Sexo - De la normalité sexuelle en général, et du missionnaire en particulier
Par Maïa Mazaurette - Le Monde
L’hétérosexuel lambda n’est pas moins étrange que les zoophiles, fétichistes, et autres polyamoureux, explique la chroniqueuse de « La Matinale » Maïa Mazaurette.
LE SEXE SELON MAÏA
Cette semaine, je comptais vous parler de fist-fucking (ce qui ne saurait tarder, le poing de Damoclès étant suspendu au-dessus de cette chronique depuis trois ans). J’anticipais la question habituelle : le fist-fucking, pourquoi ? Avec son sous-entendu évident : le fist-fucking, quelle idée bizarre.
Seulement, la bizarrerie est une question de regard, et quand on oublie de regarder, on passe à côté de la bizarrerie. En l’occurrence, le missionnaire du samedi soir nous semble aussi naturel que l’air qu’on respire... mais uniquement parce que le processus de normalisation produit un aveuglement. En conséquence de quoi, avant de voir la paille dans l’œil du fist-fucking (ne m’embêtez pas avec l’anatomie, d’accord ?), l’évangile selon Maïa vous invite aujourd’hui à considérer la poutre dans vos bizarreries. En commençant par la moins contestable de nos pratiques : la pénétration vaginale d’une femme par un homme (en missionnaire de préférence).
Normale, cette pénétration ? Trop normale ? Pas si sûr. Le principe même interpelle : que faisons-nous quand nous aimons et désirons une personne, dont nous espérons l’amour et le désir en retour ? Nous mettons au cœur de l’action les seules parties de notre corps considérées comme méprisables, sales ou mauvaises. Les hétérosexuels s’infligent au passage une double dose d’irrationalité : si notre système de pensée est fondé sur l’idée que l’autre est fondamentalement incompréhensible, pourquoi considérer comme normal de faire coucher les hommes et les femmes ensemble ? Et pourtant. Nous persistons à affirmer que l’hétérosexualité constitue le câblage raisonnable. Il faudrait se décider...
Venons-en aux travaux pratiques : ah, le missionnaire ! Côté ergonomie, excusez-moi, mais on a fait mieux. Mettre la personne la plus lourde au-dessus, c’est comme enfiler un slip par-dessus son pantalon. Quant à la norme voulant que ce missionnaire se produise dans un lit, elle présente des désavantages tout aussi perturbants : déjà, sous les draps, les créatures visuelles que nous sommes ne voient rien, et deuxièmement, nous n’allons au lit que quand nous sommes crevés. Du coup, malgré notre accord implicite sur le fait que la sexualité cimente le couple, nous casons cette activité au moment où nous manquons d’énergie et d’attention. Si votre maçon cimentait de cette manière, vous vivriez déjà dans les décombres de votre appartement.
Une pratique qui ne marche pas
Parlons maintenant du missionnaire réussi, selon nos normes contemporaines. Pour les femmes, l’enjeu consiste à avoir un orgasme là où nous savons pertinemment que seule une minorité y parvient. Je re-traduis : notre normalité consiste à utiliser une pratique qui ne marche pas, pour des résultats qu’on n’obtiendra pas. Confrontés à notre déception, plutôt que de changer de pratique (« oh, un clitoris »), nous essayons de changer l’anatomie des femmes (« voudrais-tu bien fourrer ton clitoris au niveau du col de l’utérus, merci »). Je veux bien, mais ce n’est pas simple.
Pour les hommes, le missionnaire réussi repose sur une performance physique dont le barème est la répétition. Pour résumer, le missionnaire consiste à hésiter (dedans ? dehors ?) sur une amplitude d’environ cinq centimètres, pendant le plus longtemps possible, sous les applaudissements du public. Et maintenant, la question qui tue du dimanche : si le fist-fucking prend le plus de place possible et que le missionnaire prend le plus de temps possible, quelle forme de sagesse doit-on utiliser pour affirmer que privilégier l’espace est plus fondamentalement bizarre que privilégier le temps ? (Einstein, sors de ta tombe.)
Venons-en donc à l’argument-miracle : le missionnaire permet de faire des bébés. Oups, désolée, il s’agit en fait d’un contre-argument. Car au risque de faire s’évanouir les adeptes du « croissez-multipliez » (n’oubliez pas le « mangez-bougez ») : la norme, pendant un rapport sexuel, c’est de ne pas vouloir faire de bébés. Si nous cherchons à reproduire l’espèce pendant 1 % de nos rapports sexuels, c’est un grand maximum : de fait, nous dépensons une énergie folle à éviter d’avoir des enfants. Et pourtant. Ces 1 % de rapports à but procréatif informent les pratiques des 99 % de rapports non procréatifs (auxquels, du coup, nous ajoutons des contraceptifs… tout est normal). Avec à la clef, une décision pour le moins extravagante : à des fins de plaisir, nous utilisons une technique reproductive qui ne donne pas tant de plaisir que ça. Autant utiliser des baguettes chinoises comme un rouleau à pâtisserie.
Oh, et puisque nous pataugeons dans le royaume du sexe parfaitement licite : peut-on parler de notre obsession pour la pudeur ? Trouvez-vous raisonnable d’être intimidé par les partenaires « trop » expérimentés ? Ne devrions-nous pas les admirer, au lieu de constamment les juger – même si ce sont des femmes ? Par ailleurs, si la chasteté de vos partenaires sert à marquer votre territoire, quelle différence avec les pratiques urophiles ? Autant faire pipi sur votre fiancé(e), ça ne sera pas moins bizarre.
Mais peut-être vous méfiez-vous des pratiques « hard ». Ah ! Une catégorisation commode ! Non seulement le missionnaire peut parfaitement se pratiquer avec brutalité, mais en termes de validation sociale, on l’en appréciera d’autant mieux (« c’est tellement meilleur quand ça fait un peu mal »). Il y a des fellations hard (quand on force la personne receveuse), des cunnilingus qui étouffent (ça s’appelle le face-sitting), des tortures qui utilisent les caresses (un coup de plumeau ?) ou le rire (quelques chatouilles ?). Quant à notre fameux fist-fucking, il va de soi que sauf intention sadique ou brutale explicite, ses adeptes l’opèrent avec la plus grande douceur.
Paresse intellectuelle
Revenons-en donc à nos moutons : qualifier sa sexualité de normale, et les autres sexualités de bizarres, c’est de la paresse intellectuelle. L’hétérosexuel lambda n’est pas moins étrange que les zoophiles, fétichistes, polyamoureux, adeptes de pizzas hawaïennes. Avec un peu d’humilité et d’autodérision, les fanatiques du missionnaire pourraient même revendiquer les très populaires mots de queer (c’est le Q de LGBTQ, qui signifie « étrange, marrant ») et de kink (« entortillé, tordu, anormal »).
Rappelons en outre deux choses. La première, c’est que les fantasmes considérés comme anormaux peuvent être statistiquement normaux : c’est le cas du sadomasochisme ou de sexe de groupe. La seconde, c’est que notre normalité est tellement étroite qu’elle est littéralement invivable. Nous en sortons constamment parce que nous ne pouvons pas rester dedans. C’est impossible. Même les censeurs de service se voient régulièrement surpris dans l’embarras (pour dire le moins).
Sur Google, la question « am I normal » affiche plus de deux milliards de résultats. Je me permets de les synthétiser pour vous : la bizarrerie est la forme la mieux partagée de normalité. Quand on marche dans le rang, on marche avant tout sur la tête.
Bonne Année du Cochon
FAWNYA - THOMAS LYONS {EDITORIAL EXCLUSIF}
Photographe créatif travaillant dans les domaines de la mode et des arts, Thomas Lyons a le souci d’ atteindre l’équilibre parfait entre artistique et risqué - son travail dans cette œuvre, sa première en exclusivité pour NAKID , imite presque les peintures victoriennes et antérieures de femmes, presque tout. Récemment, il a tiré sur LFW AW16 et sur Christopher Shannon, son frère, Xander Zhou, Lou Dalton et d’autres personnes à la LCM SS17 en juin dernier. En dehors de cela, il aime travailler dans son appartement, en prenant des photos personnelles lorsque le temps libre est rétabli. Son portefeuille est composé à la fois de films numériques et de films. Cette série d'images est issue d'une de ces sessions. Les mannequins, Fawnya et Lyons, souhaitent un tournage plus proche du film que du numérique, avec une atmosphère sombre, contemporaine et préraphaélite. Nous pensons qu'ils ont réussi.
« Gilets jaunes » : 51 400 manifestants en France samedi, dont 4 000 à Paris
La mobilisation pour l’acte XIII des « gilets jaunes » est en recul par rapport à l’acte XII, où 58 600 personnes avaient défilé.
C’était le treizième samedi de mobilisation depuis le début du mouvement des « gilets jaunes ». Des défilés ont eu lieu partout en France, samedi 9 février, à Paris, mais aussi Bordeaux, Toulouse, Montpellier ou encore Dijon, parfois émaillés d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre.
Selon le ministère de l’intérieur, ils étaient 51 400 à manifester en France, dont 4 000 à Paris. La mobilisation pour l’acte XIII des « gilets jaunes » est en recul par rapport à la semaine précédente, où ils étaient 58 600, dont 10 500 à Paris, toujours selon un décompte du ministère de l’intérieur, contesté par les « gilets jaunes ». Selon un bilan non définitif du « nombre jaune » – un comptage fait par les « gilets jaunes » et publié sur Facebook –, il y avait 111 010 manifestants en France samedi à 18 heures.
« Macron démission », « Référendum d’initiative citoyenne » (RIC), « stop aux violences », moins de taxes, plus de pouvoir d’achat… : les mots d’ordre des « gilets jaunes » étaient disparates, après un « acte XII » centré sur la dénonciation des violences policières et un hommage aux nombreux blessés depuis novembre.
A Paris, un manifestant grièvement blessé
A Paris, un cortège de plusieurs milliers de manifestants est parti des Champs-Elysées à la mi-journée. Vers 13 heures, la situation s’est tendue à l’arrivée du cortège devant l’Assemblée nationale. Des manifestants ont uriné sur les grilles d’enceinte et tenté d’enfoncer les palissades protégeant l’entrée de l’Assemblée. Des tirs de grenades lacrymogènes ont répondu à des jets de projectiles au-dessus de ces palissades.
Lors de ces heurts, un manifestant d’une trentaine d’années a eu une main arrachée. La cause de la blessure reste incertaine. Mais, selon un témoin qui a filmé la fin de la scène, il s’agit d’une « grenade de désencerclement » lancée par les forces de l’ordre et que le trentenaire a voulu repousser d’un « coup de main ». Cette version n’a pas été confirmée par les autorités. Selon la préfecture de police, le blessé a eu quatre doigts arrachés.
Des incidents ont eu lieu sur le parcours de la manifestation, qui est arrivée vers 16 h 30 près de la tour Eiffel et s’est terminée avant 20 heures après dispersion par les forces de l’ordre. Aux tirs de projectiles et aux dégradations de mobilier urbain ou de distributeurs de banques, celles-ci ont répondu par des tirs de grenades lacrymogènes, de désencerclement ou de lanceurs de balles de défense.
Une dizaine de véhicules a été incendiée, principalement des voitures de luxe, mais aussi une voiture de la mission antiterroriste militaire Sentinelle. Le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, a dénoncé sur Twitter des « attaques intolérables ». A 20 heures, la préfecture de police comptait 39 interpellations. Il y avait 21 personnes en garde à vue, selon le parquet.
Mobilisation toujours soutenue à Bordeaux
Entre 4 000 et 5 000 manifestants ont défilé à Bordeaux, selon l’Agence France-Presse (AFP). Le défilé de l’acte XIII rassemblait légèrement plus de monde que la semaine passée (4 000, selon l’AFP). La mobilisation avait néanmoins atteint jusqu’à 6 000 manifestants à la mi-janvier, selon la préfecture. Comme chaque samedi, le cortège a démarré de la place de la Bourse, rejoint par des dizaines de motards. La manifestation s’est terminée par des heurts en fin d’après-midi avec les forces de l’ordre.
Plusieurs milliers de personnes à Toulouse
A Toulouse, 6 000 personnes – selon la police – ont défilé dans les rues, avec un dispositif de sécurité renforcé. Des dizaines de personnes portant un masque jaune étaient en tête du défilé en criant « Macron salaud, le peuple aura ta peau ! ». « Révolution ou Lexomil ? », pouvait-on lire sur une pancarte. « Toulouse, soulève-toi », était-il écrit sur une autre.
Le 19 janvier, au plus fort de la mobilisation à Toulouse, la préfecture avait décompté 10 000 manifestants, soit un record national. Depuis cette date, elle ne donne plus de chiffres, qui sont centralisés au niveau du ministère de l’intérieur. En fin de journée, la préfecture faisait état d’un blessé et de 11 interpellations, un bilan des violences à la baisse par rapport aux dernières semaines.
Ambiance festive à Marseille
A Marseille, ils étaient 1 500, selon la police, au plus fort de la manifestation, dans une ambiance festive avec beaucoup de musique et de déguisements : bonnets phrygiens, cornes sur la tête, brandissant des drapeaux français ou corse. Aux cris de « Macron, démission ! » et « Marseille, debout, soulève-toi ! », les manifestants ont remonté la Canebière, dont la plupart des commerces baissaient leurs stores à leur passage.
Ils ont rejoint la Plaine, une place du centre-ville en travaux, dont le projet de réhabilitation de la mairie soulève d’importantes contestations, en hurlant : « Marseille antifa, la Plaine, elle est à nous ! » Le cortège, qui a emprunté des rues très étroites, est resté uni, lourdement encadré par la police.
A Nice, les manifestants empêchés de franchir la frontière italienne
A Nice, la tentative d’un groupe de « gilets jaunes » niçois de rejoindre l’Italie a échoué. Samedi matin, plusieurs dizaines d’entre eux – dont Maxime Nicolle, alias Fly Rider, une des figures du mouvement –, ont pris la route de Vintimille pour tenter de bloquer l’autoroute côté italien, mais ils en ont été empêchés par les forces de l’ordre.
Interrogé par l’AFP de retour à Nice samedi soir, Maxime Nicolle a raconté qu’un camion barrait la route vers l’Italie et que les contrôles se faisaient « au faciès ». Il a assuré qu’il allait porter plainte pour « entrave à la circulation sur le territoire européen ». « Ça pose la question de savoir jusqu’où ce gouvernement est prêt à aller pour réprimer une opposition ! », a-t-il dénoncé.
Des défilés aussi à Montpellier, Caen, Dijon, Lorient…
A Montpellier, environ 1 500 manifestants ont défilé sous des banderoles : « Macron, rends l’ISF », « tous unis pour la démocratie et la solidarité ». Marie, autoentrepreneuse dans l’informatique, estime que « si les manifestations se passent mal, c’est souvent le fait des forces de l’ordre. Je viens manifester car c’est important, mais j’ai la boule au ventre. » Manu, Marjory et Mika sont arrivés de l’Aveyron, accompagnés de 150 autres personnes : « Nous venons de zone rurale, là où les services publics se meurent », déplorent-ils. Vers 17 heures, la police a dispersé les manifestants au canon à eau devant la préfecture de l’Hérault, avant d’interpeller 8 personnes.
A Dijon, le cortège s’est élancé aux cris de « Macron démission ». Emmanuel Macron « ne parle pas, il fait un monologue », a déclaré Nadine, 55 ans, qui ne croit pas au grand débat. Ils étaient 1 700 à Caen, 1 900 à Metz, au moins 2 000 à Lorient. Dans cette ville du Morbihan, un manifestant avait écrit sur son gilet jaune : « Produits alimentaires + 8 à 10 %, retraites et pensions - 3,5 %. On en a marre. » Pour Eric, 40 ans, infographiste et maraîcher, « la revendication que je soutiens le plus, c’est le RIC. Il faut redonner le pouvoir de décider aux gens, comme en Suisse ».
Nombre de manifestants ont scandé « Macron démission, Castaner en prison ». Le ministre de l’intérieur, dont la proposition de loi « anticasseurs » a été adoptée par l’Assemblée, a été particulièrement visé par les manifestants durant ce treizième samedi de « gilets jaunes ».









































