Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Jours tranquilles à Paris

Publicité
22 octobre 2020

Le quinquennat tragique

Par Françoise Fressoz

Qui se souvient encore des mots prononcés le 15 mai 2017 par le plus jeune président de la République française ? « Les Français ont choisi l’espoir et l’esprit de conquête », avait déclaré Emmanuel Macron, alors âgé de 39 ans, dans son discours d’investiture prononcé à l’Elysée. Toute la campagne de l’ancien ministre de l’économie de François Hollande avait été placée sous le signe du renouveau, de la rupture avec l’ancien monde, de la construction d’une nouvelle page émancipatrice, face à un Front national accusé de « jouer sur les peurs, les haines, les émotions ».

Trois ans et demi plus tard, le tragique submerge le quinquennat. Son récit est scandé par une succession inédite de crises. Crise sociale à travers le mouvement des « gilets jaunes » ; crise sanitaire à travers l’épidémie de Covid-19, qui, loin de baisser la garde, est devenue, de l’aveu même du président de la République, « le maître des horloges » ; crise terroriste, enfin, à travers la décapitation, vendredi 16 octobre, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), d’un enseignant qui avait montré à ses élèves des caricatures de Mahomet. L’émotion et la tension qui se lisaient sur le visage et dans les mots du président de la République, venu déclarer sur place le soir même « ils ne passeront pas », témoignent de l’ampleur du choc.

Droitisation

Emmanuel Macron n’est pas le premier président de la République à avoir été rattrapé par le tragique de l’histoire. Le quinquennat de François Hollande avait été marqué par la tuerie de Charlie Hebdo puis par celles du Stade de France et du Bataclan. Les attentats terroristes avaient pesé comme une chape de plomb sur la fin de son mandat et contribué à l’explosion de la gauche, choquée qu’un président de la République issu de ses rangs ait pu proposer comme riposte la déchéance de la nationalité. Ils avaient aussi transformé le premier personnage de l’Etat en accompagnateur des morts. « Présider la France, c’est épouser son malheur (…), accompagner le long cortège de nos défunts. C’est prendre à sa charge la tristesse de la nation », témoigne François Hollande dans son livreLes Leçons du pouvoir(Stock, 2018).

La succession de chocs qu’Emmanuel Macron encaisse depuis trois ans et demi ne le laisse pas complètement démuni face à l’épreuve du terrorisme : son discours sur le séparatisme date d’il y a quinze jours. Prononcé aux Mureaux (Yvelines), le 2 octobre, il ciblait clairement « l’islamisme radical » sans taire la responsabilité des élus de la République dans la fabrication des ghettos. Plutôt bien reçu sur le moment, il fait, depuis, l’objet de critiques de la part du Rassemblement national et de la droite, qui accusent le président de la République de faire preuve d’angélisme face au terrorisme islamiste. A dix-huit mois de la présidentielle, cette surenchère était prévisible. Elle aurait été infiniment plus dangereuse si le chef de l’Etat, à force de procrastination, était resté sans doctrine.

Le remplacement de Christophe Castaner par Gérald Darmanin au poste de ministre de l’intérieur, le 6 juillet, apparaît également comme une anticipation du climat ambiant. Depuis la fin de l’été, les préoccupations liées à la sécurité montent dans un pays soumis à l’épreuve du confinement, du déconfinement, du couvre-feu et du terrorisme. Proche de Xavier Bertrand et de Nicolas Sarkozy, l’élu de Tourcoing a une double mission : éteindre le feu qui couvait dans la police et riposter à l’offensive sécuritaire de la droite qui, unité nationale ou non, ne se prive pas de monter le son sur la menace terroriste parce qu’elle n’a pas d’autre angle d’attaque et parce qu’elle se trouve en compétition vitale avec le Rassemblement national sur ce terrain-là.

Tout, dans l’actualité de ces derniers jours, contribue à accentuer la droitisation du quinquennat. Or, l’enjeu pour Emmanuel Macron est de maintenir l’unité du pays, droite et gauche confondues, au moment où la double crise sanitaire et terroriste plonge l’Hexagone dans une situation inédite : les Français sont de nouveau soumis à l’état d’urgence sanitaire, un régime d’exception qui limite l’exercice des libertés publiques et renforce les pouvoirs de l’exécutif. Ils ne sont pas certains que les prochaines échéances électorales – régionales et départementales de mars 2021 – pourront se tenir à la date prévue en raison de la deuxième vague épidémique. Depuis samedi, 20 millions d’entre eux vivent sous le régime du couvre-feu.

Cette situation totalement anormale oblige le chef de l’Etat à peser le moindre de ses mots et de ses attitudes pour que la quête de sécurité liée à la conjonction des menaces ne dégrade pas fondamentalement l’exercice de la démocratie. Dans le cas contraire, la cocotte-minute risque d’exploser, sur fond de crise sociale et de montée de l’exclusion.

Choisi sur la promesse des « jours heureux », Emmanuel Macron subit depuis son élection l’intense bizutage d’une actualité dramatique. Après la révolte de la France d’en bas, l’incertitude et le malheur ont achevé d’éteindre la dynamique qu’il espérait créer pour vaincre la défiance qui plombe le pays depuis des décennies. Il y a quelques jours devant ses proches, il reconnaissait qu’élu en 2017 autour d’une thématique économique et sociale fondée sur l’émancipation individuelle, il devait à présent trouver le moyen de rassembler la nation autour des concepts de solidarité et de résilience. « Nous sommes en train de réapprendre à être pleinement une nation, j’ai besoin de chacun d’entre vous », a-t-il lancé aux téléspectateurs mercredi 14 octobre. Il faudra cependant bien plus qu’un simple appel pour que le pays se soude dans l’épreuve.

Publicité
22 octobre 2020

ANTICORPS au Palais de Tokyo

anticorps

anticorpsbis

anticorpster

22 octobre 2020

Biden n’est pas mon choix, mais il aura mon vote »

Témoignages Recueillis Par Michael Christopher Brown, Veronica Gabriela Cardenas, Stacy Kranitz, Andrea Ellen Reed, Hannah Yoon Et Adriana Zehbrauskas

En 2016, seulement la moitié des Américains de moins de 30 ans s’étaient déplacés aux urnes, votant à une écrasante majorité pour la candidate démocrate Hillary Clinton. Dans le duel pour la présidentielle 2020 opposant Donald Trump et Joe Biden, leurs voix constituent un enjeu crucial. De Minneapolis à Nashville, en passant par Phoenix, six photographes les ont interrogés sur leur intentions

Jorden Gunn

18 ans, étudiante. MINNEAPOLIS, MINNESOTA

« Voter cette année est plus effrayant que lors de n’importe quelle élection. Et c’est la première fois que je vote. Ma décision va avoir beaucoup plus d’incidence sur mon avenir. »

Minnesota.Dans cet Etat où Trump a perdu de justesse en 2016, 55 % des jeunes avaient voté. La mort de George Floyd, un Afro-Américain étouffé sous le genou d’un policier blanc le 25 mai, à Minneapolis (où a été érigé un mémorial ici en photo), a mobilisé des centaines de milliers d’Américains autour du mouvement Black Lives Matter. Un réveil pour de nombreux jeunes électeurs.

Raquel Cadman et Dositello Robbins

28 et 25 ans, jeune travailleuse et chômeur. PHOENIX, ARIZONA

« Honnêtement, je n’aimais pas beaucoup Trump, je tentais de comprendre qui il était, mais, depuis, je l’ai vu faire les bons choix, je l’ai vu aller vers les gens, notamment pendant la pandémie, lorsqu’on avait vraiment besoin de lui. Je l’ai vu tenir sa parole. Sur le chômage, par exemple, cela a aidé notre ménage à rester à flot. »

Arizona. Cet Etat en pleine expansion démographique voit une affirmation du vote latino, plutôt en faveur des démocrates. Ce bastion républicain est ainsi devenu cette année un swing state, c’est-à-dire un Etat dont l’électorat peut « basculer » (swing), rendant son vote déterminant pour le résultat du 3 novembre.

Ahmed Cory Jubran

30 ans. LOS ANGELES, CALIFORNIE

« Cette élection me décourage, j’étais pour Bernie Sanders. Je ne suis pas d’accord avec tout le programme de Biden, mais je vais probablement quand même voter pour lui. Quatre années supplémentaires de Trump seront très néfastes, notamment pour la communauté arabe et musulmane. Le “muslim ban” ou, pire encore, l’arrêt du financement de l’UNRWA [l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens] poussent à la guerre dans cette région du monde. »

Californie. Seulement 36 % des jeunes se sont mobilisés en 2016 dans l’Etat le plus riche et le plus peuplé du pays, qui est aussi celui qui accueille le plus d’immigrés. En effet, la moitié des jeunes Californiens sont immigrés ou enfants d’immigrés.

Gabriel Lopez Zebrauskas

18 ans, étudiant. PHOENIX, ARIZONA

« Je voterai Biden, car je crois en ses valeurs progressistes. Ce n’est pas le plus progressiste des démocrates, mais il est infiniment meilleur que Trump. De plus, Joe Biden veut avancer sur les questions environnementales et sur les questions sociales, par exemple en ce qui concerne le système de santé. »

Nasya Jenkins

23 ans, aide-soignante. PHILADELPHIE, PENNSYLVANIE

« Je n’aime pas particulièrement voter. Je trouve ça malhonnête de dire qu’on a une voix alors que cette voix est ignorée. Je choisis de voter, mais je ne suis pas très convaincue. Je ne vois pas une grande différence entre Biden et Trump. »

Pennsylvanie. Cet Etat, qui avait surpris en basculant pour Trump avec à peine 40 000 voix d’écart, pourrait être l’Etat-clé de cette élection, grâce à ses vingt grands électeurs. En 2016, seuls 46 % des moins de 30 ans avaient participé au scrutin.

Rune Georgé Longoria

27 ans. EDINBURG, TEXAS

« Je choisis de voter pour mes amis et ma famille, qui ne le peuvent pas. Je vais voter Biden, car j’ai peur de la violence qu’engendrerait un second mandat de Trump. Je suis queer, trans et Latinx [terme non genré permettant d’éviter « latino » ou « latina »]. J’habite à la frontière avec le Mexique : je ne peux pas me taire. Mes options sont très limitées et cela me rend très amère. Car Biden n’est ni mon premier ni mon second choix, mais il aura mon vote, du fait de la gravité de la situation. »

Texas. La dernière fois qu’un candidat démocrate a remporté le Texas, c’était en 1976. Mais la démographie dans cet Etat, un des plus jeunes du pays, change rapidement : de plus en plus de jeunes diplômés et de diverses origines y vivent.

Jerimy Cherry

29 ans. NASHVILLE, TENNESSEE

« Je ne vote pas, parce que le système est soit truqué, soit totalement bidon. J’ai grandi avec Bill Clinton et George Bush, et toutes ces guerres qui n’en finissent pas. Je pense que je suis désensibilisé à la politique maintenant. Jamais, dans ma vie, je ne me suis senti assez motivé par quelqu’un qui allait finir par diriger une grande entreprise, parce que c’est ça, finalement, c’est quelqu’un qui dirige l’entreprise Amérique. »

Tennessee. Dans cet Etat du Sud, le taux de participation à l’élection présidentielle compte parmi les plus bas du pays : seulement un tiers des jeunes a voté en 2016. L’Etat vote largement républicain depuis 2000 et a élu Donald Trump à 60 %.

22 octobre 2020

Milo Moiré et le Street Art - Photos : Peter Palm

Milo Street Art (1)

Milo Street Art (2)

Milo Street Art (3)

Milo Street Art (4)

Milo Street Art (5)

Milo Street Art (8)

Milo Street Art (16)

Milo Street Art (17)

Milo Street Art (18)

22 octobre 2020

Bagad de Lann Bihoué

bagad

Publicité
22 octobre 2020

Hommage à Samuel Paty

samuel25

« Nous continuerons ce combat pour la liberté » dont Samuel Paty est « le visage » : Emmanuel Macron a rendu, mercredi soir, un hommage national vibrant à l’enseignant sauvagement assassiné.

« Nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins, même si d’autres reculent », a affirmé le chef de l’État, en saluant « l’un de ces professeurs que l’on n’oublie pas », lors d’un discours dans la cour de la Sorbonne, lieu symbolique de l’esprit des Lumières et de l’enseignement.

Le président de République a pris la parole, après avoir remis la Légion d’honneur à titre posthume à Samuel Paty, dans un cercle intime. « Vendredi soir, j’ai d’abord cru à la folie aléatoire, à l’arbitraire absurde. Une victime de plus du terrorisme gratuit. Après tout, il n’était pas la cible principale des islamistes, il ne faisait qu’enseigner », a confié le chef de l’État, particulièrement ému. Emmanuel Macron a dénoncé la « conspiration funeste » et « la haine de l’autre », dont a été victime le professeur d’histoire-géographie, tué, à 47 ans, « parce qu’il incarnait la République ».

Samuel Paty a été décapité par un assaillant islamiste, le 16 octobre, près de son collège à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), dix jours après avoir montré à ses élèves de quatrième des caricatures de Mahomet, lors de cours sur la liberté d’expression.

« Nous continuerons professeur ! »

« Nous continuerons, professeur ! Nous défendrons la liberté que vous enseigniez si bien et nous porterons la laïcité », a ajouté Emmanuel Macron, en présence de 400 invités, dont une centaine d’élèves d’établissements d’Ile-de-France et de nombreuses personnalités politiques.

À l’extérieur de la Sorbonne, au pied d’un écran géant, quelques centaines d’anonymes étaient venus suivre la cérémonie et rendre un dernier hommage à l’enseignant assassiné. « Là, il faut vraiment que la société civile se ressaisisse. On a besoin d’un front uni sans démagogie, et il va devoir passer par nous, par l’Éducation nationale, par une meilleure considération, parce que nous sommes au front avec les jeunes », soulignait Catherine Prevost-Meyniac, enseignante en éco-gestion, qui avait fait le déplacement depuis Angers (Maine-et-Loire).

« Les lâches » et « les barbares »

« On ne lâchera rien », a assuré Emmanuel Macron à une enseignante qui l’interpellait, alors qu’il repartait à pied de La Sorbonne. « Faire des républicains, c’était le combat de Samuel Paty et, si cette tâche aujourd’hui peut paraître titanesque (…), elle est plus essentielle, plus actuelle que jamais, ici en France », a estimé le chef de l’État.

Faisant référence aux personnes qui semblent avoir contribué à désigner l’enseignant à la vindicte meurtrière du terroriste islamiste (lire en page 3), Emmanuel Macron a dénoncé, lors de son discours à La Sorbonne, « les lâches » qui ont livré Samuel Paty « aux barbares » qui ne « méritent pas » qu’on parle d’eux.

Des hommages et des rassemblements en mémoire de l’enseignant ont eu lieu ailleurs en France, notamment en Occitanie, où des caricatures de Charlie Hebdo vilipendant les religions ont été projetées sur les façades des bâtiments officiels, à Toulouse et Montpellier.

22 octobre 2020

Le Pape François et les couples gays...

pape françois

Le pape François a défendu, mercredi, le droit des couples gays, « enfants de Dieu », de vivre au sein d’une « union civile » qui les protège légalement.

« Les personnes homosexuelles ont le droit d’être en famille. Ce sont des enfants de Dieu, elles ont le droit à une famille », a déclaré le souverain pontife argentin, dans un documentaire présenté, mercredi, à la Fête du cinéma de Rome. « Ce qu’il faut, c’est une loi d’union civile, elles ont le droit à être couvertes légalement. J’ai défendu cela », a-t-il souligné dans ce documentaire intitulé « Francesco » et réalisé par Evgeny Afineevsky.

Déjà en tant qu’archevêque de Buenos Aires

Depuis son élection comme pape, François avait déjà évoqué à plusieurs reprises, sans la rejeter, la notion d’unions civiles pour les personnes de même sexe.

Selon son biographe Austen Ivereigh, Jorge Bergoglio, le futur pape, avait aussi défendu le bien-fondé de cette protection légale lorsqu’il était encore archevêque de Buenos Aires, dans le contexte d’un débat animé, en 2010, dans son pays sur la légalisation des mariages gays.

Dans le documentaire dévoilé mercredi, il plaide toutefois avec une force inédite et une plus grande liberté de ton en faveur de ce type d’unions civiles.

Ses déclarations en espagnol font suite, dans le film, au témoignage d’un homosexuel catholique, père de trois enfants, qui lui a demandé dans une lettre s’ils devaient fréquenter son église. Le pape l’a ensuite appelé au téléphone pour lui conseiller d’être transparent sur son choix de vie dans sa paroisse et d’y amener ses enfants.

Le souverain pontife a fait preuve d’ouverture envers les homosexuels, en affirmant régulièrement qu’ils doivent être accueillis avec respect dans les paroisses catholiques et en conseillant aux parents de ne pas les rejeter. Il reste toutefois fermement opposé à leur « mariage ».

22 octobre 2020

“Adieu les cons”, un Dupontel bien édulcoré

dupontel efira

Adieu les cons - Albert Dupontel

Une quadragénaire enlisée en pleins méandres administratifs et un employé suicidaire unissent leurs forces... ou quand la fable anar se dissout dans un déluge de mièvrerie.

Alors que ses avatars de cinéma l’ont conduit à investir une certaine marge au point d’en devenir l’un des porte-étendards un peu freak (il a été voyou, braqueur, sdf, vilain, punk et même cancer en personne), Albert Dupontel occupe désormais le centre. Avec sa nuée de César (deux pour 9 Mois ferme, cinq pour Au revoir là-haut) et ses bons chiffres au box-office, le cinéaste-acteur est devenu une valeur mainstream du cinéma français, le candidat idéal pour une famille qui aime à louer les vertus de l’équilibre entre le prestige d’une griffe auteuriste et l’assurance d’une bonne santé économique.

Après le baroque fastueux de son imposante adaptation littéraire de Pierre Lemaitre, l’auteur affine ses obsessions et reconduit avec Adieu les cons le récit de fuite tracé par son précédent film. Il narre à nouveau la rencontre de deux sacrifié·es (lui-même en employé suicidaire ; Virginie Efira, condamnée par une maladie), aidé·es d’un tiers (un archiviste aveugle clownesque), qui, pour survivre à la cruauté d’un monde – l’après-guerre hier, la finance et l’administration kafkaïenne aujourd’hui –, dézinguent l’autorité.

Toujours la forme mais moins de fond

Dans Adieu les cons, la grandiloquence kitsch de la mise en scène de Dupontel (interminables mouvements de caméra, couleurs criardes, humour grimaçant et caméo de Terry Gilliam comme référence affichée) opère à plein régime pour sursignifier, en même temps qu’elle ensevelit, les faits et gestes des héros·oïnes de ce conte moderne gonflé d’effets numériques disgracieux. Un film de révolte qui n’a rien de révoltant (si ce n’est ses tics stylistiques irritants) et qui, moins férocement attaché à la musique provocante de ses cadets (Bernie), se révèle même assez doux, et mièvre, quand sa course-poursuite se teinte d’un sentimentalisme à l’eau de rose sur fond d’amour filial ou d’amour tout court. Dans le fond, bien plus consensuel que l’irrévérence adressée de son titre.

Adieu les cons d'Albert Dupontel, avec lui-même, Virginie Efira, Nicolas Marié (Fr., 2020, 1h27)

21 octobre 2020

Kourtney Roy

kourtney roy

21 octobre 2020

L’humanité décapitée

Par Luc Le Vaillant — Libération

Retour sur le mode opératoire de l’assassin de l’enseignant de Conflans et analyse de cette pulsion de décollation qui résume le fanatisme islamiste

«Décapitation». Le mot répugne autant qu’il affole. Et on peine à le prononcer comme si le taire permettait de faire revivre Samuel Paty et de revenir au temps d’avant l’insupportable meurtre de ce professeur d’histoire-géographie perpétré par un terroriste islamiste. On voudrait protéger sa famille, ses amis, ses proches, ses élèves, ses collègues, ses voisins de cette désolation sanglante. Mais il ne sert à rien de vouloir évacuer le réel, aussi terrible soit-il. Déni, euphémisme et évitement ne sont pas de bon conseil, ni de bonne politique. L’horreur de l’acte commis est redoublée par cette symbolique affirmée qu’il nous appartient de regarder en face. L’idée est de ne pas se laisser méduser par cette violence du sacré, par cette ritualisation de la haine, par cet archaïsme divin, afin d’identifier et de combattre les motivations des fanatiques d’Allah.

Frappé à la tête.

La tête est synonyme d’intelligence, de discernement et de raison. Elle est vue comme le lieu de résidence du cerveau quand le cœur, lui, serait l’hébergeur des passions. C’est là-haut que germent les idées, même si parfois l’imagination, cette «folle du logis», comme la nommait Malebranche et Descartes, y insuffle aussi ses beautés et ses absurdités. Le geste du terroriste, et de beaucoup de ses devanciers enrégimentés et exaltés par Daech ou Al-Qaeda, témoigne du refus d’avoir affaire aux gens qui ont toute leur tête, qui pensent par eux-mêmes. A l’inverse, la foi est affaire d’émotion fiévreuse et de croyances rêveuses. On y met ses tripes et, souvent, chez les plus traditionalistes, on y chérit les contraintes imposées aux intestins, aux sexes et aux utérus.

La mission de cet éducateur était de faire de ces adolescents des êtres censés et raisonneurs, ce qui ne veut pas dire forcément raisonnables. En leur parlant de la liberté d’expression et du droit à la caricature, il en faisait des citoyens éveillés, souvent lumineux et parfois illuminés. Il stimulait leur ouverture au monde et leur indépendance d’esprit. Dessillements qui ne leur interdisaient en rien de croire aux fadaises qui leur plaisent ou de ne pas y croire une demi-seconde.

Le terroriste n’a pas tiré en plein cœur, il n’a pas cogné en dessous de la ceinture, il n’a pas frappé à l’estomac. Il a coupé la tête de celui qui ne pensait pas comme lui, mais qui faisait tout son possible pour que cet embrumé d’obscurantisme garde la possibilité de penser autrement. Ce qui est tout à l’honneur de ce professeur et ce qui est aussi un danger que personne n’imaginait si grand.

Guillotine d’avant et abolition de la peine capitale.

Il peut paraître paradoxal qu’un pays comme la France ose se désoler de cette décapitation quand sa révolution fondatrice a fait un usage immodéré de la guillotine. Il serait simple, et tout à fait légitime, d’invoquer l’anachronisme, de se réfugier derrière les immenses différences qui existent entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XXIe. Je pourrais jouer au girondin frileux et nuancé et vouer aux gémonies les Robespierre qui prolifèrent au cœur de toute terreur et qu’on voit parfois ressurgir, pâles insoumis poudrés ou écarlates marquis rubiconds. Ou je pourrais faire comme Clemenceau et estimer qu’il faut accepter la révolution en bloc.

Je préfère dire que le sang a eu beau couler, 1789 a mis à bas la monarchie, aboli les privilèges de l’aristocratie et entravé l’influence du clergé. 1789 a déclaré les citoyens libres et égaux. On peut trouver ces droits de l’homme bien formels, déplorer que ce soit la bourgeoisie qui ait tiré les marrons du feu et estimer que le capitalisme devrait être réduit et taxé. Malgré tout, 1789 a émancipé les individus des tutelles légales et spirituelles, quand la révolution islamiste en cours instaure une régression dévote, au nom d’un prophète de haine et de mort.

Et puis, je ne veux pas oublier que 1981 a parachevé 1789, en supprimant la peine de mort dans une société qui tardait à se débarrasser de cette détestable manière d’en finir avec ceux qu’elle avait déjà condamnés et punis. Mitterrand, Badinter et la gauche ont fait œuvre de civilisation. Il reste à faire évoluer l’application des sanctions. La prison n’est pas la solution, et la manière dont la radicalisation islamiste y prospère devrait amener à y réfléchir et à y pourvoir. Laxiste angélique j’étais, laxiste séraphique, je demeure, tout en tremblant d’avoir tort de continuer à faire confiance à la nature humaine et à l’éducation populaire, à la transmission des savoirs et au partage des connaissances. Mais si je renonçais à cet optimisme constitutif, les coupeurs de têtes auraient gagné.

Publicité