C’est à la fois du lourd et du léger. Le mariage de la haute voltige et d’un travail d’horloger. Hier, sous un ciel parisien un peu chagrin, le pendule de Foucault (1819-1868) a été accroché au centre du dôme du Panthéon fraîchement restauré. Une opération à hauts risques pour l’entreprise choletaise Bodet.
Suspendue à un fil d’acier de 67 mètres, la sphère de 28 kg recouverte d’une dorure de 24 carats a finalement retrouvé sa place originelle à la croisée du transept du monument perché sur le plus haut point de Paris, la montagne Sainte-Geneviève, dans le quartier latin. Il aura fallu quatre heures à trois ouvriers bien harnachés, certains les pieds dans le vide, pour relancer le pendule de Foucault, l’une des plus spectaculaires et populaires expériences scientifiques. Mission réussie au centimètre près, au prix d’une extrême précaution, pour la société Bodet, installée à Trémentines, dans le Maine-et-Loire. Un défi pour le premier campaniste de France et leader européen de la mesure et de la gestion du temps. « Tout est calculé en amont dans le moindre détail. Les angles des trous d’ancrage sur la poutre, la tension de la corde à piano … Au final, tout se met gentiment en place et c’est émouvant » , lâche Jacques Burel, directeur du département campanaire au sein du groupe choletais, en pensant fortement à Léon Foucault. « Aurait-il imaginé ne serait-ce qu’un instant que nous soyons affairés autour de son invention cent soixante-quatre ans plus tard ? » Le célèbre pendule oscille sous les regards des visiteurs au cœur du temple des « grands hommes ». Comme il y a deux ans et demi, avant sa remise dans un placard sécurisé en raison des travaux engagés dans les parties hautes du Panthéon. Comme surtout en ce 31 mars 1851. Ce jour-là, aidé de l’ingénieur Froment, Léon Foucault, chirurgien raté mais talentueux expérimentateur, suspend à un fil d’acier interminable ancré au sommet de la coupole, une boule lestée de près de 30 kg. Au sol, un cercle d’acajou de 6 mètres de diamètre, centré sur la verticale du point de suspension, définit l’espace d’oscillation dans lequel sont déposés des monticules de sable fin. L’expérience est concluante. À chaque passage, le stylet fixé en bas du pendule provoque une saignée dans le sable qui s’agrandit progressivement. Une démonstration dans le sens des aiguilles d’une montre, simple et directe, de la rotation de la Terre en vingt-quatre heures. Elle n’utilise – et c’est révolutionnaire – que des moyens terrestres.
« Venez voir tourner la Terre ! »
« Venez voir tourner la Terre ! » L’invitation faite aux Parisiens à venir découvrir le fruit de ses recherches connaît un succès immédiat. Louis-Napoléon Bonaparte, féru de sciences et d’histoire, vient d’autoriser le physicien à utiliser le célèbre monument parisien pour installer son fameux fil. Après avoir monté son expérience en miniature dans la cave de la maison maternelle de la rue d’Assas, avec une boule de cinq kilos suspendue à un câble de deux mètres, il change de format à l’Observatoire de Paris, avant de voir plus grand pour bluffer notables, savants ou philosophes, mais aussi gens du peuple. La démonstration dure jusqu’en décembre de la même année lorsque le Panthéon est rendu au culte catholique. Avant Foucault, qui avait quitté Nantes à la mort de son père à dix ans pour retourner vivre à Paris avec sa mère, Copernic et Galilée avaient supposé que la Terre tournait sur elle-même, s’appuyant sur l’observation du système solaire. Là, c’est sur le plancher des vaches que la preuve matérielle est faite. La boule du pendule de Foucault, une fois lancée manuellement, oscille pendant six heures et parcourt un aller-retour en 16,5 secondes pile poil. « Mais on va installer un système électromagnétique pour alimenter son balancement toutes les heures », précise Jacques Burel. Elle ne tient que par ce fil d’acier soumis à de fortes pressions et une humidité incroyable. L’hiver, il y a parfois du brouillard à l’intérieur du Panthéon… « La corde à piano a été fabriquée en Suisse et son épaisseur est de deux millimètres, précise Didier Gabriel, responsable des chantiers parisiens de la maison Bodet. Là-haut, on a dû changer la poutre en bois par une poutrelle d’acier, avoue Richard Bonnet l’un des ouvriers voltigeurs. Elle était en très mauvais état. Là, c’est reparti pour un tour … » Dans un silence de cathédrale où le temps, oui, suspend son vol… Texte : Pierre CAVRET
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pendule_de_Foucault
