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Jours tranquilles à Paris

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22 septembre 2020

Monarchie - Secouée par une immense contestation, la Thaïlande navigue à vue

thailande

THE STRAITS TIMES (SINGAPOUR)

Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées à Bangkok les 19 et 20 septembre pour exiger des réformes de la monarchie. Aux étudiants se sont ralliés les partisans de l’ancien Premier ministre, renversé par les militaires en 2006, donnant au mouvement une nouvelle ampleur.

Il est 22 heures ce samedi 19 septembre. De très jeunes manifestants remballent leur matériel et s’apprêtent à quitter Sanam Luang, le champ royal, près du grand palais de Bangkok, pour rentrer chez eux. Daeng, 70 ans, qui va passer la nuit sur sa natte, sous un arbre, pour la manifestation nocturne leur lance :

N’abandonnez pas, les enfants ! Revenez demain matin sans faute !”

Daeng est une “chemise rouge” [les chemises rouges sont les partisans de l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, renversé par un coup d’État en septembre 2006]. Elle se souvient encore d’avoir été aspergée de gaz lacrymogènes dans le centre de Bangkok pendant les troubles de 2010 [des manifestations ont secoué la capitale entre mars et mai 2010. Les chemises rouges qui demandaient la dissolution du gouvernement faisaient face aux chemises jaunes, incarnant l’élite royaliste. Une centaine de personnes ont été tuées au cours d’affrontements].

Comme beaucoup d’autres chemises rouges, elle a rejoint les manifestations organisées ce week-end par l’organisation étudiante Front uni de Thammasat. L’événement prend, d’un coup, des allures de réunion de militants vieillissants issus de ce réseau que les autorités ont essayé de démanteler après le coup d’État de 2014.

Remise en cause inédite de la monarchie

Aujourd’hui, Daeng a cependant renoncé au rouge et a mis un T-shirt noir [couleur de ralliement des jeunes manifestants]. “Je veux suivre les jeunes”, confie-t-elle au Straits Times.

La manifestation à Sanam Luang est extraordinaire à tous égards. Des dizaines de milliers de manifestants occupent un terrain normalement réservé aux événements royaux qu’ils baptisent “champ du peuple”. Leurs dirigeants, qui s’expriment à la tribune, s’adressent directement au roi Maha Vajiralongkorn : la liste des réformes politiques qu’ils exigent n’est pas soumise au Premier ministre Prayut Chan-o-cha mais à Surayud Chulanont, le président du Conseil privé du roi. Puis ils appellent au boycott de la Siam Commercial Bank, dont le roi est actionnaire majoritaire.

En tentant de rendre “dicible ce qui était auparavant indicible”, les étudiants ont reçu le soutien des fantassins du mouvement des chemises rouges, relève la politologue Khorapin Phuaphansawat de l’université de Chulalongkorn.

Preuve que les chemises rouges n’ont pas disparu. Elles n’ont pas été écrasées.”

Les personnalités du mouvement qui risquaient des poursuites et ont subi des pressions se sont tenues à l’écart.

Quid de la classe ouvrière ?

Reste à voir si ces appels à une réforme de la monarchie rencontreront un écho dans la société thaïlandaise, selon les analystes. Une question impensable pour beaucoup, tant l’ancien roi et père du monarque actuel, Bhumibol Adulyadej, était considéré comme un demi-dieu.

Toute personne critiquant ouvertement la royauté risque des poursuites dans le cadre du très sévère crime de lèse-majesté [qui prévoit jusqu’à quinze ans de prison], même si aucune condamnation n’a été prononcée récemment.

Les chaînes de télévision grand public ont élargi la couverture de l’événement alors que, jusque-là, seuls les médias alternatifs parlaient de ce mouvement.

D’après Khorapin Phuaphansawat, l’élite de Bangkok n’a pas encore pris la mesure du mouvement et ce dernier demeure peu connu de la classe ouvrière thaïlandaise. À ses yeux, il est également trop tôt pour dire comment les intellectuels réagiront.

L’élite royaliste qui domine le pays depuis les derniers coups d’État [2006 et 2014], considère souvent les chemises rouges comme des paysans payés par des politiciens corrompus pour occuper les rues de Bangkok et leur reproche d’avoir plongé le royaume dans une décennie d’un conflit opposant deux couleurs [les jaunes contre les rouges]. Les autorités les ont réprimées à la suite du coup d’État de mai 2014 [qui a amené au pouvoir le général Prayut, l’actuel Premier ministre] et ont, à un moment, cherché à faire disparaître leurs signes et vêtements.

Des enfants de la classe moyenne

Or nombre des étudiants qui participent aux manifestations actuelles sont issus de la classe moyenne et de certains des établissements scolaires et universitaires les plus élitistes du pays. D’après un lycéen militant, certains parents ont même tenté d’empêcher leurs enfants de continuer à participer au mouvement en les menaçant de les envoyer faire leurs études à l’étranger.

Les événements de samedi donnent une idée de la façon dont les idées des chemises rouges et des étudiants se sont rejointes. Les jeunes manifestants allant jusqu’à citer à la tribune les noms de personnes tuées lors de l’intervention de l’armée contre les chemises rouges en mai 2010 à Bangkok. Ils demandent que les responsables rendent des comptes.

“On ne peut plus considérer ces manifestations comme un mouvement de jeunes, déclare le politologue Pitch Pongsawat de l’université de Chulalongkorn. La connexion organique entre les chemises rouges et les organisations étudiantes est scellée.”

L’ampleur croissante de ce mouvement et les appels de plus en plus forts pour une réforme de la monarchie placent désormais la Thaïlande en territoire inconnu.

Tan Hui Yee

Source

The Straits Times

SINGAPOUR www.straitstimes.com/global

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22 septembre 2020

Fanny Müller

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22 septembre 2020

Entretien - Karin Viard : « J’aime beaucoup maltraiter les bourgeoises, comme actrice »

Par Clarisse Fabre - Le Monde

Diabolique dans « Les Apparences », de Marc Fitoussi, la comédienne incarne une femme trompée qui, pour sauver la façade, manigance un plan redoutable.

Karin Viard ne nous avait pas habitués à ce regard qui brûle d’une lueur inquiétante. Dans Les Apparences, de Marc Fitoussi, la comédienne a le sourire aux lèvres et des flammes logées au fond des yeux. Elle joue une femme trompée, mariée à un chef d’orchestre (Benjamin Biolay), à Vienne, en Autriche. En secret, elle échafaude un plan visant à « cramer » la jeune amante (Laetitia Dosch) et à sauver la façade de son couple devant les amis expatriés. L’actrice, née en 1966, est la pièce maîtresse de ce film noir, tirant les ficelles dans un mélange de puissance et d’égarement. Bientôt, on la verra incarner un autre type de bourgeoise, drôle et convertie au chamanisme dans L’Origine du monde, premier long-métrage de Laurent Lafitte (en salle le 4 novembre).

Comment cette première collaboration avec Marc Fitoussi s’est-elle nouée ?

Jusqu’à présent, j’avais refusé les rôles qu’il me proposait. Avec beaucoup d’humour et d’autodérision, il m’a envoyé le scénario de son dernier film, persuadé que je dirais non une fois de plus. Et là, j’ai accepté. J’avais le sentiment de n’avoir jamais joué ce rôle, j’ai senti que je pouvais mettre beaucoup de subtilité dans l’interprétation. Que fait-on de l’humiliation, de la peine, qui a tort, qui a raison dans ce genre de situation ? Marc Fitoussi a été ouvert à mes propositions, et je pense avoir un tout petit peu déplacé le curseur. Je lui ai suggéré que mon personnage vienne d’une origine assez modeste. Ça rend encore plus cruel le fait qu’elle puisse dégringoler socialement. Elle a tout à perdre, son homme et son rang. De même, je ne voulais pas simplement qu’elle « encaisse » et reste muette, mais qu’elle puisse exprimer à un moment son animalité. Pauvre Benjamin Biolay, il n’a pas oublié la scène ! Il a été délicieux. Quant à Marc Fitoussi, il est sorti de sa zone de confort dans ce film.

Comment avez-vous travaillé l’expression du sentiment de jalousie ?

La jalousie, je pense qu’on connaît, non ? Ce n’est pas la peine de lire des essais ou des thèses… C’est un sentiment ultra-archaïque que l’on éprouve depuis l’enfance. Ce n’est pas plus réservé aux femmes qu’aux hommes. C’est un très bon moteur pour les histoires, et c’est un sentiment excessivement négatif, qui n’amène que du malheur. C’est simple à jouer.

Mais il y a des variantes, et vous n’êtes pas votre personnage…

Je ne me pose jamais la question de qui je suis par rapport à mon rôle, ou comment j’aurais fait à la place du personnage. C’est une question vaine, en tout cas pour moi. En revanche, je dois comprendre mon personnage et ce qu’elle fait. Elle découvre qu’elle est trompée mais elle ne montre rien. Moi, il est vrai, j’aurais réveillé l’autre au milieu de la nuit et je lui aurais demandé : « C’est quoi ce bordel ! »

Le film est terrible sur les femmes d’expatriés, lorsque celles-ci n’ont pas de carrière. L’une dit qu’elle est la « boussole » de son mari.

C’est vraiment la bourgeoisie dans toute sa splendeur : on se raconte des histoires auxquelles on croit, on gagne de l’argent, les enfants sont bien habillés, on fréquente des gens qui pensent exactement comme nous… Le film pose un regard assez caustique sur ces femmes. C’est vrai que j’adore jouer ça. J’aime beaucoup maltraiter les bourgeoises, comme actrice. C’est toujours très porteur, la bourgeoisie qui se casse la gueule.

Mais votre personnage n’est pas une victime, cette femme mène même la danse jusqu’à un certain point…

En reprenant le pouvoir, elle le donne à un autre. Dans la mise en scène de Marc Fitoussi, il y a l’idée d’une valse, une espèce de danse inexorable qui ne s’arrête jamais, nous emmène de plus en plus vite… Le film lorgne du côté de Chabrol, c’est aussi une critique sociale et un thriller, car parfois je fais peur.

Vous avez tourné en août un autre film, « Fantasmes », avec Stéphane et David Foenkinos. Comment le tournage après le confinement s’est-il passé ?

On a travaillé avec des contraintes fortes, bien sûr. Toute l’équipe était masquée, même nous, sauf lorsqu’on jouait. Avec Jean-Paul Rouve, on forme un couple qui assume le fantasme d’être regardé quand il fait l’amour. C’était extrêmement drôle.

Ces conditions de tournage ne sont-elles pas perturbantes ?

C’est comme ça. Il faut faire sienne la contrainte et s’en affranchir. Ce confinement m’a confirmé le désir intact que j’ai d’exercer ce métier, si nécessaire à ma vie, à mon équilibre.

Etes-vous inquiète pour l’avenir du cinéma ?

Je ne suis pas la mieux placée pour en parler, je suis actrice, mais je vois qu’il y a de la peur, que le cinéma change. Que les séries, les plates-formes prennent beaucoup de place. Il faut pouvoir à tous les niveaux s’adapter. Regretter « comme c’était avant » ne sert absolument à rien. Il y a un mouvement dans le cinéma qui paraît inéluctable, il faut aller avec ce changement. Je pense que les films ne bénéficieront plus du même argent, les acteurs aussi vont être moins payés, parce qu’on ne prendra pas les mêmes risques.

Avez-vous déjà pensé à réaliser un film ?

Non, car j’envisage toujours les films du point de vue de l’acteur. Quand je lis un scénario, je ne le vois pas en tant que mise en scène, mais en termes d’enjeux intimes, d’interprétation, de lignes de force. En même temps, on ne sait pas de quoi demain sera fait, alors pourquoi pas ? Si le cinéma change, s’il ne m’offre plus les rôles que j’aime tant, peut-être que j’aurai envie de les écrire moi-même.

Quel rôle aimeriez-vous interpréter ?

J’aimerais jouer un enfant. Vous voyez, ce n’est pas réaliste ! Mais du point de vue de l’interprétation pure, jouer un enfant à mon âge m’intéresserait. J’adore la vérité qui s’exprime chez eux, la jalousie, le dépit, la joie, le chagrin, la solitude. J’aimerais aussi rencontrer la nouvelle génération de cinéastes, je ne vais pas citer de noms, mais je sens une force vive arriver.

22 septembre 2020

Marie Ange Casta pour LUI Magazine

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22 septembre 2020

Amnesty accuse Twitter de ne toujours pas en faire assez pour protéger les femmes

Par Nicolas Six - Le Monde

Constatant la lenteur des progrès de la modération, l’ONG demande au réseau social d’appliquer dix recommandations pour lutter contre les abus. Amnesty en contrôlera régulièrement l’application.

« Le PDG de Twitter Jack Dorsey doit traduire ses paroles en actes et montrer qu’il est sincère dans sa volonté de faire [du réseau social] un endroit plus sûr pour les femmes. » Dans un rapport publié mardi 22 septembre, Amnesty International déplore qu’en dépit des promesses répétées depuis plus de cinq ans, « Twitter n’en fait toujours pas assez pour protéger les femmes contre les violences et les abus en ligne ».

L’ONG a consacré cinq rapports depuis 2017 aux violences subies par les femmes sur le réseau social, étudiant la situation au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, en Argentine et en Inde. Elle affirme aujourd’hui que les femmes n’ont vu aucune amélioration majeure et font toujours état des mêmes souffrances qui les poussent à s’autocensurer.

Pour circonscrire les frontières du problème, Amnesty reprend la définition du Comité pour l’élimination des discriminations envers les femmes des Nations unies : « La violence basée sur le genre est une violence qui est dirigée envers une femme parce qu’elle est une femme, ou qui touche les femmes de façon disproportionnée. » Amnesty en liste plusieurs manifestations, visibles sur Twitter :

« Les menaces directes ou indirectes de nature physique ou sexuelle, les abus ciblant un ou plusieurs aspects de l’identité d’une femme comme le racisme ou la transphobie, le harcèlement ciblé, les violations de vie privée, le partage d’images intimes sans consentement. »

L’organisation a décidé de surveiller les évolutions de l’entreprise à l’oiseau bleu concernant dix recommandations qu’elle lui a transmises au fil des années. Périodiquement, Amnesty évaluera les progrès du réseau social sur ces dix points en employant une signalétique composée de dix « feux tricolores ».

Améliorer la transparence

Le bilan de l’ONG n’est pas entièrement négatif : depuis ses premiers échanges avec Twitter en 2017, l’entreprise a progressé sur certains points. Par exemple, les personnes signalant un abus disposent désormais d’un espace où rédiger un court texte pour décrire leur problème. Mais Amnesty considère que le réseau social doit faire « beaucoup plus » : un point est au vert, trois sont au rouge et six à l’orange.

La principale requête d’Amnesty est l’amélioration de la transparence. L’ONG souhaiterait que Twitter publie des statistiques fines sur les violences subies par les femmes, classées par types d’abus, par région et par année. Une initiative qui permettrait « d’avoir une image plus précise de l’ampleur et de la nature du phénomène, et d’évaluer les progrès, explique au Monde Rasha Abdul Rahim, codirectrice d’Amnesty Tech. Ce n’est pas à la société civile de mesurer ce phénomène, c’est Twitter qui a l’expertise pour cela. »

Amnesty souligne aussi l’opacité du réseau social sur les moyens mis en œuvre pour appliquer sa politique de modération. Plusieurs questions restent en suspens : combien de salariés s’en chargent ? Quels sont leur organisation et leurs délais de réponse lorsqu’on leur signale un abus ? Comment fonctionne le système d’intelligence artificielle ? Ne souffre-t-il pas de biais ? Les modérateurs « reçoivent-ils une formation suffisamment bonne pour connaître les langages et les subtilités culturelles de tous les pays », comme le demande Rasha Abdul Rahim ?

La modération est une tâche complexe pour la plupart des réseaux sociaux. Si certains, comme Facebook, ont accepté ces dernières années de donner un peu plus d’informations sur leur fonctionnement, la culture du secret règne encore chez Twitter.

L’ONG aimerait aussi connaître le volume de cas traités par la « cour d’appel » de Twitter, qui donne un second avis en cas de contestation d’une décision de modération. Elle appelle l’entreprise à communiquer sur ces violences par des campagnes de communication globales et ciblées, mais aussi à mesurer le taux de satisfaction des personnes signalant un abus. « Cela permettrait notamment de détecter d’éventuelles différences d’efficacité entre les zones géographiques », souligne Rasha Abdul Rahim.

« Il reste des choses à faire », reconnaît Twitter

Amnesty souhaite enfin que les femmes victimes de ces violences reçoivent un kit d’aide et d’information ciblé sur le type d’abus qu’elles ont subi, ainsi que des conseils sur les outils numériques pouvant les aider à s’en protéger.

« Il reste des choses à faire », reconnaît Twitter, dans une longue réaction publiée par Amnesty à la fin de son rapport. L’entreprise concède par exemple devoir progresser sur « la formation des modérateurs de contenus haineux, particulièrement quand ces derniers s’attaquent à l’identité » des utilisateurs. Mais elle conteste par ailleurs une partie des évaluations de l’ONG, qui, dit-elle, « ne rend pas compte de son travail de manière juste ou complète », et questionne la pertinence ou la faisabilité de certaines des recommandations.

L’entreprise s’interroge par exemple sur la façon de fournir une aide aux personnes ayant subi des violences, sous la forme de « liens et de ressources » : « bien que nous soutenions l’esprit de cette mesure, la façon donc nous pourrions la réaliser à grande échelle à travers l’ensemble de nos règles n’est pas claire ». Le réseau social pointe la difficulté, pour chaque cas spécifique, de choisir parmi les « centaines de partenaires et d’organisations » qui pourraient apporter leur aide à l’usager.

La firme affirme par ailleurs avoir fait des progrès qui n’apparaissent pas dans le rapport, sur les outils de filtrage des contenus offensants proposés aux utilisateurs, ou encore sur ses méthodes de détection automatique :

« Par le passé, nos actions étaient largement basées sur le signalement [par les utilisateurs] de contenus qui violaient les règles de Twitter (…). Parmi les Tweet que nous supprimons, nous en détectons aujourd’hui un sur deux de manière proactive, contre un sur cinq en 2018. »

L’entreprise ajoute qu’elle travaille toujours à améliorer sa plate-forme : « Nous testons actuellement des solutions visant à avertir les utilisateurs en ajoutant un niveau de friction lorsqu’ils postent des contenus potentiellement blessants. »

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22 septembre 2020

Caroline Winberg

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22 septembre 2020

Portrait - Laurent Joffrin part en courant (social-démocrate)

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Par Laurent Telo - Le Monde

Après quarante ans à commenter la politique, l’ancien directeur de « Libération » lance le mouvement « Engageons-nous ». Soucieux de revitaliser un pôle de centre gauche, et peut-être de préparer un retour de Hollande, l’ex-journaliste publie également « Anti-Macron ».

On aurait adoré lire l’éditorial de Laurent Joffrin dans Libération sur le lancement d’« Engageons-nous », nouvel objet de curiosité politique, embryon de mouvement social-démocrate qui voudrait sauver la gauche à la présidentielle de 2022. Un édito, comme toujours inspiré et raisonnablement sentencieux, qui nous aurait aidés à nous faire une idée sur la nature profonde de ce « club » politique et à mesurer ses chances de prospérité ou d’évaporation dans les limbes d’un paysage déjà bien encombré à gauche. Hélas, les lecteurs de Libé resteront frustrés, car le promoteur et chef de file de ces nouveaux « engagé(e)s », c’est Laurent Joffrin lui-même.

Il est passé de l’autre côté d’un miroir qu’il contemple depuis quarante ans. Le 16 juillet 2020, l’« engagé » Joffrin, 68 ans, a quitté la direction du quotidien pour officialiser, quatre jours plus tard, sa présidence à la tête de ­l’association Les Engagés qui, selon son texte constitutif, « se propose de rassembler toutes les forces, issues de la société civile et des partis politiques, qui désirent créer ensemble une force alternative pour une gauche sociale écologique et républicaine ».

En clair, cette (encore toute petite) PME politique voudrait suturer une gauche fracturée et éviter un second tour Macron-Le Pen. Avec l’ambition de faire mieux que Place publique, mouvement avorté, incarné avant les dernières européennes, par l’essayiste Raphaël Glucksmann, devenu depuis député européen. « Le rêve de l’affaire, intervient Laurent Joffrin, c’est d’élaborer des idées, de les diffuser, puis de recomposer et d’élargir ce que j’appelle la gauche de l’action, apte à gouverner », celle qui se situe, grosso modo, entre le centre et les « insoumis ».

« POUR LUI, C’EST INADMISSIBLE QUE CETTE PENSÉE SOCIALE-DÉMOCRATE AIT DISPARU. SON ENGAGEMENT, C’EST LE REFLET DE LA SOUFFRANCE D’UN INTELLECTUEL DE GAUCHE. » MICHEL SAPIN, ANCIEN MINISTRE SOCIALISTE

Joffrin n’est pas un grand expansif : « Je suis battant et optimiste. » Il est aussi confiant en ses débuts : « On est passé de 140 signataires de l’appel originel – dont Patrick Pelloux, la politologue Géraldine Muhlmann, Agnès Jaoui, Benjamin Biolay… – à 4 600 signatures au bout d’un mois. » Une trame narrative est prévue : quatorze groupes de travail thématiques ont été constitués, une plate-forme programmatique est prévue pour Noël, un congrès constitutif pour janvier 2021.

Mais le flou de l’affaire, c’est d’essayer de comprendre ce que Joffrin, 68 ans, vient fiche dans cette galère et s’il se sent compétent pour incarner un éventuel rassemblement derrière sa bannière. Lui qui ne s’est encore jamais confronté à un responsable politique autrement qu’habillé en journaliste et n’a jamais fait un meeting. « Si ! En 2007, après l’élection de Sarkozy, j’ai participé à un meeting de protestation contre les tests imposés aux migrants pour obtenir le statut de résident. »

En fait, explique-t-il, il enjambe un Rubicon, séparant les rôles de commentateur et d’acteur, dont les rives ne sont pas si éloignées que cela. Michel Sapin, ancien ministre socialiste, n’y voit d’ailleurs aucune incohérence : « Laurent a toujours été engagé en termes de pensée. On en a parlé. Pour lui, c’est inadmissible que cette pensée sociale-démocrate ait disparu. Son engagement, c’est le reflet de la souffrance d’un intellectuel de gauche. » En route pour un « Joffrin, président ! » en 2022 ? « Je ne veux pas me faire élire, assure-t-il, mais il prévient quand même : Si personne ne veut y aller, il faudra bien que quelqu’un se dévoue. » On n’en est évidemment pas là.

L’un de ses meilleurs amis, Christophe Lannelongue, haut fonctionnaire, essaye de nous circonscrire les ambitions d’un nouveau leader politique assez « insaisissable, qui ne s’épanche pas beaucoup par nature mais qui est heureux d’avoir franchi le pas ». Lannelongue est surtout réaliste : « Je le vois comme un passeur, comme un super-secrétaire des débats, comme un super-animateur de cette reconstruction dont il veut être un militant important. »

« ON SE DEMANDE SI LES GENS VONT ADHÉRER, S’ILS NE VONT PAS TROUVER ÇA RIDICULE. » LAURENT JOFFRIN

A l’origine, il y a une discussion informelle avec l’ancien premier ministre Bernard Cazeneuve en début d’année, puis un appel « que j’ai rédigé tout seul, comme une bouteille à la mer et qui semble avoir trouvé un écho… Donc, on se structure ». Ensuite, il y a une nouvelle « aventure » qui se conjugue avec la nostalgie d’un retour « à [ses] premières amours », quand militant aux Jeunesses socialistes, à la fin des années 1970, il gérait la publication Le Crayon entre les dents, avec Denis Olivennes, devenu, ironie de l’histoire, ­directeur général de Libé, depuis quelques semaines. « J’ai senti que j’étais passé de l’autre côté au moment de la conférence de presse du 20 juillet pour le lancement du mouvement, raconte Joffrin. Une trentaine de journalistes, des caméras. C’était agréable. Mais stressant aussi… On se demande si les gens vont adhérer, s’ils ne vont pas trouver ça ridicule. »

Ridicule, c’est le qualificatif qu’a choisi un haut responsable du Parti socialiste – que Joffrin entend « englober et dépasser » – pour qualifier l’initiative « engagé(e) », mais qui ne veut surtout pas commenter publiquement un mouvement « qui ne représente rien et est le fruit d’une petite caste bourgeoise qui s’amuse à faire de la politique le dimanche ».

Aucune personnalité politique

Ils ne sont pas contents au PS. Ils se sont persuadés, ils ne sont pas les seuls, de la duplicité d’un mouvement à double fond qui préparerait le terrain à un retour de François Hollande. Les deux hommes cultivent une proximité politique et humaine depuis plus de trente ans ; les réseaux culturels de Julie Gayet, la compagne de l’ex-président, ont d’ailleurs nourri la liste des premiers signataires.

Officiellement, aucune personnalité politique n’a encore apporté son écot. « Je n’ai pas signé l’appel pour éviter d’alimenter au maximum un procès en récupération qu’on n’évitera pas », précise Michel Sapin. Joffrin assure, lui, que « non, je ne suis pas le faux nez de François Hollande, qui est assez grand pour se présenter tout seul ». Mais il concède : « J’en ai effectivement parlé à plusieurs personnes, dont mon ami Hollande, mais aussi à Cazeneuve, donc, qui m’a fait part de son “scepticisme encourageant”, à Anne Hidalgo ou à Lionel Jospin, qui m’a répondu : “Je pense que vous allez avoir des difficultés avec les appareils.” »

L’un des signataires, le sociologue Michel Wieviorka, fut à l’initiative, avec Daniel Cohn-Bendit, d’un précédent et autre appel avorté pour une grande primaire de la gauche avant la présidentielle de 2017 : « J’ai trouvé son texte très bien. Mais il y aura d’autres initiatives. Donc, je suis un pied dedans, un pied dehors. Je ne suis pas pressé de voir se mettre en place des accords politiques. Il faut d’abord une dynamique idéologique. » Il prévient : « S’il s’avérait qu’il s’agit d’une opération téléguidée par François Hollande, je m’éloignerais, comme d’autres, de ce projet. »

« LAURENT JOFFRIN NE NOUS A JAMAIS PRÉVENUS DE SON INITIATIVE. (…) ON AURAIT AIMÉ AVOIR UN PEU PLUS DE CONSIDÉRATION. MAIS, APPAREMMENT, LE PLUS IMPORTANT, C’ÉTAIT SON PLAN COM’. » WILLY LE DEVIN, JOURNALISTE À « LIBÉRATION »

Reste à savoir comment Joffrin et son club seront traités par Libération, LE grand journal de sa carrière, hormis quelques allers-retours à la tête de L’Obs. Il désirait continuer à écrire des éditos malgré sa nouvelle fonction, mais la rédaction ne lui a pas laissé le choix. « On voulait à tout prix éviter que Libé soit pris dans une zone grise avec une double casquette bizarroïde », martèle Willy Le Devin, journaliste et président de la société des rédacteurs. Contrairement à l’usage, il n’y a eu ni passation de pouvoir ni pot de départ au sein du quotidien.

« Laurent Joffrin ne nous a jamais prévenus de son initiative, poursuit Le Devin. On a appris le lancement par la bande, quatre jours avant… Lunaire. On aurait aimé avoir un peu plus de considération. Mais, apparemment, le plus important, c’était son plan com’. Il a totalement raté sa sortie. » Joffrin se défend : « Si j’avais prévenu longtemps à l’avance, il y aurait eu des fuites. Et si ça se trouve, mon appel n’aurait eu aucun écho. »

Donc, Libé parlera-t-il de Joffrin ? « Il n’est pas blacklisté, assure Le Devin. On en parlera si ça prend. » Le lancement du mouvement « joffrinien » – on dit bien jospinien, non ? – s’accompagne de la parution d’Anti-Macron (Stock) le 23 septembre, une compilation des lettres politiques que l’éditorialiste a publiées quotidiennement dans Libé entre 2017 et 2020. L’ouvrage commence par cette phrase : « Il y a un péché originel dans le macronisme, ou une malédiction, comme on veut : la trahison. » On en revient quand même souvent à Hollande.

22 septembre 2020

STREET ART à La Chartreuse - Auray

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22 septembre 2020

Libération de ce 22 septembre

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22 septembre 2020

C'est qui Michael Lonsdale ?

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