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Jours tranquilles à Paris

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3 février 2019

Théâtre

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3 février 2019

Les « premiers de cordée » à l’heure des « gilets jaunes »

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Texte de Louise Couvelaire

« Le Monde » a rencontré une catégorie de la population discrète en temps de crise sociale : les très riches

TÉMOIGNAGES

Ils sont l’objet de toutes les colères, de toutes les indignations, de toutes les revendications. Depuis le début du mouvement des « gilets jaunes », sur les ronds-points, « les riches » sont au cœur du débat. « Macron, le président des riches », « les cadeaux fiscaux faits aux riches », « Rends l’ISF » (impôt de solidarité sur la fortune)… Si les entreprises et leurs dirigeants ne sont pas la cible première des manifestants – seules les banques se sont parfois retrouvées en ligne de mire –, les plus nantis, individuellement, incarnent les dysfonctionnements d’une politique jugée injuste et d’un système de plus en plus inégalitaire.

Entrepreneur, gestionnaire d’un fonds d’investissement, grand patron, chef d’entreprise, important propriétaire immobilier, rentier… Ils ont entre 45 ans et 80 ans, et se savent peu audibles en période de crise sociale. Ils ont cependant accepté de s’exprimer en requérant l’anonymat. Quel regard portent-ils sur les « gilets jaunes » ? Comment jugent-ils la politique fiscale d’Emmanuel Macron ? A-t-elle modifié leurs comportements financiers ?

« Les riches aussi “déconnent” »

Ce petit échantillon de « premiers de cordée » a en commun d’avoir une fortune conséquente (plusieurs dizaines de millions d’euros pour certains) et d’être de fervents partisans du chef de l’Etat, même s’il leur arrive d’être critiques. De ce président « à l’évidence inexpérimenté », ils disent qu’il « va dans le bon sens » et que « ce qu’il veut faire est exceptionnel », malgré les « faux pas ». « Il exerce mal le pouvoir, dit l’un, grand patron à la tête d’un groupe qui compte 100 000 salariés et réalise un chiffre d’affaires de plusieurs milliards d’euros. Quelle maladresse politique de parler de suppression de l’ISF ! Il fallait parler de réaménagement. »

« En s’attaquant aux automobilistes et donc aux moins favorisés, il a fait une sacrée connerie », lance un autre, important propriétaire immobilier dont le patrimoine s’élève à 20 millions d’euros. « Il manque cruellement de pédagogie », regrette un troisième, aux commandes d’un fonds d’investissement de « private equity » (développement et rachats de sociétés non cotées). Et d’ajouter : « Exil fiscal, optimisations fiscales… Les riches aussi “déconnent”, il aurait pu le dire ! » Tous jugent la politique fiscale du président « indiscutablement très favorable aux gens riches », mais pas forcément aussi efficace qu’elle pourrait l’être.

Les « gilets jaunes » ? Des « victimes de la mondialisation » avant d’être des « victimes » d’Emmanuel Macron, estime cette poignée de vainqueurs de l’économie mondiale. Un mouvement social « légitime » aussi, auquel ils apportent « tout leur soutien », répondent-ils comme un seul homme. Contrairement à ce que l’on pouvait imaginer, ils portent un regard plutôt bienveillant à leur égard. Du moins jusqu’à un certain point, précisent-ils. « Autant leurs revendications de départ étaient pleinement justifiées, autant la violence et le noyautage par les extrêmes ne sont pas acceptables », résume l’un d’eux.

S’ils partagent avec les manifestants la conviction que l’Etat doit réduire sensiblement son train de vie (à propos d’une meilleure maîtrise des dépenses budgétaires), la plupart tiennent à souligner les « solidarités françaises exceptionnelles ». Et de citer l’étude publiée par l’OCDE le 23 janvier qui place la France en tête des pays riches les plus généreux en matière de dépenses sociales (31,2 % du produit intérieur brut, PIB). Aucun, en revanche, ne mentionne les rapports faisant état des inégalités de richesse qui se creusent.

Emmanuel Macron n’a cessé de le marteler : l’ISF a été supprimé pour être transformé en « impôt sur la fortune immobilière » (IFI), un impôt axé sur les seuls patrimoines immobiliers nets taxables de plus de 1,3 million d’euros, afin de relancer l’investissement dans les entreprises françaises et de favoriser ainsi la création d’emplois. Même objectif avec l’instauration de la « flat tax » de 30 % sur les revenus du capital (dividendes, intérêts, plus-values mobilières).

« Dans les faits, ça n’est pas tout à fait comme ça que ça se passe… En tout cas, pas d’après ce que je peux voir », constate Edouard, 51 ans, à la tête du fonds d’investissement. Il ne s’en cache pas : il n’a « rien réinvesti ni embauché personne grâce à l’argent conservé ». « Macron nous a simplement rendu du pouvoir d’achat, dit-il. Cet argent, j’en profite, je le dépense. »« Grâce à la somme préservée – environ 50 000 euros –, je me suis offert plus de voyages en famille », abonde Grégoire, entrepreneur à succès de 45 ans.

Pour Patrick, aux manettes de la société transmise par son père, forte de 1 600 salariés et de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires, la suppression de l’ISF profite à son entreprise plutôt qu’à lui-même : « Auparavant, il nous arrivait de verser des dividendes aux actionnaires juste pour qu’ils puissent payer leur ISF, et ce, même lorsque l’entreprise allait mal. » Il se félicite désormais de réinvestir cet argent dans l’entreprise familiale au lieu de le distribuer. « Macron n’est pas pro-riches, il est pro-business, poursuit-il. Avec l’ISF, en pensant taper sur les riches, on tape en réalité sur les entreprises. » « Mieux vaut taxer davantage les hauts revenus ! », suggère-t-il.

Cette rétribution des fonds ne change cependant rien à l’équation finale, selon le grand patron aux 100 000 salariés. « Ce qui est laissé à la main des riches ne sera réinvesti qu’à la marge », assure-t-il. A ses yeux, l’essentiel de cette mesure est ailleurs, dans l’opinion des milieux économiques mondiaux. « Ce qui est en jeu, c’est l’attractivité de la France, assure-t-il. L’ISF est mondialement perçu comme une mesure hostile à l’idée même de la réussite. Il s’agit donc avant tout d’envoyer un signal fort aux investisseurs étrangers. »

« On est peut-être trop gâtés »

Avec l’IFI, l’exécutif a choisi de maintenir l’imposition sur le « capitalisme dormant ». Un parti pris que les premiers concernés semblent avoir accepté. Comme en témoigne la réaction de l’important propriétaire immobilier, qui n’a donc pas été exonéré : « Je suis fondamentalement opposé à l’ISF et ça ne me fait pas plaisir de le dire, mais je comprends pourquoi je reste soumis à cet impôt exceptionnel : je ne crée pas d’emplois. Le revers de la médaille de cette distinction entre un capital productif et un autre qui ne le serait pas est que cela profite aussi aux éléments les moins “vertueux” de l’économie. »

Cela fait sept ans que Christophe, 49 ans, habite à l’étranger, avec sa femme et ses trois enfants, dans un pays où l’impôt est quasi inexistant. De son propre aveu, il répond à la définition du rentier : il vit des revenus de son capital (en grande partie hérité de sa famille), sans travailler. La suppression de l’ISF et l’instauration de la « flat tax » ? « Des mesures bien trop timides pour me faire rentrer », assure-t-il.

C’était pourtant l’un des objectifs de cette politique : encourager le retour des exilés fiscaux. « Je ne suis pas parti pour des raisons fiscales mais pour monter un business, explique-t-il. En revanche, je ne reviens pas en grande partie à cause de la fiscalité française, beaucoup trop aléatoire. Le mouvement des “gilets jaunes” ne fait que renforcer le sentiment d’instabilité fiscale que les Français exilés autour de moi redoutent. » Un constat que partage le grand patron. Il affirme que « tous ceuxqui s’emmerdent sur leur tas d’or à Uccle [commune belge de la région de Bruxelles-Capitale connue pour accueillir de nombreux exilés fiscaux]» ont mis en attente leur projet de retour. En revanche, assurent les deux hommes, ces mesures ont empêché certains candidats au départ de passer à l’acte.

Avec six créations d’entreprises à son actif, Grégoire est l’image de la « start-up nation » que le chef de l’Etat appelle de ses vœux. Ce qui le préoccupe aujourd’hui, ce sont « les cadeaux accordés aux entreprises sans contrepartie ». « Là, on est peut-être un peu trop gâtés », concède-t-il. Il fait référence à l’une des mesures-phares du programme d’Emmanuel Macron : la baisse de l’impôt sur les sociétés (IS) de 33,3 % à 25 % en 2022.

« Les dés sont pipés »

« S’il compte sur la seule bonne volonté des dirigeants, il ne va pas aller loin, prédit-il. Rien ne garantit que je ne vais pas mettre cet argent dans ma poche. L’Etat aurait pu indexer ces baisses à l’utilisation que je fais de cet argent préservé. Si j’embauche, si j’augmente mes salariés, si je distribue des primes ou si je réinvestis dans ma société, alors mes impôts baissent. Sinon, ils ne baissent pas. » Une vision que partage cet autre homme d’affaires international, qui reste persuadé que la « sortie de crise » « ne pourra se faire sans l’entreprise » : «Seul, le gouvernement n’y arrivera pas. En France, il existe une solidarité d’Etat, mais pas assez de solidarité d’entreprise ».

Le jeune homme a par ailleurs décidé de donner « quasiment tout » de son vivant à des œuvres. S’il est le seul de l’échantillon à aller aussi loin, la plupart ont exprimé la volonté d’éviter de faire de leurs enfants des « branleurs », des « tocards », des « fainéants » ou des « débiles qui vont tout cramer sans jamais créer de valeur ». La façon d’y parvenir n’est pas toujours très aboutie, mais ils se montrent unanimement favorables à des « droits de succession forts passé certains montants ». « Qu’on vous pique plus quand vous êtes très riche, ça n’est pas choquant », dit le grand patron. « Avec leur éducation, leur statut social, leurs acquis… Mes enfants ont déjà des dizaines de longueurs d’avance sur les autres, dit Grégoire. Les dés sont pipés dès le départ, inutile de creuser encore davantage ces inégalités en leur laissant des fortunes. »

Cet impôt est pourtant le plus impopulaire de France, avec 82 % des Français qui le jugent illégitime, selon un sondage de l’Ifop paru en octobre 2018. « Quand on a trimé toute sa vie pour s’offrir un pavillon que l’on veut transmettre à ses enfants, c’est normal qu’on puisse le faire, estime le propriétaire immobilier. En revanche, pour les tranches très hautes, s’il faut vendre un bien parmi d’autres pour payer les droits de succession, ça me paraît justifié. »

3 février 2019

Laetitia Casta

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3 février 2019

Prêtre accusé de pédophilie : François Ozon assigné pour son film sur l'affaire

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox

La défense d'un prêtre lyonnais mis en examen pour agressions sexuelles a assigné en référé le réalisateur François Ozon pour obtenir un report de la sortie de son film consacré à l'affaire, prévue le 20 février, avant le procès.

Cette assignation intervient au lendemain d'une autre action en justice, en l'occurrence la mise en demeure du cinéaste par une femme, ancien membre du diocèse de Lyon, jugée récemment aux côtés du cardinal Barbarin pour non-dénonciation d'agressions sexuelles, pour qu'il retire son nom du film en question, intitulé "Grâce à Dieu". Contacté par l'AFP, François Ozon n'a pas souhaité réagir à son assignation.

Le film raconte la naissance de l'association de victimes La Parole Libérée, fondée par d'anciens scouts lyonnais ayant dénoncé les agissements du père Bernard Preynat, mis en examen depuis janvier 2016 et qui pourrait être jugé en fin d'année 2019.

Un recours au nom du principe de la présomption d'innocence

Vendredi, l'un des avocats de père Preynat, Me Emmanuel Mercinier, a déposé vendredi un recours contre Ozon devant le tribunal de grande instance de Paris pour reporter la sortie du film. "Si aujourd'hui on commence à autoriser des films portant atteinte à la présomption d'innocence de personnes qui ne sont pas encore jugées, on ouvre une brèche extrêmement dangereuse", a-t-il affirmé à l'AFP.

En décembre, l'avocat lyonnais du prêtre, Me Frédéric Doyez, avait déjà demandé au réalisateur et à ses producteurs de reporter la sortie du film après le procès, afin de ne pas porter atteinte à la présomption d'innocence de son client. Faute d'avoir obtenu gain de cause, il a chargé Me Mercinier d'engager un recours.

"Il suffit de voir la bande-annonce, disponible en ligne, pour constater que le père Preynat apparaît à la 2e ou 3e seconde, qu'il est cité ou désigné à 13 reprises durant la première minute, et qu'il est présenté comme coupable des faits pour lesquels il est actuellement poursuivi. Or, la loi interdit de présenter comme établie la culpabilité d'une personne avant qu'elle soit jugée", argumente ce dernier.

La partie adverse "va sans doute considérer qu'il y a eu des aveux durant la procédure et que par conséquent, il n'y a plus lieu de respecter la présomption d'innocence, mais c'est un principe absolu", ajoute l'avocat.

La défense reproche aussi à la production du film de "surfer sur l'actualité judiciaire", alors que le tribunal correctionnel de Lyon doit rendre son délibéré, le 7 mars, dans le procès intenté au cardinal Philippe Barbarin pour ne pas avoir dénoncé à la justice les agissements du père Preynat.

L'archevêque de Lyon a comparu début janvier avec cinq autres personnes dans cette affaire. L'une d'elles, l'ancienne bénévole du diocèse Régine Maire a de son côté mis en demeure François Ozon pour qu'il retire son nom du film.

François ozon défend son film

Dans une interview accordée à La Nouvelle République, dont le quotidien régional a publié un extrait vendredi sur internet,le cinéaste a défendu son film, expliquant qu'il allait le montrer à Régine Maire et assurant qu'il n'est "absolument pas à charge contre elle" et "n'aborde jamais sa vie privée".

"Tout ce qui est dans le film repose sur des sources", a-t-il souligné. "Elle fait partie de cette institution, même si elle est bénévole. Le film n'est absolument pas à charge contre elle, il n'aborde jamais sa vie privée et les spectateurs ont des réactions immanquablement positives sur son action telle qu'elle est racontée dans le film."

Régine Maire, ex-membre du diocèse de Lyon jugée récemment aux côtés du cardinal Barbarin pour non-dénonciation d'agressions sexuelles, a mis en demeure François Ozon de retirer son nom du film qu'il a réalisé sur l'affaire, dont la sortie est prévue le 20 février.

3 février 2019

Extrait d'un shooting

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3 février 2019

L’anonymat, condition, et non ennemi, de la démocratie

Damien Leloup

ANALYSE

Il est des idées qui, tel le phénix, semblent renaître régulièrement de leurs cendres. Peu importe que la recherche les ait prouvées fausses à de multiples reprises ; peu importe que leurs dangers aient été maintes fois soulignés par les personnes les plus compétentes sur le sujet ; peu importe que leur mise en place soit techniquement impossible. L’un des meilleurs exemples est cette idée, régulièrement brandie par des responsables politiques, qu’il existe une solution simple à la vaste majorité des problèmes qui touchent nos vies connectées : l’interdiction de l’anonymat en ligne.

Le 18 janvier, c’est le président de la République en personne qui a ressuscité cet increvable phénix. Lors d’une discussion avec des maires à Souillac (Lot), dans le cadre du grand débat qu’il a initié, Emmanuel Macron a expliqué qu’il souhaitait « qu’on [aille] vers une levée progressive de toute forme d’anonymat », condition nécessaire, selon lui, à l’« hygiène démocratique du statut de l’information ».

La proposition, qui vise plus particulièrement les réseaux sociaux et la radicalisation de certains « gilets jaunes », a été saluée par d’autres personnalités, comme le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, sur RMC, qui a dit en « avoir assez des gens qui sont derrière les pseudos, et qui insultent à longueur de temps, qui mettent de l’huile sur le feu à longueur de temps ».

Par acquit de conscience, et de guerre lasse, on rappellera que toute la recherche scientifique menée sur le sujet est claire : le fait de s’exprimer sous sa véritable identité sur Internet n’a qu’un effet très modéré sur la violence des propos qui peuvent y être tenus. On redira aussi qu’on n’est jamais réellement anonyme en ligne. Les procès récents des harceleurs de la journaliste Nadia Daam et de ceux du porte-parole du Parti communiste français (PCF), Ian Brossat, sont là pour le rappeler : dans l’écrasante majorité des cas, même si vous écrivez sous un faux nom, votre fournisseur d’accès à Internet sait qui vous êtes, Google sait qui vous êtes, Facebook sait qui vous êtes, et la police le saura aussi. On rappellera, enfin, que la « levée progressive de toute forme d’anonymat » nécessite, pour être effective, la mise en place d’un système de contrôle social similaire à celui de la Chine, qu’aucune démocratie ne pourrait décemment adopter.

Car contrairement à ce qu’a sous-entendu M. Macron, la démocratie ne peut exister que grâce à une saine dose d’anonymat. Le vote est anonyme ; les délibérations des jurés de cour d’assises le sont aussi. Dans ces deux moments, parmi les plus solennels de la vie citoyenne, l’anonymat est la condition nécessaire d’une expression libre, protégée au maximum des pressions et des tentatives d’influence. Ce qui ne veut pas dire que l’on puisse, ou doive, être anonyme partout et tout le temps. Ni qu’il est légitime de dissimuler qui l’on est, et d’où l’on parle, pour propager des arguments politiques ou de fausses informations. Mais tout comme l’on est, en démocratie, présumé innocent avant d’être jugé coupable, les plates-formes en ligne tolèrent l’anonymat ou le pseudonyme jusqu’à ce qu’il soit démontré qu’un utilisateur en abuse.

Risque d’autocensure

C’est un système imparfait, parfois cruel, et qui facilite la vie des harceleurs, des trolls et des militants politiques radicaux. Mais c’est aussi celui que nous appliquons dans la vie hors ligne : il ne viendrait à l’idée d’aucun responsable politique d’imposer aux consommateurs du café du coin de porter une étiquette affichant leur nom et leur prénom. Or c’est en substance ce que proposent les pourfendeurs de l’anonymat en ligne. Devoir tout dire sous notre identité civile, c’est aussi accepter que nos collègues de travail, nos voisins, notre famille, sachent tout de ce que nous disons. La conséquence d’un tel système est bien connue : c’est le « chilling effect », cette autocensure que l’on s’impose lorsque l’on se sait surveillé, a fortiori si nos opinions sont perçues comme déviant de la norme. Et il ne s’applique pas seulement à ce que nous écrivons, mais aussi à ce que nous lisons : après les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance de masse du Web, une étude a montré que la consultation des pages Wikipedia sur des sujets sensibles a brusquement chuté de 20 %.

Cela ne signifie pas que l’on ne peut ou que l’on ne doit rien faire contre le harcèlement et la violence croissante du débat politique en ligne. Mais pour lutter efficacement contre ces phénomènes graves, encore faut-il en comprendre les mécanismes. La recherche en sciences sociales avance, depuis plusieurs années, dans la compréhension de ces derniers : dépersonnalisation de l’autre renforcée par la distance, effets de meute, radicalisation de certains groupes politiques… Les causes sont complexes, multiples, difficiles à analyser et encore plus à contrecarrer ou à soigner. Ce contexte doit nous forcer à une discussion sérieuse sur les violences en ligne, qui mérite mieux qu’un raccourci commode et qu’une pseudo-solution simpliste qui ne réglera rien.

2 février 2019

Udo Kier, le mal dominant

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Le Festival du film fantastique de Gerardmer rend hommage à l’acteur allemand, préposé aux rôles de savants fous, de vampires ou de nazis

CINÉMA

Un regard bleu acier d’une inflexibilité surnaturelle transperce, cette année, l’obscurité des salles et des nuits ensanglantées du Festival du film fantastique de Gérardmer, dont la 26e édition s’achève dimanche 3 février dans l’enceinte de la cité vosgienne. Ce regard, c’est celui du comédien allemand Udo Kier, invité d’honneur de la manifestation, dont l’éclat hypnotique hante les cinémas européen et américain depuis désormais plus de cinquante ans. A 74 ans, l’acteur peut se prévaloir d’un tableau de chasse impressionnant, pour avoir joué dans près de 260 films, auprès de certains des plus grands cinéastes contemporains, comme Rainer Werner Fassbinder (Lili Marleen, 1981), Gus Van Sant (My Own Private Idaho, 1991) ou Lars von Trier (Melancholia, 2011).

Avec sa silhouette gracile et élégante, sa présence inquiétante, sa beauté trouble, Udo Kier incarne cette « séduction du mal » qui convenait tout aussi bien aux codes du genre horrifique qu’aux préoccupations du cinéma moderne des années 1960-1970. Suceur de sang (L’Ombre du vampire, 2000), chasseur de sorcières (La Marque du diable, 1970) ou psychopathe (Breaking the Waves, 1996), il a contribué à rénover les anciens mythes fantastiques – ceux de Dracula, de Frankenstein, du Docteur Jekyll ou de Jack l’Eventreur – en exposant toute leur ambiguïté sexuelle.

C’est avec une langue profuse et vagabonde qu’Udo Kier revient sur cette carrière labyrinthique, qui trouve son origine au cœur même du désastre. Né à Cologne, en octobre 1944, l’acteur rappelle avoir vu le jour « dans un hôpital bombardé » : « Je ne dois la vie qu’à ma mère, qui a tenu à me garder dans ses bras, alors qu’un mur s’écroulait au même moment sur les couveuses. Heureusement, son lit n’a rien subi, car il était situé dans un coin. Parfois, dans mes cauchemars, je vois des bâtiments qui s’écroulent et une main qui me protège. Etre né et avoir grandi dans ces temps horribles en Allemagne m’a toujours donné envie de quitter le pays. » Ce qu’il fit à l’adolescence pour rejoindre le Royaume-Uni et apprendre l’anglais.

Quand il évoque ses débuts de comédien, Udo Kier pense d’abord à Jean Marais : « Je l’ai rencontré sur le tournage du feuilleton Joseph Balsamo, d’André Hunebelle. J’avais décroché un autre rôle pour le cinéma, mais les gens de la série refusaient de me laisser partir. Jean m’a défendu face à la production et permis ainsi de faire les deux. » Pour le reste, Kier se prévaut surtout du hasard : « J’ai commencé au cinéma en étant recruté dans la rue pour un travelogue anglais, La Route de Saint-Tropez [1966]. J’étais tellement naïf, je ne savais même pas ce qu’était un plan au téléobjectif. Lors d’une scène, je devais sortir de la mer et je ne voyais pas la caméra… Je ne savais pas que j’étais filmé de loin ! Mais, à partir de là, je ne voulais plus empiler les petits boulots dans les bars, les cuisines ou les défilés de mode : je voulais jouer au cinéma. »

Ticket d’entrée aux Etats-Unis

Ses premiers grands rôles le propulsent dans le genre fantastique, notamment dans deux œuvres atypiques de Paul Morrissey, réalisées en Europe pour la Factory d’Andy Warhol. Chair pour Frankenstein (1973) et Du sang pour Dracula (1974) sont deux relectures distanciées et hypersexualisées de ces personnages-clés du fantastique, dont le comédien livre à chaque fois une interprétation intensément doloriste, sur la brèche du sadomasochisme.

A côté de cela, il intègre la troupe de Fassbinder, enfant terrible du nouveau cinéma allemand, pour lequel il incarne tantôt un terroriste (La Troisième Génération, 1979), tantôt un délateur sous le régime nazi (Lili Marleen). « Dans la troupe de Fassbinder, il m’arrivait parfois de faire l’assistant ou le décorateur, puisque tout le monde échangeait son poste d’un film à l’autre. A cette époque, si l’on travaillait avec lui, on ne pouvait pas faire de film avec Werner Herzog, l’autre personnalité forte du cinéma allemand, et inversement. Chacun avait ses acteurs attitrés qu’ils ne s’échangeaient sous aucun prétexte, puisqu’ils auraient été soupçonnés de faire de l’espionnage artistique ! »

Son ticket d’entrée aux Etats-Unis, Udo Kier le doit à Gus Van Sant, qui lui offre, dans My Own Private Idaho, un second rôle marquant : celui de M. Hans, client des jeunes prostitués joués par River Phoenix et Keanu Reeves, qui, dans une scène hallucinée, leur chante une chanson macabre dans une chambre d’hôtel. De l’autre côté de l’Atlantique, son image ténébreuse se double d’une forme d’exotisme inversé. « Quand on est un acteur allemand et qu’on part travailler aux Etats-Unis, résume-t-il, on ne peut jouer que les savants fous, les vampires ou les nazis. Ce sont les trois seules possibilités qu’on vous laisse ! Je me refuse de toute façon à jouer un nazi sérieusement : aucune chance que je me projette dans sa tête ! J’ai joué plusieurs fois le rôle d’Adolf Hitler, mais toujours sur un registre comique. »

Adepte du grand écart, l’acteur se fraie, dans le cinéma américain, une voie singulière entre films à petit budget et blockbusters (The Blade, Armageddon). « Mais je préfère les films indépendants, précise-t-il, parce qu’on a la possibilité d’inventer quelque chose pendant le tournage. Dans l’industrie, on vous donne un texte bien précis, et si jamais on ajoute ne serait-ce qu’une phrase, trois scénaristes syndiqués vous sautent dessus pour vous prévenir que vous ne serez pas crédité pour ça ! »

Quand on lui demande le secret de son jeu magnétique et possédé, Udo Kier brandit un paradoxe : « Je déteste le jeu d’acteur explicite, shakespearien. Ce n’est tout simplement pas ce que je sais faire. Lars von Trier, par exemple, répète toujours à ses acteurs : “Ne jouez pas !” Je n’ai jamais étudié le jeu dans une école. J’ai appris le cinéma sur le tas et, par une drôle de tournure des choses, j’ai fini par l’enseigner moi-même ! Il y a certaines choses, très mystérieuses, que l’on n’apprend tout simplement pas. » Façon, sans doute, de faire comprendre que l’art suprême de l’acteur transformiste, tel qu’il le pratique, n’est peut-être pas autre chose que de disparaître en lui-même.

Projection de « Puppet Master : The Littlest Reich », de Sonny Laguna et Tommy Wiklund (Etats-Unis, 2018), samedi 2 février à 19 h 30 (Espace Lac) et à 22 heures (Casino), dimanche 3 à 9 heures (Casino) et à 14 heures (Paradiso). Festival international du film fantastique de Gérardmer (Vosges), jusqu’au 3 février. http://festival-gerardmer.com/2019/

2 février 2019

Gilets Jaunes Acte XII - Place de la République - Paris

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2 février 2019

Alexandre Benalla a "un sentiment d'impunité hallucinant", estime le journaliste Fabrice Arfi

Le journaliste, coauteur d'une nouvelle enquête sur l'ex-chargé de mission à l'Elysée publiée sur Mediapart, était l'invité de "C à vous", jeudi sur France 5.

Il évoque des enregistrements qui sont "le substrat même du sentiment d’impunité". Le journaliste de Mediapart Fabrice Arfi était l'invité de l'émission "C à vous", sur France 5, jeudi 31 janvier. L'occasion, pour le reporter, de revenir sur une nouvelle enquête qu'il a cosignée pour le site, au sujet de l'ancien chargé de mission à l'Elysée Alexandre Benalla.

Dans cette longue enquête, Mediapart révèle des enregistrements sonores d'une rencontre entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, l'ancien chargé de sécurité de La République en marche. Les deux hommes se sont rencontrés le 26 juillet 2018, soit quatre jours après leur mise en examen entre autres pour "violences en réunion". Alexandre Benalla et Vincent Crase ont été filmés en train d'interpeller violemment un couple de manifestants, le 1er mai à Paris. Leur rencontre du 26 juillet est ainsi illégale, car elle enfreint leur contrôle judiciaire.

"Il prend avec légèreté les faits qui lui sont reprochés"

Pour Fabrice Arfi, ces enregistrements sont avant tout révélateurs d'"un sentiment d’impunité hallucinant d’Alexandre Benalla". Ce dernier, selon le journaliste, "prend avec une légèreté confondante les faits qui lui sont reprochés pour le 1er mai". "Les deux hommes vont quand même discuter d’aller discrètement dans les locaux de la République en marche pour faire le ménage, s’il devait y avoir une perquisition de la police", évoque ainsi Fabrice Arfi.

Dans cette discussion avec Vincent Crase, Alexandre Benalla affirme également qu'il a tout le soutien du chef de l'Etat, Emmanuel Macron. Il cite ainsi un texto du président, qui lui aurait écrit : "Tu vas les bouffer. Tu es plus fort qu'eux, c’est pour ça que je t'avais auprès de moi." Interrogé sur ces enregistrements, Fabrice Arfi assure qu'ils remettent clairement en cause la position de l'Elysée. "Le président de la République a dit qu’il n’avait plus eu de relations (avec Alexandre Benalla)", rappelle-t-il. "On voit bien, à la faveur de ce qui est dit là (...) que ce qui en ressort vient percuter les déclarations de l’Elysée."

2 février 2019

Vieux port de Marseille - vue panoramique

vieux port panoramique

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