Sénat. Michel Le Scouarnec laisse la place
Michel Le Scouarnec va laisser son fauteuil de sénateur à la rentrée.
En septembre prochain les grands électeurs investis en fin de semaine dernière lors des conseils municipaux se prononceront sur les trois sénateurs à élire pour représenter le Morbihan. Michel Le Scouarnec n'en fera pas partie. Il s'apprête à laisser la place, après ce dernier mandat... On dira contrasté
C'est une grande page d'histoire locale qui va se tourner en septembre prochain. Michel Le Scouarnec, après 28 années ininterrompues de mandat, va se retrouver sans fonction électorale. « J'avais déjà dit qu'après 65 ans, il était évident que je ne devais plus me présenter », sourit l'ancien maire d'Auray et bientôt ancien sénateur. « Je n'ai pas vraiment réfléchi à la suite... Il y a la famille d'abord. Mais je vais certainement m'investir dans une ou plusieurs associations, certainement avec mon épouse... Il est temps qu'on puisse s'impliquer ensemble... ».
Difficiles débuts
Toujours aussi passionné par le combat politique au sens noble du terme et par la vie de la cité, Michel Le Scouarnec va quitter le Sénat avec quelques regrets teintés d'amertume. « Je me suis senti plus utile à la population comme maire qu'au Sénat », avoue-t-il sans qu'on le pousse. « On passe beaucoup trop de temps sur des sujets qui, au final, ne sont pas écoutés ». Pragmatique et à l'écoute des besoins de la population pendant sa période en mairie d'Auray, Michel Le Scouarnec a découvert un autre monde, dans les coursives et les bancs du Sénat. « Je me souviens d'un débat sur l'école maternelle avec Luc Chatel... Cela avait été très, très dur. C'était ma première vraie intervention dans l'hémicycle. À minuit. On va dire que je n'avais pas vraiment été préparé à ce qui m'attendait. La scolarisation des enfants de maternelle et de moins de 3 ans était évoquée. J'étais alors dans la Majorité de gauche. L'opposition n'était pas d'accord et affirmait que rien n'était budgété. Il y a eu une suspension de séance. C'était un vrai bazar. On ne savait pas si on allait reprendre. Il m'a été demandé de faire un rappel au règlement, quelque chose auquel personne ne m'avait préparé... Après, toutes mes interventions ont été faciles. C'est comme si j'avais commencé par un col dans le Tour de France avec une série de plats à suivre ».
« Qu'est-ce qu'on a vraiment fait bouger ? »
Au-delà des mots, on sent se dessiner chez Michel Le Scouarnec une déception après ces six années passées au coeur de ce rassemblement d'élus qui apprennent à se connaître, viennent d'environnements et de territoires différents, n'ont pas obligatoirement les mêmes objectifs et les mêmes attentes. « Cela a été très dur au départ. J'ai toujours apprécié les relations humaines et j'ai toujours pensé au territoire plus qu'au parti auquel j'adhérais. Il faut le dire : je ne suis pas un spécialiste du combat politique ». Les luttes de pouvoir et d'appareils, pas vraiment la tasse de thé de l'Alréen. Il préfère faire bouger les choses pour la population. Mais là aussi, frustration : « Qu'est-ce qu'on a fait évoluer pour la population pendant six ans ? Très peu de choses. Un document fort sur le dopage ? Oui, mais est-ce que cela a réglé le problème en France ? On peut en douter », soupire-t-il avec sa franchise habituelle, qu'on imagine désarmante dans certains cénacles parisiens. « L'impression de ne pas avoir été écouté par les différents ministres auxquels je posais des questions me restera ».
À y relire à deux fois, l'image d'un homme politique usé se dessine. Mais c'est bien mal connaître Michel Le Scouarnec. Car au moment de refermer son passage au Sénat, l'homme fort de la politique alréenne de ces 30 dernières années préfère conclure sur le positif : « Nous avons fait de belles choses sur le travail saisonnier notamment, sur nos propositions sur l'expérimentation dans les dents creuses, même si cela devra encore repasser dans les mois qui viennent au Sénat... De nombreux maires sont venus me remercier pour ce combat des dents creuses. J'ai fait des rapports sur la pêche, sur les gens du voyage. J'ai rencontré beaucoup de monde, j'ai reçu un millier de personnes durant ces six années, proposé 262 questions écrites et 18 orales pour les séances particulières... Même la réserve parlementaire, à laquelle j'étais plutôt hostile, car j'assimilais cela à du clientélisme, a servi la population en établissant des liens encore plus forts et en donnant un coup de pouce important à certaines petites communes... ». Michel Le Scouarnec va donc passer la main. Il restera un observateur attentif du paysage politique en cours de renouvellement. « Il ne faut pas que les mêmes partis dominent les deux assemblées pour que le débat démocratique demeure. J'espère que la gauche continuera à se faire entendre. On a besoin de ça ».



























