Abram de Swaan : « Il y a chez les bourreaux comme une absence de mentalisation »
REFLEXION
Chacun d’entre nous, dans une situation particulière, pourrait devenir un bourreau. C’est à cette doxa que s’attaque Abram de Swaan, professeur néerlandais de sociologie à l’université d’Amsterdam et à Columbia (New York), dans Diviser pour tuer, un essai savant et très documenté. Il y opère un retournement de perspective : pour analyser les processus de fabrication des criminels de masse, il faut s’intéresser à ceux qui ne sont pas devenus des meurtriers. Car ils existent, aussi.
Autrefois, les meurtriers de masse étaient vus comme des psychopathes. Avec son livre inspiré du procès d’Eichmann, en 1961, « Eichmann à Jérusalem », Hannah Arendt est à l’origine d’une autre thèse, la « banalité du mal », dont est sortie une vulgate : tout le monde pourrait, dans certaines circonstances, se transformer en bourreau. Qu’en pensez-vous ?
Tout d’abord, précisons que personne de sérieux n’a jamais dit que les criminels de masse étaient des psychopathes ou des monstres. Au contraire, j’ai lu les journaux intimes ou les mémoires des psychiatres déportés qui ont survécu aux camps de concentration : on les considérait plutôt comme des hommes ordinaires à qui on avait lavé le cerveau. Seule la presse populaire véhiculait peut-être cette image du monstre.
Autrement dit, les « situationnistes », ce courant de la psychologie sociale qui insiste sur l’influence de la situation dans les comportements humains, ont construit un ennemi qui n’existait pas. De plus, je ne crois pas que cette vision par Arendt des meurtriers comme des rouages de la grande bureaucratie de la destruction ait été originale pour l’époque. L’idée qu’il fallait se méfier des autorités, des ordres, était dans l’air du temps. De surcroît, Eichmann était le pire exemple que Hannah Arendt aurait pu prendre : c’était en réalité un chasseur de juifs frénétique. Je sais qu’elle est très admirée en France pour ses travaux philosophiques, mais là, elle s’est trompée.
Selon vous, il est faux de dire que tout le monde peut devenir bourreau dans certaines circonstances ?
Il y a en effet une sorte de consensus dans les sciences sociales, contre lequel je me bats : des gens ordinaires dans des situations extraordinaires seraient capables de choses extraordinaires. Certes, l’impact de la situation est toujours beaucoup plus fort que ce qu’on voudrait admettre. Nous avons tous des souvenirs honteux de ce que nous avons pu faire dans des fêtes. Nous avons l’exemple des pères de famille au stade de foot qui crient des saletés, déchaînés, qui vont acheter leur bière en faisant la queue et en payant, puis reviennent dans les gradins, à nouveau sauvages. Donc, sans aucun doute, la situation compte. Mais pour une raison ou une autre, la grande majorité des chercheurs refusent de poser la question suivante : est-ce que, dans une situation donnée, il y a des gens qui font plus et d’autres moins ? Existe-t-il des bourreaux réticents, d’autres indifférents, d’autres encore effrénés ? Y a-t-il des gens qui sont moins susceptibles de se laisser manipuler pour finir dans ces situations extrêmes ?
J’utilise volontiers l’image du tamis vibrant. Il y a des cailloux, certains juste un peu plus gros que d’autres. A la fin, ils sont séparés. Dans un événement comme une guerre, il y a toute une série de petits événements, de bifurcations, par lesquels on se laisse guider d’un côté ou de l’autre. Des petites différences psychiques qui finissent par faire basculer les gens d’un côté ou de l’autre. Or, par une sorte de myopie, on considère uniquement, dans un pogrom par exemple, ceux qui ont commis des actes barbares. Mais il y a aussi tous ceux qui n’y sont pas allés. Il faudrait pouvoir faire des zooms arrière et regarder tout le village.
Y a-t-il moyen de déterminer ces différences psychiques ?
La documentation est essentiellement judiciaire, mais, dans ce cas, il y a toujours un biais car ces bourreaux sont des champions pour déguiser leur rôle actif et pour se faire passer pour des petits exécutants, pas très intelligents. Quand même, on peut faire une conjecture en s’appuyant sur tout ce qui est connu. La mienne est que les bourreaux diffèrent sous trois angles.
Primo, s’ils ont bien une conscience morale comme le prouve le fait qu’ils soient loyaux à leurs « camarades de crime », à leurs commandants ou à leur famille, c’est une conscience réduite à un cercle très restreint. Au-delà de ce cercle, ils ne connaissent pas d’obligation morale. Secundo, ils n’ont pas l’idée que ce qui leur arrive résulte en partie de leur choix ou de leurs actions : ça leur arrive… Ils ne se voient pas comme les auteurs de leur vie. Tertio, on constate chez eux une absence de toute empathie. Je me souviens d’un SS qui, voulant expliquer à quel point c’était terrible, disait que les cris lui étaient insupportables et qu’il avait du sang sur son uniforme : il ne faisait que parler de lui.
Voilà trois traits qu’il faut à mon avis commencer à regarder. Il y a chez eux comme une absence de « mentalisation », ce mécanisme qui permet à un individu d’interpréter ses gestes et ceux d’autrui comme étant liés à des états mentaux. La première phase de la vie, la petite enfance, est, à cet égard, fondamentale, fondatrice même. On peut envisager que cette absence soit là depuis toujours ou qu’elle résulte d’une perte liée au contexte de brutalisation générale.
Dans un entretien avec Gitta Sereny, Franz Stangl, ex-commandant du camp de Treblinka, dit qu’il « compartimentait » sa pensée pour survivre. Cette idée de la « compartimentation », appliquée à toute la société, est importante…
C’est un concept clef pour mon analyse. Le sociologue Norbert Elias parle d’un effondrement de la civilisation pendant le nazisme. Je préfère parler d’enclaves de « décivilisation » : dans cette société allemande extrêmement policée, il y avait des trous, des compartiments, où tout était permis et où la barbarie était même encouragée comme un instrument d’Etat. Tout citoyen savait qu’il se passait là quelque chose de terrible mais ne savait pas exactement quoi. Au Rwanda, il y avait aussi des façons de séparer le temps et l’espace du meurtre, du temps et de l’espace normaux. Cette « compartimentation », il faut y être attentif. Hélas, les attaques terroristes en France nourrissent aujourd’hui les arguments de ceux qui ont tendance à compartimenter la société toujours davantage. Julie Clarini - Journaliste au Monde
Pourquoi Antichrist de Lars Von Trier est-il interdit en France?
Après Love, La vie d'Adèle et Saw 3D, la justice annule le visa d'exploitation du film Antichrist de Lars von Trier, en raison de "scènes de très grande violence" et de "scènes de sexe non simulées".
Coup de théâtre, cinq ans ans après sa sortie, la justice a décidé d'annuler le visa d'exploitation du film Antichristde Lars von Trier, avec Charlotte Gainsbourg et Willem Dafoe. Cette décision de la cour administrative de Paris a été rendue publique ce mercredi. En cause: des "scènes de très grande violence" et de "scènes de sexe non simulées". Jusqu'à présent, le film était interdit aux moins de 16 ans. L'Express fait le point sur cette interdiction.
Que montre le film?
Sorti en 2009, le film, pour lequel Charlotte Gainsbourg a reçu le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes la même année est un thriller erotico-horifique, qui montre l'affrontement au sein d'un couple, perturbés par la mort d'un enfant. L'oeuvre comporte des scènes qui ont "un degré de représentation de la violence et de la sexualité qui exige, au regard des dispositions réglementaires applicables, une interdiction de ce film à tous les mineurs", indique la cour administrative d'appel de Paris dans sa décision. De ce fait, la ministre de la Culture "a commis une erreur d'appréciation en se bornant à interdire sa diffusion aux seuls mineurs de moins de seize ans", a ajouté la cour.
Quelles conséquences?
Le visa du film avait déjà été annulé par deux fois pour vice de forme par le Conseil d'État, en 2009 et 2012, et un nouveau visa avait été accordé à chaque fois par le ministre de la Culture.
L'annulation du visa d'exploitation -c'est-à-dire l'autorisation administrative nécessaire à toute exploitation dans les salles- empêche la diffusion du film sur tout support (télé, DVD...), jusqu'à ce qu'un nouveau visa soit accordé. Le film ne peut plus être diffusé en France pour l'instant.
Qui a saisi la justice?
La justice a été saisie par l'association Promouvoir, proche des milieux catholiques traditionalistes. Cette dernière milite "pour la promotion des valeurs judéo-chrétiennes et de la famille", sous la houlette de son fondateur, André Bonnet, ancien candidat MNR [le partir de Bruno Mégret, NDLR] aux élections municipales de 2001. Promouvoir estimait que le film aurait dû être interdit aux moins de 18 ans.
Quels autres précédents?
L'association Promouvoir avait déjà obtenu de la justice en décembre 2015 que l'interdiction aux moins de 12 ans de La Vie d'Adèle, Palme d'or à Cannes, soit réexaminée. Ce n'est pas tout. En juin dernier, elle a aussi réussi à faire annuler le visa d'exploitation du film d'horreur Saw 3 D par le Conseil d'Etat. Dans le viseur cette fois " des scènes de torture particulièrement réalistes et d'une grande brutalité, voire de sauvagerie". Une décision prise aussi cinq ans après sa sortie en salles. Le film était déjà interdit au moins de 16 ans. Autre trophée au tableau de chasse de l'association conservatrice, l'interdiction aux moins de 18 ans Love de Gaspar Noé, histoire d'amour avec des scènes de sexe non simulées, film au départ simplement interdit aux moins de 16 ans.
Aujourd'hui : Carnaval de Paris
Le Carnaval de Paris, c'est dimanche 7 février 2016. Cette année, les petits et grands parisiens sont invités à défiler dans un Monde fantastique aquatique le temps d'un après-midi!
Si vous aimez vous déguiser et défiler dans les rues de Paris, alors rendez-vous le dimanche 7 février 2016, pour la 19e édition de l'incontournable Carnaval de Paris !
Et autant vous dire que cette année encore, les organisateurs du Carnaval de Paris ont décidé de mettre les petits plats dans les grands avec un thème qui saura éveiller l'imagination de chacun : celui du Monde fantastique aquatique. Une thème qui ravira très certainement les plus petits et qui amusera les plus grands. On attend alors des milliers de gros poissons, monstres des mers, et autres scaphandriers.
Alors pour vivre ce moment unique, rendez-vous le dimanche 7 février 2016, à partir de 13 heures, place Gambetta, dans le 20e arrondissement de la capitale. Le départ de ce cortège est prévu vers 14 heures, 14 heures 30 pour un circuit passant par Belleville à la place de la République.
Itinéraire détaillé :
Place Gambetta (Métro Gambetta) Paris 20ème vers 14 h
Avenue Gambetta vers Ménilmontant
Boulevard de Ménilmontant (à droite)
Boulevard de Belleville
A gauche : rue du Faubourg-du-Temple
Arrivée place de la République
L'arrivée est prévue aux alentours de 18h mais notez que la fête se poursuit jusqu'à 21h sur la nouvelle place de la République.
Et n'oubliez pas non plus, le dimanche 6 mars 2016, l’autre défilé traditionnel du Carnaval de Paris : le cortège des Reines des Blanchisseuses de la Mi-Carême, le Carnaval des femmes. Les femmes sont invitées à se costumer en reines et les hommes en femmes, s’ils osent.
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Infos pratiques :
Carnaval de Paris 2016
Le dimanche 7 février 2016
Départ à 14h depuis la Place Gambetta, 75020 Paris
Arrivée prévue vers 18h sur la Place de la République




















