Anish Kapoor bouscule l’ordre de Versailles…
… et c’est ce que Versailles demande, en invitant régulièrement des artistes contemporains prestigieux à investir ses salles et son parc, avec des installations monumentales. L’Américain Jeff Koons a ouvert la voie, en 2008, en y installant ses fantaisies gonflables. Le Britannique Anish Kapoor a carte blanche cette année, à partir de demain. Comme Koons, Kapoor, né il y a 61 ans à Bombay, formé aux BeauxArts de Londres, règne, chez lui, sur un atelier d’une vingtaine d’assistants. Comme Koons, c’est un spécialiste des œuvres géantes. Il y a quatre ans, son Leviathan , gigantesque matrice gonflable en PVC rouge, installée sous la nef du Grand Palais, a attiré 277 000 visiteurs en un mois et demi, dans le cadre de Monumenta. À la différence de Koons, cet obsédé de la couleur, de la matière organique, ne fait pas mystère de ses intentions quand il expose ses œuvres. À travers elles, il propose des expériences sensorielles au spectateur. Plusieurs des six installations conçues pour Versailles« invitent le chaos » au milieu de la rigueur classique et sont« très sexuelles » , reconnaît-il. Exemple : « Tirer dans les coins ». Posé dans la Salle du jeu de Paume, un canon, objet« éminemment phallique » , semble avoir éclaboussé tout un angle de boulets de cire rouge sang. Une façon, spécifie l’artiste, d’« interroger la violence de notre société contemporaine, dans un lieu très masculin où ont été prononcés les mots Liberté, Égalité, Fraternité ».
« Le vagin de la reine »
Plus loin, sur la pelouse de Le Nôtre, est posée une sorte de trompe format XXL, entourée de terre et de blocs de pierres parfois peints en rouge, encore. « Dirty Corner » évoque pour son auteur« une femme d’une autre civilisation » ou «Le vagin de la reine ». Bien vu pour déchaîner les détracteurs habituels de l’art contemporain. Sur les réseaux sociaux, ils se lâchent sur le thème de l’outrage à Marie-Antoinette et de la profanation d’un parc qui en a pourtant vu d’autres. Ce n’est un secret pour personne : on se lutinait beaucoup dans les bosquets, sous le règne du roi Soleil. À défaut d’une monumentale révolution artistique, le buzz est en marche. Dans l’intérêt de tous… À commencer par Versailles. La polémique, c’est entendu depuis l’expérience Jeff Koons, attire la foule dans les jardins tirés au cordeau. Article de Pascale VERGEREAU.
Jusqu’au 1 novembre. Château de Versailles

"Le vagin de la reine" d'Anish Kappor à Versailles : oeuvre sexuelle ? Surtout politique...