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Jours tranquilles à Paris

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25 septembre 2020

"THIERRY MUGLER : COUTURISSIME" : LA PREMIÈRE EXPOSITION CONSACRÉE AU COUTURIER ARRIVE À PARIS

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A partir du 22 octobre 2020, le Musée des Arts Décoratifs de Paris accueillera l’exposition "Thierry Mugler : couturissime", initiée, produite et mise en tournée par le Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM).

Mise en tournée par le Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM) en 2019, la flamboyante exposition "Thierry Mugler : couturissime" s'installera au Musée des Arts Décoratifs de Paris à partir du 22 octobre 2020. Elle retrace l’œuvre d’un créateur à l’imaginaire singulier, qui a révolutionné la mode et la haute couture. "Lancée avec un immense succès en première mondiale au Musée des Beaux-Arts de Montréal en 2019, je suis particulièrement heureuse de voir notre exposition “Thierry Mugler : couturissime” à Paris, après Rotterdam et Munich. Je me réjouis de collaborer avec le Musée des Arts Décoratifs pour une première fois, avec toute l’équipe dirigée par notre talentueux ami, Olivier Gabet. Surtout je ressens une fierté et émotion rare pour moi d’exposer le talent éblouissant de Manfred Thierry Mugler dans sa ville… pour la toute première fois !", souligne la directrice générale et conservatrice en chef du MBAM, Nathalie Bondil.

Loin d’une rétrospective classique, c’est toute la vie et l’énergie de Manfred Thierry Mugler qui sont ici mises à l’honneur dans les galeries de la Mode Stephen A et Christine Schwarzmann du Musée des Arts Décoratifs. Chacune de ces salles se concentre sur des travaux différents du couturier : sa relation avec les célébrités, la pièce Lady Macbeth, les Glamazons, le design futuriste et une salle créée avec la Fondation Helmut Newton. D'après le très informé WWD, 150 pièces créées entre 1977 et 2014 ainsi que des archives jamais publiées seront dévoilées. "Depuis toujours, je suis fasciné par le plus bel animal sur terre : l’être humain. J’ai utilisé tous les outils qui étaient à ma disposition pour le sublimer : la mode, la mise en scène de spectacles, les parfums, la photographie, la vidéo… Aujourd’hui, un très beau chapître s’ouvre à nous avec Paris, ville qui m’a ouvert ses bras et le Musée des Arts Décoratifs qui est pour moi le plus beau des écrins", confie Manfred Thierry Mugler.

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25 septembre 2020

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25 septembre 2020

Crop-top : le faux pas de Natacha Polony

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Photo ci-dessus : Natacha Polony

Par Sabrina Champenois 

Directrice de la rédaction de Marianne, Natacha Polony est une parachutiste de la polémique, qui saute sur toutes comme sur Kolwezi. Elle n’allait pas rater le crop-top, ce haut court devenu depuis le 14 septembre le totem d’un mouvement de collégiennes et lycéennes contre la doxa vestimentaire imposée (de manière aussi aléatoire que floue, cf. le déroutant «tenue républicaine» du ministre Blanquer) par l’Education nationale. Depuis le début de la semaine, elle tempête, comme un mantra : avec le crop-top, «on tombe dans le piège de l’industrie de la mode», «ces tenues-là sont faites pour sexualiser les filles».

Alors bon, on peut reprocher beaucoup à l’industrie de la mode (citons entre autres son impact écologique, sa contribution à la surconsommation, les conditions de travail de certains ouvriers, la précarité généralisée) et elle participe sans conteste à l’image de la femme. Mais, précisément, le crop-top n’est pas le fer de lance en cours de l’industrie de la mode. Il prend même à rebours une tendance qui s’affirme ces dernières années : celle d’un vestiaire de plus en plus genderfluid, portable par les deux genres. Sachant que c’est du côté masculin qu’il a le plus évolué dans la décennie passée, avec notamment des recours toujours plus fréquents aux codes traditionnellement féminins, comme les transparences ou les imprimés. Un adoucissement quand, côté féminin, le fameux empowerment se drapait dans un raffinement plutôt classique et le confort tout-terrain - mais sophistiqué, dans les coupes comme les matières. Ce que n’est pas le crop-top.

Au vrai, le crop-top, pièce plutôt basique, est revenu par surprise, alors qu’il avait viré ringard, vulgaire, tellement années 90, quand il caracolait dans le sillage des Britney Spears, Madonna, Spice Girls. Et ce retour en grâce a été impulsé par «en bas», par la rue, les réseaux sociaux, Instagram, TikTok. L’industrie de la mode a emboîté le pas, a répondu à la demande et l’a stimulée, en particulier les enseignes de la fast fashion, majoritairement achalandées en ados et jeunes adultes. Elle a suivi, en clair. Et si, ce faisant, les filles ont été sexualisées, se sexualisent, c’est délibérément.

Attention, disent en sous-main Polony et consorts, vous ne savez pas ce que vous faites, vous êtes instrumentalisées, des victimes, des proies, des petites choses. Ce que leur répondent les participantes au mouvement du 14 septembre : ce crop-top, ce court morceau de tissu, a un sens. On veut pouvoir montrer notre ventre partout, y compris au sein de l’institution (l’Education nationale donc), on refuse de subir le corsetage d’une société toujours au bord de s’affoler quand s’affirme la féminité. Il y a eu #MeToo, la libération de la parole, et nos corps devraient la fermer, faire profil bas ? Pas question ! On est fortes, on a confiance en nous, en somme. Aux garçons de s’adapter et non l’inverse. Notons au passage que leurs pairs masculins se disent pour la plupart du temps d’accord avec cet état d’esprit, agacés d’être, eux, classés d’office comme des êtres dépassés par leurs instincts. Comme quoi, ce mouvement générationnel pourrait lui aussi être genderfluid.

Qu’il nous plaise ou non, le crop-top rappelle une chose, brillamment : la mode et la rue fonctionnent en miroir, en un système de vases communicants, chacune inspire l’autre, et prend tour à tour la main. Cette fois, c’est la rue. L’industrie de la mode n’a rien d’angélique mais, sur ce coup-là, la diaboliser est un fashion faux pas.

25 septembre 2020

"UNPLUGGED" UNE NOUVELLE HISTOIRE VISUELLE DE "LAURENT RINGEVAL" {NSFW / EXCLUSIVE EDITORIAL}

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Le photographe Laurent Ringeval  et le mannequin Cledia Cledouxe se sont  associés pour l' éditorial exclusif d'aujourd'hui sur NAKID intitulé « Unplugged ».

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25 septembre 2020

Vingt ans après son instauration, le quinquennat au banc des accusés

Sarah Belouezzane, Julie Carriat, Solenn De Royer, Lucie Soullier, et Sylvia Zappi

Deux décennies après un référendum plutôt consensuel sur ce sujet, rares sont les formations politiques qui ne critiquent pas cette réforme institutionnelle majeure

Il y a vingt ans, jour pour jour, Jacques Chirac demandait aux Français : « Approuvez-vous le projet de loi constitutionnelle fixant la durée du mandat du président de la République à cinq ans ? » En deux décennies, la réforme du quinquennat, suivie de l’inversion du calendrier électoral en 2001, a révolutionné à bas bruit la pratique du pouvoir et des institutions de la Ve République, au point que, de la gauche à l’extrême droite en passant par La République en marche (LRM), rares sont les formations à ne pas juger la réforme comme au moins en partie responsable des maux de la démocratie française. Une façon, parfois, de masquer leur propre responsabilité dans l’augmentation de la défiance ressentie par les Français.

Depuis Chirac, aucun président n’a plus été réélu. Une donnée qui n’a pas échappé aux macronistes à un an et demi de la présidentielle. Au fil des mandats dominés par l’« hyperprésidence » ou par une normalité revendiquée, à mesure que le quinquennat accélère le rythme auquel sont jugés les chefs de l’Etat, le décompte des cinq ans a changé le temps présidentiel et pressurise le locataire de l’Elysée, coincé entre deux élections.

Pour le député Les Républicains (LR) François Cornut-Gentille, auteur d’un livre sur les institutions, à paraître début 2021, c’est une évidence qu’aucun des successeurs de Jacques Chirac n’a pu ignorer. « Tous les présidents qui ont expérimenté le quinquennat ont découvert que l’hyperpuissance ressentie se heurtait à une réelle incapacité à agir, estime-t-il. D’où l’impasse dans laquelle autant Emmanuel Macron que ses prédécesseurs se trouvent. La présidentialisation du régime les pousse à renforcer la concentration des pouvoirs, alors que leur intérêt serait de desserrer l’étau dans lequel le quinquennat les place en redonnant un espace au Parlement et au gouvernement. »

Dans la majorité, le retour des débats sur le quinquennat à la faveur de l’examen de la réforme constitutionnelle, à l’été 2018, avait été clos par une fin de non-recevoir. Pourtant, en coulisses, le quinquennat compte d’ardents adversaires au sein de l’exécutif. Un influent conseiller juge ainsi qu’il « a tué la Ve République » et que c’est « la plus belle connerie » des vingt dernières années, sur le plan institutionnel. « On a gardé l’autorité monarchique du président tout en lui retirant le temps monarchique. » Perdant-perdant, donc. Résultat : « Le chef de l’Etat devient un chef de la majorité à l’anglo-saxonne. »

Ancien chiraquien, le vice-président LRM de l’Assemblée, Hugues Renson, estime pour sa part que le quinquennat, nécessaire au moment où il a été adopté, a entraîné, au fil de sa pratique, un « glissement » vers une hyperprésidentialisation qui appelle des clarifications. « Notre système parlementaire a vu sa présidentialisation considérablement accentuée, il n’a plus la même place, la même possibilité d’agir ni de débattre », estime-t-il. « Ce n’est pas un sujet prioritaire, vu le contexte sanitaire actuel, mais une réflexion doit avoir lieu » en vue de l’échéance de 2022, prévient-il, citant des pistes diverses, « certains parlent de VIe République, d’autres, comme François Hollande, de supprimer le premier ministre, ou encore d’aller vers un régime à l’américaine, avec le président et son administration d’un côté, un Parlement indépendant de l’autre… » Le député exclut toutefois un retour au septennat.

A gauche, les socialistes savent que c’est un des leurs qui a mis en place le quinquennat et déclenché l’inversion du calendrier. Lionel Jospin ne le regrette nullement et continue à revendiquer la pertinence de sa réforme dans son récent ouvrage, Un temps troublé (Seuil, 256 pages, 19 euros). Mais ses camarades osent dire qu’il est temps de changer. « Il a eu raison de raccourcir le mandat présidentiel, car sept ans c’est long quand on voit la rapidité à laquelle le monde va », soutient le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, avant d’ajouter que, le temps passant, le sujet n’est plus tant la durée du mandat que l’équilibre des pouvoirs. « Le premier ministre n’est aujourd’hui qu’un collaborateur. C’est une pratique qu’on a pu constater sous Sarkozy, sous Hollande ou aujourd’hui sous Macron : celle d’un homme seul qui décide de tout », soutient-il. A ses yeux, il faut donc revoir les rôles, en faisant du premier ministre le seul responsable devant sa majorité, « avec une pratique plus collégiale, en laissant au Parlement une place réelle ».

« Campagne permanente »

A droite, les avis divergent. Sans défendre l’idée d’un septennat non renouvelable, le président du groupe LR à l’Assemblée, Damien Abad, voit dans le quinquennat un système où la « campagne est permanente » et déplore un « affaiblissement » du Parlement, à cause de députés parfois « factices », élus grâce au bon vouloir du président. « Quand les Français ont porté Macron au pouvoir, dit-il pour exemple, ils n’ont pas voulu se déjuger aux législatives. »

D’autres, qui pourraient prétendre à la fonction présidentielle, ne sont pas d’accord. Valérie Pécresse, par exemple. La présidente de la région Ile-de-France garde un mauvais souvenir du lendemain de la dissolution ratée de Jacques Chirac, en 1997. « J’ai vécu la cohabitation de 1997 à l’Elysée, se remémore-t-elle. Elle s’est terminée dans l’immobilisme, car Chirac et Jospin se marquaient à la culotte. » Pour elle, le quinquennat, accusé de « tous les maux », « donne en réalité de la cohérence à l’action politique et permet de gouverner ».

Au Rassemblement national, la ligne est établie depuis longtemps. Depuis 2012, Marine Le Pen assure que, élue présidente, elle enterrerait le quinquennat pour le remplacer par un septennat non renouvelable. Elle serait alors la dernière à pouvoir enchaîner deux mandats. Pour son conseiller spécial, Philippe Olivier, ces cinq ans signent « une dénaturation profonde des institutions de la Ve » et ont contribué à renforcer « un sentiment de perte de représentativité dans la société ». Avec la fin de la cohabitation, l’eurodéputé estime que l’« on a instauré la dictature d’une majorité artificielle ».

Quel que soit le bord politique, la critique du quinquennat semble avoir de beaux jours devant elle. Reste à savoir si ce débat institutionnel aura sa place dans la campagne présidentielle de 2022, alors que le monde est toujours sous la menace d’une double crise, épidémique et économique.

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25 septembre 2020

Nicolas Bedos

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25 septembre 2020

Après cinquante jours de bras de fer, « VGE » et Jospin font plier Chirac

A l’Elysée en 2000, l’ancien chef de l’Etat (Jacques Chirac) craignait une présidentialisation du régime, mais il avait fini par se rallier à une réforme voulue par les Français

RÉCIT

Et maintenant, le quinquennat ! » Dans une tribune publiée à la « une » du Monde, le 11 mai 2000, Valéry Giscard d’Estaing (« VGE ») lance l’offensive en faveur d’une réduction du mandat présidentiel à cinq ans. L’ex-président argue d’une opinion publique « massivement acquise » au quinquennat et d’un personnel politique quasi unanime. « Le moment est venu… », écrit-il, en annonçant le dépôt d’une proposition de loi constitutionnelle.

Un an plus tôt, le vieil adversaire de Chirac avait fait une tentative infructueuse, pressant ce dernier d’instaurer le quinquennat et de se l’appliquer, en provoquant une présidentielle anticipée en 2000. Cette fois-ci, il attend que Jacques Chirac, élu en mai 1995, ait fêté ses cinq ans à l’Elysée. Et précise que la réforme ne s’appliquera pas au mandat en cours. Mais à droite, où l’on connaît l’animosité de Valéry Giscard d’Estaing pour Jacques Chirac, personne n’est dupe. « Giscard repêche la rancune qu’il avait jetée à la rivière », observe François Baroin.

L’ancien président sait en effet que Chirac, hostile à la présidentialisation du régime, n’est pas favorable au quinquennat. Une « erreur » qu’il n’approuvera pas, a-t-il répété un an plus tôt, le 14 juillet 1999. Pourtant, la réduction du mandat présidentiel, serpent de mer de la vie politique française, fait alors l’objet d’un relatif consensus. A l’été 1999, 71 % des Français y sont favorables. Paré de toutes les vertus, le quinquennat est censé redonner souffle à la démocratie. On juge aussi que c’est le meilleur moyen de mettre fin aux cohabitations, alors que Chirac, deux ans après son arrivée à l’Elysée, a dû laisser Matignon à la gauche, après la dissolution de 1997. Mais le principal argument invoqué est celui de la modernité. « C’était ma conviction, explique Lionel Jospin au Monde. Je pensais que le septennat était la survivance d’un esprit monarchique et qu’il était souhaitable que le peuple s’exprime plus souvent. »

Installé depuis trois ans à Matignon, Lionel Jospin est depuis longtemps un ardent défenseur de la modernisation de la vie politique. Mais le premier ministre s’interdisait d’ouvrir ce débat pour ne pas envenimer la cohabitation. L’offensive de Valéry Giscard d’Estaing ouvre une voie. « Un piège politique est en train de se refermer sur Chirac, une alliance objective entre “VGE” et Jospin », rappelle Jean-Louis Debré, alors patron des députés RPR. Vingt ans plus tard, M. Jospin assure qu’il n’y a pas eu de « connivence » entre l’ancien président, qui jouait « cavalier seul », et lui-même. Mais il reconnaît qu’il a « utilisé l’occasion » créée par M. Giscard d’Estaing.

A l’Elysée, les proches de Chirac, dont son bras droit Dominique de Villepin, et son ancien premier ministre Alain Juppé, qui estiment que le septennat « n’est plus un temps démocratique dans un univers fortement médiatique », l’incitent à bouger. Revenu en grâce au Château, Nicolas Sarkozy exprime tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : « En 2002, vous aurez 69 ans. A la fin d’un septennat, cela fera 76 ans. Les gens font le calcul : il vous sera impossible d’être réélu. » Même s’il redoute qu’on l’accuse de versatilité, Chirac sent qu’il n’a guère le choix. Il ne veut pas non plus laisser à Lionel Jospin le bénéfice d’une réforme électoralement payante. « Je comprends que Chirac va finalement vouloir décider librement ce qui lui est imposé, raconte l’ex-premier ministre. Je suis prêt à jouer le jeu. »

Les gaullistes divisés

Chirac met en scène son ralliement. Le 5 juin, il tente d’expliquer aux Français pourquoi il soutient une réforme qu’il refusait il y a moins d’un an. Mais il plaide pour un quinquennat « sec », non assorti d’une limitation à deux mandats par exemple, comme le propose Valéry Giscard d’Estaing. Soucieux de minimiser son revirement, le président explique que cette réforme ne changera rien au fonctionnement des institutions.

Chirac n’entend pas non plus laisser au Parlement – et à son ancien rival – l’initiative d’une réforme qui touche au fondement de sa fonction. Il se met donc d’accord avec Lionel Jospin sur un projet de loi constitutionnelle, qui sera présenté par le chef du gouvernement « au nom » du président. Ce qui permet aux deux adversaires de revendiquer chacun la paternité de la réforme.

Le processus de révision constitutionnelle est lancé. Evoquant le futur référendum, le chef de l’Etat considère que si les Français votent oui, « c’est très bien », s’ils répondent non, « c’est très bien aussi ».« Ce qui rend son intervention incompréhensible », juge a posteriori M. Jospin.

Si le Parti socialiste approuve une réforme qui comptait déjà parmi les cent dix propositions de François Mitterrand, les gaullistes se montrent plus divisés. François Baroin, député RPR de l’Aube, est chargé de « faire atterrir le groupe RPR », à l’Assemblée. « Mon boulot est de trouver des arguments acceptables par nos troupes, raconte-t-il. Le rejet de la cohabitation a fini par emporter l’adhésion. » Les parlementaires adoptent le projet de loi sur le quinquennat, le 29 juin 2000, ouvrant la voie au référendum. « Mission accomplie », se réjouit « VGE », à l’issue d’une bataille de cinquante jours.

Mais la campagne n’intéresse pas les Français, à qui personne n’explique vraiment les tenants et les aboutissants de la réforme. Lionel Jospin admet qu’il n’y a « pas eu de véritable débat ». « Quand de Gaulle a proposé la Constitution de 1958, était-il sûr de toutes ses implications ? », interroge-t-il.

Le 24 septembre, l’instauration du quinquennat est approuvée par 73,15 % des Français. Avec un niveau d’abstention sans précédent : 69,68 %. Aussitôt, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer un changement du calendrier électoral, afin que les législatives se tiennent après la présidentielle. La loi du 15 mai 2001 acte « l’inversion » du calendrier afin de donner au président une majorité parlementaire cohérente. Les deux réformes s’appliquent pour la première fois en 2002. Sans que l’électorat ait réellement pris la mesure du changement.

A la veille du référendum, le politologue René Rémond avait prévenu, mettant en garde contre une « réforme en trompe-l’œil ». « Quels en seront les effets ?, se demandait-il alors. On nous a rassurés en nous promettant qu’elle ne changerait rien au régime sous lequel nous vivons depuis quarante ans. N’en croyez rien ! »

24 septembre 2020

Les ambitions de François Bayrou au commissariat du Plan

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Article de Audrey Tonnelier

Le président du MoDem entend traiter des questions de souveraineté économique, malgré la méfiance du ministère de l’économie

L’équilibre climatique, la démographie française, la souveraineté alimentaire, les relocalisations, les inégalités ou encore l’aménagement du territoire. Telles sont quelques-unes des vingt-cinq « questions stratégiques pour la France » que François Bayrou a annoncé vouloir traiter, dans un discours d’un peu plus d’une heure à la tribune du Conseil économique, social et environnemental, mardi 22 septembre. Un véritable inventaire à la Prévert pour le président du MoDem. Cet allié de longue date d’Emmanuel Macron est désormais haut-commissaire au Plan et à la prospective, comme le précise la lettre de mission signée par le chef de l’Etat le 21 septembre. Dans cette dernière, il lui est demandé d’« éclairer les choix collectifs que la nation aura à prendre pour maintenir ou reconstruire sa souveraineté ».

Face au scepticisme de certains sur la nécessité de recréer cette institution de l’après-guerre, progressivement tombée en désuétude depuis les années 1990, M. Bayrou a défendu la nécessité de « voir la nation se poser, en amont des décisions publiques, les questions dont dépend son avenir, à dix, vingt, trente ans ». Prenant exemple de la pénurie de certains médicaments survenue au début de la pandémie de Covid-19, il a appelé à « une intervention de l’Etat, ou en tout cas une orientation et une incitation », dans les « domaines vitaux pour la société française ». Se posant en représentant du « temps long » face à la « dictature de l’urgence », M. Bayrou a déploré que de multiples rapports et études soient produits chaque année, notamment par France Stratégie – héritière du Plan –, sans réelle « influence sur le débat public ». Il a donc identifié 25 thèmes, eux-mêmes appelés à être amendés ou complétés. Objectif : établir pour chacun une « note concise » qui puisse ensuite être soumise « à la discussion, aux opinions divergentes », « pendant deux ou trois mois ».

Parmi ceux-ci, des sujets d’ordre général – « les questions d’identité », « la vitalité de la langue française », les inégalités en matière d’éducation – mais aussi plusieurs dossiers économiques majeurs. En s’appuyant sur les travaux de France Stratégie, M. Bayrou souhaite ainsi présenter d’ici à la fin de l’année une « étude approfondie » sur l’évolution des métiers, en lien avec les changements technique et numérique, afin d’éclairer les jeunes qui entrent sur le marché du travail ou les actifs qui se réorientent.

« Se décoller du court terme »

Il ambitionne également de « construire une réponse politique et économique » à la question de l’indépendance productive du pays, à travers un « grand effort d’investissement ». Selon lui, un « plan de relocalisation » pour le secteur pharmaceutique ou les composants électroniques « relève de l’urgence ». M. Bayrou entend aussi s’attaquer au sujet de la dette publique, qui a bondi depuis le printemps, ou encore au manque structurel d’entreprises de taille intermédiaire en France.

Autant de sujets qui étaient jusqu’à présent des prérogatives du ministère de l’économie, et risquent d’en faire un rival encombrant pour Bruno Le Maire. Ce dernier a gagné le titre de ministre de la relance lors du remaniement de juillet, après que son volontarisme durant la crise sanitaire a été unanimement salué au sein de l’exécutif. Le maire de Pau, lui, a obtenu d’être rattaché directement à l’Elysée, et non à Matignon.

« A Bercy, ils ont très peur. La crainte, c’est que Bayrou veuille être une sorte de vice-premier ministre rattaché à Macron, qui embête tout le monde », glisse un familier du ministère. Et que dire de l’articulation entre le haut-commissariat et le plan de relance, largement concocté à Bercy, qui vise, lui aussi, à transformer la France d’ici à 2030 ? Officiellement, chacun assure que les rôles sont bien définis. « Ma responsabilité, c’est de réussir la relance et le renforcement de notre économie, c’est une responsabilité immédiate, assurait M. Le Maire début septembre. Celle de François Bayrou est plus large et de plus long terme. Le Plan ne se contente pas de traiter des questions économiques mais aussi démographiques, éducatives, migratoires. » « Nous avons les mêmes buts avec Bruno Le Maire. On ne peut pas réfléchir au long terme sans se poser ces questions », explique, de son côté, M. Bayrou.

Pour certains, la répartition des rôles serait un peu différente. « A deux ans de la présidentielle, il est urgent de reconstruire un narratif. On ne pourra pas juste dire : on a bien mené le plan de relance. Il va falloir montrer comment on donne de la profondeur à notre action. Bayrou pourra jouer un rôle dans la construction de cette vision, pour se décoller du court terme », croit savoir un ministre de Bercy.

M. Bayrou, éphémère garde des sceaux au début du quinquennat, avant de quitter le gouvernement en juin 2017 en raison de l’affaire des assistants présumés fictifs de son parti au Parlement européen, possède aussi l’avantage de la proximité idéologique avec une majorité qui se cherche. Certains le voient dans une position de « sage » capable d’apporter une vision plus large alors que les groupes de l’Assemblée sont soumis à un agenda plus contraignant et que les partis sont parfois tiraillés, à l’instar de La République en marche.

Reste à connaître la capacité d’action de M. Bayrou, qui a expliqué disposer d’une « toute petite équipe », un « commando ». Le décret annonçant la création de son poste, le 2 septembre, avait été complété vingt-quatre heures plus tard par un second texte lui attribuant, outre France Stratégie, le « concours (…) des administrations et services de l’Etat susceptibles de contribuer à l’accomplissement de sa mission ». « Il est plus efficace de convaincre que d’imposer », a cru bon de rappeler le Béarnais, mardi. Comme pour rassurer ceux qui ne voient pas d’un très bon œil son retour en grâce.

24 septembre 2020

Avoir 20 ans...

covid et 20 a

24 septembre 2020

Le Kremlin se prépare au retour en Russie d’Alexeï Navalny

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Par Benoît Vitkine, Moscou, correspondant - Le Monde

Encore convalescent, l’opposant est sorti de l’hôpital berlinois de la Charité, mercredi 23 septembre, où il était traité après son empoisonnement.

Si l’avion qui le transportait à Moscou n’avait pas atterri en urgence, le 20 août au matin, malgré une alerte à la bombe opportunément annoncée à l’aéroport d’Omsk, en Sibérie, Alexeï Navalny serait peut-être mort. Celui dont Vladimir Poutine se refuse à prononcer le nom aurait bel et bien été effacé de la scène politique russe – un mauvais moment à passer pour le Kremlin, mais un souci de moins.

Un mois plus tard, c’est lui, Alexeï Navalny, qui dicte l’ordre du jour – politique, médiatique, diplomatique. Cloîtré dans l’hôpital berlinois de la Charité, l’opposant empoisonné était déjà incontournable. Sa sortie de cet établissement, mercredi 23 septembre, rend encore un peu plus délicate la confrontation du pouvoir russe avec son nouveau « problème Navalny ».

Le retour au pays n’est toutefois pas encore d’actualité : si les médecins allemands qui ont annoncé que M. Navalny avait pu quitter l’hôpital jugent « possible » une guérison complète, ils restent prudents quant à d’éventuelles conséquences de long terme. L’opposant lui-même, âgé de 44 ans, a posté sur les réseaux sociaux une photo de lui dans un parc, amaigri, regard hagard et cerné : « Dans l’immédiat, les plans sont simples, écrit-t-il. Physiothérapeute, réhabilitation. Tenir sur une jambe. Retrouver le contrôle de mes doigts. »

Quelques jours plus tôt, M. Navalny avait déjà fait part de sa faiblesse physique, mais aussi de celle de son cerveau, de sa difficulté à nommer les choses et les personnes. La chronique de son rétablissement est suivie avec ferveur sur les réseaux sociaux ; ses publications récoltent régulièrement plus d’un million de « j’aime ».

Enquête sur lui-même

Chacune d’elle vient annihiler la stratégie du Kremlin consistant à faire comme s’il n’y avait pas d’affaire Navalny, pas plus qu’il n’aurait existé un opposant nommé Navalny. La justice russe refuse même d’ouvrir une enquête, arguant que rien dans ce qui lui est arrivé ne laisse supposer un crime.

Mercredi 23 septembre, la porte-parole du ministère des affaires étrangères a aussi assuré que ni l’URSS, ni la Russie, n’avaient développé une substance de type « Novitchok », le poison utilisé contre M. Navalny, selon des laboratoires allemand, suédois et français. Jusqu’à présent, les officiels russes, y compris le patron du renseignement extérieur, une semaine plus tôt, expliquaient plutôt que les stocks de ce poison avaient été détruits.

Quand Le Monde a révélé, mardi 22 septembre, que Vladimir Poutine avait, dans un entretien téléphonique avec Emmanuel Macron, évoqué entres autres hypothèses celle d’un auto-empoisonnement, M. Navalny a commenté avec humour : « J’ai fait cuire le Novitchok dans ma cuisine, j’ai avalé le contenu de ma flasque dans l’avion et je suis tombé dans le coma. Mon plan astucieux était de mourir dans un hôpital d’Omsk où, à la morgue, l’autopsie aurait conclu : “Cause de la mort : a assez vécu.” » L’ancien avocat se pose aussi comme le premier enquêteur sur son propre empoisonnement : lundi, il a réclamé que la Russie lui rende ses habits, sur lesquels pourrait être trouvé du poison.

Ces sorties donnent un aperçu du casse-tête que constituera, à terme, le retour en Russie de cet opposant déterminé et maîtrisant les codes de la communication.

Celui-ci, qui a toujours su se mettre en scène dans ses rigoureuses enquêtes sur la corruption, continue aussi de le faire. Il y a quelques jours, il dédiait un post à sa femme, pour leurs vingt ans de mariage. Au-delà des mots d’amour, l’épisode rappelle deux choses : que M. Navalny est de la race, inexistante en Russie, des politiciens modernes ; qu’il est prêt à retourner contre ses auteurs le harcèlement permanent dont il a fait l’objet, ces dix dernières années, jusque dans sa vie privée.

L’agenda russe perturbé

Dans le même temps, le tabou Navalny a sauté dans l’espace médiatique. Certes, les « experts » invités à discourir à la télévision sur son cas le font en avançant des versions toujours plus farfelues ou en présentant des versions truquées de ses vidéos, mais le fait est là : le phénomène Navalny ne peut plus être ignoré. Son retour achèvera de le mettre au centre du jeu, alors que les Russes ont toujours eu la dent dure contre leurs émigrés, quelles que soient les causes de l’exil.

Le constat est similaire s’agissant de la diplomatie. On ne peut qu’imaginer l’irritation de Vladimir Poutine face aux questions du président français concernant celui qu’il ne considère guère plus que comme un agitateur, comme il l’a dit lui-même à M. Macron. Le nom de M. Navalny a aussi été cité plusieurs fois à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies. Le ministre des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, se voit obligé de répéter jour après jour les mêmes arguments : si empoisonnement il y a eu, celui-ci est intervenu après le départ de Russie de Navalny, quand bien même celui-ci était déjà dans le coma.

Autrement dit, et avant même son retour, cet opposant supposément inexistant perturbe jusqu’à l’agenda international de la Russie, et pourrait être la cause de nouvelles sanctions.

« Le mythe du Kremlin selon lequel Navalny est un marginal ne tient plus, note Lioubov Sobol, l’une de ses alliées. Tout le monde a vu que le pouvoir le craignait, et maintenant sa notoriété est encore plus importante. L’intérêt et l’empathie pour son action ont augmenté, à lui de transformer cela en soutien, après son retour. » Pour Mme Sobol, « le plan reste le même : faire battre les candidats du pouvoir aux élections législatives de l’année prochaine, auxquelles on ne nous laisse pas participer, et lutter pour qu’Alexeï puisse être candidat à la présidentielle de 2024. »

« La pression va encore augmenter »

Le politiste Fiodor Kracheninnikov estime lui aussi que M. Navalny a d’ores et déjà acquis une stature nouvelle : « Maintenant, aux yeux des Russes comme de l’étranger, c’est Poutine contre Navalny. Le Kremlin a prouvé qu’il était prêt à tout, Navalny aussi. Et puis, il y a ce trait russe : on aime ceux qui ont souffert. » Pour M. Kracheninnikov, le pouvoir pourrait être tenté d’avancer au mois de mars 2021 les élections législatives programmées à l’automne pour éviter au maximum que l’opposant puisse s’engager dans la campagne.

Selon la politiste Tatiana Stanovaïa, du think tank R.Politik, le retour de M. Navalny posera un problème important au pouvoir, « si tant est que celui-ci retrouve 100 % de ses forces ». Mais contrairement à d’autres observateurs, Mme Stanovaïa ne voit pas dans la médiatisation accrue du cas Navalny une garantie de sécurité : « Les enjeux sont devenus trop importants pour que le pouvoir le laisse tranquille, estime-t-elle. La pression sur lui et sur sa famille va encore augmenter, et sa vie en Russie deviendra encore plus difficile, avec des poursuites judiciaires relancées. S’il est passé à tabac en bas de chez lui, il y aura des protestations... Et alors ? »

Mercredi, interrogé après la sortie de l’hôpital d’Alexeï Navalny, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a souhaité au « patient » de guérir rapidement. « Quant à son retour à Moscou, comme tout citoyen de la Russie, il est libre de le faire à tout moment », a précisé M. Peskov.

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