VANNES = Festival photo. Dix expositions : de la mer à Ailleurs
David Robo a confirmé la fin du festival Photo de Mer. Créé en 2003, il laisse place à « Ailleurs », dont le thème se renouvelera chaque année.
« Ce n'est ni un choix financier, ni un choix technique », a affirmé le maire, en préambule de la présentation du nouvel événement photo de Vannes : « Ailleurs ». « Nous avions des difficultés à nous renouveler, nous souhaitions continuer à travailler avec les associations et conforter l'identité photographique du kiosque culturel. Vannes continue à soutenir la photographie », a continué David Robo. Photo de mer était le premier budget des événements culturels de la ville avec 250.000 €. « Nous avons programmé 110.000 €, hors personnel et communication, soit un budget global d'environ 200.000 € ».
Côté technique, seules deux expositions - la Steppe Mongole vue par le photographe brestois Serge Vincenti et Vannes par le club photo de l'IUT- seront en extérieur pour relier les autres sites. « L'objectif est d'amener un nouveau public vers des lieux de patrimoine : le passage central de la Cohue, Limur et les Bigotes ». Une vocation qu'avait eue Photo de mer. « C'est une orientation 2017, ce n'est pas définitif », assure David Robo. Le thème d'Ailleurs sera renouvelé chaque année. Le directeur artistique, Dominique Leroux, est lui embarqué pour plusieurs éditions.
Un air de Brest
Le photographe brestois a programmé plusieurs années les expositions de la librairie Dialogue et porté quatre ans une galerie. Membre du jury de la bourse pro de Photo de mer, figure de la photo en Bretagne, c'est sa première expérience de directeur artistique de festival.
Pour cette édition, il a choisi comme fil rouge le voyage, le trajet. Un choix dans le sillage de la parution fin 2016 de « Sad Paradise, la dernière route de Jack-Kerouac » de René Tanguy. Déjà exposé à Vannes en 2016, le photographe, brestois également, a exploré six ans le trajet réel et intérieur de Jack Kerouac, figure de proue de la Beat Generation et monument de la littérature, et de son ami Youenn Gwernig, poète et sculpteur breton. Les photos de René Tanguy, des lettres inédites de Kerouac seront mises en scène dans le passage central de La Cohue.
Autour de ce « road trip », Dominique Leroux a choisi deux maîtres français : Raymond Depardon pour « Errance » au Kiosque culturel, et Bernard Plossu pour le « Voyage mexicain » à l'hôtel de Limur. Et un maître américain : Paul Fusco et son « Funeral train », un regard sur l'Amérique depuis le train ramenant le corps de Bob Kennedy de New York à Washington.
Il présente aussi deux jeunes photographes à Limur : Alexa Brunet pour « Brest-Vladivostock » et Simon Tanguy, fils de René, pour ses déambulations solitaires et photographiques jusqu'à la mer du Japon. La « Brest connection » du festival va jusqu'à son parrain : Christophe Miossec.
Pas de concours
Les associations locales exposeront un périple au Québec de Cédric Wachthausen pour In Visu à Limur et un regard collectif sur la voie verte Questembert-Mauron pour Contraste aux Bigotes.
Pour marquer la césure entre Photo de mer et Ailleurs, pas de concours amateur pour cette première édition. Pas de bourse professionnelle non plus. Le lauréat de la bourse 2016 sera bien exposé en 2017 à Vannes, mais pas dans le cadre de l'événement. La présence de Richard Pak pourrait être coordonnée aux Rencontres de la photographie d'Arles, de début juillet à fin septembre, où son travail sera également montré.
Pratique
Du 1 er avril au 8 mai. Gratuit. En savoir plus : www.ailleurs-vannes.fr
Le premier Tintin renaît en couleurs
« Tintin aux pays des Soviets » a inauguré en 1929 la série des 24 aventures du petit reporteur. C’était le seul album, sur les huit sortis en noir et blanc, à n’avoir jamais été colorisé.
Par Christophe Levent
La star, c’est toujours lui ! L’exposition « Hergé » au Grand Palais a déjà attiré plus de 300 000 visiteurs et n’est pas encore achevée. Et revoilà Tintin sur le devant de la scène. En librairie cette fois. Pas pour un « vrai » nouvel album — les ayants droit y sont opposés, selon la volonté du créateur — mais pour une sorte de renaissance : la version colorisée de son « album de naissance », « Tintin aux pays des Soviets », disponible à partir de demain. Des aventures parues initialement le 10 janvier 1929 dans « le Petit Vingtième », supplément jeunesse du journal belge « le Vingtième Siècle ». Il y a donc 88 ans… Ce jour-là, Georges Remi dit Hergé (1907-1983) enfantait sans le savoir le plus grand héros du 9 e art. Retour sur l’histoire de ces premiers pas.
Une commande anticommuniste
En 1925, Hergé est embauché au « Vingtième Siècle » comme employé administratif. Mais il dessine déjà pour une revue de scouts, notamment le personnage de Totor, sorte de grand frère de Tintin. En 1928, le très catholique patron extrémiste du journal, l’abbé Wallez, lui confie les dessins du supplément jeunesse. C’est lui qui imposera une diatribe anticommuniste pour la première aventure de Tintin. « Hergé était de droite à l’époque mais pas vraiment anticommuniste. Mais il était sous la coupe de l’abbé Wallez auquel il vouait une profonde admiration », avance Philippe Godin, spécialiste de Tintin et récemment auteur de « Tintin et les Soviets, naissance d’une œuvre ». Hergé, qui ne connaissait pas l’Union soviétique, s’est inspiré d’un seul livre : « Moscou sans voiles » de Joseph Douillet, ancien consul de Belgique en Russie.
L’invention de la bande dessinée
Hergé a qualifié lui-même l’album « d’erreur de jeunesse ». Mais pour Philippe Godin, « les Soviets » mérite mieux. « Hergé n’était pas très content de son dessin ni surtout du scénario. Mais il y a là, en germe, toute son œuvre. Les gens qui critiquent l’album ne l’ont souvent jamais lu. Il invente au fur et à mesure un langage graphique, celui de la bande dessinée.
Notamment pour donner du mouvement aux personnages… « Les Soviets » est l’un des premiers albums de BD avec uniquement des phylactères, les bulles pour les dialogues. D’ailleurs, quand il sort en France dans « Cœur vaillant », des textes sont rajoutés sous les images… Le personnage lui-même évolue au fil des pages : au début du livre, il n’a pas de houppette. Elle arrive lors d’une poursuite à grande vitesse avec une voiture. Elle ne retombera jamais. Les Soviets, c’est vraiment un laboratoire pour Hergé. »
Un formidable coup marketing
Suivies par les fidèles dans « le Petit Vingtième », les aventures de Tintin sont éditées en album en 1930. L’album, tiré à 10 000 exemplaires plus 500 albums dédicacés par Tintin et Milou, est un vrai succès. Pour le promouvoir, le journal a organisé le « vrai » retour d’URSS du petit reporter, joué par un figurant, à Bruxelles. Avertis par la presse, des centaines de lecteurs l’attendent à la gare, puis l’accompagnent en cortège jusqu’au journal où il prononce un discours au balcon ! Vite épuisé, ce premier album ne sera pas réédité avant… 1973. « Hergé ne souhaitait pas qu’il soit réimprimé en l’état. Certains pensent qu’il ne voulait pas qu’il ressorte car il a pris le temps de coloriser les sept autres sortis en noir et blanc et pas celui-là. Moi, je pense qu’il comptait le faire. »
C’est aujourd’hui chose faite, et bien faite. Malgré tous ces défauts, ce « Tintin aux pays des Soviets » en couleurs se déguste comme une petite madeleine.
« Tintin aux pays des Soviets », de Hergé. Ed. Moulinsart et Casterman. 14,95 €.








