Miley Cyrus
Maurizio Cattelan
« Père, Père, pourquoi m'as-tu abandonné ? ». C’est ce que s’écrie Jésus, vers la neuvième heure, en plein supplice de la croix, selon les Évangiles. C’est ainsi que se comprend cette sculpture de cire grandeur nature - La Nona Ora - du pape Jean Paul II terrassé par une météorite et entouré d’éclats de verre. Pour signifier le poids du péché ? La faillite du père ? La condition humaine (le mythe de Sisyphe) ? C’est la signature - provocatrice - de Maurizio Cattelan, cet artiste italien d’art contemporain, collectionné par François Pinault. Le scandale auprès des catholiques fervents est instantané lors d'une exposition en Pologne. Depuis, l’artiste continue de provoquer : Him, créée en 2001, statue de cire à la carrure d’un jeune garçon comme priant, recueilli. Stupeur - voire horreur - lorsque, de face, son vrai visage est découvert : il a celui d’Hitler, petite moustache noire et mèche de cheveux noirs rabattus bien connues. Son intégration dans le ghetto de Varsovie en 2012 a été qualifiée de « provocation insensée » et « d’insulte à la mémoire des victimes juives des Nazis ». Dans la même veine, on se souvient de son immense doigt d’honneur intitulé L.O.V.E (2010) défiant, à son grand dam, la Bourse de Milan.
Le nouveau Musée de l’Homme pose
Fermé depuis six ans, le musée parisien a rouvert ses portes hier. Autour de trois interrogations fondamentales: Qui sommes nous ? D’où venons nous ? Où allons-nous ? Visite guidée.
Reportage
En 2003, 70 % des collections du Musée de l’Homme sont transférées au musée du quai Branly. Ce musée vieillot doit être rénové, mais pour en faire quoi ? « Une fois le deuil fait des belles pièces que nous avons perdues, nous l’avons pris comme une chance », assure Évelyne Heyer, anthropo-généticienne et commissaire scientifique générale du musée. Le Musée de l’Homme, l’un des sites du Muséum d’Histoire naturelle doit parler de l’Homme. Moins penser à l’objet (il y en a tout de même) qu’à l’humain. Son corps, ses sociétés, son impact sur l’environnement, son futur. Vaste sujet, encore faut-il le rendre attractif. C’est tout le propos de la Galerie de l’Homme et ses 2 500 m d’exposition sur deux niveaux. Rythmée par ces trois questions.2
Qui sommes-nous ?
« Il n’y a pas une seule définition pour résumer l’humain », reconnaît Évelyne Heyer. Bipédie, taille du cerveau, langage, organisation sociale ? Tout cela existe dans le règne animal. Peut-être la conscience du temps et de la mort ? Et encore. Les premières vitrines jouent sur cette définition multiple de l’humain, cet « être aux identités imbriquées ». Réalisation la plus esthétiquement discutable, un gigantesque système lingual (la langue et toutes ses glandes) s’impose au regard. À l’intérieur de la sculpture et sur un mur attenant, le visiteur peut écouter des extraits audio en 25 langues différentes. Une diversité humaine encore mieux exposée dans la spectaculaire mise en scène de bustes (lire cicontre) évoquant « l’unité et la diversité » de l’espèce humaine, pour reprendre un mot de François Hollande, lors de l’inauguration, jeudi. La question du racisme n’est pas directement évoquée. Elle fera l’objet d’une exposition temporaire, prévue en 2017.
D’où venons-nous ?
C’est assurément la section la plus forte de l’exposition permanente. L’évolution buissonnante des espèces préhumaines, la multitude de nos cousins et ascendants directs, est évoquée dans une mise en scène habile, mêlant silhouettes stylisées et moulages de crânes et d’ossements. « Nous avons choisi de ne pas faire réaliser de mannequins », souligne Évelyne Heyer. La recherche évolue, et la représentation physique de nos ancêtres est toujours sujette à caution. Plusieurs « grands originaux » sont là, cependant, dans un espace nommé « l’abri des ancêtres » : la sépulture de la Dame de Cavillon, au crâne orné de coquillages ; les reste de deux Cro-Magnons. « Il y a eu un long débat à ce sujet. Fallait-il présenter des moulages ou les originaux ? » Rien ne remplace l’original ! Même émotion dans la « salle des trésors » (lire ci-dessous). Plus loin, un site de fouille reconstitué « raconte » comment travaillent les paléontologues.
Où allons-nous ?
Cette dernière section marque pleinement la nouvelle vocation du musée. Parmi la profusion de thèmes, deux sont particulièrement bien exploités. La diversité des animaux domestiques (dont des chèvres à quatre cornes), l’infinie variété du poivron, depuis qu’il a été ramené des Amériques, illustrent l’impact de l’homme sur la nature. Un multicolore car de Dakar, sur une base de vieux bus Renault, démontre comment les cultures locales persistent dans un monde globalisé. C’est peut-être le message le plus réconfortant. L’espèce humaine n’est qu’une mais les sociétés humaines ne renoncent jamais à leur identité singulière.
Dossier : Philippe RICHARD. Ouest France
Musée de l’Homme, 17 place du Trocadéro, Paris XVIe . Fermé le mardi. 8 €/10 €. museedelhomme.fr



















