Le Musée des thoniers veut ressusciter la mémoire d’Étel
Le Musée des thoniers s’est lancé dans une nouvelle aventure qui devrait permettre de découvrir Étel sous un autre jour.« On veut recenser les lieux où il y avait de l’activité économique, les métiers de bouche pour la vie de tous les jours, et les activités de production, précise Michel Le Leuch, président. On est parti photographier ces lieux et on va les rapprocher de nos photos anciennes. » Si aujourd’hui la présence des commerces est relativement modeste dans la commune, autrefois Étel faisait figure de centre urbain dans le secteur :« Étel était urbaine comparée aux autres villages alentours. Le port agissait comme un aimant et après-guerre, à son apogée, Étel était remplie de commerces, de cafés, mais aussi de boucheries, de pharmacies, d’hôtels, de banques […]. La gendarmerie date de cette époque » , assure Louis Guezel, membre du musée.« Quand ma mère était petite, dans les années 50, elle m’a dit qu’il n’y avait que cinq habitations rue de la Libération, le reste était des commerces » , ajoute Grégory Nabat, animateur du musée.
26 bistrots
C’est à partir de ce constat que Michel Le Leuch et Alain Gautier, membre du musée, ont décidé lundi de sillonner les rues d’Étel munis d’un appareil photo et d’un enregistreur.« Le travail est facilité du fait que l’activité d’Étel était concentrée sur un axe, du pont du Sach au port, en passant par les rues du Général-Leclerc et de la Libération » , souligne Michel. Du simple bistrot au café offrant de multiples services, Michel et Alain en ont dénombré 26 :« Chez Mimi, actuellement Le grenier d’Armelle, le café faisait épicerie et à l’arrière on organisait de grands concours sur le terrain de boules. Chez Caroline, rue des Dames, aujourd’hui rue Laennec, c’était une buvette où on organisait des bals. C’est dans cette rue que les veuves de marins trouvaient de l’entraide auprès de leurs consœurs, c’était un repère où les femmes de marins se retrouvaient » , raconte Michel. Dans les cafés, épicerie, mercerie, boulangerie côtoyaient la buvette.« On pouvait y ouvrir un compte et quand le partage du produit de la vente était fait, certains pêcheurs confiaient leur argent au cafetier » ,explique Grégory.« Les coches remplaçaient les ardoises, c’était des bouts de bois sur lesquels on faisait une entaille pour consommer à crédit » , ajoute Louis.
Des maisons typiques
Outre les cafés, Michel et Alain ont photographié les lieux où jadis s’épanouissaient corderies, forges, voileries, accastilleurs et avitailleurs, chantiers, conserveries et mareyeurs. L’architecture révèle aussi des pans d’histoire :« Les petites maisons en pierre datent de l’époque des sardiniers, les façades colorées avec des mosaïques et des avancées de fenêtre de l’époque des thoniers. Après-guerre, c’est le style néoclassique avec du granit qui a émergé. Et puis dans les années 60 sont apparues les maisons cossues des patrons pêcheurs » , détaille Alain. L’avenue Bougo a été construite à cette époque flamboyante, pour que les camions puissent aller plus facilement alimenter le port.« On veut recueillir des anecdotes, des témoignages, pour ne pas oublier ce qui existait. On croise de nouveaux résidents épatés de savoir ce qu’il y avait là où ils habitent » , indique Michel. L’équipe du musée démarre un travail de longue haleine, qui pourrait déboucher sur des documents papier ou vidéos. Tous les témoignages sur des lieux disparus sont les bienvenus.
Contact :
tél. 02 97 55 26 67.
Horreur...
François Hollande dénonce un assassinat "lâche" et "cruel". Le président de la République a confirmé hier soir l'exécution d'Hervé Gourdel, enlevé en Algérie. Depuis le siège de l'ONU, le chef de l'Etat a promis de nouvelles frappes en Irak, contre l'Etat islamique.
Niki de Saint Phalle au Grand Palais
«Maintenant, il faut des armes», se dit-on en quittant la rétrospective Niki de Saint Phalle au Grand Palais. Pas seulement parce que la phrase d’Auguste Blanqui reste d’une certaine actualité, mais aussi parce qu’il aurait été plaisant de voir une ou deux carabines dans l’exposition. Les tirs-happenings de Niki de Saint Phalle sont probablement ce que l’artiste a légué de plus saillant à l’histoire de l’art. Or, dans ce mode d’expression, l’origine des balles était au moins aussi importante que leur destination. Elles jaillissaient d’une envie de violence, mais aussi d’une arme, composante à part entière de l’œuvre.
Niki de Saint Phalle s’est d’abord fait la main aux fléchettes. Au tout début des années 60, l’envie lui est venue de passer à l’arme à feu, plus radicale, plus puissante. Cependant l’artiste et son compagnon d’alors, Jean Tinguely, n’avaient pas assez d’argent pour se payer une carabine. Un jour, sur une fête foraine du boulevard Pasteur à Paris, le couple parvint à convaincre le patron d’un stand de tir de lui louer une de ses carabines, une vrai .22 long rifle. L’homme finit par accepter mais, par peur de ne jamais revoir l’arme ou qu’elle soit mal employée, il exigea de l’apporter lui-même. Il fallut attendre deux jours avant qu’il ne daigne venir impasse Ronsin à Montparnasse, où résidait le couple. Deux jours pendant lesquels l’excitation de Tinguely et Saint Phalle ne fit évidemment que croître (1). Puis la fusillade put enfin commencer. Il y aura même par la suite des tirs au (petit) canon. Niki de Saint Phalle a arrêté le canardage avant de passer aux tanks et aux missiles. Peut-être y a-t-il là une voie intéressante pour d’éventuels continuateurs.
Baba à jeans. L’œuvre la plus attrayante de Niki de Saint Phalle, c’est sa vie. Non qu’elle fût rose : violée par son père à l’âge de 11 ans, électrochocs à 23 pour «schizophrénie» ou «dépression nerveuse» selon les sources, problèmes pulmonaires récurrents, crises occasionnelles d’arthrite rhumatoïde. Mais cette vie fut aussi colorée par tous les espoirs, illusions, emballements de la deuxième moitié du XXe siècle, que l’on retrouve d’une manière ou d’une autre dans les 3 500 œuvres que l’artiste a laissées. L’échantillon proposé par la rétrospective du Grand Palais est de ce point de vue assez représentatif : le visiteur traverse une explosion kaléidoscopique de couleurs et d’élans comme issus des rêves d’une petite fille. De 11 ans ?
On ne présente plus Niki de Saint Phalle (1930-2002) puisque, excellente communicante, elle s’en est chargée elle-même, et durablement. Flingueuse, génitrice de grosses Nanas à petite tête, admiratrice transie de Gaudi et du Facteur Cheval, artiste «populaire». A cela s’ajoute un vrai talent de transformiste : d’une année à l’autre, d’une vidéo à l’autre (elles sont nombreuses dans l’expo), Niki est blonde, brune, rousse, bouclée, lisse, femme sophistiquée à chapeaux extravagants, bohème parisienne à béret, californienne baba à jeans, italienne à parfums et verre de Murano. Cette lointaine descendante de Gilles de Rais (un autre de ses héros) aura vraiment épousé tous les contours et méandres de son demi-siècle de vie d’artiste.
Cette trajectoire toute en happenings est un chef-d’œuvre que l’on contemple avec amusement et, il faut l’avouer, un brin de nostalgie. Le mannequin, l’enfant terrible, la débutante, la star, l’architecte, la cinéaste. L’enfant terrible, ce sont évidemment les fameux tirs à la carabine sur des plâtres blancs dont jaillissent du sang de peinture. La star, ce sont les Nanas surgies de ses cauchemars «pour écraser le sexe mâle», aimait-elle à souligner.
Asile. L’affiche de l’exposition, image issue du film Daddy, la montre en train de tirer (métaphoriquement) sur son père, lequel a un avion à la place du sexe. On ne saisira toute la violence de cette image qu’en 1994, lorsque Niki de Saint Phalle révélera dans son livre Mon Secret cet inceste commis par son banquier de père. Il est évidemment tentant de réévaluer toute son œuvre à la lumière de ce traumatisme. Ce serait même légitime, si la psychanalyse n’était une discipline considérablement plus emmerdante que l’esthétique.
Le discours abondant dont Niki a enrobé son œuvre est une partie de l’œuvre elle-même. «La peinture à l’huile, c’est fini, terminé. Ce qui nous intéresse maintenant, c’est la mort», dit-elle en 1961 alors que la carabine d’une de ses «tirs» finit de refroidir. «Sans l’art, j’aurais fini à l’asile», affirme-t-elle à bon droit sur la fin de sa vie. «Le communisme et le capitalisme ont échoué. Je pense que le temps est venu d’une nouvelle société matriarcale : vous croyez que les gens continueraient à mourir de faim si les femmes s’en mêlaient ?» profère-t-elle à l’époque où l’on pouvait tenir ce genre de propos (circa 1970).
Douze ans après sa mort, on visite l’œuvre de Saint Phalle comme la chambre d’une petite fille dont les cauchemars auraient pris corps. C’est bavard, mais ça fait peur. Quand ça ne fait pas rire.
(1) Anecdote rapportée dans «Niki de Saint Phalle, la révolte à l’œuvre», de Catherine Francblin. Editions Hazan, 2013
En 1364, le sort de la Bretagne s’est joué à Auray
Il y a 650 ans, la bataille d’Auray a été décisive dans la guerre de succession de Bretagne. Une visite guidée des lieux de cet affrontement sanglant a lieu ce samedi matin, à l’occasion des journées du patrimoine.
Entretien
Laurence Moal, Docteur en histoire médiévale, auteur du livre « Auray 1364 : un combat pour la Bretagne ».
C’est quoi la bataille d’Auray ?
C’est une bataille rangée, qui se déroule en pleine Guerre de Cent ans. Elle met fin au conflit qui oppose les deux prétendants au duché de Bretagne : Jean de Montfort et Charles de Blois. Le premier est soutenu par le roi d’Angleterre (Édouard III), qui revendique lui-même le trône de France. L’autre par le roi de France, Charles V. La guerre de succession de Bretagne, c’est une guerre civile dans une guerre européenne.
Quelle est l’origine de cette guerre de succession ?
En 1341, le duc Jean III meurt sans héritier direct. Sa nièce, Jeanne de Penthièvre, et son demi-frère, Jean, comte de Montfort, revendiquent tous deux la couronne ducale. Jeanne est mariée à Charles de Blois, neveu du roi de France. Charles et Jeanne se revendiquent duc et duchesse de Bretagne. De son côté, Jean de Montfort meurt en 1345 mais son fils, également appelé Jean de Montfort, reprend le flambeau après avoir passé sa jeunesse en Angleterre. Cette guerre est ponctuée de trêves et de négociations.
Pourquoi tout va se jouer à Auray ?
Charles de Blois s’est emparé de la ville en 1342. C’est un site très intéressant car il y a un château et un port. Jean de Montfort, lui, a pris le château de Suscinio et Vannes. S’il fait tomber Auray, il deviendra maître du sud de la Bretagne. Il met le siège sur Auray, début août 1364. La ville se rend mais pas le château, qui est tenu par une garnison. Charles de Blois apprend la nouvelle depuis Guingamp. Rejoint par Bertrand du Guesclin, le connétable de France (le plus haut grade de l’armée à l’époque), il marche sur Auray. Le 29 septembre, les deux armées se retrouvent face à face le long de la rivière du Loch, au nord de la ville.
Comment se déroule la bataille ?
Pour les chroniqueurs, Charles compte entre 3 500 et 4 000 hommes, Jean entre 1 800 à 3 000. Les deux armées se mettent d’accord sur un champ de bataille, vraisemblablement situé sur le site de la Chartreuse, à Brech. L’affrontement est sanglant. Jean de Montfort l’emporte. Charles de Blois meurt, du Guesclin est fait prisonnier. Selon les chroniques anglaises, 900 hommes sont tués et 1 500 sont faits prisonniers du côté Franco-Bretons.
Quelles sont les conséquences ?
Jeanne de Penthièvre renonce à ses prétentions. Jean de Montfort est reconnu par le traité de Guérande comme seul duc de Bretagne sous le nom de Jean IV. La dynastie Montfort régnera jusqu’à Anne de Bretagne.
Recueilli par David DUPRÉ.








