
Ci-dessus : le Baron Edouard-Jean Empain tient une conférence de presse, le 7 septembre 1978, au siège du Groupe Empain. Photo Gabriel Duval. AFP
Edouard-Jean Empain, ancien PDG du groupe Empain-Schneider, s’était retiré des affaires peu après son rapt. Il est mort jeudi à l’âge de 80 ans.
Le baron Edouard-Jean Empain, homme d’affaires belge, dont l’enlèvement en France en 1978 défraya la chronique, est mort jeudi 21 juin à l’âge de 80 ans, ont rapporté les médias belges. Selon le quotidien économique L’Echo, qui l’avait encore interviewé en 2014, l’ancien PDG du groupe Empain-Schneider, retiré des affaires depuis les années 1980, vivait à Monaco avec sa compagne.
Edouard-Jean Empain était le petit-fils d’Edouard Empain, anobli par le roi des Belges Léopold II en 1907, qui avait bâti à partir de la fin du XIXe siècle un empire industriel, à l’origine notamment du réseau ferroviaire congolais et de la construction du métro parisien.
Un enlèvement retentissant en 1978
Edouard-Jean Empain, devenu PDG du groupe Empain-Schneider en 1971, fut enlevé devant son domicile, à Paris, le 23 janvier 1978. Il fut séquestré et torturé dans un petit pavillon de Savigny-sur-Orge, en région parisienne, et ne fut libéré qu’au bout de soixante-trois jours de captivité, lors d’une remise de rançon ratée, assortie de l’arrestation d’un ravisseur.
Le retentissement de l’affaire fut notamment dû au fait que ses ravisseurs, « des petites frappes », selon les dires du baron, interviewé en octobre 2014 par L’Echo, pour faire pression sur sa famille, lui tranchèrent une phalange d’un auriculaire.
Après sa libération, Edouard-Jean Empain s’était rapidement retiré des affaires, nourrissant de l’amertume sur le fait de ne pas avoir suscité d’empathie pendant ce rapt, au motif qu’il aurait « dérangé » l’establishment en France. « J’avais plein d’amis qui étaient prêts à payer [la rançon], mais comme il ne fallait pas que je revienne, il ne fallait surtout pas payer », déclarait-il en 2014.
Dans cet entretien à L’Echo, il avait aussi dit qu’à l’époque, le roi Baudouin était prêt à payer pour le libérer en raison de « ce que la couronne belge devait à la famille Empain ». Le roi l’avait fait savoir à son entreprise, mais celle-ci n’avait pas donné suite, selon le baron.
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Mort d'Edouard-Jean Empain : son histoire vue par «Libé»
Il était «le baron kidnappé amputé d’un doigt». Edouard-Jean Empain, décédé jeudi à l’âge de 80 ans, avait été enlevé en plein jour devant son domicile situé avenue Foch dans le XVIe arrondissement de Paris le 23 janvier 1978. Les huit ravisseurs voulaient viser un patron du CAC 40. Après avoir pensé à Serge Dassault et Liliane Bettencourt, leur choix s’était finalement porté sur ce petit-fils du créateur d’une dynastie industrielle d’origine belge, anobli par le roi Léopold II en 1907. «Le capital, l’atome, l’aristocratie financière : le baron représentait beaucoup de choses», relevait Libération au lendemain de l’enlèvement.
L’affaire fait grand bruit : son groupe Empain-Schneider pèse 20 milliards de francs, 150 000 employés, 300 sociétés dont des fleurons comme Framatome (nucléaire), Creusot-Loire (métallurgie) ou Spie Batignolles (BTP). Durant 63 jours, il est séquestré et torturé dans un petit pavillon de Savigny-sur-Orge, dans l’Essonne, en banlieue parisienne. La rançon demandée est colossale : 80 millions de francs. «Jamais les enchères n’avaient été placées aussi haut en France pour l’enlèvement d’un possédant de capital», soulignait Libération à l’époque. Les ravisseurs envoient à sa famille l’auriculaire du baron pour prouver leur détermination. Les négociations s’arrêtent, reprennent, la remise de l’argent est reportée…
Embuscade et libération
Le 22 mars, rendez-vous est pris avec les ravisseurs sur une autoroute près d’Arcueil, à hauteur d’une borne téléphonique, pour la remise de rançon. Mais la police en profite pour tendre une embuscade. Commence alors un jeu de piste qui durera deux jours et qui se transforme en course-poursuite à travers Paris. L’un des ravisseurs est tué, l’autre blessé ainsi que deux policiers. Alain Caillol, arrêté et blessé lors de la remise de rançon avortée, finit par demander à ses complices de relâcher leur otage. Le 26 mars, on trouve le baron Empain hagard, errant dans une ruelle d’Ivry, relâché par ses ravisseurs. «Muni d’un billet de dix francs que lui avaient donné ses ravisseurs, il partait à pied jusqu’au métro», détaillait Libération le 28 mars. Il avait perdu 20 kg, et l’auriculaire gauche.
Après sa libération, Edouard-Jean Empain s’était rapidement retiré des affaires en 1981. Il estimait ne pas avoir suscité d’empathie pendant ce rapt spectaculaire, au motif qu’il aurait «dérangé» l’establishment en France. Amer, il ressassait les accusations d'«auto-enlèvement» visant à combler ses dettes de jeu. «J’avais plein d’amis qui étaient prêts à payer [la rançon], mais comme il ne fallait pas que je revienne, il ne fallait surtout pas payer», déclarait-il en 2014 dans un entretien à L’Echo. Il avait aussi affirmé qu’à l’époque, le roi des Belges était prêt à passer à la caisse pour le libérer en raison du passé de la famille Empain.
Dans un article sur le récit de sa séquestration par le baron, Libération ironisait sur sa position victimaire : «Outre les chaînes qu’il portait au cou, aux poignets et aux pieds, c’est surtout, semble-t-il, ses conditions d’alimentation qui l’ont fait souffrir : il n’était, paraît-il, nourri que de sandwiches et de haricots à peine réchauffés ! "Ce fut, dit-il, la période la plus terrible". Car la deuxième prison, un silo à grains ou une ferme, où il était resté une semaine, était, estime-t-il, plus confortable. On lui a donné de quoi se laver et une brosse à dents. Il avait également un poste à transistor et la télévision. Bref, un souvenir pas trop désagréable, s’il n’avait encore eu à subir la nourriture. C’est là en effet, qu’alors qu’il déteste les gâteaux, on l’aurait un jour obligé à manger un moka !»
Tout est pardonné
Le baron était resté proche d’un de ses geôliers, Alain Caillol. Dans le portrait de Libération qui lui était consacré, le cerveau de l’enlèvement racontait à 70 ans la complicité née entre les deux hommes. Pendant sa captivité, le PDG aurait réussi à susciter la sympathie, voire à prendre l’ascendant psychologique. Alain Caillol en était venu à saluer «cet homme sans vice et d’un courage exceptionnel, qui ne méritait pas ça. On s’est trompés de cible». Celui qui parle de «syndrome de Stockholm inversé» dans un ouvrage consacré cette histoire a fini par s’identifier au PDG : «On a eu un peu la même enfance, solitaire, les mêmes collèges de gosses de riches.»
Alain Caillol racontait avoir tiré à la courte paille pour désigner celui qui couperait le petit doigt du baron au massicot. Avec trois autres ravisseurs et au bout d’un mois de négociations infructueuses, ils jouent à un autre jeu de hasard pour déterminer s’ils épargnent sa vie ou non. Malgré tout, Edouard-Jean Empain disait tout pardonner. «Il a un certain remords, en tout cas, un regret, et ne me considère pas comme un sale type», avait-il raconté à Libération. LIBERATION