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11 janvier 2016

L’art du combat d’Ai Weiwei

Emprisonnée par Pékin jusqu’en juillet 2015, la star chinoise de l’art contemporain vit et travaille désormais à Berlin. Mais c’est à Paris qu’elle expose, dès le 16 janvier 2015.

Par Philippe Dagen

On n’entre pas dans l’atelier d’Ai Weiwei à Berlin, on y descend. Derrière une porte de fer, un long escalier s’enfonce droit entre deux murs. Architecture industrielle ancienne : en arrivant à l’adresse indiquée, on se trouve dans un espace à ­moitié terrain vague à moitié parking, entre des bâtiments d’usine, les uns restaurés, les autres encore dans leur état d’autrefois, du temps où Prenzlauer Berg était un quartier de Berlin-Est, l’un des moins détruits par la guerre.

Sans doute est-ce pour cette raison qu’en pénétrant dans les étages inférieurs de la Brauerei, brasserie où Ai Weiwei a établi son quartier général, on a d’abord l’impression de se trouver soudain dans une gravure du XIXe siècle : des voûtes de briques jaunes, des galeries le long desquelles s’ouvrent des alvéoles.

Les tonneaux de bière y étaient stockés jadis. Ils ont été remplacés par les caisses où sont conservées les œuvres de l’artiste entre deux expositions. La prochaine, « Child’s Play » (Jeu d’enfant), se tient à Paris à partir du 16 janvier. Ai Weiwei déploie, au Bon Marché Rive Gauche, des cerfs-volants d’oiseaux fabuleux et des dragons en fibres de bambou.

Emprisonné à Pékin, célébré à Berlin

Au terme d’un itinéraire souterrain, le visiteur retrouve, tombée d’une verrière, la lumière du jour. Elle éclaire une salle qui sert aux réunions de l’équipe qui travaille pour Ai Weiwei et aux cours qu’il donne à ses élèves de l’Université des arts de Berlin. Pour trois ans, il y est visiting professor, invité par l’Einstein Foundation.

La proposition lui avait été faite en avril 2011, mais il n’avait pu l’honorer. Et pour cause : assigné à résidence le 5 novembre 2010, arrêté et emprisonné du 3 avril au 22 juin 2011, à nouveau assigné à résidence ensuite, il ne s’est vu restituer son passeport que le 22 juillet 2015, ce qui lui a permis de quitter la Chine, de rallier Berlin et d’y commencer son enseignement le 1er novembre.

Plus d’une centaine d’élèves ont déposé leur candidature pour sa master class. Il en a choisi douze, qui viennent l’écouter et présenter leurs projets dans cette grande salle. Trop grande, trop vide pour deux personnes, décide-t-il en entrant. Deuxième itinéraire, des couloirs, des escaliers jusqu’à une pièce de proportions plus réduites, au niveau du sol cette fois : la baie ouvre sur un jardin.

En s’approchant pour regarder par la fenêtre, on découvre que, tout le long de son rebord intérieur, sur quatre ou cinq mètres, est disposée une collection de téléphones mobiles, de smartphones, d’iPads et autres tablettes numériques. Ils ont un point commun : leur écran de verre est fendu, ébréché ou crevé. Ces machines sont inutilisables. « Les uns, je les ai trouvés dans la rue ; j’en ai acheté d’autres aux puces. Ce sont des éléments très intéressants : des morceaux du monde moderne. » Mais qu’en fera-t-il ? « Je n’en sais encore rien. » Il ne doute pas que la solution plastique lui apparaisse tôt ou tard.

Exposé dans tous les sens du terme

Ainsi s’offre l’occasion de se faire expliquer comment il travaille, son emploi du temps quotidien. Il se lève vers 6 heures du matin. « Je commence par me reconnecter à la réalité : je lis les e-mails arrivés dans la nuit, les messages des internautes, je regarde Twitter, Instagram. »

Quand arrivent ses assistants, commencent les réunions : examiner les propositions d’exposition, discuter des travaux en cours, s’entendre avec tous les praticiens qui travaillent à la production de ses pièces. « Parfois, il faut changer, argumenter, améliorer les idées, corriger les erreurs. »

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Ai Weiwei devant son atelier berlinois, dans le quartier de Prenzlauer Berg. MUSTAFAH ABDULAZIZ POUR "M LE MAGAZINE DU MONDE"

De la conception à l’exécution d’un projet, il faut au moins deux ans, estime-t-il. Il y a aussi toute la part publique, que son immense notoriété d’activiste des droits de l’homme a rendue de plus en plus importante dans ses journées : les interviews pour parler des droits de l’homme en Chine et dans le reste du monde, les invitations à participer à des festivals ou des colloques. « Tantôt, je me sens comme un médecin qui reçoit ses patients les uns après les autres, chacun avec ses propres problèmes ; tantôt, comme une sorte de surintendant qui doit gérer toutes sortes de situations. »

Jusqu’à cet instant, rien dans son attitude ni dans ses propos ne différencie Ai Weiwei de ses confrères artistes qui, ayant accédé comme lui à une notoriété internationale, quasi universelle, doivent répondre à d’innombrables sollicitations et se sont entourés d’une équipe d’assistants spécialisés. Du reste, l’une des siennes, chargée des relations publiques, a demandé à pouvoir assister à la conversation et prend des notes avec sérieux dans un cahier.

“Internet a tout changé de ma vie et de mon identité. Il m’a nourri. M’a ouvert des espaces où je n’aurais jamais imaginé aller.”

D’une pièce voisine, on entend de temps en temps la rumeur d’une conversation ou la sonnerie d’un téléphone. En passant, on a aperçu des silhouettes jeunes devant des écrans d’ordinateur : le spectacle, devenu habituel aujourd’hui, de l’atelier cabinet d’études et siège d’entreprise, très loin des clichés de la bohème ou du Bateau-Lavoir. Jusqu’alors, Ai Weiwei lui-même s’est montré à la fois courtois, serein et distant – comme tout professionnel, à l’instar de son ami Anish Kapoor. L’intervieweur n’est pas loin de s’inquiéter de ce professionnalisme impeccable, qui ne promet guère de surprises.

Laquelle surprise surgit soudainement, sans qu’on l’ait provoquée. Monologuant, Ai Weiwei revient sur les premières heures de sa journée, Internet, les systèmes de communication. Et poursuit : « C’est un grand privilège de vivre ainsi depuis quinze ans. Internet a tout changé de ma vie et de mon identité. J’ai trouvé une unité qui rassemble tout ce qui était là auparavant. Avant 40 ans [il est né en 1957], j’étais sans direction. J’allais ici et là, sans plan. Soudain, en 2000, je suis devenu quelqu’un d’autre. Internet m’a nourri. M’a ouvert des espaces où je n’aurais jamais imaginé d’aller. C’est devenu de plus en plus fort. »

Et il s’est trouvé de plus en plus exposé, dans tous les sens du terme : les expositions de ses œuvres se sont multipliées en dehors de la Chine à mesure qu’il se faisait connaître plus largement, et ses activités ont fini par attirer l’attention des autorités chinoises – jusqu’à l’affrontement, qui a commencé en 2008 et culminé avec son incarcération.

Ennemi d’Etat

L’événement crucial a lieu le 12 mai 2008 : ce jour-là, un tremblement de terre frappe la région du Sichuan, tuant autour de 90 000 personnes et en forçant 5 millions à se déplacer. Parmi les morts, écoliers et lycéens sont particulièrement nombreux, écrasés sous les décombres d’écoles et de collèges bâtis sans aucun respect des normes de sécurité.

Un peu plus d’un an plus tard, la police chinoise rend inaccessible le blog de l’artiste parce qu’il a commencé à publier le nom des jeunes victimes du séisme et des articles d’investigation dénonçant les conditions de construction et la corruption des entreprises et des autorités locales.

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C’est dans une ancienne brasserie de l’ex-Berlin-Est qu’Ai Weiwei a pris ses quartiers. MUSTAFAH ABDULAZIZ POUR "M LE MAGAZINE DU MONDE"

Or, au même moment, Ai Weiwei est engagé dans la construction d’un grand atelier dans le district de Jiading, à la périphérie de Shanghaï, à l’invitation de la municipalité de la mégalopole. Il raconte : « Quand j’ai reçu leur proposition, j’ai d’abord refusé, par méfiance envers les autorités. Ils sont revenus et leur demande m’a paru sincère. Ils m’ont convaincu d’accepter. J’ai vu l’endroit, j’ai obtenu des assurances de leur part, j’ai dessiné le plan de l’atelier. Le chantier a duré de 2008 à 2010. Mais, au cours de ces deux ans, de nombreux événements ont eu lieu et je suis devenu un ennemi de l’Etat. “Ce type est dangereux, pensaient-ils. Il va profiter de l’Exposition universelle à Shanghaï [qui s’est tenue en 2010] pour protester.” Mon image était devenue trop sympathique auprès des jeunes, et eux ne savaient plus quoi faire : ils étaient débordés par Internet. Donc, ils ont décidé de détruire l’atelier. »

Il aurait été possible de trouver d’autres solutions, affirme-t-il, par exemple transformer l’atelier en lieu pour les artistes de Shanghaï, comme il l’a proposé. « Mais non. Ils devaient absolument le détruire. » Les représentants de la municipalité viennent s’excuser auprès de lui, mais « ils devaient s’exécuter », lui ont-ils dit.

Partie d’échecs

Ai Weiwei imagine alors une fête pour « célébrer » la destruction de l’atelier, une fête au cours de laquelle seront servis des crabes de rivière, mets particulièrement renommé. Plus d’un millier de personnes, venant de plus de vingt régions de Chine, sont invitées par e-mail – « partout, y compris au Tibet et à Taïwan ». La police, naturellement, n’apprécie pas l’idée. « C’est comme dans une partie d’échecs : ils avaient fait un faux mouvement. Alors ils m’ont arrêté et ont annulé la fête. »

Ai Weiwei se voit signifier l’interdiction de quitter Pékin ce jour-là. Mais les autorités de Shanghaï n’empêchent pas le déroulement des festivités : plus de 800 personnes dégustent les crabes, dont le nom en chinois, he xie, peut aussi s’entendre comme l’adjectif « harmonieux ».

Le châtiment ne tarde pas : « Quelques jours plus tard, on m’a téléphoné du village voisin pour me dire que les engins de démolition venaient d’arriver. » Il se précipite pour constater qu’il ne reste plus rien : « Ils ont tout détruit en une journée. »

Une performance technique, en raison des dimensions et de la nature du bâtiment. « Tout a été enlevé très vite. Mais nous avons pu apprendre où étaient stockés les débris. » Avec une partie de ces débris, il a construit un parallélépipède de briques, à l’intérieur duquel est prise la structure en bois d’un lit ancien chinois. Le contraste entre les montants délicatement ouvragés et la brutalité des moellons entassés est parfaitement efficace.

Installations monumentales

La pièce a figuré dans son exposition à la Royal Academy of Arts de Londres à l’automne 2015, que beaucoup tiennent pour l’une des plus remarquables de l’année et pour une éblouissante démonstration de ce qu’Ai Weiwei peut faire avec de simples objets ou débris. On s’explique mal qu’aucun musée parisien – Palais de Tokyo ou Centre Georges-Pompidou, par exemple – n’ait tenté de la reprendre.

D’autant qu’Ai Weiwei dit volontiers ce qu’il doit à l’artiste français le plus influent du XXe siècle : « Marcel Duchamp m’a appris que l’art est d’abord une activité mentale : sa leçon m’a beaucoup influencé. Je vis dans un monde où tout est politique. Donc je prends des objets dans ma propre expérience politique et je les place dans l’espace public. Leur fonction change, leur identité aussi. Que ma réponse soit puissante, c’est tout ce qui compte pour moi. Je ne me soucie pas de savoir si ce que je fais relève ou non de ce que l’on appelle l’art. Mon but est de communiquer avec le “regardeur”. »

Ready-made symboliques, installations monumentales et messages diffusés par Internet répondent de façons différentes à cette nécessité. Il n’y a pas, d’un côté, Ai Weiwei l’artiste, dont les œuvres se voient dans les galeries, biennales et musées et, de l’autre, Ai Weiwei le rebelle des réseaux sociaux, mais un homme qui a donc trouvé son identité.

Désormais, il l’énonce : « Un artiste est un individu indépendant qui exerce son jugement à partir de positions esthétiques et philosophiques, et qu’il met en forme pour pouvoir communiquer avec les autres. L’artiste doit transformer les conditions d’expression. Dans l’inconscience générale, l’artiste doit être conscient. »

Conscient de la souffrance d’abord : quelques jours après avoir tenu ces propos, Ai Wei Wei s’est rendu sur l’île de Lesbos où abordent ceux des réfugiés syriens ou afghans qui ne meurent pas noyés. Il a posté sur le Net des photos de gilets de sauvetage et donné une conférence de presse, le 1er janvier, pour dire sa volonté d’ériger un monument aux migrants disparus.

Ce voyage, cette déclaration mettent en pratique sa conception politique et éthique de la responsabilité de l’artiste. Au fil de la discussion, une référence revient à la mémoire de l’artiste : « L’existentialisme est un humanisme. J’avais oublié le titre du livre de Jean-Paul Sartre, c’est votre question qui me le remet en mémoire. Je l’ai lu autrefois et c’est resté en moi. »

Mais définition faussement simple, car difficile à mettre en pratique : il le sait. A toute époque, en tout lieu, l’artiste se trouve confronté à des pouvoirs, avec lesquels il doit composer ou contre lesquels il doit se battre. « L’art est lié au pouvoir. Il est souvent à son service. A la Renaissance, quand les artistes travaillaient pour le pape, ils dépendaient d’un pouvoir religieux et économique. Lorsque Monet peint ses Nymphéas, il dépend de la demande du marché, si grand peintre soit-il. Il ne peut s’abstraire entièrement de la part commerciale de son activité. »

Soutenu dans le monde entier

Lui-même a collaboré avec les autorités chinoises, a longtemps été traité par elles avec une infinie considération et a participé à la construction du National Stadium pour les Jeux olympiques de Pékin, en 2008. Puis tout s’est précipité. Précipité au sens premier du mot : « Durant les dix dernières années, j’ai été comme quelqu’un qui descend la pente d’une montagne, de plus en plus vite. Je ne pouvais pas m’arrêter. Je devais continuer, sans savoir où cela me mènerait. »

Cela l’a mené en prison, une expérience dont il a tiré les scènes de S.A.C.R.E.D., un diaporama autobiographique en six boîtes montré d’abord à la Biennale de Venise en 2013, puis à nouveau à Londres en 2015. On y voit son incarcération et ses interrogatoires. « Les policiers me disaient : “Ai Weiwei, tu vois trop de films d’Hollywood. Tu es fou de t’attaquer à nous.” Ils m’ont fait aussi du chantage à la famille. Puis, ils ont songé à m’accuser de fraude fiscale, afin de me faire passer pour un voleur. Mais, dans la Chine actuelle, qui les croirait ? »

“L’Allemagne m’a beaucoup défendu. Je suppose que cela devenait ennuyeux pour la Chine, car diplomatie et économie se rejoignent souvent.”

Il a été finalement libéré et, après plus de trois ans, son passeport lui a été rendu. « Je comprends pourquoi j’ai été arrêté, mais alors pourquoi m’avoir rendu mon passeport ? Je ne le sais pas. Je suis resté très actif pendant toutes ces années. J’ai reçu de l’aide de partout, ce qui a été un énorme soutien pour moi. L’Allemagne m’a beaucoup défendu. A chaque discussion avec des officiels chinois, ses dirigeants parlaient de moi, ils posaient des questions sur ma situation. Je suppose que cela devenait ennuyeux pour la Chine, car diplomatie et économie se rejoignent souvent. J’avais tant de défenseurs à l’extérieur, mon image était très présente : c’est une raison. »

Il en avance une autre : « Il était difficile de s’en prendre à moi, à cause de mon père. » Son père, l’écrivain Ai Qing (1910-1996), fut emprisonné en 1932 par le Kuomintang. Auteur de nombreux poèmes révolutionnaires, il dirigea, dans les premières années de l’ère maoïste, l’Institut central des beaux-arts. Mais, suspecté d’être un « droitier », il fut déporté en 1958 et exilé dans le Xinjiang jusqu’à la mort de Mao, en 1976. Ses œuvres, son engagement politique et la persécution qu’il a subie au temps de la Révolution culturelle ont fait de lui une figure de référence dont la gloire a protégé son fils, pense ce dernier.

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 MUSTAFAH ABDULAZIZ POUR "M LE MAGAZINE DU MONDE"

Et voici donc qu’Ai Weiwei se met à parler de ce père légendaire et de Paris, qu’il a connu à travers les récits paternels et la lecture d’Hugo et de Balzac. La ville qu’il va revoir ce mois-ci, le temps d’y préparer son exposition, ne ressemble plus à celle que décrivaient ces auteurs, il le sait et n’est pas loin de le regretter. Mais il veut aller sur les traces d’Ai Qing.

Celui-ci, étudiant, séjourna à Paris entre 1929 et 1932. Il y apprit le français et traduisit en chinois Les Villes tentaculaires, le plus célèbre recueil de poèmes d’Emile Verhaeren. Avec quelque difficulté, son fils retrouve le titre du livre. « En fait, tout est parti de Paris. Quand il en est revenu, mon père était devenu un révolutionnaire et il a été aussitôt arrêté. »

A moitié riant, à moitié sérieux : « Cette histoire a donc commencé en France. Les droits de l’homme, c’est la Révolution française. C’est pour ces droits que nous devons nous battre, au nom de l’humanité et de l’humanisme. Sinon, il n’y a plus d’êtres humains, il n’y a que des masses. Il ne faut jamais l’oublier. J’ai eu beaucoup de chance : je suis encore en vie, je peux travailler. Ils ne m’ont pas détruit. »

« Child’s Play » (Jeu d’enfant), une exposition d’Ai Weiwei au Bon Marché Rive Gauche, 24, rue de Sèvres, Paris 7e. Du 16 janvier au 20 février.

 

10 janvier 2016

Le Cinéma d'Etel - Morbihan

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10 janvier 2016

VOGUE

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10 janvier 2016

Violences du Nouvel An à Cologne : le nombre de plaintes dépasse désormais les 500

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Photo ci-dessus : Milo Moiré manifestant à Cologne

Après les violences du Nouvel An à Cologne le nombre de plaintes est passé à 516, dont environ 40 % pour des faits d’agression sexuelle, a fait savoir la police dimanche 10 janvier. Dix-neuf personnes sont pour l’instant considérées comme suspectes, a poursuivi la police dans un communiqué.

Cette nuit-là, des dizaines d’hommes agissant en bandes s’en étaient pris à des femmes en plein centre-ville, au milieu d’une foule masculine estimée au total à un millier de personnes.

Des violences probablement planifiées selon le ministre de la justice allemand

Ces violences qui ont scandalisé l’Allemagne ont très vraisemblablement été coordonnées et planifiées, a estimé dimanche le ministre de la justice, Heiko Maas, dans une interview au quotidien Bild :

« Quand une telle horde se rassemble pour enfreindre la loi, cela paraît sous une forme ou une autre planifié. Personne ne me fera croire que cela n’a pas été coordonné ou préparé »

« Nous devons urgemment clarifier comment on a pu en arriver à de tels actes », a souligné le ministre. Quand bien même des demandeurs d’asile sont suspectés par la police, il a mis en garde contre les amalgames avec tous les réfugiés arrivant dans le pays.

« Il est hasardeux de faire un lien entre l’origine d’une personne et sa propension à enfreindre la loi », a-t-il dit car les statistiques montrent que les réfugiés « commettent en proportion autant de délits que les Allemands ».

La chancelière Angela Merkel durcit le ton

Samedi, la chancelière Angela Merkel s’est montrée très ferme face aux réfugiés qui auraient participé aux violences à Cologne.

« Si des réfugiés ont commis un délit », cela doit « avoir des conséquences, (…) cela veut dire que le droit [de séjour] doit s’arrêter s’il y a une peine de réclusion ou même avec sursis »

La direction du parti conservateur de la chancelière, la CDU (Christlich Demokratische Union Deutschlands – « l’Union démocrate-chrétienne d’Allemagne »), s’est accordée pour demander que la perte du droit d’asile en Allemagne soit plus systématique en cas de délit. Une position qui doit désormais être discutée avec l’autre grand parti présent dans la coalition gouvernementale à Berlin, le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD – Sozialdemokratische Partei Deutschlands).

Manifestations tendues à Cologne entre l’extrême droite et les forces de l’ordre

L'extrême droite allemande a tenté de tirer profit à Cologne de cet émoi, en manifestant, samedi 9 janvier, dans une atmosphère très tendue.

Au même moment samedi, l’extrême droite allemande a tenté de tirer profit à Cologne de cet émoi, en manifestant dans une atmosphère très tendue. « L’Allemagne a survécu à la guerre, à la peste et au choléra, mais survivra-t-elle à (Angela) Merkel ? », clamait une pancarte au milieu de la foule de partisans du mouvement Pegida des « Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident ».

Au bout de trois heures de rassemblement, la police, cible de jets de bouteille et de pétard, a finalement fait usage de canons à eau et de gaz lacrymogène. A quelques encablures de là, un millier de contre-manifestants s’étaient regroupés au cri de « Nazis dehors ! » et avec des pancartes affichant que « le fascisme n’est pas une opinion, c’est un crime » et que « les réfugiés sont les bienvenus »

En 2015, l’Allemagne a vu affluer 1,1 million de demandeurs d’asile, et les violences du Nouvel An à Cologne ont créé un choc dans le pays, faisant croître les critiques à l’égard de la politique d’ouverture aux demandeurs d’asile suivie depuis septembre par la chancelière.

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10 janvier 2016

Place de la République - ce matin

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9 janvier 2016

In memorem : François Mitterrand

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9 janvier 2016

Mao

9 janvier 2016

ELLE Magazine

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8 janvier 2016

André Courrèges, ou la jeunesse éternelle

L’inventeur de la « minijupe couture » est mort, jeudi 7 janvier, à 92 ans, à son domicile de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), après un combat de plus de trente ans contre la maladie de Parkinson

« Courrèges, Boulez… C’est étrange cette simultanéité », réagissait, vendredi 8 janvier soir, Olivier Saillard, directeur du Musée Galliera, à Paris, et historien de la mode. « Les inventeurs des années 1960, ceux que l’on appelait les futuristes ou les iconoclastes, meurent aujourd’hui. Ils laissent des utopies qui ont dimensionné le monde de la création de manière définitive et différente. S’agissant de Courrèges, il est le seul couturier qui n’ait pas fait référence au passé. Architecte, formé ensuite chez Balenciaga, il a bouleversé les formes et a indiqué de manière prophétique toute la fin du XXe siècle. Sa mode optique et collante a dit ce que le vestiaire “seconde peau” allait devenir : un épiderme alibi de plus en plus léger. »

Car André Courrèges, mort jeudi 7 janvier, à 92 ans, a été avant tout un visionnaire doublé d’un révolutionnaire. On parle d’ailleurs de « bombe Courrèges », en référence à une réflexion attribuée à Yves Saint Laurent en 1965 : « Je m’enlisais dans l’élégance traditionnelle, Courrèges m’en a sorti. Sa collection est apparue comme une bombe ; après, plus rien n’était comme avant. »

Né en 1923 à Pau, l’ancien architecte des Ponts et chaussées, passé par l’Ecole supérieure des industries du vêtement, est resté dix ans chez Cristobal Balenciaga, qui l’embauche juste après avoir vu le travail de ce dessinateur qui rêve de travailler pour lui. Didier Grumbach, ex-président de la Fédération française de la couture et du prêt-à-porter, raconte que, « surdoué, Courrèges, fait partie du studio Balenciaga en seulement trois ans, et, quatre ans plus tard, il s’interroge sur ce qu’il lui reste encore à apprendre… Il sollicite alors un rendez-vous avec le patron dont il est très proche et lui dit : “Je suis à l’abri sous un grand chêne, mais le soleil ne passe pas. J’ai l’impression d’être comme un gland tombé au pied du tronc. Vous devez accepter mon départ”. »

On voit des minijupes fleurir partout

Quand le maître se résout à le laisser partir, André Courrèges emmène Coqueline Barrière, rencontrée dans l’atelier quand elle avait 17 ans, bien décidé à ouvrir sa propre maison avenue Kléber, à Paris, avec cette femme à ses côtés, au studio comme à la ville. Les idées qui l’animent à l’époque sont un peu folles. Il croit que les clientes couture qu’il croisait chez Balenciaga étaient une espèce en voie de disparition ; il est persuadé qu’il peut produire, de façon industrielle, un vêtement aussi qualitatif que s’il était fait à la main et en moins de temps ; il pense que ses robes – par leur construction savante, mais produites en série – peuvent aller à toutes les femmes, voire même les rajeunir ! Tout se vérifiera. « Il fallait inventer un vêtement moderne, un vêtement dans lequel on entrerait comme dans une boîte. »

A une cliente qui lui aurait dit  : « Il va falloir retoucher cette robe car ma poitrine se trouve 10 cm plus bas », Courrèges aurait rétorqué : « Non, vous aurez aujourd’hui une poitrine de 20 ans, car je n’ai nullement envie de vous faire une robe pour caser votre poitrine de sexagénaire. » Elle se sent plus jeune. Tout comme celles qui adhèrent à ses robes ou jupes trapèze dont l’ourlet – baromètre de l’émancipation sexuelle – arrive gentiment à mi-cuisse à une époque où il est provoquant de montrer ses genoux : elles disent toutes que 10 cm d’ourlet en moins leur font perdre autant d’années.

La mode d’André Courrèges, reconnaissable entre toutes, et abordable (notamment les sacs ou les petits sous-pulls moulants estampillés du logo maison) bouscule, avec l’énergie, mais aussi la bonhomie que donnait à ses directives l’accent palois du créateur, le dress code paternaliste que subissaient encore les femmes au début des années 1960.

Et si Courrèges pensait s’adresser à une jeunesse, idéalement incarnée par la rafraîchissante Françoise Hardy, en rupture avec les tailleurs grisâtres de maman, il s’apercevra très vite que les femmes de 30 ans et plus veulent, elles aussi, du Courrèges, du orangé et du rouge vifs, du blanc optique, des bottes plates en vinyle, des combinaisons du soir qui interdisent les soutiens-gorge, en raison de leurs découpes ultragraphiques, des grandes lunettes de soleil qui mangent la moitié du visage, des pantalons pendant la journée et non plus comme un vêtement d’intérieur, des collants plutôt que des bas pour porter des jupes très courtes… Les hommes ne comprennent pas bien l’abandon des jarretelles et de la lingerie corsetée (pas même les autres couturiers), mais les femmes en raffolent et on voit des minijupes fleurir partout à Paris, à Londres ou à Leningrad (Saint-Pétersbourg) !

« Je veux voir une femme différente »

En 1965, alors que Jules-François Crahay (1917-1988) chez Lanvin, Pierre Cardin ou Jacques Griffe (1909-1996) se prêtent au jeu du « pour ou contre le pantalon », dans Le Figaro du 8 janvier, André Courrèges est le seul à le défendre et à ruer dans les brancards : « La conception actuelle de la mode est démodée. La féminité doit changer d’aspect. Je veux voir une femme différente. Pourquoi resterait-elle en arrière vestimentairement ? Il ne s’agit pas qu’elle porte un pantalon comme un homme. C’est toute une garde-robe qu’elle devra changer. Je crois fermement que la future mode sera dans la “tenue pantalon”, qui s’adaptera pour toutes les heures et pour toutes les circonstances. »

Cette mode graphique, épurée et très architecturée, présentée sur des modèles aux postures étranges (car « l’ampleur du vêtement est telle que les mannequins font des mouvements de danse empruntés à la gymnastique », rappelle Bruno du Roselle, dans son ouvrage La Mode – 1980, Imprimerie nationale), qui défilent sur fond de musique, ne fait évidemment pas que des adeptes. Certaines rédactrices de mode y sont ouvertement réfractaires. L’une d’elles serait même arrivée à un bal costumé en… total look Courrèges. Qu’importe, André Courrèges avance. Sa cliente Liliane Bettencourt, le met en relation avec François Dalle (1918-2005), alors président de L’Oréal. Une société commune parfum et couture est créée en 1965 : modèle que Chanel suivra en 1981 avec le succès qu’on connaît. Sept ans plus tard, Empreinte est le troisième parfum le plus vendu en France.

André Courrèges, qui perçoit le fort potentiel commercial de ce que l’on nomme aujourd’hui « lifestyle », relooke, en 1970, les rugbymen du Racing en pensant aux mêmes principes que ceux qu’il applique à la mode femme : efficacité, fonctionnalité, esthétique. En 1971, il lance sa ligne masculine. Puis le linge de maison, la voiture… En 1992, le créateur voit sa marque comme « le concepteur d’une vie moderne réconciliée avec la nature », idée très en vogue vingt-quatre ans plus tard… Mais la maladie de Parkinson l’oblige à se retirer des affaires en 1994. Il se consacre alors à ses sculptures. Et ne reviendra plus jamais donner tort aux rétrogrades et bonnets de nuit de la mode. Article de Caroline Rousseau - Journaliste au Monde

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Catherine Deneuve en Courrèges

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