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Jours tranquilles à Paris

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21 mai 2018

Les femmes-fontaines, dernier tabou de la jouissance féminine

fem fontaine

Par Maïa Mazaurette - Le Monde

Parce que les mystères sexuels se réduisent comme peau de chagrin, l’orgasme liquide, par son originalité et sa rareté, fascine, explique Maïa Mazaurette, la chroniqueuse de « La Matinale du Monde ».

LE SEXE SELON MAÏA

Liquides, les femmes ? Notre culture a depuis longtemps tranché le débat : oui, absolument. De Vénus aux sirènes, de la lubrification à la menstruation, de la perte des eaux au lait maternel, les femmes dégoulinent. Et si l’on parle de « fontaines » depuis Hippocrate, ces dernières sont réapparues dans nos obsessions collectives depuis seulement une bonne dizaine d’années… bien aidées en cela par la pornographie (le mot-clé que vous cherchez est « squirting », du verbe squirt, « gicler »).

Pourquoi tant d’attentions, et si subitement apparues ? Essentiellement pour contenter une société de l’œil-roi. L’orgasme des femmes-fontaines se voit : plus pratique pour la caméra, plus pratique aussi pour les spectateurs. Le contrat pornographique est rempli, « c’est du vrai sexe avec du vrai plaisir ». Le corps féminin se comporte comme un corps masculin, devient compréhensible d’un point de vue phallocentré. Pas trop tôt ! C’est clair, facile, réglo, les contrariants mystères de la jouissance femelle passent à la trappe… ainsi que la possibilité de la simulation.

A cet orgasme commode s’ajoutent des questions d’ego parfaitement en accord avec la crise de la masculinité. Faire déborder une femme permet à son partenaire de concilier féminisme (placer le plaisir de l’autre au premier plan, laisser le pénis trois minutes hors cadre) et réflexes macho (se retrouver à nouveau en charge, contrôler la forme prise par le plaisir – autant de désirs inavouables dans le contexte actuel).

Super-pouvoir

Cette combinaison explique le succès d’un fantasme bien spécifique, consistant à initier la partenaire. Malheur, voici le retour aux contes de fées ! L’homme arrive et révèle l’éjaculatrice endormie à sa vraie nature, ils se marient et font plein de rêves humides. De fait, les occasions de jouer les pygmalions se raréfient : si vous avez passé vos années lycée, vous arrivez a priori trop tard pour la défloration ou le premier orgasme. Parce que les mystères sexuels se réduisent comme peau de chagrin, on peut difficilement rêver d’apprendre à une femme quoi que ce soit sur son corps : la jouissance-fontaine, par son originalité, demeure l’une des dernières conquêtes possibles, moins stigmatisée que la sodomie, moins risquée que les tentatives échangistes.

En offrant à sa partenaire une première fois, peut-être ne sera-t-on pas oublié parmi la masse anonyme des amants. Mais bien sûr, ce machiavélisme ne concerne pas tous les hommes. Certains se sentiront menacés face à une autre barrière sexuelle qui tombe (« si en plus elles éjaculent, où va le monde ? »). D’autres répondent par de l’indifférence, de l’intérêt, du dégoût… ou ne remarquent pas.

Cette fascination est-elle partagée par les femmes ? C’est compliqué (le premier qui répond « comme toujours » sera privé de croissant). La première expérience (si elle se produit) survenant en moyenne à 25 ans, elle prend volontiers par surprise, avec l’impression d’avoir taché les draps – avec quoi, comment, pourquoi ? Ces questions font rapidement place à la satisfaction : 80 % des femmes-fontaines voient leur super-pouvoir comme un enrichissement de leur vie sexuelle. C’est également le cas de 90 % des hommes (British Journal of Urology, 2013).

Pour celles qui n’y arrivent pas, et dont les partenaires cultivent ce fantasme, c’est en revanche une pression supplémentaire sur l’orgasme. D’où une quantité impressionnante d’ateliers et d’articles censés débloquer ce potentiel, comme on accéderait au niveau supérieur d’un jeu vidéo. Bien calées entre les bienheureuses et les indifférentes, nous avons donc des femmes qui s’inquiètent d’y arriver… et d’autres qui s’inquiètent de ne pas y arriver.

EN ANGLETERRE ET EN AUSTRALIE, LES FEMMES-FONTAINES TOMBENT DANS LA CATÉGORIE DE L’OBSCÈNE ET SONT BANNIES DES ÉCRANS…

Difficile en outre, pour les adeptes comme pour les aspirantes, de se rassurer en cherchant des informations : la recherche patauge en eaux troubles. Côté chiffres par exemple, on oscille entre 10 % et 70 % de femmes concernées (avec ça, on est bien avancés). Pas mieux côté mécanique, puisque certains experts suggèrent de différencier deux, voire trois types d’émissions ! La confusion s’installe entre une lubrification vaginale intense, une « vraie » éjaculation orgasmique, épaisse, émise depuis la prostate, et enfin des écoulements plus abondants, clairs, inodores et liquides, émis par l’urètre, et spécifiques aux femmes-fontaines (si vous arrivez à suivre, cela signifie que les éjaculatrices et les femmes-fontaines recouvrent deux réalités complètement différentes). Des trois possibilités, la dernière serait la plus fréquente. C’est également la seule qui se voit suffisamment pour posséder un intérêt pornographique.

Fantasme enraciné

Cependant, et c’est là que nos tergiversations scientifiques croisent le champ politique, ce caractère pornographique est menacé. En Angleterre et en Australie, les femmes-fontaines tombent dans la catégorie de l’obscène et sont bannies des écrans… justement parce qu’elles n’éjaculent pas. Le liquide est considéré comme de l’urine, ce qui renvoie les films concernés à des productions ondinistes ou urophiles. D’où la question à cent mille dollars de la semaine (en liquide, merci) : de quoi sont composées les émissions des femmes-fontaines ? Au risque de déboulonner quelques fantasmes, les études penchent en effet pour de l’urine, ce qui transformerait nos super-jouisseuses, débordantes de sensualité, en incontinentes légères.

Pour autant, ne déprimez pas si vous êtes concernée : l’érotisation des femmes perdant le contrôle de leur corps (et la glorification des amants capables de les faire déborder) a de beaux jours devant elle. Ce fantasme est bien plus enraciné que le dégoût pour l’urine. Certaines militantes revendiquent en outre une « vraie » éjaculation féminine, qui s’obtiendrait par stimulation de la prostate féminine (que toutes les femmes ne posséderaient pas), située à proximité d’un point G… lui-même contesté. Nous sommes en 2018, l’anatomie féminine reste nébuleuse, je promets de vous réveiller dès que l’humanité inventera l’eau chaude. Pour se familiariser avec une défense très argumentée de l’éjaculation féminine, on recommandera Osez découvrir le point G, par Ovidie, aux éditions La Musardine.

Enfin, et puisque le sujet reste glissant, relativisons les enjeux : le « squirting » n’apparaît pas dans la liste des mots-clés les plus tapés l’an dernier sur Pornhub. Les recherches Google se sont effondrées de moitié depuis 2014, tandis qu’en langue française, depuis 2011, les fontaines comme les éjaculatrices connaissent un calme plat. On peut expliquer ce recul par la lassitude comme par la normalisation de notre curiosité, par le temps nécessaire à l’imprégnation de nos imaginaires… comme par le simple effet de mode. Il semblerait en tout cas que la femme-fontaine ne soit pas le Graal : mince, encore raté !

SQUIRT-I

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20 mai 2018

Raoul Hausmann - Exposition - actuellement au Musée du Jeu de Paume - vu hier dans le cadre de la Nuit des Musées

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L’œuvre photographique de Raoul Hausmann est restée longtemps méconnue et sous-estimée. De cet artiste-clé du XXe siècle, la postérité a d’abord retenu le rôle majeur au sein de Dada Berlin, les assemblages, les collages, les photomontages, les poèmes optophonétiques, quand les vicissitudes de l’Histoire ont effacé cette autre facette, à tous égards prééminente, de son rayonnement.

À partir de 1927, Hausmann devient pourtant un photographe prolifique. Cette pratique nouvelle pour lui, immédiatement absorbante, devient la clé de voûte d’une pensée globale foisonnante qui culmine jusqu’à son départ forcé d’Ibiza en 1936. Au cours de cette intense décennie, il aura beaucoup réfléchi à la photographie et développé une pratique profondément singulière du médium, à la fois documentaire et lyrique, indissociable d’une manière de vivre et de penser. Ses amis avaient pour nom August Sander, Raoul Ubac, Elfriede Stegemeyer, et Lázló Moholy-Nagy, lequel ne craignait pas de déclarer à Vera Broïdo, l’une des compagnes de Hausmann : « Tout ce que je sais, je l’ai appris de Raoul. »

Hausmann trouvera finalement refuge en France, dans le Limousin où il meurt en 1971, cinq ans après sa première rétrospective au Moderna Museet de Stockholm.

L’oubli qui a nimbé l’œuvre de Hausmann redouble sa traversée du siècle clandestine. Lui qui fut taxé d’artiste « dégénéré » par les nazis et quitta précipitamment l’Allemagne en 1933 dut abandonner bien des clichés sur la route de ses exils pressés. Son travail photographique est, dès lors, demeuré secret, largement invisible, présumé perdu, avant que ne soit presque miraculeusement découvert, entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1980, un fonds jusque-là inconnu dans l’appartement de sa fille à Berlin (aujourd’hui à la Berlinische Galerie). Les fonds français, principalement conservés au Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart et au Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne, ainsi qu’au Musée national d’art moderne, se sont constitués dans le même temps, et enrichis jusqu’aux années 2010. Depuis lors, son aura de photographe n’a cessé de croître.

20 mai 2018

Les cabines de bain de BINIC...

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20 mai 2018

Place de la Concorde - Ancien bâtiment de la marine actuellement en travaux

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20 mai 2018

Festival de Cannes

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20 mai 2018

Concorde Art Gallery

David Dahan - Photographe

Avocat de formation et photographe depuis 2014, j’ai étudié l’Histoire de l’Art à l’Université de Paris I Panthéon Sorbonne, et la photographie au Centre Jean Verdier à Paris.

A travers l'utilisation de différents médiums photographiques (Numérique, Moyen format argentique, Polaroid) je manie la couleur - ou son absence-  à la recherche de réponses à mes questionnements et obsessions, dans une quête décalée et esthétique.

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20 mai 2018

Extrait d'un shooting - mode

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20 mai 2018

Armes à feu

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20 mai 2018

Cannes 2018 : le jury s’est montré sensible aux causes à défendre

Par Jacques Mandelbaum - Le Monde

Mise à part la Palme d’or, attribuée au Japonais Hirokazu Kore-eda, le cinéma asiatique, qui a brillé lors de la 71e édition, n’a pas été récompensé à sa juste mesure.

Comme l’aura dit Edouard Baer lors de la cérémonie de clôture du 71e Festival de Cannes, samedi 19 mai : « On remballe ». Après douze jours de haute tension, d’amour, de misère et de souffrance imprimés en plus grand que la vie sur les écrans, de chefs-d’œuvre et de croûtes suspendus à un même rai de lumière, de tapis rouge et de défilés néo-babyloniens sur les marches du Palais, de selfies interdits mais contagieusement accrochés aux sourires de starlettes-minutes, de cortèges officiels conduits à cent mètres de là par des motards de la police chauffés à blanc, d’escabeaux et de badauds jetés en vrac sur la chaussée, d’agapes inaccessibles au commun des mortels.

On décroche les panneaux publicitaires, on désagrège les sigles des firmes ornant les balcons, on karchérise les détritus générés par les visiteurs, on balaie la poussière de la scène du Grand Théâtre Lumière, où l’actrice Cate Blanchett et son jury ont fait, comme chaque année, quelques heureux et au moins autant de malheureux, parmi lesquels les quatre représentants de la « French Team » (Stéphane Brizé, Yann Gonzalez, Christophe Honoré et Eva Husson). Tout cela passera vite, avant que cela ne recommence, presque aussi vite, pour la prochaine Palme d’or.

Films à sujets

Il faut d’autant plus prestement, à l’approche de la nuit froide de l’oubli qui va ensevelir ses dernières braises, donner une image, un cliché lui-même promis à une courte vie, de cette édition 2018. Le palmarès rendu par le jury en constitue la version officielle, qui se révèle particulièrement sensible aux films à sujets et aux causes à défendre.

Enfance saccagée pour la Palme d’or (Une Affaire de famille, du Japonais Hirokazu Kore-eda) et le prix du jury (Capharnaüm, de la Libanaise Nadine Labaki). Revanche afro-américaine avec le Grand Prix (BlacKkKlansman, de Spike Lee). Apurement des comptes soviétiques avec le prix de la mise en scène (Cold War, de Pawel Pawlikowski). Soutien à un créateur assigné à résidence et parabole christique sur l’injustice du monde pour le double prix du scénario (Trois visages, de l’Iranien Jafar Panahi et Heureux comme Lazzaro, de l’Italienne Alice Rohrwacher).

Il n’est pas jusqu’aux prix d’interprétation attribués à l’actrice kazakhe Samal Yeslyamova (Ayka, du Russe Sergey Dvortsevoy) et à l’acteur italien Marcello Fonte (Dogman, de l’Italien Matteo Garrone) qui ne récompensent, en même temps que la prestation de leurs récipiendaires, l’engagement social et politique des films qui les portent.

Quoique décernée par un autre jury, la Caméra d’or n’a pas échappé à cette fibre militante, en récompensant un premier long-métrage au thème LGBT, Girl, du Belge Lukas Dhont, porté par l’équivoque incandescence de son jeune acteur, Victor Polster. Il ne restait qu’à accorder à Jean-Luc Godard et à son Livre d’image une « Palme d’or spéciale », qui confirme davantage qu’elle ne la lève sa marginalité dans la profession.

TOUT DANS CE PALMARÈS ATTESTE D’UNE VOLONTÉ D’OUVERTURE AUX MAUX DU MONDE ET D’UNE INTENTION FORTEMENT REVENDICATIVE

Tout dans ce palmarès atteste donc d’une volonté d’ouverture aux maux du monde et d’une intention fortement revendicative, soulignée tant par les postures que les discours, au point que l’actrice italienne Asia Argento a littéralement tétanisé la salle par une intervention historiquement inouïe en ces lieux, dominée par la colère froide et l’appel, sinon à la vengeance, du moins à la justice.

Rappelant avoir été violée par le producteur américain Harvey Weinstein durant le Festival de Cannes en 1997, elle a pointé un doigt sur la salle en prononçant cette diatribe : « Toute une communauté lui a tourné le dos, même ceux qui n’ont jamais dénoncé ces faits. Et parmi vous, dans le public, il y a ceux que l’on devrait pointer du doigt à cause de leur comportement envers les femmes, un comportement indigne de cette industrie, de n’importe quelle industrie. Vous savez qui vous êtes. Plus important encore, nous nous savons qui vous êtes. »

On comprendra que dans ce climat, les préoccupations artistiques aient pu passer au second plan. Non que les films récompensés ne soient pas dignes, pour certains d’entre eux, de leur prix. Le problème est que tous ne le sont pas et que la prime au sujet a manifestement brouillé la boussole esthétique nécessaire à une plus fine mesure du palmarès.

Mais si une chose manque ordinairement aux palmarès, c’est bien la cohérence esthétique, rares étant les jurys qui trouvent en eux-mêmes la capacité et l’audace de s’accorder en la matière. On en déduira que la synthèse politique est plus accessible que celle du goût.

Une édition en dents de scie

Cannes 2018 fut en tout état de cause une bonne année pour la compétition. L’édition, en dents de scie, présentait l’avantage de s’offrir à un jugement tranché plutôt qu’à l’indifférence inavouable qui accueille une sélection de basse intensité.

Il y eut, en un mot, du meilleur et du pire. Le meilleur marque le grand retour de l’Asie sur le devant de la scène. Non qu’elle avait disparu, mais sa présence ces dernières années dans les festivals internationaux était plus disparate. Elle s’est rassemblée cette année à Cannes, pour apparaître de nouveau comme le plus grand laboratoire de formes cinématographiques en activité.

La Palme d’or accordée au Japonais Hirokazu Kore-eda pour son délicat et impertinent mélodrame sur les fondements de la famille a du moins cette vertu de nous le rappeler.

Trois films en compétition – Les Eternels, du Chinois Jia Zhang-ke, Asako I & II, du Japonais Ryusuke Hamaguchi, Burning, du Coréen Lee Chang-dong – ont toutefois, à notre sens, dominé les débats esthétiques, l’intimisme radical qui les caractérise expliquant sans doute l’indifférence du jury à leur beauté. On pourrait d’ailleurs ajouter, hors compétition, le monumental documentaire de Wang Bing, Les Ames mortes, et, dans la section Un certain regard, le film-rêve de Bi Gan, Un grand voyage vers la nuit.

LES FILMS LES PLUS CATASTROPHIQUES DE CETTE COMPÉTITION SONT CONSTRUITS SUR UNE LOGIQUE DE L’ACCUMULATION ET DE LA SATURATION

Qu’est-ce qui rend ces artistes asiatiques si forts et si prenants ? Sans doute leur poétique du vide et du plein, ce sens foudroyant de l’ellipse et de la litote qui, accusant l’absence, rend la présence si intense.

Nul hasard si les films les plus catastrophiques de cette compétition sont a contrario construits sur une logique de l’accumulation et de la saturation : toujours plus de pathos, d’emberlificotements romanesques, de désinvolture avec le réel, de mauvais spectacle à bon compte. Les Filles du soleil, deuxième long-métrage d’Eva Husson, a concentré à cet égard tous les mécontentements, il y en eut pourtant d’autres.

Sélectionnée pour la première fois en compétition, la jeune réalisatrice gardera sans doute un mauvais souvenir de son passage. C’est que l’effet « montagnes russes » n’a pas non plus épargné les neuf nouveaux venus admis cette année en compétition, raison non suffisante pour disqualifier cette ouverture inédite. Leto, de Kirill Serebrennikov, Asako I & II, de Ryusuke Hamaguchi, Un couteau dans le cœur, de Yann Gonzalez et Ayka, de Sergey Dvortsevoy y furent du moins à leur place.

Disparition et présence évaporée

Enfin, parmi la prolifération des sujets et des figures générés par les films, c’est avec netteté que se détache cette année le motif de la disparition. Disparition d’une mystérieuse blonde à Los Angeles (Under the Silver Lake, de David Robert Mitchell), d’une fiancée avec laquelle on vient de s’établir (Asako I & II, de Ryusuke Hamaguchi), d’une fille crapuleusement enlevée (Everybody Knows, d’Asghar Farhadi), d’un garçonnet victime de la barbarie islamiste (Les Filles du soleil, d’Eva Husson), d’une amie d’enfance qu’on venait de séduire (Burning, de Lee Chang-dong), d’un nourrisson abandonné à la maternité (Ayka, de Sergey Dvortsevoy), d’un homme pour lequel on s’est sacrifié et qui vous rejette (Les Eternels, de Jia Zhang-ke).

Ce leitmotiv de la présence évaporée s’accorde sans doute avec ce que l’époque comporte d’indéchiffrable. Il n’en reste pas moins qu’elle est vieille comme le cinéma et dispensatrice d’éclatants chefs-d’œuvre (Sueurs froides, d’Alfred Hitchcock, L’Avventura, de Michelangelo Antonioni) au rayon moderne.

Un personnage qui disparaît dans un film est toujours la promesse palpitante d’une quête, en même temps que le signe du constant commerce avec l’absence qui donne son aura à la présence cinématographique. On retrouve ici la raison pour laquelle le cinéma asiatique a si singulièrement brillé sur ce Festival de Cannes, à défaut d’y être récompensé à sa juste mesure.

Jacques Mandelbaum

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Le réalisateur Luc Besson visé par une plainte pour viol

Le réalisateur Luc Besson est visé par une plainte pour viol, déposée vendredi 18 mai par une actrice, selon une information d’Europe 1 confirmée par l’Agence-France-Presse (AFP) samedi. Une enquête a été ouverte et confiée au premier district de police judiciaire. « Luc Besson dément catégoriquement ces accusations fantaisistes », a réagi auprès de l’AFP son avocat, Thierry Marembert. « C’est quelqu’un qu’il connaît, avec qui il n’a jamais eu de comportement déplacé », a-t-il ajouté. Selon Europe 1, c’est une comédienne de 27 ans qui accuse M. Besson d’avoir abusé d’elle. Les faits se seraient produits jeudi soir lors d’un rendez-vous au Bristol, un palace parisien situé près des Champs-Elysées. « La plaignante, qui connaît le producteur depuis plusieurs années, raconte avoir bu une tasse de thé puis s’être sentie mal et perdre connaissance. A son réveil, en fin de soirée, lui seraient revenus en mémoire des attouchements et pénétrations », explique Europe 1. Auditionnée dans la foulée avant de déposer plainte, elle a affirmé entretenir une relation intime avec le réalisateur de 59 ans depuis environ deux ans et s’y être sentie obligée, compte tenu de leurs rapports professionnels, selon des sources judiciaires à l’AFP. En déplacement à l’étranger, M. Besson n’a pas été entendu par les enquêteurs, selon une source proche de l’enquête.

20 mai 2018

Le mariage de Meghan Markle et du prince Harry entre gospel et protocole royal

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Par Philippe Bernard, Londres, correspondant - Le Monde

La cérémonie, qui s’est déroulée samedi dans la chapelle Saint-Georges du château de Windsor, a été marquée par le sermon enflammé du révérend américain Michael Curry.

Marier la tradition à l’audace, les pompes patriotiques à l’ouverture aux autres cultures : ce talent typiquement britannique s’est déployé en grand, samedi 19 mai pendant l’office religieux au cours duquel le prince Harry et l’actrice américaine Meghan Markle se sont juré d’être mari et femme « pour le meilleur et pour le pire jusqu’à ce que la mort [les] sépare ». Rompant avec la coutume royale, la mariée n’a pas promis « obéissance » à son époux et celui-ci, peut-être en signe d’égalité, a choisi de porter une alliance comme elle.

Depuis leur mariage, scellé à la mi-journée au milieu de 600 invités dans la chapelle Saint-Georges du château de Windsor, le couple est officiellement désigné par le très aristocratique titre de « duc et duchesse de Sussex ». Pendant l’office religieux, Meghan Markle portait un diadème offert en 1893 par la reine Victoria à la reine Mary et prêté par l’actuelle souveraine. Et son voile diaphane, long de cinq mètres, était parsemé de 53 fleurs symbolisant chacun des pays du Commonwealth, dont la plupart sont des anciennes possessions de l’Empire britannique.

Sermon enflammé du révérend Michael Curry

La cérémonie, conçue pour symboliser la modernisation de la monarchie britannique, a atteint son but. Entre gospel et Schubert, entre prêche enflammé à l’américaine et rite anglican rigoureux, le mariage royal millésime 2018 a clairement signifié aux Britanniques, voire au monde, la volonté de la vénérable institution de vivre dans son siècle. Certes, en l’absence de son père, la mariée a été officiellement accueillie chez les Windsor au bras du prince Charles, le prochain roi. Mais le sermon enflammé sur « le pouvoir de l’amour » prononcé par le révérend Michael Curry, prédicateur afro-américain, a transformé la chapelle médiévale en cathédrale d’Harlem.

Devant un auditoire huppé hésitant entre sidération, adhésion et amusement, le président de l’Eglise épiscopale des Etats-Unis a commencé en citant le leader américain de la lutte pour les droits civiques Martin Luther King : « Le Dr King avait raison, nous devons découvrir l’amour, le pouvoir rédempteur de l’amour. De cette façon, nous pourrons faire du vieux monde un monde nouveau. L’amour est le seul moyen, a-t-il lancé en agitant les bras devant une reine Elizabeth II visiblement interloquée. Deux jeunes gens sont tombés amoureux et nous voici rassemblés ici. »

Même sous le joug, les esclaves noirs américains ont continué de croire dans le pouvoir de l’amour, a poursuivi le révérend en présence de Doria Ragland, mère de la mariée et descendante d’esclaves des plantations de Géorgie, assise au premier rang. Des chanteurs de gospel ont entonné plus tard This Little Light of Mine, un chant d’inspiration biblique utilisé pendant la lutte américaine pour les droits civiques.

Entrée de la diversité chez les Windsor

Bien sûr, il y a eu du Fauré et du Schubert interprété au violoncelle par le Britannique Sheku Kanneh-Mason et des musiciens de trois orchestres nationaux, et une lecture biblique par la sœur de la princesse Diana, dont l’esprit flottait dans l’air. Mais le message était clair : on célébrait un mariage d’un type nouveau, officialisant l’entrée de la diversité chez les Windsor.

Pourtant, Meghan Markle n’est pas seulement une Américaine née d’un couple mixte. La comédienne de la série Suits s’est montrée telle qu’en elle-même : à l’aise dans son nouveau rôle de duchesse, rayonnante, parfois à la limite du rire, tandis que son nouvel époux oscillait à la frontière des larmes de bonheur. Devant un parterre d’invités transatlantiques prestigieux – le musicien Elton John, les acteurs Idris Elba et George Clooney, l’ex-footballeur David Beckham, la joueuse de tennis Serena Williams et la star de la télévision américaine Oprah Winfrey –, la nouvelle ambassadrice de l’élégance britannique a assuré la promotion de la French touch, en l’occurrence les maisons françaises Givenchy – et sa directrice artistique britannique Clare Waight Keller –, qui a créé sa robe blanche immaculée, et Cartier, qui lui a fourni ses boucles d’oreille et son bracelet. Après l’office religieux, quelque 100 000 personnes ont suivi le tour de calèche des nouveaux époux dans les rues de Windsor.

Dans sa vie d’avant, Meghan Markle a déclaré qu’elle n’a jamais voulu « être une femme qui déjeune, mais une femme qui travaille ». Samedi, à Windsor, elle a débuté brillamment sa nouvelle carrière dans une famille dont elle est censée desserrer le protocole millénaire étouffant. Mais déjà, le chroniqueur royal de la BBC interroge : « Qui changera en premier, Meghan ou la famille royale ? »

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